A SON ALTESSE MADEMOISELLE DE LONGIJEVILLE
Princesse, qui tenez des cieux Quantité de dons précieux,
La justification restait la même, mais les lignes étaient plus ou moins serrées, le caractère plus ou moins fort, selon que la muse de Loret avait été féconde ou sobre. L'imprimeur avait toujours soin de terminer au bas de la troisième page de manière à laisser la quatrième exposée sans inconvénient aux mains des porteurs. Quelquefois, mais excepiionellement , le privilège est sur ce verso avec l'adresse de Chenault.
Il faut croire qu'on écrivait les noms des abonnés sur une bande comme on le fait aujourd'hui , en nous envoyant nos journaux, car je n'ai jamais vu de noms tracés sur la quatrième page.
A partir de l'année 1G06, le fleuron d'en haut porte l'écusson des armes de Longueville, et ce titre : Lettre en vers à son Altesse mademoiselle de Longueville. La date est en petit caractère en haut à gauche. Lorsque la princesve devint duchesse de Nemours le titre changea et s'orna de deux écussons ; plus tard l'imprimeur employa des lettres ornées pour les mois : lettres en vers , et mit une vignette en tête , elle représente des animaux marins et un triton.
Dès 1654 le chiffre du tirage de la Muse Historique dut s'élever, car les contrefaçons firent concurrence à l'exploitation régulière, et Loret se plaint amèrement :
De ces fripons, de ces pervers Qui malgré lui vendent ses vers.
Il menace de rompre sa lyre :
Si le chef de la police , Homme d'honneur et de justice Ne fait par (boit et par raison Traîner ces pendards en prizon.
Si d'aventure on m'interroge Où ledit ambassadeur loge.
Voilà une grande colère , de la cruauté même, deux défauts dont le bon Loret était innocent; il voulait en se plaignant du tort qu'on lui faisait, obtenir un privilège qui lui assurât la tranquille jouissance de son succès, et il fit si bien qu'au mois d'avril i65â il l'obtint :
Sachez enfin que ce grand homme Qui (comme est dit) Molé se nomme, M'a le privilège accordé Depuis si longtemps demandé.
(Liv. vi, p. 50.)
Ce privilège est daté du 19 mars 1655. Le passage suivant qui en est extrait, vaut mieux qu'un commentaire : Soslrebien amé le sieur Loret nous a fait remonstrer que depuis l'année iG5o, il aurait composé plusieurs lettres en vers , dédiées à notre très chère cousine Mademoiselle de Longueville; lesquelles mesmes il auroil fait imprimer en fe uilles volantes par l'ordre et du consentement de nostre dite cousine, ce qui auroil donné occasion à plusieurs libraires voyant que les dittes lettres recevoient quelque sorte d'approbation , d'en faire imprimer aussi plusieurs copies pour en tirer de l'utilité, mais ils les auroient tellement gastèes , falsifiées et corrompues que ledit Lo-^ ret ne les peut voir sans les désavouer. Ce qui t'oblige pour réparer le préjudice que cela fait à sa réputation, de faire imprimer en un ou plusieurs volumes toutes les dites lettres. De là une nécessité de se défendre par le privilège qui lui est accordé et qu'il concède à son tour à l'imprimeur Charles Chenault.
Charles Chenault est bien connu des bibliophiles, s'il n'est pas le plus soigneux des imprimeurs-libraires de ce temps, il est au moins
Note 1.
LE PALAIS MAZAIUN.
l'un des plus actifs ; dès le A janvier i656, il avait achevé d'imprimer le premier volume ou la première année des lettres de Loret; mais laissons le parler :
Lecteurs , il faut qui- vous soyez avertis que ces lettres en vers dont vous voyez icij le premier volume, ne sont pas de celles qui ont esté imprimées toutes les semaines depuis le mois de septembre 1 652. Celles-cij n'ont jamais passé à l'impression et au temps qu'elles ont esté faites, l'on les donnoil seulement manuscrites; de sorte qu'elles sont si rares qu'il ne s'en trouve plus aucune copie , que ce qu'en a pu fournir l'auteur à Mademoiselle de Longueville a qui elles ont toujours esté dédiées et à deux ou trois de ses amis.
Comme les lettres de la première année ne commençaient qu'au U mai , et qu'on voulait en faire un volume, on adopta le format in-Zi» et on ajouta force préfaces, avant-propos, sonnets adressés à Loret et pièces détachées du poète, afin de donner à ce livre la même ampleur que les lettres imprimées séparément prenaient les autres années. L'ouvrage parut assez important au libraire pour qu'il y ajoutât l'attrait de la gravure. D'abord un titre illustré. L'histoire lient un cadre qui renferme huit tableaux , elle le montre du doigt et semble en expliquer les sujets à la muse Clio , assise à droite. Celle-ci écrit sur une tablette qui porte déjà ces mots : Lettre en vers à S. A. madll'de Long»*, princesse. Au ilessiius du tableau de l'histoire et sur le socle qui le soutient, on lit : La Muse historique ou Hecueil des lettres en vers écrites à S. A. mad"" de Longueville, par le sieur Loret.
A Paris, chez Charles Chenault au bout du Pont Saint-Michel à l'entrée de la rue de la Huchette, avec privilège du roi, iG56.
Chauueau fe.
Ensuite vient le portrait de Loret, par Michel Lasne, le peintre populaire du temps. On a gravé au-dessous les vers suivants, assez sans gêne :
1656. — M. Lasne f. ad. ui.
C'est iey, de I.oket la tielle , ou laide Image. Bien, on mal, dans la France il eu! quelque renom; Et lecteur et leelriee en lisant son ouvrage, Jugerunt s'il avuit un peu d'esprit, ou non.
Loret se chargea d'annoncer lui-même celte nouvelle édition de sa gazette, paraissant désormais sous la forme respectable d'un livre;
Mon imprimeur présentement
En débite publiquement,
Le coup d'essai , le premier Livre
Où l'on voit mon Portrait en cuivre.
Or le susdit Livre s'achette
En la rue de la Hucbette ,
Au bout d'en bas et non d'en haut,
L'imprimeur s'apelle Chenaut.
( Liv. vu, p. 57.) Deux années s'écoulèrent et avec elles cette seconde édition de la gazette. Chenault en fit une troisième avec plus de luxe encore et
dans le grave format in-folio. Elle était intitulée celte fois :
La Mvse historique ou Recveil de vers , contenant les nouvelles du temps écrites à son altesse mademoizelle de Lnntjucville , par le sr Loret. Livre premier dédié av roy , Année mil six cens-cinquante. A Paris, chez Charles Chcnavlt , imprimeur ordinaire du Roy, 1638.
Une gravure servant de frontispice, occupe toute la page, et représente Apollon avec sa lire , entouré de renommées. Deux d'entre elles tiennent dans leurs mains la Gazette, sur laquelle on lit ces mots : Lettre en vers à son altesse madame la duchesse de Nemo (Nemours).
Au bas sur un voile tenu par deux enfants, est gravée cette légende :
la