‹ De l'organisation des bibliothèques dans ParisChapitre 42 sur 54 · X. Suite de la continuation; 1667, sans la Sphère · texte numérisé non relu

X. Suite de la continuation; 1667, sans la Sphère

XI. Inventaire des pièces baillées à la chambre de justice, par Mc Nicolas Fouquet, contre M. le procureur général , pour répondre à quelques procès-verbaux par lui produits. Tome sixième de la suite; M.DC. LXVII, sans la Sphère.

XII. Inventaire — concernant les défauts des inventaires; 1G67 , sans la Sphère.

MIL Conclusion des défenses de M. Fouquet,contenant son inten ogatoire, ie journal de ce qui s'est passe en son affaire, depuis le jour de sa capture, ses remarques sur le procédé qu'on a tenu contre luy, les avis de ses juges, les conclusions des procureurs du Roy, et sa sentence de bannissement. Au bas, au-dessous d'un ver à soie dans sa coque : Inclusum lubor illustrât ; M.DC.LXVI1I.

11 faut joindre à ces treize volumes, nombre de pièci s et docuniens manuscrits qui appartiennent au procès, et ne sont pas compris dans ce recueil. La Bibliothèque royale conserve huit volumes in-folio intitulés : Piwès de Fouquet, c'est la collection de toutes les pièces et de la procédure de cette grande affaire. J'ai cité dans ces notes les autres documens , au moins les plus importans. On doit trouvera Rouen, dans la bibliothèque Lebcr, une copie manuscrite du procès avec (les pièces inédites. (Cal. Hist. de France; Mémoires, 11. 57O7.)

(238) De son vivant, les gens île lettres axaient été gagnes par ses largesses; ils se trouvaient à sa mort engagés par leu:s hyperboliques flatteries. Il laut lue des phrases comme celle-ci, pour croire aux dissipations d'un surintendant-ministre dis finances, et cunuai re ses dissipations, pour croire à de si basses adulations : Rim en prend à la n nom litre, ilr re qu'elle est née avec cent bouches; encre n'en n-t -elle pas !■/ moitié rie ce qu'il faudrait, pour célébrer digneininl un si grand lieras. (Lettre de La Fontaine a Maucroix.)Si nous faisions cette unique citation, on pourrait mettre le grand ha os sur le compte des distractions du bonhomme ; mais c élait comme une expression consacrée. Ma-

MAZA-ftlJÎ. 267

dame Scarron écrit le 25 mal 1 655, à madame Fouquet, au sujet d'une affaire qui devait rapporter quelqu'argent â son mari : elle est heureusement terminée par la protection de ce héros auquel nous devons tout, et que nous avez le plaisir d'aimer. (Lettres de madame de Maintenon. Amst., 12°, 1757, p. 23). L'argent volé par le surintendant faisait le piédestal du héros. La Fontaine fut mieux inspire lorsqu'il composa ces deux élégies si connues, pour son protecteur malheureux, privé déjà depuis deux ans de sa liberté. Il s'adresse ainsi au Roi :

Permets qu'Apollon t'importune, Non pour les biens de la fortune, Mais pour les jours d'un malheureux.

("259) Le procureur-général Talon lui reprocha d'avoir écrit un mémoire injurieux pour la mémoire du Cardinal :

« La préface de ce mémoire, dit-il, est une invective contre M. le cardinal Mazarin, et une plainte contre le gouvernement ; il traite un premier ministre avec des tenues injurieux et n'épargne aucunes couleurs pour noircir -a réputation et ses services, et il mesure son propre éloge par l'énumëration de ses propres qualités; et faisant parade de sa fermeté, il accuse M. le cardinal Mazarin d'ingratitude, de foiblesse et de timidité.

« Chose étrange que M. Fouquet reproche a son bienfaiteur de manquer de gratitude, a celuy, dis-je, qui l'a voit élevé dans la charge de procureur-général et successivement dans celle de surintendant ; qui Favoil honoré de sa confiance et de ses bonnes grâces, et auquel il estoit redevable de sa fortune. Quelques services que l'accusé ait jamais rendu .1 M. le cardinal Mazarin, on peut dire sans exagération qu'ils ont esté récompensés avec usure, et comme nous devons partout le témoignage a la vérité, nous sommes obligés de reconnaître que la prudence de M. le cardinal Mazarin dans le choix des conseils tempérés et sou extrême modération dans l'oubli des injures, dont il pouvoit conserver un ressentiment raisonnable , est plutôt marque de sou courage et le témoignage d'une aine grande et élevée qu'une marque de loible-se et <' e timidité. Lu effet, ne l'a-t-on pas vu inébra; lable et intrépide au milieu des périls les p,us présents et les plus redoutables. Et pendant que toute la France semblait avoir conjure sa ruine, n'a-t-il pas envisagé avec la même fermeté les approches de la mort; a-t-il cessé dans ces derniers moments de tenir le gouvernail. Et n'a-t-il pas continué d'agir avec toute la reconnaissance, l.i générosité et la force d'un génie héroïque. »

Fouquet répondit fort mal à ces reproche., c'est-à-dire qu'il les renvoya au procureurgénéral, en lui rappelant, qu'à une autre époque, il avait traité le Cardinal encore plus ma! qu'il ne s'était permis de le faire. En cela il (irait parti des passions du temps , dont bien pri: s'étaient affranchis. (Voir les Mémoires 1I1

2(VS LE l'ALAIS

Coadjuletir, tom . II, pag. 1 1 3, éJii. 1 2», 1 . ) En (tu ire , il insinuait je no sais quelle ténébreuse pensée de hante trahison :

« Si j'a\ois la libel lé de dire au Roy ce que j'ay ouï de la propre bouche de M. le Cardinal et la tentative qu'il m'a faite et à d'auires encore, et qu'il me lût permis d'en expliquer les circonstances, qui sont telles que le Roy n'en pourroit pas douter, et la réponse que je luy fis, laquelle est et peut bien estre une des causes de sa haine contre moy; Sa Majesté seroit fort convaincue que la gratitude de M. le Cardinal estoit beaucoup moindre que ma fidélité. »(Tom. III, pag. 2G0-263,) Le Roi ne fit aucune attention à cette révélation bien tardive, et tout prouve qu'il eut raison.

(240) Le procès de Fouquet se résume en deux chefs d'accusation, le péculat et la révolte à main armée. Sur le premier point, le surintendant chercha a prouver qu'il n'avait agi que par les ordres du Cardinal et du Roy. Il prétendait avoir acquis ses propriétés immenses avec son bien et en s'endettant de la presque totalité de leur valeur. Sur le second point, il reconnaissait S' s torts, puisque son projet de rébellion était écrit de sa propre main, niais il se défendait d'avoir eu l'idée de le mettre à exécution et s'efforçait de le faire envisager comme une boutadr, unprqjeten l'air, le produit de craintes chimériques et d'une imagination un moment exaltée. Cet écrit, témoignage de son incurable légèreté, portait quelques traces di s souvenirs de la Fronde. Le surintendant avait des imprimeries toutes prêles dans ses châteaux , et il donnait les instructions suivantes à ses amis pour le cas de son arrestation : II faudrait, sous mille noms différent et divers intéressez, recommencer à fane des imprimez de toutes sortes dans les grandes villes du i onaume , d'en envoyer par les postes et Srmrr par les province*. On sait que celle lettre autographe de Fouquet fut gravée en lac simile, avec ses moindres altérations, pour être annexée au procès, c'est le premier exemple d'une reproduction de ce genre.

La vérité aujourd'hui se résume ainsi : Fouquet, homme d'expédients, avait rendu des services dans un temps où tout était expédient'., et en même temps il avait volé d'une manière scandaleuse dans un temps où tout était désordre. Le Cardinal averti par Colbert (Voir ses lettres, déjà citées) ne voulut point ouvrir lis yeux, alors qu'il était forcé de les fermer pour conclure sans entraves intérieures la paix et le mariage du Roi; mais ces deux grands actes une lois assurés, il allait se défaire de ce dangereux ministre des finances , lorsque la mort l'obligea à léguer au Roi l'accomplissement de cet acte de rigueur. Fouquet, au moyen du chiffre fabuleux de pensions qu'il distribuait chaque année(Choisy, Mémoiies, pag. no; Gourville, Mémoires , tom. I, pag. 167; etc., etc.) avait organisé un vaste système d espionnage; il connut dès 1 65g

M AZAKI V, Note 3k%

les dénonciations de Colbert, et plus laid la résolution du Cardinal; c'est alors qu'il fli fortifier Rellc-Isle ei rédigea un projet de résistance à main armée. La mort du Cardinal et la jeunesse du Roi endormirent sa vigilance et on sail comment Louis XIV s'acquitta de son devoir. De toutes les affaires que j'ai eues à traiter consignait le roi dans les instructions au Dauphin (tome I,) l'arrestation et le procès du surintendant est celle qui m'a fait le plus de peine et causé le plus d'embarras. Les historiens qui ont attribué la disgrâce du surintendant à la haine de Colbert ou à la jalousie du Roi , n'ont donc prouvé que leur ignorance des hommes et des choses. M. de Chamillart requérait dansses conclusions que Fouquet : Atteint et convaincu du crime de péculat cl autres cas mentionnés au procez , fusl condamné à estre pendu eteslranglé, tant que mort s'en suive. ( Voir la pièce originale aux grandes Archives, letlre K, n. 127.) Neuf juges furent de cet aviset le chancelier Seguier le partagea, quoique la majorité se fût déjà déclarée en faveur d'un simple bannissement. On sait que le roi, par un grand abus d'autorité, agrava cette peine en la changeant en une détention perpétuelle.

Lu collection de pièces manuscrites de la Bibl. royale, connue sous lenomdeMaurepas, attribue celle épilaphe au surintendant :

Icy gist qui jusques au tombeau

A desrober eut la main preste;

Son seul regret est qu'au bourreau,

Il ne peut desrober sa tesle.

(Tom. XXIII, f. ûi3.)

(2,41) Voir dans le procès de Fouquet, et particulièrement dans l'interrogatoire du 7 mars 1662, des détails sur les dépenses de cette seule habitation ; elles dépassèrent la somme de trente-six millions de notre monnaie. (Orner Talon les portait à 9 millions et Colbert à 18.) Rien n'est plus facile que de démêler dans les demandes et les réponses, la vérité, du moins approximativement,

Le maréchal de Vidais, qui acheta Vaux le Vicomte du lilsdeFouquei, venditen uneseule fois pour àoo,ooo francs de plomb provenant des conduites d'eau qui avaient servi aux jets et aux cascades, M. de Praslin en acquérant cette propriété trouva encore assez de conduits d'eau sans emploi ou hors d'emploi pour en retirer 80,000 fr.

Si quelque chose ajoute au mépris qu'inspire une malversation aussi débouté, c'est le ilegoùl que provoquent les moyens mis en œuvre pour les cacher. Le surintendant, procureur général, ne craint pas d'écrire à des subalternes des lettres comme celle-ci : Un gentilhomme du voisinage qui s'appelle Vtllcvessiit a dit à la Rryne quil a esté ces jours-ci à I aux et qu'il a compté à l'attelier neuf cens hommes. Il faudrait pour empesther cela autant qu'il se pourra exécuter le dessein qu'un <(roit fuit de mettre des portiers et tenir tes jun tes fermées. Je serois bien aise qu'il 11

Noie 243.

LE l'Ai. AIS MAZAR1N.

ayt en veue le moins de tiens qu'il se pourra ensemble (8 février 10J7). Dans une autre lettre, sans date, mais probablement de 1039 : Son Eminence ira mercredi coucher à Vaux; faudra congédier les journaliers et massons du grand canal; en sorte qu'il 1/ en ayl peu, faut les employer pendant ce temps-là dans les Frnmes et à Maincy. (Voir à la Bibliothèque royale pour ces lettres et d'autres de la même main, traitant du même sujet : Procez verbal de la levée du sellé apposé par MM. Payel et Dulbertas — sur un coffre trouvé dans la maison de Vaux avec l'inventaire et description des papiers trouvés en Iceluy. ( Bib. roy. mss. R.B., 3i8/i). Je renvoie pour les détails sur le luxe de Saint-Mandé au Discours sommaire de ce qui s'est passé et a été inventorié a Saint- Mantlé. (Mss. Bib. roy.,suppl. François, 1096, à la suite du journal d'Ormesson) età V Inventaire et estimation de la bibliothèque de Saint- Mandé. (Suppl. François , 2611.)

Fouquet qui établit toute sa défense sur la responsabilité du Cardinal , bien qu'il n'eût pas changé de conduite depuis sa mort, autant toutefois que le lui permettait la surveillance du Roi et de Colbert , avait intérêt à grossir les dilapidations financières du Cardinal-Ministre. Voici jusqu'où va son exagération : M. le Cardinal s'est enrichi de cinquante m! liions partagés entre lui et les siens. En retranchant la moitié de ce chiffre on est dans la vérité. Quant à lui avec un revenu de 600,000 livres produit des biens de sa femme et des avantages de sa charge, il trouva moyen de vivre sur le pied de quatre millions par an et de faire des constructions à Vaux, à Saint- Mandé, à Belle-Isle età Paris , qui toutes ensemble représentent plus de vingt millions, c'est-à-dire plus de cinquante millions de la monnaie actuelle.

(242) Il laissa son grand palais inachevé et tel qu'on le voyait en 16/19. Des traces de travaux interrompus, des arrachements laissés en réserve, prouvent que l'intention était alors de fermer le parallélogramme de la gramlé galerie dans cette limite, il a fallu les accroissements ultérieurs pour déborder sur cette première enceinte. Dans l'une des Mazarinades de la première bordée, (16/19) on lit ces vers :

Je crois que vous avez regret De ce beau palais imparfait Et cette grand'biblioihèque.

[La [utile des maltoliers après \lazarins mis eu sers burlesques par le sieur Pomphollis. Paris, lia, 16/19, sans nom d'imprimeur-libraire.)

(243) Loret était présent à celte fête, il la décrit :

Lundy (i3sept. 1655) le prince Manloûan , A Paris et non à Rouan , Fut receu par Son Ëminencc Avec pompe et magnificence ,

Dans .son palais, assez beau lieu Pour loger quelque demy-Dieu, A cause des pièces rares, Qui (malgré les fureurs barbares, De nos derniers soulèvements) Ornent ses grands apartements, Bibliothèques, librairies , Sales, salons et galeries, Où d'un lustre brillant et pur, Reluizent l'or, l'argent, l'azur, La peinture, la mignature, L'art, la science et la nature, L'éclat, la splendeur, la beauté, L'antiquité, la nouveauté, La proportion, l'industrie, L'invention , la symétrie, Des diamans Orientaux, Le corail, perles et cristaux, Quantité d'images augustes, Avec leur bazes et leurs bustes, R'ajustez après leurs débris, Les beaux plafons et les lambris , Le jaspe, marbre, porphire , ambre.

Et bref, l'on voit! en chaque chambre De si riches ameublements, De si précieux ornemens, Enfin tant et tant de merveilles, Que les Chapelains, les Corneilles, Les Ménages, les Scuderis, D'Apollon les cliers favoris.

Les pouroient à peine décrire , Et dizant cela, c'est tout dire.

Ce fut donc en ce beau séjour Pour qui, certes, j'ay de l'amour , Que ce grand Prince d'Ilalie, Dont la suite est belle et polie , Fut reçeu, régalé, traité, En grande somptuozité , Ducs , Pairs et Maréchaux de France Et d'autres de haute importance, Tous Cens de mérite et d'honneur, Eurent ce jour là le bonheur De banqueter en mesme table, Ou la chère fut admiraDlc,

Y compris les airs et les sons, De vingt et quatre violons,

Qui de tout leur cœur fredonnèrent, Tant que ces illustres dînèrent.

Après que l'on eut desservy , De temps en temps on fut ravy , Par quantité des synfonies, Dont les célestes harmonies, Donnoient des plaisirs merveilleux A Messeigneurs les Cordons bleus.

Avec la beauté des paroles.

Les voix, les luis et les violes, El les clavessins, mesmement , Agirent tout divinement.

L'incomparable La Vareine,

Y chanta mieux qu'une Syreine , Et sa voix tellement charma Que de douceur on s'en pâma .

La Seignore Anne, d'autre part , A l'Assistante, aussi, fit pari,

Note 243.

Des merveilles doni elle enchante,

Quand elle parle ou qu'elle clianle ;

Oulre quelques particuliers,

Tous Gens triés et singuliers,

Ceux de la Musique Royale,

Dont l'excelence est sans égale,

Tant les voix que les instrumans,

Firent des accords si charmans,

Qu'on leur devroit comme aux Orphées,

Eriger d'éternels trophées.

Enfin l'on fit quatre concerts,

Tous admirables, tous divers,

Et tels que Monsieur de Mantouë

Y songeant tous lesjours, avoue

Tant autre part, qu'en son Hôtel ,

Qu'il n'ouït jamais rien de tel.

Roze, Homme de grande prudence , Secrétaire de l'Éminence D'esprit beau, rare, illuminé, Et dont le cœur noble et bien né , Fait eu lui la vertu reluire , Eut la bonté de mïntroduire, Et d'autres sages Serviteurs, Des honnestes Gens amateurs.

Me faizoient manger des viandes Des meilleures et plus friandes, Et me faizoient de bout en bout Voir ce pompeux logis partout, Se firent envers moy paraître Dignes Domestiques d un Maître Si bon , si doux et si puissant, Je leur dois ce trait en passant.

Enfin après tant de régales Et de liesses muzicales Dont par bien heureux hazard , Je puis dire avoir eu ma part Comme celte belle journée A la joye étoit destinée , Quand je vis aprocher le soir, J'allay dans le Louvre m 'assoit' , Pour lorgner les Beautez esquizes , Qui, soit Duchesses ou Marquizes , Dévoient dans ce Manoir royal Composer un illustre Bal.

Il décrit alors la salle du bal et l'entrée des personnages les plus marquans , c'est ainsi qu'il commence :

Le roy notre Monarque illustre,

Dont le glorieux et beau lustre,

Ne peut d'aucun être terny ,

Menoit l'Infante Manciny,

Des plus sages et gracieuzes,

Et la perle des précieuzes.

(Musc hist., liv. VI , letlre37, p.

Nous remarquerons que le mot de précieuse était encore pris dans l'acception louangeuse que lui avaient donnée ies habitués de l'hôtel de Rambouillet, il marquait la délicatesse de l'esprit , unie dans la même personne aux charmes de la figure; quant à l'Infante Manciny dont il s'agit ici , c'était Marie la jeune fille qui avait rêvé la couronne de France et croyait se sacrifier en acceptant le plus grand nom de l'Italie.

Je ne crois pas abuser du droit de citation, en reproduisant d'après un imprimé fort rare la description de la même fête tracée par une autre main. J'ai dit (note i ) que le libraireimprimeur Alex. Lesselin avait entrepris de faire concurrence à la Gazette de Loret d'abord avec la plume de Scarron, puis av<c d'autres écrivains moins habiles, mais plus exacts à fournir leurs rimes à jours et heures fixes. C'est à l'un de ces poètes que nous devons la description qui suit et qui parut dans Paris le 23 septembre i65â :

Mais parlons en celte occurrence

(Sans user de trop de caquet)

De ce grand et pompeux banquet

Qui fut fait par son Éminence

Avec tant de magnificence,

A ce jeune duc souverain

Dont on admire iey le train,

Venu depuis peu d'Italie.

11 n'est pas juste que j'oublie

Tant de viandes et tant de fruits,

Les uns crus et les autres cuits,

D'un goust fort rare et fort délectable,

Qui furent servis sur la table.

En cet admirable repas

Où le bon vin ne manqua pas,

Oit tout alloit par escuelles,

Où toutes choses estoient belles,

Où parut un ample trésor

De grands bassins d'argent et d'or,

Auecque tant d'autres merveilles

Qui n'eurent jamais leurs pareilles,

Où vingt et quatre violons

Firent, comme autant d'Apollons,

Une si charmante musique,

Que l'esprit plus mélancolique

Estoil dans des ravissemens,

D'ouïr de si doux instrumens,

Et les concerts de voix humaines,

Soit françoises ou bien romaines.

Ce beau festin plus que royal

Fut fait au palais Cardinal,

Palais li és riche et très illustre,

Dont chacun admire le lustre,

La pompe, l'art et l'ornement

Avec profond estonnement.

Palais que maints hommes et femmes,

Tant de Bourgeoises et de Dames,

Tant de filles et de garçons

Et de gens de toutes façons,

Vont voir, d'une ardeur sans seconde,

Comme une merveille du monde,

Avec foule et plus grand concours

Que l'on n'alla jamais au Cours.

Palais oit les tapisseries,

Les lambris et les galeries;

Tant de magnifiques tableaux

Si bien faits, si riches, si beaux;

Tant de peintures innombrables,

Des peintres les plus admirables,

Dont le nom doit estre étemel,

Surtout du fameux Romanel,

Dont présentement on descouure

L'art el l'adresse dans le Louvre;

Tant de sièges et cabinets Si charmans, si polis, si nets ; Tant d'argent et d'orfèvrerie, Tant de soye et de broderie, Tant de différentes couleurs Sur les habits et sur les fleurs ; Tant de belle escaille à tortues, Tant de marbre, tant de statues, Tant de rares antiquités, Enfin tant de diversités, Tant d'art, d'éclat et de richesse Se font considérer sans cesse ; Si bien que les moins curieux N'en peuvent retirer les yeux ; Et ce jour, le duc de Mantoue, Que justement partout on loue, Ravi de tant de nouueautés Et de tant de riches beautés.

Dit tout haut et non à l'oreille, Que c'estoit chose sans pareille ; Il le pouvoit bien dire aussi, Puisque tout sçait qu'il est ainsi.

(Epitre au C,e d'Harcourt, p. 182.) On remarquera, ainsi qu'on l'a vu déjà, le palais Mazarin appelé Palais Cardinal; le palais de Richelieu portait alors le titre de Palais Royal.

(244) Scarron qui avait si indignement offensé les nièces du Cardinal en 1GZ19, se trouvait être, en 1655, leur plus zélé admirateur; Il publie ces vers dans le numéro de sa gazette, du 9 février :

Là, de jeunes beautés du Tybre,

Font maint cœur serf de maint cœur libre;

Là, maintes Françoises beautés

Font littière de libertés.

Les Mancini, les Martinosses,

Illustre matière de noces,

Telles que le furentjadis

Celles de Pelée et Tlietis.

Dans sa lettre du 23 janvier 1655, Loret nous donne des détails sur les plaisirs de Paris; il prend soin de citer des noms pour la satisfaction des gens de province qu'il appelle campagnards; je renvoie à sa Gazette, je citerai seulement les vers suivants : Mercœur, noble et digne Princesse, Dont les beautés et la sagesse Ne se peuvent trop estimer ; D'Orval qu'on ne peut trop aimer, Marlinozzi, beauté Romaine Qu'on aime jusques dans Modène ; Sa cousine de Manciny, Charmant Objet toujours muny De grâces, d'esprit, de prudence Et de très fine intelligence.

La série des noms qui viennent ensuite, appartient au tableau de cette société, et je n'ai pas entrepris de le peindre. M.Wakkenaer, pour écrire ses charmants mémoires sur madame de Sévigné, y a puisé à pleines mains ; je crains seulement qu'il ait accordé aux vers de Loret trop de confiance; ces descriptions qui

accompagnent chaque nom, se ressentent des besoins de la rime. Dans la lettre qui parul dans Paris et fut vendue sur le Pont-Neuf, le 3o janvier i655, on lit des détails très curieux ; je n'ai pasde place pour les citer. Je renvoie aussi à la Muse Royale pour d'autres descriptions de ce genre. Le 19 novembre 1606, on avait fait à son auteur, un récit du ballet royal ; quelqu'un

M'a dit que la nymphe Mancine Fort bien vestue à la Christine, D'une amazonne avoit les traits ; Parmi ces Célestes attraits, Qui font qn-c sous son bel Empire Maint cœur d'importance soupire.

Le gazetier désigne ici Olympia Mancini qui prenait le costume cavalier de la reine de Suède. Dans son numéro du 16 avril 1057,011 lit :

Mardy, I'Éminent Cardinal, Comme en tout un original.

Dans son palais, des beaux de France, Qui sent le musc, et non le rance, Régala les deux Majestés,

Il décrit le repas, le concert et le ballet qui termine la soirée.

A la fin de celte même année, le 24 décembre 1637, il parle d'un dîner donné au palais Mazarin :

Le même jour (Noël) Son Éminence, Dans son palais, beau d'importance.

De belle importance traita A disner, où tout éclata, Le Roy de France et de Navarre.

Le comte de Soissons et Turenne comptent parmi les invités.

(245) Colbert écrit au Cardinal, le 12 juin : «M. dePimantelacsté leçuc'ansle palais de V. E., aussi bien qu'elle le peut désirer pour sa satisfaction ; il sera traicté, tant qu'il y demeurera, de la mesme façon que V. E. le seroit en personne. ■ Le Cardinal répond en marge : « Je suis très ayse du bon traitement que vous faites à M. Pimente!; je vous prie de lui faire des complimens de ma part. »

Loret nous donne la raison de cet accueil plein de prévenances; nous le laisserons parler :

L'excellent comte Pimente), Digne d'un renom immortel Pour les grands talents qu'il possède, En retournant de la Suède, N'ayant point passé par la Cour, Par Paris passa l'autre jour, Où par l'ordre de l'Eminence, On receut sa dite Excellence Dans le beau Palais Mazarin ; D'autant que vers les bords du Rhin, Quand, par des projets ridicules, On exila ce fameux Jules, Ledit généreux Pimente!

Lefétoya dans son Hôtel, But avec luy dans mesme tasse, Le consola dans sa disgrâce

Note 248.

Et blâma la rigueur du sort Qui le perséculoit si fort.

Mais la chance étant retournée Par une heureuse destinée, Ledit Cardinal, aujourd'huy, Sçachantce grand homme chez luy, L'a fait recevoir à merveilles.

(Muse hist. , liv. V, p. -75.)

Sauvai (et c'est un guide sûr) nous apprend que la reine Christine doit être aussi comptée au nombre de ces hôtes illustres. Elle vit le palais Mazarin qui lui sembla effacer, par la multitude de ses meubles et de ses richesses, tout ce qu'elle avait vu en Allemagne et aux Pays-Bas (1OS6). Ensuite elle passa en Italie d'où, étant retournée à Paris, elle demeura quelques jours au l'alais .Mazarin ( Hist. et Rech., tome II, p. 262). Plusieurs artistes aux gages du Cardinal continuaient à habiter son palais; j'en ai parlé noie , et on lit dans les mémoires de madame de Mazarin : Ce ne fut pas la seule personne à qui j'eus te malheur de plaire ; un enuque italien, musicien de monsieur le Cardinal, homme de beaucoup d'esprit, fut accusé de lu même chose. Il habitait le palais.

(246) Le Cardinal était flatté qu'on visitât ses collections (v. note 243), il s'informait si la Reine de Suède n'avait pas demandé à voir son palais. Colbert lui répond le îosept. i656, en lui donnant l'assurance qu'on se conformera à ses instructions de bon goût : La Heine de Suède n'a point encore parlé de voir le palais de V. E. depuis qu'elle est en celte ville; pendant son voyage elle en a parlé à M. de Guise et tesmoigné d'avoir beaucoup d'envie de le voir. Tout est en estai de luy faire voir sans affectation, ainsi que V. E. le désire.

(247) Je trouve cependant qu'on faisait voir l'hôtel du surintendant des finances d'O, mais moyennant une rétribution en argent. C'est Sauvai qui parle : Cette maison éloil la ■seule, la plus belle et la plut superbe (tu siècle pv.ssé. Chacun alors l'alloit voir pour un sou. (Hist. et Rech., loin. II, pag. ih\.) Plus lard, la libéralité du Cardinal eut des imitateurs, et la vanité aidant, à l'abri d'une plus grande sécurité, on se lit un plaisir de montrer sa maison et ses collections. La Bruyère fait le portrait d'Amclot de Bisseuil, assailli dans sa maison, se retirant au galetas où il achève sa vie pendant que l'enfilade el les planchers de rapport sont en proie aux Anglais el aux Allemands qui voyage >t et qui viennent là du Palais-ltnyal, du palais 1. . i>. . (Lesdiguières) et du Luxembourg. On hrurte sans fin à celle belle parle , ions demandent à voir la maison et personne a voir Monsieur. (Caract.,De la Mc.de, §2.) On heurtait à la porte cochère des hôtels, on grattailàla porte des appartements (Caract. de La Bruyère), et quant aux deux initiales qui cachent le nom fort avouable de Lesdiguières, il faut remarquer que La Bruyère avait été obligé d'adopter un système général

et uniforme de discrétion, qui le mettaitplusà l'abri des commentaires que n'aurait fait un nom écri t -ici tout entier, et caché là sous la transparence d'une initiale. Guy de la Bro-se montrait aussi sa' maison, et Guy Patin, qui n'aimait pas tous ses confrères, cile un de ses propos, ou au moins il le lui attribue : Comme un jour il monlroit sa maison à des dames, quand il vint à la chapelle du lo-Jis, il leur dit : Voilci le. saloir où l'on mettra le pourceau quand il sera mort. (Leltre à Belin, du II septembre 1641. Voir dans la nouvelle édition une note de son spirituel éditeur, M. Reveillé-Parise.)

Ce changement dans les habitudes donna aux publications sur Paris un autre tour; on avait mis dans les mains du public l'histoire de ses antiquités et l'indication de ses rues, dorénavant les guides ou cicérones entrèrent avec les étrangers dans les habitations et decri virent en grand détailles objets curieux (les palais, des hôtels et des maisons les plus remarquables. Germain Brice, dont nous parlerons plus bas, fui le plus à la mode parmi ces Anglaise! Allemands dont parle La Bruyère; il fut le plus intelligent et le plus actif dans les nombreuseséditions de son Guide, eton voit par les conseils el les indications qu'il donne aux curieux, que toutes les habitations leur étaient ouvertes avec une grande libéralité.

La curiosité aidant, après avoir montré des tapisseries, moyennant une rétribution, 011 exposa des meubles de grand prix qu'on ne laissa voir aussi qu'après avoir exigé une modique somme. Ch. Robinet annonce dans ses Lettres à Madame (i3 avril 1669), une curiosité de ce genre; il donne l'adresse, il dit le prix d'entrée, il n'y manque rien pour rappeler les annonces des journaux :

Ce sont trois rares cabinets, Dont plus de mille Robinets Comme moy, seroient à leur aise Et même ne vous en déplaise Descomles, barons et marquis.

Il s'excuse de ne pouvoir énumérer loutes les beautés de ces meubles; ce qu'il en a dit ne devant servir qu'à exciter le désir de les voir :

Il faut donc que vous alliez là Faire admirer a vos prunelles, Tant el tant de choses si belles Que l'on montre, le croiriez-vous Pour rien : car c'est pour quinze sols.

(248) Cette anecdote est racontée, avec quelques différences, parTallemant des Béaux (Tom. V, p. 5g) et par Amelot de la Houssaie (dans ses Mémoires, II, p. 13). Le fond est le même. Le coupable , dans les deux versions, aurait été Monsignor Pamphilio, mais il fam se méfier de l'exactitude de nos auteurs. On était très irrité alors contre Innocent X; le cardinal Barberin avait cherché un refuge à Paris, il logea à l'archevêché (Du Brcuil, Sup-, p. 10) et plus tard au palais Mazarin, et II est

Note 251.

LE PALAIS MAZAR1N.

Tl'i

sinon très jusio, au moins assez naturel qu'on ait mis sur le compte de l'une des personnes de la suite, ce qui revenait à l'autre. On pourrait citer d'autres faits à l'appui de ces mauvaises habitudes, j'en ai les \ague souvenir, celui-ci me revient : Santeul, comme on sait et comme La Bruyère, son ami, nous l'apprend {Carnet. , Diphile. De la Mode, § 11), aimait les serins et en avait sa maison pleine. Le Santoliana , l'un des plus pitoyables de la collection des Ana, raconte une anecdote qui a trait à cet amour pour les serins et à la légèreté des scrupules de ce temps. Santeul, le chanoine , l'ingénieux créateur des inscriptions de nos monuments et l'auteur de tant de vers latins, habitait son abbaye de Saint-Victor : La Heine d' Angleterre étant entrée dans Saint-Victor, une dame de sa sui te eut la curiosité d'aller dans la chambre de Santeul. Entre les serins qu'elle y apperçul , il en était un qui lui plut beaucoup. Elle le prend, le cache avec soin dans an lieu qu'elle croit sur. Santeul, fàrhé de ce qu'on le lui enlevait ainsi, reprend son serin oit il est caché , sans s'embarrasser de la mauvaise humeur de la dame (p. 83 — Santoliana, par M. Dinouart, chanoine de Saint-Benoit. Paris, 12°, 1764, chez Nyon). On sait que Perrault a placé Santeul parmi ses hommes illustres (édit. in-folio , tom. II, p. i5); son portrait peint par Lagrange a été gravé médiocrement par Edelinck.

Les peintres Du Mouslier ont, de père en fils, retracé les figures de tous les grands personnages depuis i55o jusqu'en 1630, date approximative de la mort de celui dont Tallemant des Réaux nous a fait l'historiette. C'étaient les continuateurs assez habiles de nos Corneille, Janet, Nocret, etc., etc. Celui dont il est ici question demeurait au Louvre, dans un de ces logements que, dès lors, on accordait aux artistes; il existe de lui une chanson sur Michel Lasne, graveur du Roy, qui logeait également au Louvre :

Michel Asne ce bon graveur Qui demeure â la gallerie.

(i6.ïo Bibl. roy., coll. Maurep., XXIII, f. 127.)

On recherchera dans les lettres de Malherbe quelques renseignements sur le peintre Du Mousthier, dont il écrit ainsi le nom dans une lettre du 12 novembre 1607

(249) D'après Sauva! (tom. II, p. 252), et ce doit être vrai, elle y aurait habité (Voir note 2û5).

(2r>0) Le noy d'Angleterre et celui/ de Danemarc la virent avec admiration lorsqu'elle estait au palais Mazarin , d'où file fut transporté dans ce collège. Sa Majesté danoise a fait faire la sienne sur le modèle de celle-ci. Paris ancien et nouveau , ouvrage très curieux, etc., etc., par M. Le Maire. (Paris, 12", ifiSa, 3 vol.) Il se retrouve en effet quelques traces, dans l'histoiredela bibliothèque de Co-

penhague, non pas de cette visite, non pas de cette imitation fidèle du modèle mis sous les yeux de Frédéric III, niais des traces de cette influence qui disposa le roi, après son voyage en France, à construire une nouvelle bibliothèque dans son palais, à l'enrichir avec une générosité inconnue jusqu'alors, et à l'ouvrir au public avec une libéralité qui n'était pas moins nouvelle. (Voir E. C.Werlauff. Tfiston'ske Efterretninger om det store Kongelige Kibliothrk i Kjbbcnhacn. Kjôbenhavn, 8°, 1844 — N. L. Abrahams : Description des manuscrits du moyen-âge de la Bibliothèque royale de Copenhague. Copenhague, fi", iSM, Thiele.) Je ne cite pas les ouvrages plus anciens qui traitent de cette excellente collection, on sait que l'estimable M. Molbech en est le bibliothécaire.

(251) Voici la description de Loret. On fêtait la conclusion de la paix :

Outre ses fiâmes rayonnantes

Qui, sans doute, étoient surprenantes,

Celuydu palais Mazarin

Eclairoit des sources de vin,

Dont burent très bien des personnes

A la santé des deux couronnes.

De gens il s'y fit grand concours

Et la feste y dura trois jours

Avec des lumières fort belles,

D'inventions toutes nouvelles,

Outre diverses charités

Qui coulèrent de tous côtés.

(Loret, 21 février 1660.)

Il su ffi t de cette citation empruntée à la Muse historique ; l'auteur de la Muse royale, antre gazette en vers, donne aussi sa description; on y parle beaucoup des illuminations et des nombreuses fusées. Je transcrirai ce passage :

Au grand palais de l'Eminent, Tant de chers meubles contenant.

Et si beau que l'on y découvre Tous les ornements d'un vray Louvre

Enfin, avec grande raison.

On fit dedans cette maison,

La jubilation plenière;

Car de la paix, la gloire entière

Est due à .Iule et désormais

Nommons-le .Iule de la Paix.

(ier mars 1660.) Au mois de juillet suivant, ce fut le tour du mariage du Roi; Loret, après avoir décrit toutes les magnificences de la ville, passe au palais Mazarin :

Mais tout cela sont bagatelles,

Si l'on en fait comparaison

Aux splendeurs qu'on vid à foizon

Au palais de Son Eminence,

Séjour de la magnificence,

Et dont les somptuosités

Charmoienl les curiosités

De mille gens considérables

Qui jugèrent plus qu'admirables.

Les feux qu'on voyoit à foizon,

Briller autour de la maison :

Mais outre l'éclat magnifique, Qu'y faisoit voir le domestique.

Pour contenter, à plein, les yeux Des gros citadins curieux, Plusieurs familles indigentes D'y venir éloient diligentes, A cause qu'illec on donnoit, A tout pauvre qui survenoil, Par une bouté peu commune Pitance, boisson et pectine.

(3 j nillet 1G60.)

Ces illuminations, ces fontaines de vin, ces aumônes étaient dans le programme obligé îles réjouissances publiques , on se faisait remarquer par le plus ou moins de magnificence. (Voir le Cérémonial françois, pag.210 et suiv.)

Le Cardinal ne semble pas s être douté qu'il eut des reproches à craindre ; au moins ne cache-t-il ni la gra' (leur de ses dépenses , ni la source de sa fortune. De tous les présents de noces offerts à Marie Thérèse, les siens étaient les plus magnifiques : « Son Éminence, après les présens du Roy, de la Reyne mère et de Monsieur , envoya à la Revue pour plus de douze cens mille livres de pierreries, entre lesquelles il y auoit vu diamant d'vne grosseur admirable, il ne se contenia pas de luy auoir fait présent de ce précieux gage, il luy envoya encore vn service tout d'or, des plats, des assiettes et des bassins , avec toutes sories d'uslancilles de table, il luy envoya aussi deux calesches, la première estoit de velous couleur de feu, reuestûe d'or et ornée de quantité de figures, elle estoit tirée par six chevaux Isabelle qui viennent de Moscouie; la seconde estoit couuerle (le velous verd, reuestûe d'argent, tirée par six chenaux venus des Indes, qui sont d'une couleur surprenante, puisque les lettres de Saint-Jean-de-Luz font foy qu'ils sont incarnats. (Page 8).

( Suitte de la nouvelle relation contenant la marche de leurs Majestez pour leur retour en leur bonne ville de Paris. — U". Paris, chez J.-B. Loyson, 1060.)

(232) Les résultats de l'habile politique du Cardinal voilà ses vrais et ses seuls historiens , car on ne peut appeler de ce nom les pauvres écrivains qui suivaient son char triomphal. Quelques titres peuvent prendre place ici , au moinscomme raretés : Chant royal sur la paix à son Éminence. A Paris, 4", 1660, chez Alexandre Lesselin :

Mais puisque sur la paix chacun vous complimente ,

Aprèez que je dise avec tout l'univers

Vive l'illustre autheur d'une paix si charmante.

Le triomphe (le la chrétienté par la paix entre les couronnes et le mariage du Roy avec l'Infante , par le sieur de Bonair, llistoriot/raphe du Roy et l'un des XXV Gentilshommes de sa Carde Esrossaise de son Corps. -I l'aris, che: Pierre du l'ont. 4", 16O0. Une seule phrase donnera la mesure de l'esprit «t du style de tout le mémoire qui n'est pas sans Intérêt. C'est l'histoire ou l'éloge de Mazarin

MAEARIN. Noie 252.

bien plutôt qu'une pièce de circonstance : « Ce que la postérité admirera en la vie de S. E. est que cet homme incomparable a méprisé indifféremment et s'est toujours rendu te maître des grandes et des petites choses, qui se sont opposées à son courage et à sa magnanimité. ■> (Page 8.)

Le traité de paix et de mariage, voilà le véritable historien du Cardinal formant comme le tome second du traité de Munster ou de Westphalie.

Il est impossible et il serait inutile de citer tout ce qui a été publié sur la conclusion de la paix, sur les cérémonies du mariage, et l'entrée dans Paris, j'indiquerai cependant , vu la grande place qu'y occupe Mazarin, ce qui me semble le moins à la portée des érudits : l . Les quatre numéros du Journal contenant la relation véritable et fidelle du voyage du roi/ et de son Éminence pour le traitté du mariage de Sa Majesté et delà paix générale. A Paris, II", i65g. Jean-Baptiste Loyson.H. Les lettres du Roy envoyées à M. Seguier , au Maréchal île Lhospital, à .Messieurs les Prévost des marchands, au Lieutenant civil, sur la conclusion de la paix générale et de son mariage, ensemble l'acte de la publication tl'icelle par tout son royaume. A Paris, 1660, par P. Rocolet, imprimeur. 3. Relation véritable , contenant les particularités de ce qui s'est fait et passé a la publication de la paix dans la ville de Paris. A Paris, If, 1660, chez Marin Lee hé (de 10 pages). 4. Nouvelle relation contenant l'entrevue et serments des roys pour l'entière exécution de l/i paix, ensemble toutes les particularités et cérémonies qui se sont faites au mariage du Roy et de l'Infante d'Espagne. A Paris, Z|" , 1660, chez Jean-Baptiste Loyson (de îG liages). S. La pompe et magnificence faite au mariage du Roy et de l' Infante d'Espagne, ensemble lesentreliens qui ont esté faits entre les deux Roys et les deux Règnes dans Visle de la Conférence et la relation de ce qui s'sl passé même, après la consommation. A Paris, 4", 1660, chez Jean Promé (de i5 pages). 6. Nouveau journal historique contenant la relation véritable de ce qui s'est passé au voyage du Roy cl de Son Eminence, cl aux cérémonies du mariage de Sa Majesté, célébrées à Fonlarabie et à Saini- Jean-de-Lnz. A Paris, chez Alexandre Lessclin, 1660, en deux parties, l'une de i 1 pages, l'autre de 36. 7. Nouvelle relation, suite de la nouvelle relation et dernière relation. A Paris, chez Jean-Raptiste Loyson , II", 1660. C'estune même publication quela précédente, et sur le même événement; les deux imprimeurs eurent ensemble des contestations à ce sujet. 8. Requesle présentée à M. le prévost des marchands, par cent mille provinciaux qui se ruinent en attendant l'Entrée. A Paris, chez Chai les de Seraj, h", 1O60 (de 3 pages). Il va une seconde édition de ces cent mille provinciaux ruinez, attendant l'Entrée, avec la satyre de M. Scaron. contre une campagnarde (de li pages sans lieu ni date). Enfin

Note 252.

LE PALAIS MAZARIK.

une troisième : avec le souhait des mesmes provinciauz pour l'entrée du Boy et de la Reyne. A Paris, chez ./. B. Loyson, fi°, 1G60 ( de 7 pages ). A ci s trois éditions, on joindra la pièce suivante : 9. Remerciement de messieurs les provinciaux à messieurs les prévosl des marchands et échevins de la ville de Paris, sur la glorieuse et triomphante entrée de leurs Majestés. A Paris, chez J. li. Loyson, fi° , îGGo. 10. Sur le triomphe et les cérémonies de l'entrée magnifique du Roy et delà Reyne dans leur ville de P ris, l'an îGfio; pièce académique. J Paris, ihez Nicolas Asselinc, h", 1 6(5o. 11. /.s triomphe delà France pour l'entrée royale de leurs Majestés dans leur bonne ville de Paris, sur les magnificences et préparatifs du pont Nostre-Dame. A Paris, citez Jean-Baptiste Loyson, fi°, iOOo(ile 2/1 pages). 12. L'assemblée des Muses, ou leur entretien sur la pompe célèbre qui se fera à l'entrée de la Reyne; avec leurs diverses dispositions sur les amphithéâtres, arcs de triomphe, portiques et autres préparatifs. A l'aris, citez Jeun-Baptiste Loyson. fi", 1660 (de u pages). — Il faut joindre ïi celle pièce, la suivante : 15. Le Parnasse royal et la réjouissance îles muses sur les grandes magnificences qui se sont faites à l'entrée de la Reyne. A Paris, chez J. -H. Loyson, li", 1G60 (de n paL'es).14. Advis utile et nécessaire à Messieurs les Bourgeois et Habitons du quartier Saint-Antoine, Porte-Baudets, pont .Y astre- Dame , Marché Neuf, place Dauphine et autres lieux où le Boy et la Reyne doivent passer le jour de leur triomphe. Paris, chez J.-B. Loyson, iûGo (de fi pages). lS. Description de l'arc de la place Dauphine (l'aris, fi°, chez Pierre Petit) , avec une gravure de Chauveau, d'après Ch Lebrun (de 20 pages). Celle description fut faite pour paraître, el parut avant l'entrée. Le privilège esl du 17 aoust. 16. Description des arcs-tle-triomphe esleués dans les places publiques, pour l'entrée de la Reyne, avec la véritable explication en prose el en vers des fit/tires, ovales, termes, portiques, etc., etc., et l'ordre que Leurs Majestés observeront . A Paris, chez J.-B. Loyson, fi», 16O0 (de 2fi pages).

17. La marche royale de Leurs Majestés, depuis le chasteau de Vincennes jusqu'au Throsue, et du Throsne jusqu'au Louvre, le jour de leur magnifique entrée dans leur bonne eillede Paris. A l'aris, chez J.-B. Loyson, h,0, i66o(de 8 pages). Cette description anticipée était laite sur d'assez bons renseignemtnis, pour rester exacte.

18. Récit véritable el fidelle de tout ce qui s'est faicl et passé dans la cavalcade du Boy et de la Reyne, au parc de Vincennes. A Paris, chez J.-B. Loyson, fi", 1G60 (de 8 pages). 1!). La liste générale el particulière de Messieurs

les colonels, capitaines, ; avec l'ordre

qu'ils doivent tenir dans leur niai cite ri dans les autres cérémonies qui s'observeront à l'entrée royale de Leurs Majestés. A Paris, chez J.-B. Loyson, fi", 16G0 (de 8 pages). Je citerai un seul colonel : Monsieur Tubœuf, conseiller au Parlement, pioche la porte de Richelieu,

rue Viuien, s'estend au quartier de la i ue St-llonoré, de la rue Crénelle, rue des Vieux- Auguslins, Montmartre, etc.; il a pris : LE Citron et le Blanc. Il y a deux tirages, l'un sans le privilège, l'autre avec le privilège sur la page a. 20. Mandemens de messieurs 1rs vicaires-généraux, de monseigneur l'éinhu utissime cardinal de Retz, archevesque. de Paris, pour l'entrée du Roy et de la Reyne. A Paris, chez Charles Savrevx. fi", iGGo. Dans ci lle édition du Mandemens avec un s, le texte commence au haut de la page 3 ; il y a une autre édition, même date, même imprimeur, même formai : Mandement est imprimé avec un /, et le texte commence à. la page 3, audessous d'une vignette dans laquelle on voit la religion entre deux rinceaux de feuillages. 21 .Ordre pour la milice de Paris, commandée pour l'entrée de Leurs Majestés, el conduite par M. le président de Cuénégaud. A Pans, chez P. Racole t, fi", îGtio (de 10 pages). 2'2 L'entrée tic la Reyne, présentée à Leurs Majestés, le 25e aoust 1660, par le sieur Lorei. A Paris, chez Ch. Chenaull, fi", 16G0 (de 8 pages). C'est un délassement de l'auteur fécond de la Muse Historique, délassement qui a, ni plus ni moins, tontes les qualités poétiques de celle gazette. 2.". La magnifique entrée du Boy et de la Reine en leur bonne ville de Paris, en vers burlesques : A son Altesse madame la princesse Palatine, sur-intendante de la maison de la Règne (sans lieu ni date, de - pages). C'esl un délassement du concurrent de Loret, de l'auteur de la Muse Royale. 21. La description des arcs-de- triomphe élevées dans les places publiques, pour l'entrer de la Reyne, et l'ordre que Leurs Majestés vbsetvtront dans leur marche, depuis Vincennes jusques au Louvre. A Paris, chez J.-Il. Loyson, fi", iGGo (de 23 pages). 25. La magnifique entrée A Paris, du bureau d'adresse, aux gallerirs du Louvre, devant la rue St-Thomas, leZ septembre 16G0 ; n. io3, p. 783 ét 8iG, de la gazette de Renaudol, de cette année (de 32 pages). du Roy et de la Reyne en la ville de Parts. Il a été lail diflérents tirages avec la même composition. — La magnifique et superbe entrée du Boy et de la Reyne, en la ville de Paris. De l'imprimerie de Nicolas Jacquard ( Clerinont) ; sur la copie imprimée ét Paris, fi0, iGGo (de 23 pages). C'esl la reproduction exacte de l'extraordinaire de la gazette. 26. Relation de toutes les particularités qui se sont faictes el passées dans la célèbre entrée du Boy et de la Reyne, avec l'ordre de la marche du clergé et des cours souveraines ; ensemble la magnifique Pompe des Seigneurs et de l ouïe leur suit! ; et toutes les cérémonies du Te Deum. A Paris, chez J.-B. Loyson, fi", lG6o (de 16 pages). 27. Nouvelle relation contenant la roya/le entrée tlt Leurs Majestés tlans leur bonne ville de Pari:, le vingt- .;xi;:ne aousi 1660 . avec une exacte et fidelle recherche de toutes les cet rmoitiés, etc., etc. A Paris, rite: J.-B. Loyson, fi", 1660 (de 2fi page-). 28 1rs devises delà porte St-Antoine, expliquées en français, et

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