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De l'Organisation du gouvernement républicain

Parmi les grands événements qu'une élude attentive permettait nou pas seulement aux philosophes mais à tout homme sensé de voir près de naître, il n'en était pas assurément do plus nettement aperçu que la chute du second empire. La lassitude du la France était au comble et sa patience à bout; elle commençait à avoir peur en regardant le gouffre où s'engloutissaient toutes ses ressources, et surtout en s'apercevant que la perte de ses libertés achetées au prix de si grands sacrifices, entraînait avec elle la perte, encore plus désastreuse, de sa moralité et de sa dignité. Elle les redemandait enfin ces libertés ; mais elle comprenait que l'homme qui les lui avait ravies, était impuissant pour les lui rendre, car c'est un des châtiments de la tyrannie qu'elle soit condamnée à persévérer dans sa

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voie, comme c'en est un des nations qui la laissent s'établir qu'elles soient condamnées à la porter encore quand déjà elles en sont lasses, Louis -Napoléon était usé au moral plus encore qu'au physique. Ses complices mêmes, attachés à sa fortune et ces matamores qui faisaient si fièrement la garde autour de son trône, n'osaient dire qu'ils le soutinssent par estime pour sa personne; las plus liahiles d'entre eus s'apprêtaient

services à ses successeurs q id. nuques. Ses jours étaient donc comptés. Après avoir pendant vingt uns opprimé et démoralisé le pays et l'avoir finalement jelé dans la plus désastreuse des aventures, il a terminé sa carrière par un acte de suprême lâcheté, et son trône île hateleur s'est écroulé dans le sang dont il était issu.

J'ai écrit ce livre pendant que sejouail la lugubre comédie du second empire. Non-seulement les acteurs mais la grande majorité des spectateurs croyaient qu'il y en aurait pour dos siècles sinon pour l'éternité. Avec les vrais républicains je n'ai pas cessé un seul instant d'être persuadé que le triomphe de ce qu'on pouvait appeler la perfection même do toutes les improSitcs n'était pas définitif, et que le jour de la justice, pour être différé, n'en arriverait pas moins infailliblement. Qui avait raison, de cette cohue immonde, escortant le char du triomphateur, ou de nous républicains a la foi inébranlable? Le sinistre temps d'arrêt dans la vie politique d'une nation qui semblait couverte pour tou-

isTHODCCÏIOtt. .1 jours d'un linceul, s'est dissipé pomme un mauvais rève. La voilà réveillée de son sommeil léthargique, et cllo vient do secouer enfin les hontes du plus profond abaissement où elle soit jamais tombée. Justice faite, point de réactions sauvages, point de vengeances brutales. Si des ressentiments exaspérés par de cruelles

d'autant plus disposées à se déchaîner avec fureur tentaient de souiller la plus pure des causes par la passion et l'arbitraire, le devoir dos républicains serait de s'y opposer de tout leur pouvoir.

Vendant que se consommaient les débauches du nouvel empire, nous avons du meltre à profit ce temps de douloureuses épreuves que devait subir notre malheureux pays, sans doute pour achever son instruction politique en même temps que pour expier ses fautes. Il y avait, en 4848, dans le parti libéral, trois causes qui menaçaient de faire somhrnr le vaisseau républicain , nouvellement lancé au milieu des tempêtes. D'abord le faux socialisme, issu des prédications du saint-simonisme et du fouriérisme, ne pouvait manquer de faire violemment explosion et d'offrir aux factieux de l'idée monarchique un prétexte pour effrayer lo pays en attribuant à la cause de la liberté des aberrations qu'elle réprouve énergiquement et bien plus sincèrement que ses ennemis. En second lieu, le parti libéral était, en grande majorité, encore infecté du poison de la gloriolo militaire; il exhumait et exaltait

sottement les souvenirs du premier empire, et le gouvernement orléaniste lui-même avait contribué h entretenir cette maladie qui devait lui être funeste. Enfin le parti libéral ne voyait pus encore que la religion officielle, attelée au char de l'État, était le principal obstacle à tout progrès politique (i). Ces trois ennemis que la République trouvait sur sa route en 1848, so sont aujourd'hui considérablement amoindris, et cela grâce aux expériences mêmes auxquelles nous a fait assister le second empire. Le faux socialisme, qu'il a i-aressé et copié sur plusieurs points, est maintenant jugé et répudié par la plupart des esprits qui s'y étaient pris d'abord, et la pratique de la liberté achèvera bieutiH, il faut l'espérer, de dissiper l'erreur de ceux qui s'attardent encore dans ces ténèbres (2).

[t) Je reviendrai avec détails, dora le cours de cet ouvrage, particulièrement dans les dentiers chapitres, sur ces considérations que j'indique ici brièvement.

(t) Ne sommeil Ions pas trop cependant sur «1 espoir; caries diverses théories, souvent contradictoires entre elles et si étrangement appelées suciulistes '.crédit gratuit, suppression do la monnaie métallique remplacée par le papier-monnaie, hostilité essentielle entre le capital cl le travail, droit au travail, organisation du travail jiar l'Étal, attribution des terres il ceux-là seuls qui les cultivent matériellement et îles instruments de travail :i cellï-lii seuls qui les manieut et les mettent directement eu ujuvre, liquidation sociale, abolition de la propriété individuelle et par conséquent de l'héritage, communauté des biens et même des femmes, rémunération égale pour des services inégaui, etc. etc.), trouvent encore des dupes dans les classes ignorantes, exaspérées d'ailleurs par des soutlrances pertide-

L'usage que Louis-Napoléon a fait des institutions militaires el dos armées permanentes a mis les moins clairvoyants en état de comprendre qu'elles sont absolument incompatibles avec la liberté, la moralité et la prospérité de la nation. Enfin son alliance hypocrite avec un clergé dont il a fait le complice et l'apologiste de ses attentats jusqu'au jour où il a timidement et vainement essayé de secouer un joug devenu incommode à sa politique d'expédients, cette alliance, dis-je, a appris à ceux qui pouvaient encore l'ignorer en 1848, que la liberté religieuse est une des plus indispensables au régime républicain, et qu'elle est impossible là où l'État n'est pas entièrement séparé des églises. Maintenant que l'heure de la délivrance a sonné, sachons bien ce que nous avons à faire, et ne soyons pas pris au dépourvu comme l'ont été, au lendemain de Février, les hommes aux intentions droites et pourtant si calomniées, qui avaient, il faut bien le dire, saisi sans préparation suffisante les rênes de la République.

Toute grande commotion politique porte inévitablement le trouble dans les opérations industrielles et commerciales, et lorsque ce trouble se prolonge au-

ment exploitées : il faut bien lt' dire, ceux qui predient ces énormilês, la plupart assurément avec une bonne foi qui ne (aurait être mise en doute, sont en réalité les plus grands ennemis de la cause républicaine et lui funt, auprès des esprits bêtement peureui et toujours nombreuï, plu de mai que ses adversaire*

delà d'un certain temps, il peut entraîner à sa suite de grands désastres. Les révolutions légitimes n'en doivent pas moins s'effectuer; car l'empire du mal no saurait se perpétuer ot il faut bien nue la justice ait son cours : les vrais coupables, les seuls moralement responsables devant Dieu et la société, sont les hommes pervers qui ont rendu ces révolutions nécessaires. La stagnation des affaires se manifeste dès l'instant où la crise a éclaté. Les peureux et les égoïstes, tpri sont toujours en immense majorité, serrent les cordons do leurs bourses et ajournent tout achat île choses qui ne sont pas d'urgente nécessite, les plus empressés à donner ce làehe exemple étant ordinaire ment ceux qui éprouvent le moins de gène. Les commerçants, voyant Invente s'arrêter, ne font plus do nouvelles commandes aux fabriques; les manufacturiers, ne recevant plus de commandes, arrêtent leur fabrication, et alors un nombre immense d'ouvriers qui n'avaient d'autros moyens d'existence que leur travail quotidien, se trouvent jetés sur la place publique où les mauvais conseils de la faim et les excitations du montent funt do leur oisiveté une cause nouvelle do troublo et une menace contre les personnes et les choses. Nulle sagesse, nulle puissance humaine ne peut faire qu'une (elle situation n'ait pas de tels embarras. Il serait tyranniqtie et d'ailleurs impraticable d'obliger les manu facturiers à continuer leur fabrication; car il faudrait en mémo temps obliger les commerçants à continuer leurs com-

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