‹ De l'organisation des animaux, ou, Principes d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 6 sur 68 · XX II · texte numérisé non relu

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Par cette définition , nous ne sommes eiicore'i^arvenus qu’à la moitié de notre tâche ; nous n’en avons terminé que la partie la plus facile. Essayons d’aborder l’autre. Un examen superficiel du sujet a fait voir depuis long-temps , en ne considérant que les corps organises qui différaient le plus entre eux, que l’on pouvait établir une distinction parmi eux qui les a fait partager en végétaux et en animaux. Voyons , par le^même procédé que nous venons d’employer, si cette distinction est possible , et jusqu’à quel point elle l’est.

Sous le rapport statique ;

Les substances élémentaires qui entrent dans la composition des végétaux ne diffèrent réellement de celles qui forment les animaux que dans la proportion relative ; ainsi le carbone est évidemment beaucoup plus abondant dans le règne végétal que dans le règne animal ; c’est lui en effet qui constitue la partie solide des végétaux et surtout de ceux qui sont composés.

L’azote est, dans le cas contraire , extrêmement abondant chez ies animaux , et fort rare dans les végétaux.

11 en est de même du phosphore, qui semble même presque caractéristique des premiers. Je ne sache pas qu’on l’ait encore rencontré dans les seconds, à moins qu’à l’état de combinaison, et encore ces combinaisons sont-elles assez peu com-

munes.

INTRODU CTIÜN.

On ne sait pas encore au juste à quel règne appartient l’iode.

Les substances simples métalliques peuvènl encore moins servira distinguer les deux règnes organiques , puisqu’il n’y a que le fer et le manganèse qui y aient été trouvés, et cela dans l’un comme dans l’autre ; d’ailleurs ils y sont évidemment adventifs.

On a cru assezlong-temps que les alcalis offraient de meilleurs caractères distinctifs , au poiut que l’un d’eux était désigné par le nom d’alcali végétal, par opposition à celui d’alcali minéral , que l'on donnait à la potasse; mais il est bien connu aujourd’hui que la soude et la potasse existent l’une et l’autre dans les végétaux comme dans les animaux ; on ne peut cependant nier qu’elles ne soient plus communes dans les premiers que dans les seconds , où elles sont également adventives.

L’ammoniaque est réellement beaucoup plus caractéristique du règne animal, ce qui se trouve en rapport avec la quantité d’azote qui entre dans la compositiondes animaux ; mais elle ne peut cependant servir à elle seule à partager le règne organique puisqu’il est bien connu que certains végétaux contiennent de l’azote , et , par conséquent , peuvent donner naissance à de l’ammoniaque par leur décomposition : en effet cet alcali paraît ne jamais exister tout formé.

Parmi les bases salifiables terreuses , la silice , si

IN TRODU CT ION

répandue dans le règne inorganique , et toujours adventive dans le règne organique, est évidemment plus propre aux végétaux qu’aux animaux.

La chaux est dans le cas contraire ; toujours à l’étal de combinaison saline , elle est plus rare dans ceux-là que dans ceux-ci. Peut-être, il est vrai, la différence dans la quantité tient-elle à celle des parties. Dans les animaux, en effet, elle constitue leur solidification comme le carbone produit celle des végétaux; mais il faut toujours la regarder comme adventive.

Mais c’est surtout dans les véritables principes immédiats, ou dans les différentes combinaisons des substances élémentaires, que les différences deviennent plus sensibles. Il en est en effet fort peu qui soient communs aux deux groupes.

Parmi les substances ou principes immédiats formés de trois élém.ens seulement , et dans lesquels l’oxygène est en excès , de manière à ce qu’il en résulte des acides , il n’y en a encore que trois qui soient certainement communs aux deux règnes. Ce sont les acides acétique , oxalique et delphinique, dont nous devons la découverte à M. Chevreul. Tous les acides végétaux jusqu’ici connus appartiennent à cette section. Il n’en est pas de même des acides animaux ; il n’y a que ceux qui proviennent des corps gras qui doivent y être rangés , comme les acides sébacique , oléique , margarique , etc.

INTRODUCTION

xxvj

Les substances neutres ou composées de trois élémens seulement, et dans lesquelles l’oxygène et l’hydrogène sont dans la proportion pour former de l’eau , ne paraissent exister que dans le règne végétal , comme l’amidon , la gomme , le ligneux , les différentes espèces de sucres , etc. Elles semblent avoir pour analogues dans le règne animal des substances également neutres, mais qui renferment un élément de plus , l’azote. On ne voit également que dans le règne végétal ces composés d’oxygène , d’hydrogène et de carbone, qui jouissent de propriétés alcalines assez prononcées pour qu’on les désigne sous le nom d’alcalis végétaux , comme la morphine , la quinine , etc.

Mais il y a une analogie évidente entre les substances que forment les trois premiers élémens , dans lesquelles l’hydrogène est en excès par rapport à l’oxygène , et qui se trouvent dans les deux règnes. Ce sont les huiles grasses, volatiles, le camphre , les résines , les baumes , la cire dans les végétaux, et les graisses et les huiles dans les animaux.

On n’a, je crois, encore remarqué dans les corps organisés qu’une seule substance composée de trois elémens organiques, parmi lesquels ne se trouve pas l’oxygène , et qui cependant est acide ; c’est l’acide prussique ou hydiocyanique , dans lequel le carbone et l’azote forment le principe comburant. Il n’existe réellement (jiie dans le règne

INTRODUCTION

XXVI j

végétal; mais il se produit avec une grande facilite dans la décomposition des substances animales.

On observe enfin , dans les deux règnes, des substances ou principes immédiats dans la composition desquels il entre quatre élémens , Tazote s’y trouvant en plus ou moins grande quantité.

Mais ce n’est encore que dans les animaux qu’oii en a trouvé où la combinaison de ( es élémens forme des acides ; tels sont les acides urique, amnique , etc.

Les végétaux , comme les animaux , offrent des principes immédiats de quatre élémens et neutres; tels sont le glutineux , le ferment , l’hémâtine . l’indigo dans les premiers , et la fibrine , l’albii- * mine , la gélatine , l’urée , le picromel , les différens sucres animaux dans le second.

Ainsi , dans l’état d’obscurité où se trouve encore la chimie organique , on commence à apercevoir, grâces aux travaux importans deM. Cbevreul, qu’il serait possil)le qu’il existât dans les deux règnes des produits immédiats du même genre , et peutêtre de même espèce, ce qui empêcherait de les distinguer d’une manière un peu certaine sous ce rapport. On peut cependant voir , par ce que nous venons de dire , que le nombre des composés ternaires est toujours bien plus considérable dans les végétaux que dans les animaux, au contraire des composés quaternaires , qui le sont davantage

1NT1V0DLCT^0^.

XXVllJ

dans ceux-ci , ce qui se trouve en rapport avec la différence dans la facilité de la décomposition , ou dans la mobilité de ces deux ordres de corps.

La considération de leur structure ne me paraît pas conduire à une distinetion plus tranchée que celle des substances composantes , et peut-être même y a-t-il encore moins de différences sous ce rapport entre le végétal et l’animal. Quelques auteurs ont cependant proposé la rigidité de la fibre , n’étant pas susceptible de contraction sensible dans le premier , au contraire de ce qui a lieu dans le second ; mais il est probable que pour faire cette distinction, ils auront considéré la fibre ligneuse dans une tige d’arbre, sans faire attention que c’est une partie de solidification qui est à peu près morte , et où s’est accumulé le carbone , comme dans certaines parties des animaux la chaux combinée à l’état de sel s’aceumule pour le même usage , par exemple dans la tige commune des véritables zoopbytes. S’ils avaient établi leur comparaison entre des parties qui en sont susceptibles , ils auraient vu qu’il n’y a pas plus de rigidité dans la fibre végétale que dans la fibre animale, et que le mouvement des sucs propres et de la véritable sève dans les végétaux , ne peut pas plus se passer de la contractilité de cette fibre que le mouvement du fluide nutritif dans les animaux.

On pourrait mieux distinguer ces deux divisions du règne organique en faisant l’observation qu’il

INTRODUCTION. XXÎX

n’y a jamais de tubes complets entre les radicules absorbantes et exhalantes des végétaux , au contraire de ce qu’on remarque dans les animaux, ou bien dire que la structure des uns est fasciculaire , tandis qu’elle est vasculaire dans les autres ; mais cela ne comprendrait pas les animaux ni peut-être même les végétaux inférieurs dans lesquels on n’observe ni l’une ni l’autre de ces structures.

La distinction de l’élément générateur ou fondamental en plusieurs autres et en tissus dont la combinaison forme des systèmes , et par suite des organes, pourrait aussi être employée avec quelque avantage à diviser le règne organique , s’il n’y avait pas un assez grand nombre d’êtres des deux . divisions dont le tissu est uniforme, et si, dans les végétaux les plus compliqués , on n’apercevait pas des rudimens de tissus.

Si la structure anatomique ne nous a pas encore offert un caractère complètement suffisimt pour distinguer les végétaux des animaux , il en est à peu près de même de la forme.

On trouve en effet des êtres organisés que l’on regarde comme des végétaux , et qui sont amorphes, comme d’autres dont on fait des animaux.

Quoique la disposition rayonnée soit prédominante dans les végétaux sur la nature desquels il n’y a pas de doute, ou la trouve aussi dans un assez grand nombre d’êtres évidemment animaux.

La disposition paire ou symétrique est, au con-

INTRODUCTION

traire , beaucoup plus animale que végétale ; en effet , si , comme nous venons de le dire , un certain nombre d’animaux n’ont pas cette forme , aucun végétal certain ne l’offre complètement , du moins dans le tout; car on ne peut comparer les deux portions d’un végétal radiculé avec les deux côtés d’un animal pair , et , par conséquent , le collet avec la ligne médiane. On ne peut nier, au contraire , que l’on n’observe quelquefois dans les végétaux une disposition paire dans quelques parties.

Enfin , si l’on trouve que le plus grand nombre des véritables végétaux sont composés , c’est-à-dire qu’un certain nombre d’individus se continuent avec une partie commune , on remarque quelques groupes de la fin de la série animale qui sont dans le même cas.

Sous le rapport dynamique , nous n’allons pas voir de difféiences beaucoup plus tranchées que sous le rapport statique.

Dans l’accroissement les végétaux absorbent , comme les animaux, les substances plus ou moins préparées d’avance, à l’état liquide ou gazeux , qui doivent servir à leur nutrition.

Cette absorption se fait toujours complètement à l’extérieur de l’être végétal; si elle est plus facilitée par certaines parties que par d’autres, comme par le chevelu des racines et par les feuilles qui doivent être regardées comme des organes analogues,

INTU 0 DU CTIÜ N.

xxxj

^absorption n’en est pas moins tout-à-fait extérieure, tandis que dans le très-grand nombre des animaux , cette fonction est rendue encore beaucoup plus énergique par une disposition d’une partie de l’enveloppe générale qui est rentrée dans la masse de tissu cellulaire qui compose l’animal, ce qui constitue ce qu’on nomme un canal intestinal. Il semble en effet qu’un végétal soit composé de deux surfaces absorbantes , comme l’animal ; mais , dans le premier , elles sont bout à bout, et se réunissent au Collet , tandis que dans l’animal l’une semble rentrer dans l’autre , comme les deux parties d’une membrane séreuse. Le bord de la rentrée, que l’on nomme la bouche, correspond au collet de la plante.

C’est de cette disposition qu’est sortie la possibilité , pour l’animal , de placer dans la cavité ou poche plus ou moins profonde creusée à sa surface, la substance même dont il doit extraire sa nourriture à la suite d’une action préliminaire qu’il exerce sur elle , ou d’une digestion Vjgritable ; d’où il s’est suivi secondairement qu’il n’y a pas eu nécessité absolue pour lui d’adhérer, et encore moins de pénétrer même dans le sol ; et , au contraire . qu’il y a eu possibilité d’aller au-devant de la masse alimentaire , en se mouvant en tout ou en partie , tandis que le végétal est forcé de tenir les deux parties de sa surface absorbante dans une po- •sition fixe , l’une dans la terre et l’autre dans l’air.

XXXlj INTRODUCTION.

Ainsi le végétal n’agit jamais sur les corps extérieurs, ou ne digère pas avant de les absorber, tandis que l’animal, agit plus ou moins complètement sur eux, etexécule une véritable digestion.

Le caractère de la présence d’un canal intestinal dans les corps organisés , les partage réellement mieux eii végétaux et en animaux que toutes les autres considérations , et même que la circulation qui n’est autre chose qu’une oscillation des fluides absorbés, qui se portent d’une surface de l’animal à l’autre , et de la partie radicale du végétal à sa partie foliacée. On trouve en effet des animaux évidemment tels, chez lesquels ce n’est absolument que cela , où il n’y a pas de vaisseaux proprement dits tOLit-à-fait clos ; mais où les fluides absorbés extérieurement ou intérieurement , pénètrent dans le tissu de l’animal pour aller, après une modification obtenue dans le trajet, servir à la nutrition. C’est aussi ce que l’on voit dans les végétaux, où il n’y a jamais de vaisseaux complets.

Les fluides absorbés dans l’un et l’autre groupe et évidemment élaborés dans leur marche, se rassemblent en une masse commune qui devient le fluide éminemment récrémentitiel , sang dans les uns , sève et sucs propres dans les autres ; mais cela n’a lieu ni dans tous les végétaux, ni dans tous les animaux.

Mais , dans la cause du mouvement de ces fluides récrémentitiels , ne pourrait-on pas encore

INTRODUCTION

XXXllJ

trou ver quelque caractère distinclif des deux règnes des corps organisés? c’est ce que quelques auteurs ‘ ont pensé ; ils ont en effet voulu que la marche des fluides absorbés dans les animaux fut due à la contractilité des vaisseaux , et par conséquent à leur irritabilité, et que dans les végétaux les lois seules de la capillarité suffisent. Ainsi,.la question se trouve réduite à savoir si l’irritabililé existe dans tous les corps organisés ; et, comme cela se trouve subordonné à la définition qu’on en donne , nous sommes obligé de renvoyer l’examen de cette question à la physiologie; nous y montrerons que la partie de la circulation qui existe dans les végétaux est due à la même cause que celle qui y corresj)ond dans les animaux.

Quelques auteurs ont aussi voulu trouver une différence propre à séparer nettement le règne organique en deux parties, dans la nature de la matière absorbée. Ils ont dit que les végétaux absorbent essentiellement de l’acide carbonique , qui , en se décomposant, leur laisse le carbone , l’oxygène se dégageant , tandis que dans les animaux c’est l’oxygène ; mais cela est-il bien certain?

Quant à la manière dont se fait la nutrition ou l’assimilation dans les végétaux et les animaux, il est probable qu’elle est absolument la même ; mais que l’affinité a encore plus d’énergie dans les premiers que dans les seconds, puisque les combinaisons que forment leurs éléniens résistent da-

XXXiV INT RO 1)L CT 10 N.

vaijtage à la destruction générale ou à la décomposition , même après la mort , c’est-à-dire quand le mouvement d’inhalation et d’exhalation a cessé.'

L’accroissement est encore plus évidemment le même dans les deux classes de corps organisés. Le végétal pousse ou végète par l’extrémité , après quoi il s’accroît en diamètre. Il en est de même du corps animal dans le tout et dans ses parties , du moins dans celles qui sont essentiellement vivantes ; quant à celles qui sont déposées et mortes, leur mode d’augmentation reprend quelque chose de celui du minéral ; elle se fait par lames ou par couches , mais encore avec cette différence que la plus nouvelle est la plus intérieure, au contraire de ce qui a lieu dans les minéraux.

Sous le rapport du décroissement , de la décomposition , et par suite de la reproduction ou de l’extension de l’individu en d’autres individus , ce qui forme des espèces, les végétaux ont également un si grand nombre de ressemblances avec les animaux , qu’on serait aussi fort embarrassé de trouver dans cette considération un caractère qui pût les séparer nettement.

L’exhalation générale est aussi nécessaire aux uns qu’aux autres ; elle se fait de la même manière; il n’y a pas plus besoin de vaisseaux particuliers pour cette fonction ; elle est également en rapport avec les circonstances extérieures , en même temps qu’avec l’absorption.

INTRODUCTION. XXXY

Quant i\ la matière exhalée , est-il vrai qu’ü y ait ici une dîstinclion tranchée entre les végétaux et les animaux, les premiers exhalant de l’oxygène provenant de l’acide carbonique qu’ils ont absorbé et décomposé, et les seconds exhalant de l’acide carbonique? C’est ce qui ne me paraît pas encore assez, hors de doute pour qu’on en puisse tirer un caractère distinctif de première valeur; et d’ailleurs on ne s’est assuré de ce fait que sur les végétaux bien évidemment tels , et sur les animaux élevés ; et même , pour les premiers , ce n’est que par l’action des rayons solaires et dans les parties vertes que cette exhalation a lieu. '

L’exhalation spéciale est évidemment beaucoup moins considérable dans les végétaux que dans les animaux, ce qui tient à ce que ses produits ne devaient pas être employés à faciliter d’autres fonctions , et entre autres la digestion , que nous avons vue ne pas exister dans ceux-là. Aussi n’y a-t-il chez eux de cette exhalation , que celle dont les produits seraient nuisibles par leur conservation à l’étre vivant , et qui par conséquent devaient être rejetés. Du reste, il n’y a aucune comparaison à faire , ni dans le mode de formation de ces substany ces , et encore moins dans leur nature. Dans les animaux, ce sont toujours les substances les plus azotées qui sont ainsi rejetées , et dans les végétaux les plus hydrogénées.

Enfin, dans cette espèce d’exhalation interne,

xxxvj INTRODUCTION.

profonde, de décomposition recomposante, d'où résulte l’extension de l'individu dans quelquesunes de ses parties , et par suite sa continuité , sa succession dans le temps, et jusqu’à un certain point dans l’espace ; dans cette espèce d’exhalation qui lie la série des fonctions de composition avec celle des fonctions de décomposition , on trouve encore moins de caractères qui serviraient à séparer nettement les végétaux des animaux.

Ainsi , dans les uns comme dans les autres , on

trouve que le tissu composant peut recevoir, dans

un lieu quelconque non déterminé, un afflux de

molécules , qui , devenu le centre d’un individu

nouveau, s’accroît peu à peu , devient plus ou

moins semblable à l’individu générateur, s’en

sépare naturellement ou non , et va dans un autre

lieu former un autre individu similaire.

Dans les uns comme dans les autres, on trouve que, sur tous les individus d’une même espèce, cette formation peut avoir lieu dans des endroits déterminés , et que ces germes peuvent arriver à tout leur développement dans le lieu même où ils ont été formés , ou sur un corps tout différent.

Dans les uns comme dans les autres, on trouve, dans tous les individus de même espèce , de ces germes préparés à l’état de graine ou d’œuf (c’està-dire formés d’enveloppes contenant une certaine quantité de matière récrémentitielle , toute

INTRODUCTION. XXXVl)

préparée et faisant partie de l’embryon) , dans un endroit détermimé , mais ne pouvant commencer leur développement qu’à l’aide d’un autre fluide exhalé dans une autre partie du même individu qui a formé le germe : c’est ce qui établit la distinction des sexes sur le même individu ; c’est l’hermaphrodisme suffisant , qui existe beaucoup plus communément dans le règne végétal , mais qu’on remarque aussi dans le règne animal.

Enfin , dans les végétaux comme dans les animaux , on trouve que les deux sexes ne sont plus portés par le même individu , mais qu’ils sont séparés et distincts, ce qui entraîne la nécessité d’un moyen de rapprochement entre les individus de sexe différent , ou entre les produits qu’ils ont formés, pour que la génération ait lieu. Quoique sous ce point de vue les végétaux sexifères se distinguent assez nettement des animaux , parce que chez eux ce ne sont jamais les individus qui se rapprochent , mais le fluide mâle que les circonstances extérieures portent sur les germes produits par l’individu femelle , on remarque cependant quelque chose d’assez semblable dans plusieurs animaux également sexifères.

Ainsi nous serions arrivés à la fin de notre examen successif des divers rapports sous lesquels nous nous étions proposé d’envisager les deux sections artificiellement établies dans le règne organique , sans trouver de différences propres à les

XXXViij ‘ INTHODUCTIOX.

définir, à les caractériser, s’il ne nous restait à parler des organes et des facultés de la locomotion et de la sensibilité , dans lesquels on croit assez communément que se trouve la plus grande différence entre les êtres que nous comparons. En examinant la chose physiologiquement, il est aisé de voir que, dans cette comparaison , la difficulté tient à cette question : Les végétaux , comme les animaux , éprouvent-ils le besoin de se nourrir et de se reproduire? car, s’il en est ainsi, il est évident qu’ils doivent avoir reçu de la nature les moyens de le remplir , en recherchant les corps avec lesquels ils doivent établir des rapports pour y parvenir.

La résolution de ce problème peut être essayée à priori ou à posteriori , ou mieux physiologiquement et anatomiquement.

A priori, cela est assez probable, puisqu’on voit d’une manière évidente que certaines parties des végétaux complets semblent fuir une cause nuisible ou rechercher un rapport utile pour leur nutrition , un peu comme le font les animaux. Il y a cependant cette différence que dans ceux-ci c’est le corps tout entier ou ses appendices qui agissent plus ou moins spontanément pour ce but , tandis que dans ceux-là c’est par la direction de l’accroissement ou des nouvelles parties que la chose semble avoir lieu.

Le sentiment du besoin paraît être encore moins

1 NTiiOD U r/r io^^

douteux pour la génération. On remarque en effet , parmi les végétaux, plusieurs faits qui semblent prouver que les organes qui doivent contribuer à la reproduction dans les espèces où les sexes distincts sont séparés, ou portés parle même individu, sentent les rapports qu’ils doivent avoir, puisqu’ils exécutent des actes évidens pour y parvenir.

^ posteriori, ou par l’étude de l’organisation, nous ne pouvons pas aussi aisément affirmer que les végétaux éprouvent le besoin de s’accroître et de se reproduire. En effet , dans tous les animaux chez lesquels on trouve la faculté de sentir l’action des corps extérieurs , et par suite celle de pouvoir s’en écarter ou s’en rapprocher , suivant qu’elle peut leur être utile ou nuisible, on reconnaît dans leur structure deux nouvelles modifications du tissu élémentaire, auxquelles on donne le nom de fibre musculaire ou contractile , et de fibre nerveuse ou excitante. Or, il est absolument impossible d’en apercevoir de traces dans les végétaux ; mais il est juste de dire qu’on n’en aperçoit pas davantage dans un assez grand nombre d’animaux inférieurs qui jouissent cependant de la spontanéité des mouvemens pour rechercher leur proie , et pour éviter l’effet d’une cause nuisible.

D’après les détails dans lesquels nous venons d’entrer, dans le but de chercher les moyens de

xi INTRODUCTION.

partager d’une manière évidente le règne organique en ses deux grandes divisions généralement admises , il est clair qu’il n’y a qu’un seul point de vue dans lequel on ne remarque pas de ces nuances insensibles qui empêchent de placer un jalon séparateur : c’est la présence ou l’absence d’un canal intestinal incomplet ou d’un estomac. Certains corps organisés en ont un , certains autres n’en ont pas. Cependant, comme d'autres caractères sont infiniment plus communs dans l’une de ces coupes que dans l’autre, nous allons les faire entrer comme élémens secondaires de notre définition comparative des végétaux et des animaux.

Un végétal est un être organisé (c’est-à-dire celluleux , inhalant et exhalant, pouvant se nourrir et se reproduire), fortement carboné, le plus souvent complexe , sans canal intestinal , sans fibres contractiles visibles , sans fibres excitantes évidentes , et par conséquent ne digérant pas , ne se mouvant pas, ne sentant pas ses rapports avec les corps extérieurs , quoiqu’il nous le semble quelquefois par les changemens lents et successifs que nous lui voyons produire dans un but déterminé.

Un animal , au contraire , est un être organisé , fortement azoté , le plus souvent simple , constamment pourvu d’un canal intestinal plus ou moins complet , de fibres contractiles et excitantes , près-

INTRODUCTION

Xlj

que toujours visibles ^ par conséquent digérant, et sentant plus ou moins ses rapports avec les corps extérieurs , et nous le démontrant par des mouvemens subits que nous lui voyons exécnterpour un but évident. • »

Mais comme cette définition ne comprend pas tous les êtres organisés que l’on range souvent , sans trop savoir pourquoi , parmi les animaux, nous sommes obligés de faire de ceux qui ne pourraient entrer dans la première section de l’empire organique que parce qu’ils n’ont pas de traces de canal intestinal , une sorte d’appendice du règne animal. C’est ainsi que nous y plaçons les éponges , les faux alcyons , les moléculaires et même les corallines, quoiqu’il soit impossible d’y appliquer la définition que nous venons de donm r de l’animal.

C’est peut-être pour la même raison que les pbytologistes sont obligés de comprendre parmi les végétaux les champignons et les lichens , quoique, sans aucun doute, ils soient beaucoup moins éloignés de la définition du végétal , que les corps organisés dont nous venons de parler tout à l’heure le sont d<> l’animal ; mais qui cependant s’en éloignent sous plusieurs rapports importans.

Nous admettons donc, sous le nom d’animal, une certaine combinaison d’organes produisant certaines lorces , et entre autres une force digestive et une force locomotive . affectant une forme déter-

Xlij INTR ÜDUC nON.

minée , el agissant sur les circonstances extérieures d’une manière également déterminée.

D’après eela , il est évident que pour bien eonnaître les animaux, il nous faut envisager et étudier suecessivement : ^

i“ La structure, la forme, la disposition, les rapports des différons organes dont la combinaison produit tel ou tel animal ; ce qui constitue l’anatomie ou la connaissance de l’organisation des animaux ;

2° Le mode d’action de ces différens organes en particulier , et les uns sur les autres , ainsi que les résultats de ces actions pour produire tel ou tel degré de vie , ou ce qu’on nomme la physiologie animale ;

3“ La forme générale et spéciale que ces différentes combinaisons d’organes affectent constamment, et qui fait à nos yeux tel ou tel animal ; l’art de le reconnaître par des moyens plus ou moins, artificiels, de le faire reconnaître aux autres, et de disposer les animaux de manière à faciliter l’emploi de la voie d’analogie et d’induction ; ce qui constitue ce que je nomme la zoologie proprement dite ;

4“ Enfin , les différentes manières dont ces combinaisons d’organes, affectant une forme déterminée, agissent sur les circonstances extérieures, pour se nourrir et se propager, c’està-dire les mœurs, les habitudes des animaux;

INTRODUCTION. xlÜj

ce qui forme leur histoire naturelle proprement dite.

INoiis pourrions ensuite, forts de cette manière d’envisager complètement le règne animal, en faire une aj)plication immédiate à Tulilite do riiomme en société, en traitant de l’art de s’emparer, d’elever , de perfectionner les espèces utiles, de celui de poursuivre et de détruire les espèces nuisibles, et enfin de fart encore bien plus important de (Connaître les lésions dont le corps animal est susceptible , et d’y remedier ; mais ce serait pour bien des personnes sortir des limites que l’on peut assigner à un traité des animaux , que l’on doit considérer essentiellement à l’état de santé, et qu’en effet nous allons envisager comme tels, et même comme parvenus à l’état adulte.

Cette simple énumération des diverses sortes d’application immédiate de lai connaissance des animaux , parmi lesquels nous sommes forcés de comprendre notre espèce, suffira sans doute pour bien faire sentir quels sont le but et l’importance de ce traité. Démontrer d’une part à posteriori, c’est-à-dire par une comparaison exacte, que l’bomme est le chef-d’œuvre , le summum des êtres créés, le seul qui. puisse en concevoir l’ensemble , qui puisse sentir i’bainionie sublime de cet ensemble, et remonter jusqu’à la nécessite d’un Dieu , d’une âme universelle ; d(î l’autre , faire voir que si son intelligence peut s’élever si haut

IN TRODÜCTION.

quelle semble remonter à sa source^ son corps est cependant soumis aux mêmes lois physiques que tout l’univers créé, et par conséquent rendre évidente cette influence réciproque du corps et de l 'intelligence , par des faits irrécusables pris dans l’étude de tous les animaux, aussi-bien que dans celle de l’iiomme lui-même ; tel est le but le plus philosophique auquel nous puissions prétendre : mais il en est un second qui ne l’est peut-être pas moins , et qui offre une utilité plus immédiate , au moins en apparence ; c’est de montrer que les systèmes de gouvernement , c’est-à-dire les lois et les règles delà société à laquelle l’homme est nécessairement appelé par sa nature , forment une véritable science d’application , ou mieux un art , déduit d’une science d’observation, et que par conséquent ils ne peuvent avoir de base que dans l’étude approfondie de la nature de l’homme comparée à celle des animaux ; qu’ils sont nécessairement ^ariables, progressifs comme les résultats de toutes les facultés de l’espèce humaine . et dépendans des circonstances particulières dans lesquelles existe la société , ainsi que de l’âge auquel elle est parvenue. Démontrer quel’espèce humaine se distingue nettement de toutes les autres , en ce qu’elle seule a reçu la faculté d’améliorer la succession des individus ou l’espèce, par une éducation et une instruction proportionnelles à l’avancement de la société, ce qui convertit un besoin

IN TRODU CTION.

physique en un devoir moral ; montrer enfin que cette faculté instinctive , fixe, qui détermine les rapports innés nécessaires d’un animal avec les circonstances extérieures , est devenue chez l’homme seulement instinct mobile , c’est-à-dire raison ou génie, pour se proportionner à l’état de la société et à la difficulté des circonstances dans lesquelles il peut vivre, sont des considérations qui entrent aussi dans le but que nous nous sommes proposé , et dont elles feront ressortir l’importance.

Fournir des bases aussi solides qu’invariables à l’art de s’emparer des animaux utiles , sans tendire à leur destruction , c’est-à-dire dans des limites déterminées; à celui qui les élève , les modifie dans telle ont elle de leurs parties, et pour un but d’utilité plus ou moins immédiate; à celui qui les emploie comme force vivante, les nourrit et les modifie dans ce but; enfin , à l’art qui cherche à poursuivre et à détruire les espèces nuisibles , entre aussi dans l’objet que nous nous sommes proposé, et fait voir que l’utilité d’un traité des animaux peut descendre jusqu’à des détails- presque domestiques.

En admettant aussi que, dans les deux premières parties de ce traité, j’aurais réussi à poser quelques principes qui pussent servir à faciliter et approfondir l’étude des lésions de différentes sortes dont les organes des animaux sont susceptibles dans leur tissu intime , dans leur développement

xlvj INTRODUCTION.

OU leur décroissement anomaux» et même dans le , simple dérangement des parties dont, se composent les appareils et les organes , il est évident que , quoique cela ne dût pas être mon but direct , il n’aurait pas moins d’importance, vu l’utilité immense dont serait aujourd’hui à l’art de guérir une pathologie générale , parce qu’elle pourrait conduire à une thérapeutique rationnelle que nous sommes encore bien loin de posséder.

Je ne mettrai pas non plus au nombre des objets que j’ai eus en vue en publiant ce traité , le désir d’attirer les personnes du monde qui aiment à penser, à l’étude de la nature. Quelle est cependant celle qui élève plus la pensée , qui soit plus digne d’employer les facultés de l’esprit humain , qui puisse , par son immensité , rassasier plus complètement cette espèce de faim morale dont il est de plus en plus dévoré , et neutraliser cette activité toujours croissante , souvent nuisible quand elle ne trouve pas à être convenablement employée , qui le pousse à changer continuellement de position? quelle est l’occupation qui fasse éprouver de plus douces , de plus innocentes jouissances , qui attache avec plus de force quand on en a vaincu les premières difficultés , qui console le mieux des injustices inévitables de la société , qui rende plus indulgent pour les autres , qui enseigne mieux à se soumettre aux lois immuables de la Providence ? quelle est enfin l’étude

liMRüD LCTION.

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qui nous intéresse davantage , que celle de la nature, et surtout que celle des animaux , à cause de la diversité presque infinie de leur organisation , de leurs mœurs , de la relation évidente de ces mœurs avec l’organisation et deleur ressemblance graduelle avec l’espèce humaine? J’avoue cependant n'avoir ete que très-peu conduit par cette idée ; j’ai voulu essentiellement être utile à la science et à ceux qui se destinent à en avancer les progrès. C’est vers ce but que j’ai dirigé tous les moyens qui lui appartiennent et dont je dois maintenant dire quelque chose.

Pour remplir un but aussi élevé, aussi vaste que celui que l’on doit se proposer dans un traité des animaux , les moyens doivent être réfléchis et appropriés. Voyons un peu quels ils sont et quels ils doivent être.

Comme pour tout autre effort de l’esprit humain, il est évident qu’ils doivent être nécessairement en rapport avec la nature de la science pour le développement et la propagation de laquelle ils sont employés ; c’est ce qui nous conduit directement à rechercher quelle est la nature de la science qui traite des animaux.

Toutes les connaissances dont l’esprit humain est susceptible forment un cercle; mais elles peuvent être distinguées en trois categories , comparables , comme l’a fait notre illustre Descartes , aux trois parties d’un arbre : les sciences prélimi-

Xlviij INTRODUCTION.

iiaires, qui sont la base des autres, sont les racines de l’arbre; les sciences d’observation en sont le tronc ou le soutien ; elles s’appuient en effet sur les sciences préliminaires, comme le tronc d’un arbre sur les racines; et enfin , les sciences d’application, ou les arts , sont les branches qui en émanent, et qui réagissent à leur tour sur le tronc et sur les racines elles-mêmes.

Les premières sont ou mieux paraissent être entièrement de notre création ; elles sont réellement appuyées sur des faits, mais qui sont pris en nous-mêmes : ce sont elles qui nous apprennent à penser, à exprimer nos pensées, à leur donner l’ordre convenable pour convaincre les autres , en les leur exposant, soit à l’oreille, soit aux yeux , par des moyens appropriés.

Les secondes sont composées nettement de deux choses , de faits qui nous sont donnés par la nature , qui sont hors de nous , qui ne dépendent pas de nous , et d’une méthode ou d’un art emprunté à ia série précédente , qui les réunit , les coordonne, de manière à en tirer des corollaires, à établir des principes plus ou moins généraux.

Enfin les troisièmes , ou sciences d’application , sont les arts , dans lesquels les principes fournis par une science d’observation, disposés, exposés convenablement par les sciences préliminaires, sont appliqués à un but déterminé , ou au mieux être de l’homme dans l’état de société. Ces sciences

INTRODUCTION. xlix

d’application ou ces arts sont d’autant plus compliquées, d’autant plus clifTicilcs , qu’elles ont un but plus élevé. Comparez en effet l’art qui traite des moyens d’extraire de la terre les matériaux propres à faire des instrumens aratoires grossiers , à celui qui les convertit en instrumens propres à mesurer le temps , ou à augmenter la portée de nos sens ; comparez surtout ce premier des arts pour l’utilité immédiate , la métallurgie, à l’art de gouverner les hommes, de diriger leurs efforts vers un but commun , ce qui caractérise l’état de société , ou à celui de rétablir leur santé lésée par des circonstances physiques et morales ; et vous verrez la différencé énorme qu’il y a entre eux, quoiqu’ils soient évidemment de la même nature.

D’après les caractères que nous venons d’assigner aux trois catégories dans lesquelles on peut partager toutes les connaissances humaines , et qui constituent la philosophie, il est évident que celle qui s’occupe des animaux appartient à la seconde , ou aux sciences d’observation, et que par conséquent elle se compose de faits et d’une méthode.

Ses moyens sont donc ;

i" L’observation, ou l’art de bien voir les faits quand ils se présentent à nous spontanément ;

2* L’expérience, ou l’art de faire naître les faits sous nos yeux , à notre volonté , de les circon-

li\TKOI)UCTIOi\.

scrhe d’une manière plus ou moins limitée, de soumettre les corps que nous voulons observer à telle ou telle action de la part de tel corps extérieur , en faisant momentanément abstraction de l’action de tous les autres, ou en évaluant cette action ;

3“ La méthode empruntée à la science préliminaire de la logique , et qui nous permet de disposer les faits de manière à en faciliter non-seulement le souvenir ou l’exposition, suivant qu’on se propose de s’instruire ou d’instruire les autres ; mais surtout à permettre l’application de- la voie de l’analogie et de l’induction , et par conséquent l’établissement des principes.

Je ne parle pas de l’art d’exposer ces faits par le style , la parole ou le dessin , de les faire passer dans l’esprit et dans la mémoire des autres, quoiqu’il y ait encore quelque chose de technique à ce sujet*

L’observation appartenant plus spécialement è

la partie de la science des animaux qui traite de

leur histoire naturelle , je me réserve d’en parler

au commencement de cette partie de mon ouïr '■

vrage.

L’expérience étant, au contraire j plus particulièrement utile à la physiologie, nous nous proposons aussi de discuter, quand nous serons parvenus à cette partie , quels sont les avantages réels et les désavantages ^ont les expériences peuvent

INTRODUCTION. Ij

être ù la science , suivant quelles sont bien on mal instituées.

La méthode, quoique essentielle dans toutes les parties de la science des animaux , étant encore bien plus importante dans la zoologie proprement dite que dans toute autre, nous nous réservons d’exposer alors quelles sont les modifications que la méthode en général a dû éprouver pour être appliquée à cette spécialité. Nous n’allons, en ce moment, en parler que comme de l’art de se diriger dans les recherches anatomiques.

Quoique les anciens , probablement à la suite de tâtonnemens de même sorte que les nôtres , fussent parvenus dans la connaissance des animaux à un degré de perfection beaucoup plus grand qu’on ne croit ordinairement , comme le prouvent le Traité des airs et des lieux d’Hippocrate , celui des animaux d’Aristote, et le savant ouvrage de Galien sur les usages des parties , les recherches anatomiques ne furent soumises long-temps après la renaissance des sciences en Europe , à aucune marche un peu rationnelle.

La première méthode d’anatomie fut évidem-^ ment déterminée par la difficulté de se procurer des cadavres , puisque Tordre anatpixuiqne que Ton suivit était en rapport avec celui de l’^dtération des parties : aussi commençait-on par Tabdomeii et les viscères qu’il contient; Ton passait ensuite

IN lliODUCÏIOK.

successivement à I etude de la poitrine et de la tête ; l’on terminait enfin par les membres et par le squelette, comme les parfies les plus faciles à conserver.

Une seconde méthode plus chirurgicale , et déjà évidemment préférable, suivit bientôt lapremiëi’e : elle consistait à envisager d’abord le squelette , puis les muscles, à quelque usage qu’ils fussent employés. L’on étudiait ensuite sous le nomdesplanclinologie tous les viscères , que l’on subdivisait suivant qu’ils étaient contenus dans l’abdomen , la poitrine ou la tête , et sans avoir presque égard à leurs fonctions ; aussi le cœur et le cerveau , les organes des sens , entraient-ils dans cette partie. L’on terminait enfin par l’angiologie , ou l’étude des vaisseaux, et par la névrologie , qui ne comprenait que les nerfs.

Dans les temps modernes et surtout depuis Bichat, l’on a ajouté de grands perfectionnemens à cette méthode en la rendant peu à peu plus rigoureusement physiologique ; l’on a en effet étudié le cœur dans l’angiologie et le cerveau dans la névrologie, en rejetant l’ancienne division d’après les cavités splanchniques.

Un autre perfectionnement , de la plus grande valeur d’abord pour la pathologie et ensuite pour la physiologie-, a été de considérer les tissus ou systèmes qui'emrent dans la composition des organes , préalablement à l’étude de ceux-ci. C’est

INTRODUCTION. iÜj

évidemment à l’école française que cette innovation définitive est due.

Ajoutons aussi que dans l’examen des organes , on commença à cette même époque à étudier leurs changemens , ou la manière dont ils s’accroissent et décroissent dans le cours de la vie.

Ces améliorations importantes dans la méthode anatomique , qui tendaient à la rendre de plus en plus physiologique, et dont la plupart sont dues aux deux plus célèbres anatomistes français, Vicq d’Azir et Bichat , n’avaient cependant encore trait qu’à l’espèce humaine; en sorte qu’elles étaient bien loin de pouvoir être appliquées à l’étude de l’organisation animale en général. On avait bien , et depuis fort long-temps , étudié l’anatomie de quelques animaux et surtout des mammifères , mais à peu près parallèlement avèc celle de l’homme , c’est-à-dire en suivant la même marche adoptée aux différentes phases de perfectionnement de celle-ci : c’est ce que l’on peut voir même encore dans les anatomies que Daubenton a ajoutées à l’Histoire naturelle des quadrupèdes de Buffon. Ce sont autant d’anatomies particulières que d’animaux, sans presque aucun rapprochement qui pût servir à l’établissement de la science.

Vicq d’Azir , assez long-temps avant Bichat , conçut le premier et exposa le plan d’une méthode anatomique véritablement comparée, ainsi que celui d’une physiologie, dans laquelle il envisagea

INTRODUCTION

toute la série des animaux ; il l’exéeula en partie dans l’Encyclopédie méthodique , mais, il faut l'avouer, au moyen d’une sorte de dépècement des anatomies spéciales de Daubenton , de Pallas , ainsi que des siennes. 11 h’en a pas moins créé la science; il conçut ce qu’est un organe rudimentaire, comme le prouvent ses Mémoires sur l’os incisif et sur la clavicule; un organe analogue, comme le montre sa comparaison des membres thoraciques et abdominaux de l’homme.

Le plan de Vicq d’Azir , assez généralement adopté , devait être terminé par le premier qui posséderait une chaire d’anatomie comparée en Europe; c’est en effet ce qui eut lieu d’une manière plus concise, plus abrégée, et avec un perfectionnement évident, provenant de ce que le dépècement des anatomies spéciales fut beaucoup moins sensible, en même temps que la forme fut encore plus physiologique et réellement plus comparative. Mais un inconvénient réel de cette forme, c’est qu’il fut très - difficile de s’en servir comme d’un moyen d’anatomie, tandis que cela était très-facile dans le plan de Yicq d’Azir.

Quoi qu’il en soit, ce fut un nouveau pas, d’une grande utilité pour la science , qu’un corps de doctrine, quel qu’il fût, mais exécuté en totalité, puisqu’il pouvait servir d’une espèce de point d’appui pour aller plus loin , en confirmant , en étendant ce

INTRODUCTION

qu’il contenait de vrai , en corrigeant les erreurs , et en découvrant de nouveaux faits.

Mais la science ne pouvait en rester là : il fallait poursuivre cette étude des organes rudimentaires, des organes analogues , dans des animaux plus différens , plus éloignés de la série ; il fallait faire une plus grande attention au développement successif d’un organe et d’un appareil dans l’évolution d’un animal élevé, et l’étudier comparativement avec son perfectionnement dans la série des animaux , afin d’arriver à une définition générale et presqu’abstraite de l’organe, de l’appareil et de sa fonction; ce qui ne pouvait avoir lieu sans des progrès parallèles de la zoologie et delà physiologie. C’est ce qui a été fait quelquefois successivement et plus souvent à la fois par les anatomistes français et étrangers, mais surtout par les premiers et parles allemands et les danois. C’est en continuant dans cette direction que la science fera des progrès ultérieurs et arrivera à la perfection dont elle est susceptible par sa nature. Il faut donc que l’anatomiste soit bien convaincu qu’il doit voir alternativement avec les yeux de l’esprit et avec ceux du corps, c’est-à-dire s’aider des corollaires déduits d’un certain nombre de faits, pour en prévoir et en chercher de nouveaux ; qu’il craigne presqu’autant de se traîner lentement sur ce qu’on appelle vulgairement les faits, que de se livrer à l’attrait des hypothèses. Dans l’un et dans l’autre cas ,

INTRO DUCTION.

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il est à craindre qu’il ne voie pas ceux-là tels qu’ils sont, en voyant en-deçà dans le premier et audelà dans le second. Quand une science d’obseryation est arrivée à un certain point, elle ne peut avancer qu’en se servant alternativement de la méthode à priori et de la méthode à posteriori : celuici la base, celui-là l’elève et la couronne.

Les considérations à priori qui doivent servir à guider l’anatomiste dans ses recherches sont :

i“ La symétrie, c’est-à-dire la disposition des parties des organes, et des organes eux-mêmes, suivant une loi déterminée par la forme générale de l’animal et quelquefois par leurs fonctions ;

2° La position relative des organes par rapport à l’axe du corps de l’animal ou au canal intestinal ' et à son extrémité antérieure pris comme point de départ ;

3° Les connexions ou rapports qui existent entre les différentes parties d’un appareil et quelquefois entre les appareils eux-mêmes ;

4° La subordination ou l’emploi d’une partie d’un appareil au perfectionnement d’un autré , ce qui forme ce qu’on peut nommer un organe et une fonction subordonnés;

5“ La série des développemens des différentes parties d’un organe, des organes composant un appareil, et même des appareils eux-mêmes, dans un animal considéré en lui-même et comme formant un degré de la série; ce qui permet de déter-

INTR ODU CTI ON.

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miner à priori ce qu’il y a d’essentiel, d’accessoire , de perfectionnant et même de rudimentaire dans les organes et dans les appareils.

6° La structure anatomique, normale et même anomale, la composition chimique des organes, et surtout la fonction analysée à priori, donnent aussi lieu à des considérations de même sorte sur lesquelles il est souvent important à l’anatomiste de s’appuyer pour apercevoir plus complètement les faits.

7° Enfin il n’est pas même jusqu’aux habitudes des animaux qui ne puissent conduire à trouver dans leur organisation des faits que l’on n’aurait pas aperçus sans cette considération.

D’après l’ordre que j’ai été conduit à adopter pour donner une idée complète des animaux , il est évident qu’il m’a été absolument impossible d’éviter d’employer, même assez souvent, des termes plus ou moins techniques dont l’explication n’aura pas été préalablement donnée-, et entr’autres les noms des animaux eux-mêmes et ceux des groupes plus ou moins naturels que la zoologie établit parmi eux : c’est un inconvénient fort grave et dont je sens toute l’importance; mais cela tient à la nature même de la science dont nous traitons. 11 y en aurait eu d’absolument semblables si nous eussions commencé par l’étude des formes ou par la zoologie proprement dite, puisque les caractères dont nous aurions eu besoin pour l’établissement

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de la méthode se tirent d’organes que nous n’eussions pas connus. En général , la science des animaux forme un cercle qu’il est bon d’étudier une première fois en masse, avant de descendre plus spécialement à l’étude de chacune de ses parties.

Pour diminuer cependant autant qu’il nous était possible l’inconvénient dont nous venons de parler, nous avons cru devoir placer à la fin de cette introduction les tables synoptiques de la classification des animaux, telle que nous la développerons dans la troisième partie de ce traité.

Nous avons aussi pensé que , pour rendre ces principes d’anatomie plus usuels , nous devions les terminer par une table générale raisonnée dans laquelle , sous le nom de chaque animal , sera analysé tout ce qui regardera son organisation , avec le renvoi pour les détails au volume et à la page où ils se trouveront; ce qui formera une espèce de manuel d’anatomie qui pourra servir à guider les commençans.

Chaque volume contiendra en outre une table particulière pour les objets dont il traite, ainsi qu’un petit nombre de figures disposées de manière à faire concevoir l’ensemble et les différens points du système.

Les quatre parties qui doivent entrer dans la composition de ce traité des animaux , et que nous avons énumérées plus haut, quoique formant un

INTRODUCTION. Hx

tout, et quoique disposées suivant un plan commun, n’en sont pas moins complètement indépendantes les unes des autres , de manière à pouvoir être presque indifféremment réunies ou séparées.

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