‹ De l'organisation des animaux, ou, Principes d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 64 sur 68 · C. Dans les reptiles · texte numérisé non relu

C. Dans les reptiles

L’organe et l’appareil de l’ouïe dans ce groupe d’animaux ont évidemment beaucoup de rapports avec ce qu’ils sont dans les oiseaux; ils occupent cependant une place moins considérable dans les parois postérieures du crâne. L’étendue de la partie essentielle du labyrinthe augmente; les canaux

DANS LES REPTILES

I semi-circnlaiies au contraire diminuent, sinon en nombre, i du moins en grandeur; le limaçon est encore plus rudimentaire, ce n’esl plus réellenient qu’un très-petit sinus du vesf tibule. La substance crétacée qui se trou\e dans rhmneur t dont le vestibule est rempli, augmente en étendue et en

(consistance. Il n’y a plus qu’un seul orifice pour la communication de ce labyrinthe avec l’extérieur , et cette communication devient de moins en moins facile, au contraire de celle avec la gorge. La caisse du tympan n’est plus en effet » qu’une ililatation de la membrane pharyngienne : aussi n’y I a-t-il plus de caisse du tympan proprement dite ; les os que i nous avons vu la former dans les mammifères étant comme

I; dans les oiseaux employés à un autre usage. Les osselets P sous la forme et avec la dispo‘>ilion qu’ils ont dans les oi-

! seaux , restent cependant encore affectés à l’appareil de l’ouïe.

Il y a encore souvent une membrane du tympan, mais \ presque toujours à fleur de tête, sans conduit auditif externe, \ et à plus forte raison sans trace de conque.

Dans les chéloniens toutes les parties internes de l’oreille sont très-enfoncées, très-éloignées de la superficie, et contenues dans une substance cartilagineuse qui remplit l’intervalle de trois os du crâne : cette substance venant peu à peu à s’ossifier, il en résulte que les sinuosités du 1 ibyriivtbe correspondent à des excavations proportionnelles des os; mais il n’y a pas un véritable os du rocher.

Le vestibule est très-grand, ovale, un peu recourbé, ce qui lui donne la fornae semi-lunaire : il offre deux sinus, l’un antérieur semi-ovale plus grand, et un postérieur arrondi : il est tapissé intérieurement par une première membrane fibreuse, périostéale assez épaisse, èt ensuite par une seconde plus molle qui naît de'l’orifiee interne pour se terminer à l’externe. Des trois canaux semi-circulaires qui sont supérieurs , le vertical antérieur est plus grand que le postérieur, et le moyen qui est horizontal est le plus petit; les

Différences spéciales, dans les chéloniens.

54 0 i/appaheil de loeïe

exlrémilés anlérieures de ces deux derniers qui s’ouvrent dtins l«î sinus antérieur du vestibule, sont renflées en ampoule, de même que l’extrémité du eanul vertical postérieur dont l’ouverture, ainsi que la postérieure du canal horizontal, ont lieu dans le sinus vestibulaire postérieur. Les deux autres extrémités des canaux verticaux se réunissent toujours en un canal commun qui n’a qu’un seul orifice dans le vestibule.

Ce labyrinthe est rempli certainement d’un fluide aqueux abondant, et d’une sorte de matière gélatineuse a^ant une enveloppe propre dans le vestibule et dans ses sinus, ce qui la divise en trois parties; une beaucoup plus grande dans le vestibule lui -même, et qui en prend la forme semi-lunaire; une seconde plus petite, à peu près arrondie , située à la partie inférieure de celle-ci, et qui semble être le rudiment du limaçon; et une autre antérieure. Toutes les trois contiennent une matière sub-crétacée blanche, mais qui est plus considérable , un peu plus 'ferme, et d’une forme déterminée dans le vestibule même.

L’orifice interne du labyrinthe ne forme pas de canal; c’est un simple trou percé dans la paroi fort mince qui sépare le labyrinthe de la cavité cérébrale.

Son orifice externe est également unique ; il est grand , à peu près rond, et au fond d’une espèce de tube formée par la caisse du tympan.

La cavité Ij'^mpanique véritable est très -longue, trèsétroite, et se borne presque é former une gaine fibreuse pour le passage du système des osselets.

On voit cependant en avant l’orifice d’un canal assez grand, béant, qui se dirige obliquement v«rs la cavité pharyngienne ; c’est la trompe d’Eustache.

Le système d’osselets semble n’être formé que par un seul os long, grêle, un peu courbe et élargi vers scs extrémités; mais il est réellement composé de trois parties : Tune

DANS LES REPTILES. 1

interne, sub-cartilaginciise, est en forme de pilon ; elle s’enfonce dans le canal de l’orifice vestibulaire, et la membrane interne s’y attache : la seconde est cylindrique, grêle, osseuse; elle s’attache sur le côté externe de la troisième : celle-ci est une petite plaque A peu près circulaire, convexe en dehors, concave en dedans, et sub-cartilagineuse. Un petit muscle fort court, mais assez épais, qui se porte d’arrière en avant, et un peu de dedans en dehors de l’os occipital latéral à cette plaque, pousse le stylet en dedans.

La plaque dont il vient d’être question, et qui est l’analogue du marteau, adhère par sa face externe à une masse de tissu cellulaire blanchûtre fort épaisse qui remplit une grande excavation osseuse formée par l’os tympanique ou carré. Ainsi il n’y a pas de membrane du tympan proprement dite ; en effet la peau qui passe sur cette masse n’est nullement modifiée, et elle est écailleuse c^mme partout ailleurs.

J’ai disséqué comparativement l’organe de l’ouïe dans les tortues marines, d’eau douce et terrestres, sans y remarquer de différences importantes, si ce n’est peut-être dans la fausse cavité tympanique formée par l’os carré.

Le crocodile a cet appareil si ressemblant, à ce que nous venons de voir dans la tortue, du moins intérieurement, qu’il est presque inutile d’en donner la description : il n’en est pas de même des parties accessoires. Ainsi, outre la partie tubuleuse de la caisse qui est moins longue, mais plus large que dans la tortue, il y a en dehors une portion plus large, peu profonde il est vrai, et qui communique par un orifice grand et arrondi dans une sorte de cellule assez large située en avant des canaux semi-circulaires, et qui passe d’outre en outre dans l’occipital supérieur et à travers l’inter-pariétal. La trompe d’Eustache commençant au hord postérieur de la caisse , est assez grande , à peu près cylindrique ; elle se dirige obliquement de dehors en dedans et d’arrière

Dans

les énaydo-dermiens.

Dans

Itis sauriens.

54^ l’aPPARIÎIL DK LOUÏE

en avant, et s’ouvre dans un petit sinus commun, arrondi et situé sous l’os basilaire, tout près du condyle occipital.

Le système d’osselets est foi'iné d’un étrier en forme de trompette , dont la placpie est ovale et la tige cylindrique. A son exti’émité est une pièce triangulaire, cartilagineuse, qui adhère à la membrane du tympan.

La caisse est en ellet composée par une vériioble membrane du tympan tout-à-fait semblable à celle des oiseaux; elle est ovale , obli(|uemenl dirigée , dé manière qu’elle JCgarde un peu en dedans : elle est appliquée dans la plus grande partie de sa circonférence sur l’os carré.

Enfin, ce qui distingue le crocodile de tous les autres reptiles, c’est que le tympan est au fond d’une sorte de méat auditif externe fait en forme de fente alUmgée d.ms la direction de l’œil, élargie et plus profonde en arrière, et qu’il est dans l’état de repos complètement fermé par une sorte d’opercule ou de lèvre supérieure. Cet opercule ne contient pas de pièce osseuse dans son épaisseur; c’est un prolongement du derme dans lequel il m’a semblé apercevoir des fibres musculaires qui, de son bord adhérent ù l’os , se portent au bord libre.

Les sauriens peuvent encore être considérés sous ce rapport comme sous beaucoup d’autres d’une manière générale, car ils ne diffèrent entre eux que par des nuances. Le labyrinthe fait de chaque côté de la partie la plus reculée du crâne une petite saillie de forme lenticulaire, et comme vèsiculeuse du côté du crâne, mais qui en dehors s’applique contre le prolongement de l’occipital latéral allant se joindre à l’os carré. Toute cette masse est creuse , et sa cavité ovale forme le vestibule à la partie inférieure ebantérieure duquel est un petit sinus, rudiment du limaçon. Les canaux semicirculaires se voient un peu en relief sur le vestibule; l’externe est toujours â peu prè« horizontal; et les deux ve rticaux, qui sont obliques et à peu près égaux, se réunissent

DANS LES REPTILES

vers le milieu <lu côté interne de la masse pour former le canal commun. La plus grande partie du vestibule est rem- . plie par une sorte de lentille calcaire assez dure, située P obliquement, et enveloppée par une couche légère de ma- \ tière albumineuse qui se propage dans les canaux, et qui se renfle en une sorte de vésicule dans le sinus. Le canal auditif interne est ordinairement formé par un seul trou percé dans une paroi fort mince; il n’y a qu’un seul orifice veslibulaire * assez [letit qui conduit dans la caisse du tympan, r Cette caisse est très-étendue ; ce n’est réellement plus ^ qu’une poche de la membrane pharyngienne, de couleur noire comme celle-ci, et se logeant entre l’occipital latéral, l’occipital inférieur, l’apophyse ptérygoïde et l’os carré ; elle communique avec la gorge par un trou fort grand, percé au I coté interne de la paroi de la poche, et à l’extérieur par un I orifice quelquefois fort grand, et fermé par une membrane du tympan , mince, sèche, convexe en dehors comme dans les oiseaux : elle est attachée dans tout son bord antérieur à l’os carré.

Entre cette membrane et celle qui bouche l’orifice vestibulaire est une chaîne d’osselets presque en tout semblable à . ce qui existe dans les oiseaux, c’est-à-dire dans laquelle on distingue, outre l’osselet en forme de trompette, une petite portion cartilagineuse qui en continue la tige, et une dernière partie qui s’unit à celle-ci à angle droit pour s’appliquer contre la membrane du tympan ; c’est à la tige que s’attache le seul muscle de ces osselets.

Dans aucune des espèces de ce groupe il n’y a apparence de tube au delà de la membrane du tympan qui est aussi à fleur de tête : elle offre cependant ordinairement une sorte d’obliquité d’avant en arrière, et le bord antérieur saille un peu plus que le postérieur, de manière à ce qu’elle paraît un peu enfoncée.

Je n’ai remarqué parmi les espèces de sauriens aucunes dif-

544 l’appareil de l’odïe

férencfjs importantes dans l’appareil de l’ouïe, si ce n’est dans la lorine ou l’élenduc de la membrane du lympan. Il est même .remarquer que certaines espèces n’eu offrent aucune trace ; tels sont les caméléons et ceux qui l'ont le passage aux ophidiens, comme les orvets, les ophisaures , etc.

Les ophidiens offrent cela de commun que jamais il n’y a de membrane du tympan ; le muscle digastrique , si puissant dans ces animaux, s’est tellement rapproché de l’os carré, qu’il n’y a plus d’espace libre où elle pourrait exister ; il en est résulté que la caisse du tympan est beaucoup plus étroite. On y voit cependant encore la communication pharyngienne et les osselets : ceux-ci ne forment plus qu’une longue tige en forme de stylet, dont une partie osseuse s’élargit en plaque à son extrémité interne, pour s’appliquer sur la membrane de la fenêtre ovale, et dont le reste cartilagineux se porte en dehors et se perd entre les fibres musculaires, sans aller même jusqu’à la peau.

Quant au labyrinthe il est si semblable à celui des sauriens, qu’il ne mérite pas une description particulière.

D. Dans les amphihiens.

Considération,? Si l’appareil de l’ouïe dans les premiers genres de cette

ct> clitïcrciiccs

générales. classe offre eiicore un certain nombre de rapports avec ce qu’il est dans les reptiles proprement dits , on ne peut nier que sa dégradation ne soit rapide dans les derniers ou dans ceux qui font le passage à la dernière classe des animaux vertébrés : le caractère principal de cette dégradation , c’est que la communication de la partie essentielle avec l’extérieur disparaît tout-à-fait, tandis que celle avec le pharynx, devenue plus grande, se porte de l’extérieur à l’iniérieur, sans que cependant il existe une véritable caisse du tympan , et en effet presque sans rapports avec le labyrinthe. Les osselets

BANS LES AMPHIBIENS. 5-j5

de l’ouïe, que jusqu’ici nous avons vu servir a établir ce rapport , s’agrandissent, sortent de cette cavité, et sont enaployés à un autre usage.

Les batraciens véritables , qui forment le genre rana de Linnæus, ne se ressemblant pas complètement sous le rapport de l’organe de l’ouïe , nous sommes obligés de l’étudier dans chaque groupe générique , en commençant par les gre^nouilles.

Dans ces animaux le labyrinthe est encore asseï développé, spécialement à cause de l’étendue proportionnelle du vestibule qui est considérable , et surtout en regardant comme en faisant partie un sac ovalaire qui communique largement avec lui, et qui est situé à sa partie inférieure et externe. Les canaux semi-circulaires sont, au contraire, de grandeur médiocre; ils sont remplis par une matière sub-gélalineuse > ainsi que le vestibule, tandis que son sac contient une substance d’un blanc de crème, à demi fluide, et sans partie plus solide que le reste.

Les canaux semi-circulaires sont encore enveloppés par la substance osseuse des pièces du cr/îne; mais leurs ampoules, le vestibule, et le sac, sont libres à l’intérieur d’une cavité osseuse formée en grande partie par l’os occipital.

La communication de ce labyrinthe avec la caisse du tympan se fait par un seul orifice ovale. Cette caisse est grande, large, peu profonde, et presque totalement membraneuse; elle communique immédiatement avec le gosier par une ouverture ovale et très-grande. L’orifice extérieur de la caisse est encore plus grand, à peu près arrondi, et situé entre le muscle abaisseur de la mâchoire inférieure et son élévateur. La membrane qui le ferme est boi dée dans presque* toute sa circonférence par un cercle cartilagineux.

Les osselets de l’ouïe existent encore complètement employés pour cette fonction ; ils sont au nombre de trois ; l’un est osseux et en forme de pilon, c’est le plus interne;

Différencos spéciiiies diitis lei batraciens.

Grenouilles.

Crapauds.

54^ DE j/apPARUIL de l’o U Ï E

le second, plus court, est sub-carlilagineiix, il est dans la direction du premier; enfin le dernier ou l’analogue du marteau fait un angle droit avec le second. Il est en forme de spatule, dont la partie élargie est inférieure, et atteint le milieu de la membrane; son autre extrémité est attachée au rebord de la caisse par un petit muscle vertical , qui de ce rebord se porte le long de sa lige, et par un ligament qui de celle-ci va au bord anterieur de l’orifice tj’mpanique.

Sur la membrane du tympan passe la peau sans aucun repli, mais amincie un peu comme une sorte de conjonctive.

Les rainettes ne diffèrent en aucune manière des grenouilles sous le point de vue qui nous occupe.

Il n’en est pas de môme des crapauds, et la différence qu’ils présentent est très-importante à noter. Ce n’est cependant pas sur les parties essentielles que portent ces différences ; en effet , le vestibule , le sac, les canaux semi-circulaires sont à peu près comm.e dans les grenouilles ; mais les parties accessoires de renforcement, comme la caisse du tympan, et surtout les osselets de l’ouïe, sont tout autrement disposés. D’abord la membrane du tympan , quoique fort peu visible sous la peau, s’est portée bien plus en avant de l’orifice vestibulaire que dans les grenouilles ; il en est résulté que la chaîne d’osselets a dfi être plus longue; mais ce qu’elle offre de plus singulier, c’est qu’elle est réellement hors cette cavité, étant comprise entre les muscles environnons : elle est cependant encore formée de trois pièces dans des proportions, il est vrai, un peu différentes. L’analogue de l’étrier est une pièce courte , grosse , ovale , placée à côté du vestibule’, et servant par son côté interne à fermer son orifice extérieur. Un muscle puissant la tire en arrière , et c’est une portion d’un muscle de l’épaule. A la suite de cette première pièce en vient une seconde dans la même direction, mais beaucoup plus forte et plus longue; placée sur les côtés du

Page 1