‹ De l'organisation des bibliothèques dans ParisChapitre 40 sur 54 · DE GUÉNÉGAUD · texte numérisé non relu

DE GUÉNÉGAUD

Au rap/iitaine Seguin, lieutenant de ma porte. ( Fonds Bélhune , volume 9, 353 , f" 8.)

(210) Nous avons dit ailleurs que cette correspondance avait été publiée parM. Ravenel, avec l'exactitude scrupuleuse qui dislingue ses travaux, et aux frais de la société de l'Histoire do France, dont les publications occupent déjà une place Importante parmi les documents historiques.

Note 2K*.

(211) La reine, par l'entremise de M. de Chavigny, chef de son conseil, avait préparé un traité avec le prince de Condé, qui consentait, moyennant quelques concessions, au retour du cardinal Mazarin. Celui-ci, après en avoir eu communication , répondit : Que si la reine accédait à de telles prétentions, il ne restait plus qu'à conduire M. le prince à Reims et à lui mettre la couronne sur la tête. — // aimait mieux rester exilé toute sa vie que de rentrer en France à ce prix.

(212) Leurs troupes portaient l'écharpe verte; c'était la couleur du cardinal ; celle de Condé était Isabelle. Le coadjutcur, qui jugeait des sentiniens et des faiblesses des autres par les siens, écrit : Bien ne loucha plus sensiblement le cardinal que l'imagination de voir une armée avec son êcharpe. (Tom. II, p. 90, édit. 12», 18Z12.)

(213) Aussi écrivait-il dès le 17 janvier 1602: Au reste ce cardinal qui, entrant en France, devait être déchiré des peuples, se p trie fort bien et a été comblé de civilités partout. C'est le 2/i janvier qu'il arriva à la cour, où il fut receu comme vous pouvez l'imaginer, dit le coadjuteur. (Mém., tom. II, p. 117, édit. 120.)

(214) Le grand Molé reste ferme dans ses principes monarchiques , il les préfère aux pantalonades du coadjuteur et à la guerre civile , veut-on savoir comment M. de Saint- Aulaire apprécie celte conduite : Chargé de dix enfants, pourvu de peu de biens, Molé ne se montrait pn« insensible à l'établissement de sa famille. (Hist. de la Fronde, tom. III, p. 52; Paris, 8°, 1827.) Je donne exprès ici la date du livre. La Fronde n'avait point épuisé sa verve ; elle devait, après deux siècles, servir encore de machine de guerre contre un ministère, et d'épouvantail à la cour.

(215) Il combattit de la manière la plus brillante et fut blessé grièvement. [Vie de Montausier, par le sieur Petit, tom. I, p. 99, et Notice sur la vie de madame de Montausier, en tête de son oraison funèbre, par Fléchier.) Les principes le dirigeaient, la reconnaissance pouvait entrer pour quelque chose dans sa conduite, car la reine et le cardinal Mazarin avaient toujours eu pour lui les plus grands égards, et s'étaient intéressés auprès de mademoiselle de Rambouillet, lorsqu'il s'agit de conclure son mariage. (La vie de monsieur le duc de Montausier, pair de France — écrite sur les Mémoires de madame la duchesse d'Uzcs, sa fille, par N***. A Paris, 8°, 1729, page 83, tom. I.)

(216) Le cardinal avait à peine mis le pied en France, à la lêle de son armée, que les dispositions changeaient à sonégard,et Loret, a Paris, dans le foyer de l'émeute, au milieu des Frondeurs, pouvait écrire :

Depuis que le bruit est espars, Dans Paris et de toutes parts,

Mote 221. LE PALAIS MAZARIN. 255

Que le dit Jule fait voyage, A la cour, en grand équipage, Quelques Messieurs du Parlement Parlent, dit-on, plus doucement; Tel qui disoit brocards étranges, A celte heure en dit des louanges, Aucuns qui pisioienl contre luy, Sont fort adoucis aujourd'huy, Tel qui disoit : Faut qu'on l'assomme, Dit à présent qu'il est bon Homme, Tel qui dizoit le Mascarin, Le Mazarin, le Nazarin, Avec un ton de révérence, Dit, maintenant, son Eminence, Et bref, d'autres qui parloient mal, Dizent : Monsieur le Cardinal.

0 les ames foibles et vaines !

O les fragilitez humaines!

(7 janv. 1652.) Je citerai encore une épigramme, parce qu'elle est favorable à Mazarin, chose peu commune, et qu'elle est resiée, je crois, inédite, cliose rare à une époque où tout s'imprimait, le bon comme le mauvais :

Le cardinal est à la porte; Frondeurs, je vous trouve surpris; Vous avez mis sa tête à prix, Et le voilà qui vous l'apporte.

Il est de bien loin revenu, Pour avoir le prix convenu ; Tenez sa récompense preste; Si vous voulez guérir un corps Malade devant et dehors, Vous avez besoin de sa teste.

(Page 202 du tom. du Recueil in-4»

des pièces manuscrites de Conrart, Bibl. de l'Arsenal.)

(217) Les argumens el les preuves se pressent en foide, je n'en prendrai qu'une : le succès de la Mazarinade de Scarron en i6âo (imprimé à part, in-4°, et dans les œuvres, tom. I, Amsterdam , 120, 1752 , J. Welstein) dans ce monde et parmi ces femmes que la société de l'hôtel de Rambouillet avait épuré, disait-on. Ces vers cyniques et obscènes à quelques années des madrigaux de la Couronne de Julie ! Et une année plus lard on pouvait se retourner en entendant une voix douce, qui veut se faire brutale, crier dans la rue et sur la place publique : F... de Mazarin; celte rude voix sortait d'une petite bouche mignarde, ces grossières expressions étaient devenues le langage des belles héroïnes de la Fronde.

(218) Les Mémoires du cardinal de Retz nous ont conservé l'origine et l'étymologie de ce nom ; Bachaumont s'avisa de dire un jour en badinant que le parlement fnisoit comme les écoliers qui frondent dans les fossés de Paris, qui se séparent dès qu'ils voyent le lieutenant civil, et qui se rassemblent (lès qu'il ne paroît plus. (Tom. I, p. 267, édit. 12".) On voit au resie que le coadjuteur attachait quelque importance à ces quolibets, comme

moyen d'action sur les esprits : Nous y donnâmes nous mêmes assez de cours parce que nous remarquâmes que celle distinction de nom échauffe les esprits. — .\011s résolûmes dès ce soir là de pi endre des cordons de chapeaux qui eussent quelque forme de fronde. — L'effet que celle bagatelle fit est incroyable. Tout fui à la mode de la Fronde, le pain, les chapeaux, les canons, les gants, les manchons, les éventails, les garnitures, et nous fumes nous même a la mode encore plus par cette sottise que par l'essentiel. ( Tom. I, p. 267.) Scarron s'amusait, dans son siyle burlesque, de celte étymologie :

La Fortune se changera, Et son ouvrage défera, Par quelque rude coup de Fronde Faisant raison à tout le monde.

(I.a Mazarinade.)

(219) En racontant la grande scène de l'Hôtel-de-Ville, du 11 janvier, le coadjuteur décrit successivement l'effet des discours sur le parlement, et ajoute : Nous lui donnâmes à cet instant le troisième relai. (Mém.,édit.i2", Paris, 1842, tom. I, p. 139.)

(220) Les revirements dans les partis étaient d'autant plus sensibles et comiques , qu'il dépendait d'un chef de tourner pour laire faire volte-face à tous ses partisans. Bussy écrivait à madame de Sévigné, le 2 juillet îGâo, alors que le prince de Coudé s'était déclaré contre le coadjuteur et la Fronde, unis pour le moment au roi et à Mazarin : Quand je songe que nous étions déjà l'année passée dans des partis differens, et que nous y sommes encore aujourd'hui , quoique nous en ayons changé, je crois que nous jouons aux barres. Au resie c'était bien un jeu, car on s'amusait de tout dans ce bon temps de la Fronde. Pour prouver la légèreté de ces terribles accusations jetées dans Paris, on publiait le pour et le contre en regard : Lettre coupée sur le subjel de Mazarin pour et contre : Lecteur lisant ces lignes toute au long, vous verrez quelle parles pour Mazarin; mais à ne lire que la moitié des lignes, à commen cer aux premières jusqu'à ces petits poincls, vous verrez qu'elles parles contre luy. (Un feuillet in-fol.)

(221) Il n'y avait pas un chef de parti qui n'eût une intrigue amoureuse pour mobile, pas une grande dame qui n'exerçât une influence décisive sur les affaires; disons tout, les grisettes quelque légères qu'elles soient, pesaient quelquefois dans la balance. Le coadjuteur écrivant à Turenne, pour lui conseiller de conclure la paix , ne fait-il pas entrer dans les raisons qui doivent le déterminer a donner le reposa la France, l'espérance de retrouver une petite griselte qu'il aimoit de tout sou cœur, dans la rue des Petits-Champs ( tome I, p. 346, édit. 12". Paris, 18/12). M. Rœderer apprécie mieux qu'aucun aulre, dans son Mémoire sur la

société polie, le rôle de la galanterie dans la guerre de la Fronde. Les motifs d'une guerre étaient si frivoles, le but des grands qui en variaient si médiocre , que les femmes n'y voyaient qu'un amusement de courte ducée, une tracasserie armée, un trigaudage travesti en entreprise guerrière, dont elles n'étaient pas indignes de partager la gloire. Elles se liguèrent donc avec les mécontents, firent corps avec eux, s'armèrent contre eux, partagèrent leurs entreprises. La Cour \ de son côté, mit sous les armes les femmes dont elle disposait ; pour la première fois, on vit une guerre civile tombée en quenouille (p. 102).

(322) E una gran cosa cite per mener H affari di Francia nel piu alto poslo che siano mai stati, non sia necessario, se non che li Ih'rancezi sieno per la Francia et che non si possi conseguire (11. 2, p. 5j, i663).

(2-23) J'ai ci té si souvent des passages haineux, des invectives furibondes, extraits des libelles du temps, que je crois devoir placer ici un fragment qui veut paraître au moins plus réfléchi dans sa haine, et plus grave dans son langage. Si l'opinion publique n'était pas encore une puissance, on l'invoquait au moins comme un argument. Le théologien d'esiat s'adresse à la Reine :

« Vostre Majesté sçait assez de la voix publique-qui dit qu'un seul homme est le principe de tous les grands maux qui nous menacent d'une entière dissipation de la France. Je ne veux point tremper ici ma plume dans le fiel, pour le dépeindre avec des aigreurs dont j'auray toujours horreur. Mais si la créance de tant de millions d'hommes qui sont dans vostre royaume , répugne a cesle pensée, et si nous avons évidence que toutes ces horribles convulsions qui agitent la France, ne nous viennent d'autre source, que pour opiniastrer sa conservation dans le royaume et dans le maniement des affaires. Certes, madame, il est raisonnable que nous ayons cette obligation ou à vostre justice ou à vostre bonté, de l'oster pour donner la paix universelle à toute cette grande monarchie, J'adjoute encore que, quand il seroit aussi pur qu'une vertu céleste, vostre prudence s'en devroit priver pour le bien public. Y aVoit-il homme au monde plus accomply et plus agréable que David? Le Roy de Geth chez lequel il vivoit comme estranger, l'aymoit passionnément et luy donnait part aux affaires de son esiat ; néanmoins, comme il vid que les grands de son royaume s'en offencoient, il l'appela et luy dist : tu es bon comme l'ange de Dieu i mais puisque lu ne plais aux chefs de mes sujets, va-t-en en paix et retourne en ton pa^s. C'est une leçon, madame, de la Sainte-Ecriture, c'est une sagesse d'état (p. 8, le Théologien d'tstat à la Reyne, pour faire desboucher Paris. A Paris, W, 16Û9. Jean du Bray).

Un seul homme est le principe de tous ces grands maux; on était parvenu à faire de

MAZARIN. Note 22^.

celte niaise sentence, une maxime populaire, et l'écho de toute la France répondait : point de Mazarin. Guy Patin était trop passionné pour ne pas admettre une exagération; d'ailleurs sa maison des champs avait été dévalisée dans la guerre (à Falconet, iû mai îôàg), et il suffisait de ce grief pour faire perdre toute mesure à cette nature bilieuse et irascible. En criant, avec tout le monde, point de Mazarin, il était plus repréhensible que pas un, car il prévoyait toutes les conséquences politiques du renvoi de ce ministre impopulaire :

« Si vous voulez prendre la peine de lire le premier libre des annales de Tacite et le commencement de l'empire de Tibère, vous y verrez toutes les circonstances d'un nouveau gouvernement tel que nous en aurons un dans quinze jours : une mère passionnée et ultionis cupidine accensa, montera sur le théâtre de la royauté avec le Roi son fils, de l'esprit et de l'autorité duquel elle tâchera de se servir, pour apuier ses créatures, afin qu'ils la conservent. Les princes dont le parti sera fort considérable, si on ne leur donne quelque contentement, s'opposeront à la Reine, de peur qu'elle ne les attrappe, pour se venger contre eux du Mazarin ; tôt après, il paroitra quelque petit mignon ou favori qui, si Dieu ne nous aide, gâtera l'esprit du jeune Roi. Il y a encore à craindre quelque femme et quelque maquereau, quelque moine, jésuite, confesseur et autres gens qui cherchent à faire fortune aux dépens d'autrui, et qui n'ont pitié de personne, pourvu qu'ils fassent leurs affaires. »(Le<ire« Falconnet,<lu 1 5 août i65i.)

(224) Loret publiait, le 8 février 1653, cette nouvelle dans Paris :

Encore qu'il fit un temps étrange, Temps de vent, de pluye et de fange, Lundy matin, Sa Majesté, Leste, brave et bien ajusté, Fut en assez belle ordonnance, Vers le Menil-madame-Rance, Pour recevoir le Cardinal Qui venoitdu païs d'aval, Auquel il fit grandes caresses, Et témoigna bien des tendresses, Et le soir fit maint compliment Aux trois nièces pareillement, Qui plurent fort à notre Sire.

L'Éminence étant arrivée

A deux heures de relevée (2 février),

Eut au Louvre un apartemenl.

Benserade composa les vers suivants: Sur le retour de M. le cardinal Mazarin, après sa retraite à Cologne.

Enfin vous revenez et le peuple s'en plaint

Mais sçait il ce qu'il veut , mais sçait-il ce qu'il crainl ?

Lui qui croit aisément ce qu'on lui persuade :

C'est sans raison qu'il aime, et sans raison qu'il liait ;

Le médecin ordonne en dépit du malade,

V ous guérissez la France en dépit qu'elle en ait.

(OEuvres, Paris, ta, 1G9S, p. 118, t. I.)

Noie 225.

Dlol n'avait rien appris, rien oublié dans ces temps malheureux ; son indiscrète plume ne sait pas s'arrêter devant le cri général de la reconnaissance publique et d'une tolérance réservée :

A la fin, malgré tout le monde, Malgré les Princes et la Fronde, Malgré nos plaintes et nos cris, Après une horrible tempête, Jul'-s est rentré dans Paris, Et remonté dessus sa bête.

(Cité dans l'Esprit de la Fronde, tome V, p. 703. A La Haye, 12, 1773.) Scarron, l'auteur de la violente Mazarinade, s'était autrement amendé; le 1Z1 janvier i655, il écrit dans le premier numéro de ses épîtres, et pour début de sa publication burlesque et périodique :

Le Ministre porte-écarlate,

De qui la pourpre moins éclate

Que l'esprit. Ce successeur de Richelieu, A qui l'on doit tout, après Dieu.

(225) Le prince de ces brouillons, le Coadjuteur, est ainsi jugé par Voltaire : Enlisant les lettres du cardinal Mazarin et les mémoires du cardinal de Retz, on voit aisément que Retz était le génie supérieur. Cependant Mazurin fut tout-puissant, et Retz fut accablé. (Siècle de Louis XIV, Œuvres, tome 23, p. 38, édit. de 1785.) Il est inutile aujourd'hui de discuter une pareille opinion ; de plus profondes éludes et la véritable impartialité historique ont mis à leur place Mazarin, Retz et Voltaire lui-même.

Dans un article de la Revue Française (niai 1828, p. 1 85) sur la publication alors nouvelle des Mémoiresde Briennefils, on a fait un rapprochement ingénieux entre la soumission «les partis et des passions politiques, après la Fronde de 16/19-58, comme après la Révolution de g3. L'article n'est pas signé ; j'ignore le nom de l'auteur.

Il y a un passage des Mémoires du Cardinal de Retz, qui mérite d'être relu par ceux qui n'ont pas présent à l'esprit le tableau de la Fronde. C'est l'endroit où le coadjuteur, eu recevant les propositions de la Reine, pour obtenir un rapprochement, propositions d'argent, juge ses partisans les frondeurs, et remarque que chacun d'eux songeait aux petites portes (tome I, p. 205). En dépouillant l'immense fonds Bélhunc de la Bibliothèque royale, j'ai trouvé dans le volume g,353 un acte d'association signé par tous les Frondeurs. Ces grands noms populaires : Les Montmorency , les Gondy, les La Rochefoucaull, les Caumonl, les La Trémoille, les Sévigné, tous sans en excepter un, viennent se presser au bas de cet acte, qui débute solennellement, par un serment sur les saintsévangiles. On s'attend à lire quelque violente protestation patriotique , à rencontrer un acte de grande abnégation politique, et l'on trouve

une pauvre petite assurance mutuelle, formée par des gens prudens , contre la perte de leurs bénéfices. C'est bien là une scène de la Fronde. Je n'ai pas voulu qu'elle manquât à cette esquisse de la vie de Mazarin. J'en donne un fac-similé exact en regard de la page /10.

Le ti février 16Ô1 , la noblesse se réunit de son côté pour défendre ses privilèges , niais l'a-cte signé par elle est connu , il a été imprimé dans le temps collaiionné sur l'original, de l'ordre exprès de l'assemblée, par nous les secrétaires soussignés. A Paris, ce dernier février i65l , avec plusieurs pages de signatures. C'est le même esprit. Au reste , le rôle que joua l'argent dans les mouvements des partis, est indiqué dans tous les Mémoires du temps (Reiz, tome I, p. 210, p. 268, etc.), et ne sert que médiocrement à faire estimer la Fronde.

Un autre passage de ces mêmes mémoires, mérite d'être cité quoiqu'il soit bien connu :

« Le marquis de Rouillac, fameux par son extravagance, qui éloit accompagné par beaucoup de valeur, se vint offrir à moi; le marquis de Canillac, homme de même caractère, y vint dans le même moment. Dès qu'il eut vu Rouillac, il me fit une grande révérence, niais en arrière et en me disant : Je venois, monsieur, pour vous assurer de mon service; mais il n'est pas juste que les deux plus grands fous du royaume soient du même parti, je m'en vas à l'hoste! de Condé. Et vous remarquerez, s'il vous plaist, qu'il y alla. (Mém. , tome II, p. 62!)

On ne verrait pas la fin d^ ces citations, si l'on tenait à justifier l'épithète de brouillon, que j'ai employée; il faudrait citer les Mémoires du Coadjuteur , depuis la première page jusqu'à la dernière. Ce singulier personnage qui voulait gagner du temps afin de faire venir son chapeau (c'est lui qui s'exprime avec ce cynisme, à tête reposée, dix ans après les évènemens) jugea très bien sa cause perdue et le triomphe prochain de l'autorité royale, dès que la Reine, suivant en cela l'avis du Cardinal, fut sortie de Paris (Mém., tome II, p. 98, édition 12°, 1842).

M. d'Argenson a dans ses Mémoires, un article sur le Cardinal de Relis : Ces mémoir es sont pour moi, dit-il, un ouvrage de famille, puisque ce sent mes proches parents qui en ont conservé le manuscrit, tel qu'il a été imprimé en 1717. Il retrouva dans la conversation de M. Caumartin, évêque de Blois, quelques traits peu connusde la viede Gondi et cette appréciation de son caractère : c'était un vrai brouillon, un intrigant sans motif et sa/is objet, faisant du bruit pour en faire, et tics maladroit dans le choix de ses moyens, quoique d'ailleurs il eût bien des qualités brillantes. De tels gens sont très fâcheux à rencontrer et très dangereux à suivre, quand ils se mêlent encore des affaires; mais quand ils en sont tout-à-fait retirés, ils sont quelquefois charmons à entendre. (Les loisirs d'un ministre, composés en 177O. Liège, 8», 1787, tome 1, p. 82.)

Le Pape s'exprimait pu 16.19, sur le compte du cardinal fie* Retz, d'une manière conforme à tout ce qui précède; le père Duneau, reçu par lui en audience particulière, écrit à Mazarin, le 17 novembre i65g :

« L'occasion se présenta aussi de parler du cardinal de Retz, et le Pape me dit que le roi d'Angleterre ayant envoié en cette Court l'abbé Charrier, il n'avoit voulu l'y souffrir, pour ne donner ombrage à V. E. ; qu'il connaissoit l'esprit dangereux du cardinal de Retz, et n'avoit jamais gousté son humeur, bien que ce Cardinal se fust vanté et eust escril en France d'avoir grand crédit auprès de Sa Sainteté. » (Archives des affaires étrangères, correspondance de Rome, 1609.)

(236) Sa correspondance en fait foi. Il réclame du duc d'Orléans, en date du 20 mai 1 6 5 1 , la somme de 2,210 pistoles parce que la nécessité le presse, il se dit endetté (lettre du 29 août) de 12,000 écus en Piémont. Enfin, en date du 5 septembre, il écrit : « Il est bon que vous le sachiez et que vous le croyez comme un article de foy, que jé suis sur le point de licencier nies gardes et renvoyer mes gentilshommes, étant à la veille de la mendicité, ne tirant quoique ce soit de nies bénéfices, ni des finances. Si cela dure, au lieu d'aller à Rome , je serai contraint de faire un autre métier que celui de Cardinal et nie retirer avec douze valets pour vivre le plus en cachette qu'il me sera possible.» (Lettres du cardinal Mazarin à la Reine avec notes par M. Ravenel. Paris, 8-, i836.)

(227) Le Cardinal étant sorti de Paris avec la cour , apprit de Bernardin , son homme d'affaires, qu'on n'avait pas respecté ses collections. Il note dans son agenda à la fin de i048 et au commencement de 16Û9 : «Bernardin m'a fayt dire par le Conette (?) que on a pris quantité de labiaux et des niobles chez nioy à Paris.» (No 11, page 68.) On lit dans les mémoires du cardinal de Retz : «Le 2.") (janvier 10/19) l'on saisit tout ce qui se trouva dans la maison du Cardinal » (tome I, page 152.), mais on sait aussi que l'un des articles de la paix, signée le 11 mars, portait: «Que tous les papiers et meubles qui ont été pris aux particuliers et qui se trouveront en nature seront rendus. »

De son exil, en i63i, le Cardinal avait suivi la dispersion de ses collections, et présidé, pour ainsi dire, à leur répartition. Nous en trouvons la preuve dans un passage de sa correspondance. On vendit à Paris ses tapisseries, il se plaint qu'on n'en ait pas prévenu le banquier Hervart, qui les aurait racheté pour les lui rendre : «Il n'est pas croyable que j'aie souffert de la difficulté qu'on a faite de conférer avec Colberl ; voilà mes tapisseries perdues faute d'avoir dit un mot à Ervart à temps. Il faut avoir patience et il est bon. (Ici homme s'excuse disant que madame de Chevreuse les veut avoir et emploie de Laigue

MAZAMN. Note 227.

pour hâter la vente, niais j'y vois un artifice du chevalier de la Vieuville et que madame de Chevreuse n'y a pas songé. Je vous jure que jamais elle n'en aurait été plus la maîtresse que lorsqu'elles auroient été en mon pouvoir.! (Lettre en date du 19 nov. i05i.) Nous avons vu (note 209) comment la vente fut subitement arrêtée par ordre du roi qui se déclara ■propriétaire de tous les meubles du Cardinal; il me semble qu'on doit trouver dans tous ces faits et plus encore dans l'attente secrète, mais presque générale du retour du ministre, l'explication de celte phrase de Sauvai : «Quoique pendant les désordres qui survinrent la meilleure partie de ces merveilles ait été dispersée , nous les revoyons encore aujourd'hui daiîs le même ordre où elles étoient avant la sédition. » Loret confiait à sa muse historique les menus faits de chaque jour, il raconte ainsi le 9 may i6f>4, à latin de la semaine :

On m'a dit que Son Eminence

Par ses soins et sa diligence.

Et plusieurs m'ont fait ce discours)

'Va rétablir dans peu de jours,

Celte bibliothèque rare ,

Dont un temps malin et barbare.

Et remply d'infâmes disrords

Avoit dissipé les trézors;

De toutes parts on en T'assemble

Un si merveilleux nombre ensemble ,

Que dans un an , s'il plaît à Dieu ,

On verra dans ce noble lieu

Des Registres, Cahiers et Livres,

Pour plus de trois cens mille livres.

Dont le public doit, en efet,

Etre extrêmement satisfait :

Car comme au Printemps les Aveltes

Vont ramassant sur les fleurettes

Le suc, rie Neclar arosé ,

Dont leur doux miel est composé,

Ainsi, les sçavans Personnages,

Studieux, curieux et sages,

De temps en temps ayant recours

Aux grands et sublimes discours

Que les plus excellentes plumes

Ont transmis dans ces beaux volumes;

Par une heureuse atraction

Tendant â la perfection ,

Ils tireront la quintessence

De tout Art, Précepte et Science ,

Dont la France, au plus haut degré,

Luy doit à jamais sçavoir gré.

(Musehist., liv. V, pag. 55.)

Nous passerons de cet élan poétique qui n'est pas ordinaire chez Loret, à des extraits de correspondance beaucoup plus froids, sans doute , niais non moins intéressans. Rappelons toutefois que Guy Patin écrit à Falconet le ier mai iG34 : « Je viens d'apprendre que la bibliothèque de M. Naudé a été vendue pour dix mille francs au cardinal Mazarin. Elle valoil deux fois plus et il y avoit quantité de livres qui ne se sauraient plus trouver.» Je rangerai ces extraits dans leur ordre rhrono-

Note 221.

LE PALAIS MAZAR1N.

logique, seulement, puisqu'il vient d'élrc questiou de la bibliothèque, je donnerai immédiatement ce que j'ai trouvé. J. Salomon lui demande de faire le catalogue de sa bibliothèque pour en empesc'her la dissipation à l'avenir :

Monseigneur , j'ay pris la liberté de lui) tesmoigner la pensée que j'auois de faire avec sa permission pour le pubUe ce qu'on m'a dit que vostreêminenre avoit eu intention d'ordonner pour la conservation de sa bibliothèque , qui est d'en dresser un ample et exact catalogue lequel estant imprimé empesehera sa dissipation à l'avenir.

De Votre Eminence ,

Le très humble serviteur .1 .Salomon.

Ce catalogue ne fut probablement pas exécuté, puisque Colbert en demande un après la mort du Cardinal. ( Voir plus loin note 573.)

Le Cardinal s'occupa de son palais dès son retour a Paris , il donne des ordres et en presse l'exécution. Il écrit le 0 mai 1653 : « Je suis bien aise de voir que vous avez recouvré encore cinq pièces de tapisserie. Je m'asseure que vous n'oublierez rien pour retirer le plus qu'il se pourra de mes meubles dissipez et particulièrement pour les tables et pour les cabinets qui sont tout-à-fait nécessaires pour l'ornement de ma maison.

« Je voudrais bien a mon retour trouver ma grande galerie tapissée et toutes les peintures (pie j'ai ordonnées à Bernardin de faire faire aux endroitsou doivent est'e les statues, achevées comme aussi la chambre près de la salle, relevée et raccomodée , c'est celle où l'on a mis un pil lier pour soutenir la poutre.»

Colbert répond le 8 : « Ce que vostre Éininence souhaite de voir à son retour , sa grande galerie tapissée et tout ce qu'elle a ordonné est impossible. Le sieur Bernardin à peine de trouver des peintres à fresque, et la grande tapisserie ne peut pas être restablie en douze jours de temps quoy que l'on y travaille incessante!) t,aussy ne peut-elle pas estre tendue que toutes les places des statues ne soient peintes, ce qui ne se peut pas faire qu'avec du temps. Je n'avois pas encore sçeu (pie votre Éminence voulut que l'on racommodast la chambre près de la salle, il faut pour cela mettre une poutre neuve au lieu de celle qui est rompue , les charpentiers y travailleront demain et dans huit jours ce sera faict. Je fais aussy commencer demain à reporter toutes les sialues pour rèslablir l'appartement bas. »

Ces deux extraits nous apprennent qu'il y avait des fresques à compléter et que la partie du bâtiment aujourd'hui condamnée (numéros 21, 22 et 23 du plan) menaçait déjà ruine. Je trouve, dans le petit poème de Berthod , intitulé; Paris burlesque, le nom d'un peintre qui aurait été emploi Par 'c Cardinal et dont je n'ai pas encore parlé. Berthod, qui méritait

d'être cité par M. Brunei, à cause de la rareté de son livreetparM.Viollet le Duc, a titre de bon poète burlesque, n'est mentionné par personne. Il composa celte première «partie de sa description des* habitudes et des propos parisiens, vers 1 64g, sollicita et obtint un privilège le 5 août iG.">o et après l'avoir cédé au libraire-imprimeur Jean - Baptiste Loyson , il vit son ouvrage paraître sous ce titre : La ville de Paris en vers burlesques contenant toutes les galanteries du palais , — l'inventaire de la Friperie — et plusieurs autres choses de celle nature, par le sieur berthod. .< Paris, li». M.DC.Lll, avec une gravure représentant la balle aux poissons. Je renvoie a l'ouvrage même pour de longs et curieux détails sur la librairie, telle qu'elle se faisait alors dans la gallerie du palais et à ses alentours :

Çà , Monseu , qu'achetterez vous

Dit une belle librairesse.

On comparera la liste de Berthod avec l'énumération de Sorel (De la connaissance des bons livres, page n.) On sait que descelle époque, la librairie quitta peu à peu le palais et passa sur la rive gauche de la Seine. Somaise lire grande vanité d'avoir pu débiter ses ouvrages chez J. Ribou sur le quai des Augustins , sans recourir à la vogue des boutiques du palais : Les envieux et les jaloux lui ont reproché que ses ouvratjes ne se vendoient pas au Palais, mais il regarde comme une chose glorieuse d'avoir fait rendre neuf ou dix ouvrages dans un lieu où ils seroient éternellement demeurés sans le mérite et la réputation de l'auteur. (Le grand dict.des Prélieuses. Paris, 8", i66i , 2 vol. V. la préface.)

Je passe immédiatement â la boutique du marchand d'estampes. Il est curieux d'apprendre, ce qu'un marchand débitait à cette épo.que précise avec succès, avec profit , quels étoient les articles en vogue ei les planches en crédit :

Ça, monsieur Guerineau, voyons, Montrez-nous un peu ces crayons Sans doute ils sont de conséquence, Ouy messieurs ils sont d'importance, Je m'en vay vous les montrer tous, Vous verrez qu'ils sont touchez doux, J'en ay de beaux du carauage, Du titiaii et du Caraue, J'ay des pièces du lin tore t, Du parmaisan, dalbert duret, J'ay la danae de Farnaise Deux grands desseins du Vcronaisc L'architecture d Ondius, Les nuditez de Goltzius.

Quatre crayons laits par Belange , Et trois autres de Michel- Ange, Un beau dessein de Baphael, Jamais homme n'en vist un ici; C'est une pièce à la sanguine, J'ay de plus une proserpinc, Faite par un certain flamand , Oui lient linéique chose du grand J'ay les esquisses de la belle, Les paysages de Pei'rcllc,

Lli CALAIS MAZARIN.

Note 227.

J'ay du Guide quatre dessins.

D'un grand tableau delà toossains; J'ay deux lestes de véronique, Qui sont faites d'après l'Antique ; J'ai trois figures à demi corps Faites par un certain du corps C'étoit un brodeur d'importance ; Après j'ay des pintres de France Tout ce qu'ils ont fait de nouveau , (Mais c'est quelque chose de beau) Ce sont des desseins à la plume En grand et en petit volume , J'en ay de Voûet, du Poussin , De Stella, La Flire, Baugin, De Perrier, du Brun, de Fouquières, De celui-cy je n'en ay guères; J'ay bien encore du sueur Le grifonuement d'un sauueur, Enfin j'ay quantité de pièces J'ay tous les dieux et les déesses Faites par un certain pinal Qui peint au palais Cardinal, J'ay cinq ou six crayons de l'âne , Entre autre une pièce profane, J'en ay trois autres de nieslan.

Sur tout vous verrez un milan , Qui porte en l'air une figure La plus belle de la nature, J'en ay bien aussy de daret D'autres de la main de Huret J'ay la grande tèse du Canne Où mars paroist comme un gendarme Elle est du père Suarès ; Ensuitte vous verrez après Quatre ou cinq pièces merveilleuses Très rares et très curieuses On n'a rien veu de plus mignon C'est de bosse ou Colignon ; J'ay quelque chose d'admirable, Jamais on n'a rien veu semblable, Un craion qui n'a point de pair, Desseigné par Monsieur Linclair, Dont silvestre a fait une planche , Mais je ne l'auray que Dimanche C'est un grand profil de Paris, Mais il n'est pas de petit pris, Enfin j'ay quantité de choses.

(Page 56.)

Le commentaire de cette piquante tirade du marchand d'estampe, est facile à faire; je remarquerai d'abord que ce poème burlesque fut composé en i67io-i65o, puisque le privilège est du 5 aoust de cette dernière année. Bien que le poète et son imprimeur, l'un par la nécessité de la rime, l'autre par un système typographique fort malencontreux, aient défigure tous les noms, il n'est pas impossible de retrouver les artistes qu'ils désignent et dont le S1 Guérineau débitaitsi complaisamment les mérites. Ce sont d'abord de grands peintres: Michel-Ange del Carravaggio, Titien et le Cairache, probablement Annibal , puis le Tintoretto, le Parmesan et Albrecht Durer, la Danaé du Titien, peinte pour le palais Farnèse , les dessins de Paul Yéionèsc , ensuite les noms

bien connus des artistes graveurs Hondius, Coltzius, Bellange, et les deux grandes figures de Michel-Ange et de Raphaël , ainsi énumérés uniquement pour la rime. Ce Flamand , n'est-ce pas Philippe de Champaigne 1 Nous voyons défiler ensuite délia Belle et Perelle, deux graveurs, le Guide et la Véronique ou la Vraie Image de J.-C, qu'on recherchait encore , enfin le dessinateur de broderies Ducors dont les ouvrages me sont inconnus, et qui se rattachait sans doute par son talent à l'école Italienne formée au XV1<* siècle. (Voir de curieux ouvrages de broderies, gravés sur planches de bois. ) Le poète passe aux peintres français : Vouet en tête, Le Poussin, Stella, La Hire, Baugin; Perrier, Le Brun, Fouquières et Lesut ur ; c'est en effet la liste complète des peintres français qui travaillaient alors pour la Cour et les riches seigneurs ; les autres, comme Mignard, Du Moustier (ils, etc., etc., étudiaient à Rome (voir les notes 3a à 43). Ce Pinal qui peint au palais Cardinal, quel est-il? j'aurais d'aulant plus désiré le savoir, qu'il s'agit du palais Mazarin; le palais de Richelieu avait pris alors et définitivement le titre de Palais Royal. Berlhod énumère ensuite les peintres-graveurs en renom populaire: Michel Lasne, Meslan, Daret que nous avons vu, tous trois, dans la liste des portraits du Cardinal, et Huret qui aurait du s'y joindre car il a dessiné et gravé une assez belle planche représentant le cardinal Mazarin au milieu des licteurs, mais Berthod ne cite parmi ses nombreuses thèses que celle qu'il exécuta pour François Suarez : Ludovico XIII Galliarum cl iSavarrœ régi Christiani. Fr. Francisées Soarez. I). l). D. Grég, Huret inuen et fecil Parisiis, On voit

Louis XIV enfant, assis sur un trône, la tête surmontée du phénix avec cette légende : « Reviviscil in tilio. » Dans le fond le portrait de Louis XIII soutenu par des anges. L'attitude de Mars prête assez au ridicule; pour finir Berthod, cite deux bons graveurs : Abraham Bo^se et Colignon, enfin la vue de Paris dessinée par Linclair, et gravée par Sylvestre.

Cette digression nous a quelque peu éloigné de notre but; nous y revenons en prenant dans les lettres inédites du Cardinal, d'autres détails sur la restauration générale de son palais. Il écrit de Fontainebleau à Colbei t, le 0 may i603 : Dites à Hemardin qu'il fasse ai comoder, sans perte de temps, les cabinets de pierre que M. le cardinal Antoine m'a donnés. J'ai expliqué ce qu'étaient ces riches meubles app lés cabinets; on en voit figurer quelques uns dans la grav ure de Nanteuil (page i5), et on sait les rapports intimes qui unissaient Mazarin au cardinal Barbcrini.

A mesure que les anciens meubles rentraient, ou que de nouveaux complétaient l'ameublement, un inventaire devenait plus nécessaire ; Colbert ne pouvait manquer a cette règle de bonne administration; aussi écrit-il le 15 novembre 1653 :

« J'ay travaillé tout le mois passé à l'inven-

Noie 227.

LE PALAIS MA/.AKliN.

taire des meubles de V, E. ; j'en fora y faire trois copies au net. J'ai dessein de les l'aire faire faire par le sieur Sauvage. » Et le 1 y du mêmemois : « Je me suisappliqué, depuis liuict jours, à l'inventaire de tous les meubles de V. E., ayant toujours estimé que c'estoit une desplusimportautespiècesde sa maison, pourveu que V. E. agrée l'ordre que j'y ai étably; j'espère qu'elle en aura toute satisfaction. Je fais faire trois livres : l'un pour V. E., l'autre pour moy, et l'autre qui demeurera au gardemeuble, sur lesquels le garde-meuble se chargera généralement de toutes choses; et poulie service de V. E., les valets de chambre se chargeront, envers ledit garde-meuble, de tout ce qui touche le service de sa personne; le valet de chambre de mesdemoiselles, de tout ce qu'elles ont appartenant à V. E. ; le sommeiller, le crédancier, les gardes-linges, de vaisselle, et officiers de cuisine, de tout ce qui regarde leurs offices ; un ayde du garde-meuble , de tout ce qui regarde les meubles des gentilshommes, gardes, et de toute la famille, pour avoir soin de leur conservation. Cet ordre est assez facile à expliquer : il est question de le maintenir, et c'est de quoy je dois respondre à V. E., pourvu que l'approuvant, elle veuille y contribuer, en faisant que j'aye connaissance de tout ce qui entrera et sortira du garde-meuble et ses dépendances. »

Le Cardinal écrit en marge : C'est un fort bon ordre, ei je tiendrai la main pour Vexéculion.

On démêle facilement dans cette lettre, le but si sage de l'intendant; il veut éviter le désordre qu'occasionnent Mi'sdei/toisèlles, en prenant dans le garde-meuble ce qui est à leur convenance, et il demande aussi à enregistrer ce que le Cardinal en fait sortir; car en même temps que c'était le magasin de la maison, il servait au passage incessant des acquisitions transformées en cadeaux.

Je lis dans une lettre de Colbert, du 21 novembre i6j3 : « M. le commandeur de Sotiuray m'a promis de rendre bon compte à V. E. du tableau de Corrcge , en détrempe, qu'Ardencourt a achepté, et qu'il lui escriroit dans peu (le jours. » En marge : lion.

Il paraîtrait que ce tableau pnssa en d'autres mains; mais il ne fut pas oublié de Mazarin qui écrit à Colberl, le 22 octobre 1657, par conséquent quatre ans plus lard : « Un merchant appellé Oudancourt, qui est neveu du sieur Renard, a acheté un tableau ne Corége, en destrampes, à Londres, qu'il est fort beau et que j'ay souheté d'avoir il y a longtemps; c'est un Mercure avec deux autres figures. Je vous prie de faire diligence pour l'avoir, et vous adresser pour cela à monsieur le commandeur de Souvray, et luy dire de ma part que je luy seray obligé, s'il me fait donner ce tableau nour quelque chose de plus de -25o livres sterlines qu'il a cousté à Londres. »

A la même époque, il fait envoyer dix mille

escus à M. de liourders qui a acheté des tableaux et des tapisseries pour lui.

J'ai dit la vogue dont jouissaient les tapisseries à cette époque, et les prix vraiment excessifs qu'on en demandait. Le Cardinal en était grand amateur, et de 1602 jusqu'à sa mort, il ne cessa de racheter celles qui avaient été vendues pendant son exil, et d'en acheter de nouvelles. De lîheims, il écrit à Colbert le 8 juin i<534 : « Il ne faut plus songer à la tapisserie des besiions de M. de Guyse; il a eu grand tort de vous dire qu'on lui en vouloit donner 4o mille francs, vu que l'on seait bien que luy-mesme l'a laissé pour cinq mille ; mais c'est une chose dont il n'est pas besoin de parler davantage. »

On voit, dans la lettre du 5 aoust, que madame de Mesme offrait 10 mille écus de celte tapisserie ; le Cardinal l'acquit plus tard, et la donna à M. de Lionne, le 2 juin 1637. Colbert écrit au Cardinal, en date du k juillet 1 634 : « J'ay achepté deux tentures de tapisserie de M. Duplessis-Belliere, l'une de 36 aunes de tour, histoire d'Actéon, gothique moderne, et l'autre, de 25 aunes, Histoire Sainte, 5, 100 livres. » Le Cardinal répond en marge : « Je suis bien ayse que vous ayez achepié ces tapisseries, et je voudrais bien sçavoir s'il en a vendu aucune de h belles. »

En 1637, il acquit encore les tapisseries du cardinal Antoine; mais il paraît, par sa correspondance, qu'il les paya plus qu'elles ne valaient, par égard pour le vendeur qu'il estimait très haut.

Le 18 janvier 1661, ainM 21 jours avant la mort du Cardinal, la reine Christine de Suède écrivait la lettre suivante au chevalier deTerlon:

« Monsieur,

« M. l'ambassadeur de France m'ayant fait entendre que Son Étninence souhaittoit que je luy revendisse les tapisseries que j'ai achetées de luy pendant la guerre civile; j'y ay consenti de bon cœur, et donné ordre à Svaret, de vous les bailler enlre les mains, et je ne doute point qu'il n'exécute pratiquement et avec fidélité ce que je luy en ay escrit ; le mesme Svaret a charge de recevoirl'argent et devons en quitter. Au reste, je vous asscure de ma bienveillance, priant Dieu qu'il vous tienne en sa sainte garde.

« Christine Allexandre.

<• Fait à Nordcoping, le 18 janvier 1661 »

M. de Terlon transmelcette lettre à Colberl : « Nercapin, le 18 de janvier 1661.

« Monsieur,

« Je ne vous écris ces lignes que pour vous assurer de mes obéissances, et vous envoyer cette lettre de la reyne Christine, touchant les tapisseries. Je partirai d'icy après demain, pour m'en aller à Copenaguen, et de là, s'il plaità Dieu, en France. Je n'escris à personne de cet ordinaire qu'à vous seul, pour vous envoyer celte lettre.

« Le chevamer deTerlon. »

Colbei't agissait, clans Loules ces négocialions , comme un véritable intendant, recevant des ordres précis et s'en acquiltant ponctuellement; mais d'ailleurs sans goût des ans et sans connaissance de leur valeur. On en jugera par les hésitations qu'il éprouve, lorsqu'il s'agit de payer le cardinal Antoine Barberini, pour un grand miroir acheté par le cardinal Mazarin.

« Pour le miroir, S. E. m'a dit qu'elle le laisoit raecomoder, et que dans peu de jours, elle me le f'eroit voir; V. E. m'escrit qu'il a esté acheté 06o escus de lîome, et néanmoins inondil seigneur le cardinal Antoine m'a parlé de sept ou huit mille escus. Je supplie Votre Eminence de nie faire sçavoir si elle ne s'est pas trompée en escrivaniGGo pour 0,0oo escus. » Le Cardinal met en marge : « C'est 6,Goo escus, mais s'il en prétend plus de •>o mille livres, il ne le faut pas prendre, car il ne vaut pas cela (année i65tj). »

Colbert annonce au cardinal Mazarin, que son ancien serviteur Benedetti lui envoie d'Italie deux tables d'ébène incrustées de pierres dures, mais il ne se hasarde pas à faire la traduction des ternies de l'envoi :

" M. Espidio Benedetty m'escrit qu'il a acheplé à Venise pour S. E. due Tauolinj d'Ebano inlersiati di piètre dure, lesquels il envoie à Marseille. » Le cardinal en presse l'expédition. (8 juin 1606.)

Cet envoi m'a engagé à rechercher dans la correspondance du père Duneau, des détails sur les difficultés survenues à l'occasion de quelques statues que ce même Benedetti expédiait au cardinal à la fin dei65g. Le père Duneau écrit : Le monde s'est étonné que les officiers du Pape ayent aires té à CM ta Vecchia, quelques statues qu'on envoyai t à V. E. (Lettre du 1" décembre i65g; voir aussi la lettre du 8.) Le mauvais vouloir personnel du Pap' -, était la cause réelle de ces difficultés dont on rejela la faute sur quelques subalternes. (Archives des affaires étrangères, correspondance de Rome.)

(228) Celte restauration du palais Mazarin éiait pour son propriétaire un devoir de position, un moyen d'influence, une occupation favorite répondant à ses goûts ; c'était aussi, comme nous l'avons dit, un noble but, puisqu'â l'imitation de son prédécesseur, il destinait cette grande habitation à son Roi. En 165.1, au moment de son départ et quand ses riches ameublements étaient saccagés et mis en veille , les pamphlétaires lui supposaient, avec leur basse malignité , une intention ridicule et infâme. Ils composèrent tin prétendu testament du cardinal Mazarin, qu'Un renouvelé ù son départ (Paris,) /r, i65], et dans lequel ils insérèrent cet article : « Item alin que nies dites niepees se sentent de la bonne éducation que je leur ay donnée, et que l'on puisse remarquer quelque conformité entre leur vie el la mienne, avant aussi reeognn par les longues fréquentations que j'aj

Noie 228.

encore parmy les femmes, que ce bel ordre des feuillantines estoit absolument nécessaire dans la France. — J'ordonne qu'il soit pris la somme de aoo,ooo livres, pour fonder deux feuillantines; l'une dans le fauxbourg-Sl- Surin près Bordeaux, en grâce du péril dont le ciel ma déliuré dans ce malheureux siège, el l'autre dans Paris, au lieu et place de mon hostel, afin qu'il ne demeure pas inutile, que ma mémoire soit honorée à jamais dans un lieu qui le fut autrefois de ma présence, lesquelles deux maisons seront régies et gouvernées par mesdites niepees, en qualité d'abesse ; voulant qu'il soit permis à toutes personnes, hommes et femmes, de quelque qualité et condition qu'ils soient, d'entrer en loul temps dans leursdites maisons, déclarant qu'elles n'ont esté fondées que pour ce soulagement et commodité publiques.

Cette restauration fut complète, j'avais en l'intention de reproduire en entier la description si bien faite par Sauvai, témoin des vicissitudes du palais Mazarin ; mais l'espace me manque et force m'est de renvoyer à l'original : Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris (tome II, p. i~3. Paris, folio à 1733).

Une biographie exacte de Sauvai, et une appréciation critique de son ouvrage, serait un travail utile et une tâche digne d'un bon esprit. Nous n'avons encore qu'une nomenclature en fait de bibliographie parisienne ; mais quand en refera la bibliothèque historique de la France, ce sera le lieu de rechercher ce que fût devenue l'histoire de Paris, si Sauvai l'eût rédigée lui-même. Il avait voyagé en plusieurs pays (il parle de son voyage en Angleterre) el il était né observateur; ilavaiteuà sa disposition les archives les plus intéressantes, et il était travailleur assidu, annotateur exact ; on le recevait partout comme l'auteur futur d'une nouvelle histoire de Paris, et il accueillait les renseigements avec une curiosité passionnée, tempérée par une méfiance salutaire. Un mot, échappé au courant de sa plume, est le trait distinctif de son caractère -.D'assurer que ceci 'soit bien vrai, nenni pas (tome II, p. 30)- Il ne garantit rien, mais il cite toujours, parce, qu'il sait que les traditions, même les plus altérées, conservent quelques traces de leur origine, et comme un parfum inaltérable de vérité. Sauvai avait le commerce facile, et la preuve, c'est que toutes les maisons lui étaient ouvertes, y compris l'hôtel de Rambouillet; mais il affichait certaines prétentions, et elles ont choqué assez vivement ses contemporains, pour cacher à leur yeux l'importance de ses recherches et le mérite de son ouvrage. On ne voulut voir dans un travail d'érudition que le style, et on s'acharna sur quelques phrases prétentieuses prises dans d'énormes in-folio. Furetière arrangea contre son histoire de Paris, nue épigranime déjà ancienne , el qui allait m. il à sa nouvelle adresse : Les f/etts de lettres qui voient relu disent : je pense que pour ce qui est âc lu peinture et lie 1 10-

Noie 228. LE valais

chitcclure , il en parle bien ; mais pour le reste , ce n'est point bien écrit , et que les peintres et les architectes disent : Nous croyons que cela est bien écrit ; mais il ne parle point bien de l'architecture ni de la peinture. (Talleinant, dans ses notes, tome VII, p. 05.) Costar, dans son fameux mémoire, parle de lui comme d'un grand travailleur et de ses Antiquités de Paris comme d'un ouvrage curieux et utile, mais il termine ainsi , frappant en même temps le caractère de l'homme et le style de l'écrivain : Il n'a pas un style formé, par fois il l'en/le pour l'orner en des lieux où la simplicité du style est surtout requise. Ainsi il y a encore quelque dislance de lui à un écrivain parfait , quelque chose qu'il en croie. ( Le P. Desmolets , cont. des mém. de Litt., tome II, page3i8.) Enfin Boileau qui , à entendre Talleinant (tome VII , p. 66), n'avait qu'à se louer de Sauvai , lui décoche un trait dont la blessure dut être vive, malgré le soin qu'il prit d'en amortir le coup, en altérant son nom :

Faut-il d'un sot parfait montrer l'original ; [fal. Ma plume au bout du vers d'abord trouve Sau- (SatireVII, édit. de 1666; on lit Sofal dans l'édit. de 167a et dans les suivantes.)

« Il avoit travaillé, dit Brossette dans ses notes, sur d'assez bons mémoires: mais il gâta tout par son style chargé d'expressions ampoulées et de figures extravagantes. Il avoit mis dans celte histoire un chapitre des lieux de débauche qui étoient autrefois dans Paris, M. Despreaux se souvenoit d'un passage de ce chapitre, qui peut servir à juger du style de Sauvai :• Ces sales impudiques, ces infâmes débauchées allèrent chercher un asile dans la rue Brise-Miche, et de la elh s contemplèrent en surelé les tempêtes et les orages qui s'élevaient continuellement dans la rue Chapon etc., etc. » Je passerai sous silence le jugement de Lenglet Dufresnoy qui est d'une date plus récente, les savans disent quelquefois des sottises et ils n'y manquent jamais quand ils veulent faire parade de leur esprit.

Ces jugements peu favorables, ces critiques bien légères ne purent avoir lieu qu'après des lectures faites par Sauvai lui-même ou d'après la communication de son manuscrit , car l'Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris ne parut qu'en 1724. Guy Patin annonçait cependant à Spon , le 16 novembre 1655, que l'impression de cet ouvrage, â son avis très important, pourrait avoir lieu à Pâques : Il y a ici un jeune homme, nommé M. Sauvai, Parisien, qui travaille avec beaucoup de soin et de peine à nous faire une pleine Histoire de la ville de Paris. Vous savez que cet abrégé du monde est divisé en ville , cité et université; il fait une recherche de toutes les fondations des églises, des monastères , des hôtels et des maisons des princes, et en a obtenu de très bons mémoires. ( Voir la nouvelle édition des lettres de Guy Patin, annotée par M. le doc leur Reveillé Parise, tome If ,

MA/.AUIN. 263

page 223. Le savant et ingénieux éditeur a placé au basdela page une note dont l'apropos est un trait d'esprit.) Non seulement Sauvai voulait mettre son ouvrage sous presse à Pâques i656, mais dès i65Zi il s'était muni d'un privilège pour son impression. J'ignore ce qui l'empêcha de réaliser ses projets. La mort ne fut un obstacle qu'en 1669 ou ]<370. Son manuscrit formait neuf volumes in-folio. Un des amis de l'auteur , Rousseau auditeur des comptes, accepta le travail ingrat et la responsabilité d'une publication posthume. îl s'en occupa quelque temps, classa, corrigea et puis mourut aussi sans rien terminer, sans même commencer l'impression. Enfin l'année 1724 vit paraître trois gros volumes in-folio intitulés, mi partie rouge et noir : Histoire et recherchesdes Antiquités de la ville de Paris, par M. Henri Sauvai, avocat au Parlement. A Paris, chez Charles Moelte, libraire, Jacques Chardon, imprimeur-libraire. M.DCCXXIV. Le Dictionnaire universel cite une nouvelle édition de 1733 et M. Weiss dit qu'il n'a pu la découvrir dans les principales bibliothèques de Paris. (Art. Samal. lîiogr. univ. ) C'est que M. Weiss n'a pas bien cherché, car le dictionnaire n'a pas tout-à-fait tort. En effet , soit que le livre fût trop lourd à la vente, soit patsuite de quelque liquidation d'affaires du sieur Charron, ce qui restait des exemplaires du livre de Sauvai fut réparti entre le sieur Charles Moette et quatre nouveaux libraires, les sieurs Guillaume Saugrain , Pierre Gissey Marc Bordelet et Henry. Un nouveau titre, tout en noir, fut imprimé avec ces nouvelles adresses, et il porte bien la date de 1733. D'ailleurs pas une seule feuille, pas un seul carton , n'a été réimprimé pour ce semblant de nouvelle édition.

Des ouvrages du genre de celui de Sauvai ne sont pas communs, les savants cl les gazeltiers laissent rarement place entre eux pour ces hommes, délicatement curieux, qui trouvant l'antiquité trop loin et les événements du jour trop près , s'attachent à des époques intermédiaires pour les juger avec d'autant plus de sûreté, qu'ils sont au vrai point de vue de l'histoire, et par là même à celui de l'impartialité.

Colbert avait peut-être compris l'utilité de ces travaux, lorsqu'il chargea Féli bien d'écrire l'histoire de quelques édifices de Paris et lui fit ouvrir tous les dépôts. 'Godefroy a placé dans ses recueils de pièces manuscrites la lettre suivante :

Monsieur,

Le Roy ayant fait choix de la personne du S' l'élibien pour escrire sur les busl intrus , je vous écris ces lignes pour vous prier de lut/ donner les moyens de tirer de la chambre du trésor tous les mémoires cl extraits con> ernanl ce sujet, dont il pourra tiroir besoin; cependant, ■le suis , etc.

Colbert.

( Portefeuilles de Godefroy , ir 274. Bib. de l'Institut.)

Note 231.

Félihion et Colbert lui-même, auroicnt voulu donner à ce travail une tendance archéologique, l'amour propre du maître en fit nue sorte de magnifique parade de ses fastueuses constructions. Il était réservé à son fils dorn Michel Felihien, d'exécuter cette tâche en nous donnant l'ouvrage le plus utile sur Paris, après les recherches de Sauvai.

(229) Les agendas sont le meilleur document pour prouver sa réserve , car on trouve en plusieurs endroits qu'il sollicite de la reine des pensions, des bénéfices, des gratifications comme aurait pu le faire le plus mince des hommes polil'ques. A la fin de 16/19 pouvait inscrire cette note anière : Je n'ai aucun établissement ( pour ses nièces) et je trouve des obstacles à avoi/r le petit gouvernement d'Auvergne après 22 ans île services et 7 de la place de premier ministre, sans avoir rien du tout. (N" 12, p. 76.)

Si dans sa correspondance avec Colbert de i6.)3 a 1661, tout se trouve mêlé et confondu ensemble, les deniers de l'Etat et sa fortune particulière, dans ses agendas de 16/M à 1651 je n'ai trouvé qu'un seul passage où ses intérêts privés viennent coudoyer les affaires générales. En 1 6?i9 , vers la fin il écrit: «On prétend de fayre assembler le Parlement mardi et toat en cadenze. — Tâcher de vendre mon cuivre qui est à Aure (Havre) à celui qui fayt les liants, etc.» (N" 12, page 12a.) Or ce marché pouvait être fort légitime et 'honorable.

(25(1) Drienne fait une longue énumération ■des vingt-neuf abbayes du cardinal, et vraiment, les noms de ses successeurs ôtent le courage de blâmer l'accapareur. (Brienne, Mémoires, loin. Il, page i3/|.)

(231) Guy Patin écrivait à Falconet, quelques jours après la mort du cardinal : On dit que le feu Mazarin a laissé cent cinquante millions de biens. (22 mars 1661.) Le fougueux médecin était le plus acharné des frondeurs contre la mémoire du cardinal, et ne voyait que le monde de ses détracteurs habituels.

Voici un passage des Mémoires de Saint- Simon : Dons un procès que M. de Mazarin (le mari d'Horlense Manrini) eut avec son fils à la mort de sa femme, il fut prouvé en pleine chambre qu'elle lui avoit apportées millions. (Tom. X, p. 3yo.) Celte assertion lut contestée. Les souvenirs de Brienne sont empreints de plus d'exagération encore: J'ai su de bonne part qu'après la mort du cardinal on trouva neuf millions dans le bois de Vincennes, cinq au Louvre, sept a la Bastille, huit à la l-'ère, et quinze ou vingt a Sedan ou à Brissac. (Tom. II, p. 145.) Ces ou me rappellent l'histoire d'un homme qui ne demandait pour tout bien que les ou des fortunes que l'on donne aux autres: quinze ou vingt millions, comme si c'était même chose. Tout le monde partageait alors sur ce point la crédulité des petites

gens; on voulait que des trésors eussent été enfouis partout, et on remuait toutes les cachettes. Voltaire acceptait même, pour preuve de ce fait, un radotage de M. de Caumartln, qui confondait les dates et les choses, pour faire croire que tous les meubles du Cardinal étaient remplis de ducats et de pistoles. Avec de pareilles autorités (voir ce détail dans les Mémoires de la duchesse Mazarin, p. 22), on ne s'étonnera pas qu'il fixe à deux cents millions, ni plus ni moins, la fortune de Mazarin. (Œuvres, 10m. XXIII, p. 36.)

Mon but n'était point de jeter la lumière dans cette obscurité; ce n'est qu'au moment où mon travail est sous pr< sse que je m'aperçois de la nécessité de rétablir les faits selon la vérité.

Comme toutes les fortunes de ce temps, celle du cardinal se composait de :

Argent en nature, qu'il faisait valoir parle change, par des acquisitions favorables, etc.;

Riens fonds, qui n'étaient considérables ni en France, ni en Italie ;

Meubles. Ses collections avaient, sans doute une grande valeur, mais qui songeait à les mettre en vente ? C'était un noble emploi de ses deniers, fait au profit de la France;

Appointements. On a vu à quel chiffre ils se montaient;

Gouvernements, qui étaient importants et lucratifs; ils formaient avec les abbayes la source féconde et légitime de ses grands revenus ;

Abbayes. Brienne en compte vingt-neuf à l'époque de sa mort.

En capitalisant pendant treizeannées seulement les revenus de ses gouvernements et de sesabbayes, en y ajoutant ses appointemens, on arrivera à un total considérable, qui représentera le chiffre de cette grande fortune, dégagée des exagérations fantastiques dont elle a été le sujet.

Une des suppositions haineuses les plus accréditées pendant la Fronde , parce qu'elle avait été mieux exploitée, consistait à établir que le cardinal envoyait des sommes considérables à l'étranger, et particulièrement en Italie. On voit par une note des agendas de la fin de 16/18, qu'on fixait le chiffre à vingt-neuf millions :

« Un merchant parlant jer matin à la femme deLimori, luy dit que cetoyt une onte que dans la nécessité d'argent ou sont les finances du roy, je ne songiasse que a le faire transporter hor du Royaume, que a Venize je y avois 20 millions, et que le parlement l'avoyt descouvert et que il en avoyt le certificat que li costoyt 20m escus.

« Inlerogé le merchant qui luy avoyt dit, il respondit : que la chose esloyt certaine, pareeque il savoyt d'un avocat a qui M. de Lamognon l'avoyl assuré.

a D'autres merci) m ts et Bourgoysau nombre de X alerent trouver le Normand que fayt la despense de ma mayson et luy dirent : Que

■Noie 253.

Le palais MAZAitiNi

ps que Paris a fayt a M. le Cardinal qui est résolu de le perdre, de le fayre saccager et brnllerlet le Normand respondant que cela n'estoyt poent et que s'estoyent des méchancetés que on inventoyt pour me rendre odios, ils reparlirent : que pourtant beaucoup de personnes leur avoynl dit, jusques a des officiers qui ne faisoynt que arriver de l'armée, lesquales disoynt en estre bien informés. (Biblioth. Roy., Fonds Baluze, N° 10, p. G.)» Dans l'agenda qui suit l'ordre chronologique, il écrit vers la fin de décembre, pour un projet de défense à publier : T<ml ce que j' avoy.l a Rome, je t'tnj fayt venir isy pour donner nu public. Mes nirzes je les ay fayt venir pour assurer que je ne voloys jamais m'en aler mays non pas pour qui fussent a charge à la Franze. (N° 11, p. 38.) El en effet ces envois considérables d'argent à l'étranger, se réduisaient à l'acquisition d'un Palais à Rome pour quelques milliers d'escus.

(232) De gi ands esprits comme Montesquieu (Esprit des lois, liv. V, chap. 19) , des hommes profondément versés dans les finances des étals comme Forbonnais, ont approuvé la vénalité des offices ( Recherches sur les finances), mais il ne s'agit pas d'aborder celte question , il stifiit d'établir que le cardinal Mazarin n'en fit pas un moyen de fortune. ( Loiscau écrivait sur ce sujet déjà en 161/1 trente années avant le ministère Mazarin.)

En temps de Crise , cette vente des offices avait é'é une ressource et le Cardinal n'avait rien inventé, en battant monnaie à son tour, de cette manière, dans les moments de grande pénurie. Je rencontre dans son agenda du commencement de l'année 16/19, cette observation :

Choron traytte de la charge A' intendent avec Le Tillier pour cent mil escus; il n'y a rien routé, il est moribon, la reine ne le consentira p«.Vi

Pnur trouver de l'argent prontement il faudroyt aiUter deux charges d'intendents. liordier , Galon Bordeos et Tillier a l'envie l'acheticront. — 3 charges de mestre de la gaule robe. — Ajuster avec M. le Prince la création de 12 mesires d'ostcl et 36 gentishommes servant, luy en donnant une partie que pmtvrait represter an roy et en prendra pour le payement, assignation dans son yonvernement.

Cela pourra valoyr un mil/on de lire. (Nu 12, p.6l.)En i65oc'élait encore un des expédients proposés, je ne. prends mes preuves que dans les papiers inédits du Cardinal , on connaît les autres : c. L'y a qui a proposé de fayre X ducs en faysanlpayer 200m livres ou 5om escus et louttes persones de mérite comme 'freines, Villequier, Morlemar, Yihy, Roclaure , Villeroy, Lude, Crequi, Apagieu (?) Onquiucourt, etc. » (N" îfl, page 52.)

La paix une fois rétablie, le Cardinal put retenir quelquefois le prix de ces charges, mais, je le répèle, cps profils n'ajoutent qu'un chiffre minime au total de sa fortune.

Fouquet avait échafaudé toute sa défense sur la responsabilité du Cardinal, il alla même jusqu'à la faire peser sur le roi : «Bien est vray que feu M. le Cardinal luy disant de temps en temps qu'il seroit facile de persuader aux gens d'affaires, de faire quelques petits efforts, outre et pardessus ce qu'ils esloient obligés de faire pour le roy , pour estre asseurez de sa protection , luy répondant se trouva obligé de ménager de temps en temps diverses sommes, lesquelles ont esté portées luy répondant ou ses domestiquesdireetemi nt à feu M. le Cardinal, selon l'ordre qu'il en recevoit, lequel argent après avoir esté converty en or, que ledit sieur Cardinal faisoit apporter dans son polit cabinet ne voulant pas que cela passât par les mains d'aucuns de ceux qui lui rendoient leurs comptes, ni même qu'ils eri eussent connaissance, l'ayant ainsi dit au répondant et quand il y avoit quelquefois du monde dans sa chambre, il les faisoit délivrer à Barnouln son valet de chambre. — Luy répondant nous a dit que depuis le décès dudit feu sieur Cardinal, s'estant présenté une affaire considérable ceux avec lesquels elle se traittoit, offrirent à luy répondant une somme de 300,000 livres, outre et pardessus le prix de leur traitté , ce qu'il fit aussitôt entendre au roy et que l'on avoit accoutumé d'en user de la sorte et que si sa majesté a\oit agréable que l'on prisl cette partie, luy répondant la luy remettroit pour en disposer ainsy que bon luy semblerait ce que sa majfsté approuva.*' (Tome XIII, page 73 et 80. Interrogatoire du 10 mars 1662.) Pour s'excuser un peu , l'ex-surintendant avait besoin d'accuser et de? calomnier beaucoup.

(233) Cette lettre porte la date de i6j3 ,■ lë Cardinal répond qu'il a promis celte Chargeà d'Artagan.

Colberl aimait à reconnaître qu'il devait ?» fortune à Mazarin.il lit imprimer , pour lui donner plus de publicité, une lettre qu'il avait écrite au Cardinal legatril i65â (deux feuilles in-folio de huit pages) : « Je supplie votreéminence de trouver bon que je ne paraisse pas insensible à tant de faveurs qu'elle a ré-' panclucs sur moi et sur nia famille , et quais moins en les publiant je leur donne la seule sorte de paiement que je suis capable de leur donner. » Après avoir énuméré les nombreux avantages qu'il a procurés à sa famille, if ajoute : «Je ne puis taire que vostre éminence, avec quelque résistance de ma part au TORRENT de ses LIBÉRALITÉS, a pensé cette année encore à les accroitre par un bénéfice de 8,000 livres de rente.

« Toutes ces grâces , monseigneur, et (me infinité d'autres que votre éminence a répandues sur toutes sortes de sujets, à proportion de leur mérite et même beaucoup au-delà devrolent bien étouffer la malice de ceux qui ont osé publier que les grâces et fis bienfaits ne sortotent qu'avec peine de \os mains , et quelques uns de ccu\qul en ont été comblé-.,

2 fit)

LE PALAIS MAZAHIN.

Nolu 237.

ont été tte ce nombre , comme si dans le même temps qu'ils recevolent des bienfaits, ils cherchoient des couleurs pour les diminuer, afin de se décharger du blâme de l'ingratitude qu'ils méditoient. C'est une matière dont personne ne peut guère mieux parler que moi, la meilleure partie de ces grâces a passé devant mes yeux et je n'en ai vu aucune, pour peu de mérite qu'ait eu la personne qui les a reçues , qui n'ait été redoublée par la manière obligeante de la faire.»

On possède un exemplaire de cette lettre à la Bibliotlièque royale, ils sont très rares. Elle a été réimprimée dans les documents inédits publiés par le ministère : Histoire de la marine de M. E. Sue et une seconde fois dans l'article consacré à Colbert par M. Clément dans le Correspondant , tome XII ,

(234) Bib. roy. Fonds Baluze, arm. VI, paq. 1.

(23ï) Bib. roy. Fonds Baluzo, arni. VI , paq. 2.

(256) Je laisse en repos toutes les illustrations du i6rae siècle, je ne toucherai même pas â l'austère figure de Sully, que son maître respectait moins que je le fais, mais je remarquerai que le cardinal de Richelieu avait une véritable liste civile de quatre millions, dont il réparlissait fort soigneusement la dépense. Dans une foule d'épigrammes et d'épi taphes satyriques composées du vivant et après la mort de Richelieu, je ne prendrai que celle-ci parce qu'elle manque dans le tableau, etc. , Co- Imjne , 12", 1693 :

Voici le testament d'Armand de Richelieu Monarque sans royaume et Cardinal sans Dieu Je me trompe, lecteur, ce n'est que l'inventaire Des larcins qu'il a faits pendant son ministère. (Liber de Omnia, mss. S. Martin, 79.

Bib. roy.)

l e marquis de Louvoîs a amassé des ri- < liesses infiniment plus grandes que celtes de son père (Le Tellier) quoiqu'on les fasse monter à vingt millions. (Brienne mémoires, tome II, p. 273.) La France qui a payé ces vingt millions, n'a reçu en échange de ces premiers commis, que des calamités et des surcroîts d'impôts.

Colbert laissa six fils pourvus de grandes charges et trois filles dotées de manière à être recherchées par des ducs. De ses fils l'un fut ministre , l'autre archevêque de Rouen, le hmo grand-maître des cérémonies , les trois autres occupèrent de hauts grades dans l'armée. Les filles devinrent les duchesses de Chevreuse, de Beauvilliers et de Morleuiar. Les chansons manuscrites ne pouvaient pardonner â Colbert son élévation, sa fortune et les grands noms de ses filles, les poètes clandestins étaient infatigables a rappeler

qu'il avait pour père un marchand de drap de Kheims, je ne citerai que ce couplet :

Les Colbert n'en sontpas plus vaines,

Quoiqu'en la chambre de la reine

On ait fait asseoir leur fessier;

Car en duchesses débonnaires

A leur cousin le tapissier

Elles ont donné leur dais à faire.

(Collect. Maurepas. Bib. roy., 1681, tome V , fo io3. Il se troine Imprimé dans plusieurs recueils.)

On a réuni en deux gros volumes in-folio (Bib. roy. suite du fonds Mortemart , n° 34, relié en maroquin noir aux armes de Colbert) les cahiers qui composent Y inventaire fait après le décès de monseigneur Colbert, en octobre et en novembre i683.

Les livres, les médailles, les tableaux, les étoffes, les meubles, tout y est décrit avec le plus grand soin et estimé par des experts dans l'intérêt de la famille. Voici les noms des peintres dont Colbert avait des tableaux, je suis l'ordre de l'inventaire : Veronèsê, Al banc, Pierre de Cortone, Le Molo, les Carraclies , Le Brun, Jules Romain, Raphaël, Romanclli, Beaubrun, Dominiquin, Nanleuil, Philippe de Champagne, Guerehin , Bolognèse , Guide, Van der Meulen, Mlgnard, Nocret. La prisée des quels tableaux a été faite pur Charles Le Brun, premier peintre du roy. Je reviendrai plusieurs fois sur cet inventaire qui présente le tableau du luxe de son habitation de la rue Neuve des Petits Champs.

(237) L'histoire financière et administrative de la France, pendant le ministère du cardinal Mazarin, est dans le procès de Fouquet. Elle y est, mais il faut l'y chercher au indien des violences haineuses de l'attaque et des subtilités de la défense.

Tout ce procès fut imprimé, non pas pendant sa durée et clandestinement comme ledit M. Clément (Hist. de Colbert, pag. ) mais après le jugement qui est du 1 £1 déc. 1064 et depuis 1665 jusqu'en 1668. Il faut réunir les 13 volumes 12°, pour l'avoir complet. J'indiquerai les tilres des volumes :

Tom. I. Recueil des défenses de M. Fouquet.

M.DC.LXV, in-12» à la Sphère.

II. Défenses de M. Fouquet, sur tous les points de son procès; à la Sphère.

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