‹ De l'Organisation du gouvernement républicainChapitre 13 sur 32 · SB · texte numérisé non relu

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204 chapitbe vni,

verait que sur les sommes qui dépassent 1,000 francs et vont jusqu'à 3,000, tandis que les premiers 1,000 francs no subiraient que l'impôt du quinzième; le dixième ne se lèverait que sur les sommes qui dépassent 3,000 francs et vont jusqu'à 6,000, tandis que les premiers 3,000 francs ne subiraient que l'impôt à lever sur 11,000 francs, cVst-à-diiT un quinzième pour 1,000 francs et un douzième pour 2,000 ; le neuvième ne se lèverait qui! sur les sommes qui dépassont fi, 000 francs et vont jusqu'à 12,000, tandis que les premiers 6,000 francs ne subiraient que l'impâi à lever sur 6,000 fr., c'est-à-dire un quinzième pour l,0(IOfr., un douzième, pour 2,000 et un dixième pour 3,000; et ainsi du resle. Quelques exemples achèveront cette explication. CelHi

qui possède un revenu de 3,805 francs, paierait un quinzième pour 1,000 francs, un douzième pour 2,000 et un dixième pour 803. Total de l'impôt, 313 francs 82 centimes. Revenu effectif restant, 3,19 i francs 1-8 centimes. Celui qui possède un revenu de 12,300 francs, paierait un quinzième pour 1,000 francs, un douzième pour 2,000, un dixième pour 3,000, un neuvième pour 6,000, et un huitième pour 300. Total do l'impôt, 1,262 francs 48 centimes. Revenu effectif restant, i 1 ,237 francs 32 centimes. Enfin , pour prendre le cas le plus compliqué, celui qui possède un revenu de 200,001 francs, paierait mi quinzième pour 1 ,000 francs, un douzième pour 2,000, un dixièmo pour 3,000, un neuvième pour 0,000, un huitième pour 13,000, un septième pour 23,000, un sixième pour 50,000, un cinquième pour 100,000, et un quart pour 1 . Total de l'impôt, 34,729 francs 98 centimes. Revenu effectif restant, 163,271 francs 02 centimes. On voit par ces exemples comment le système de l'impôt progressif devrait être pratiqué, s'il était reconnu vraiment praticable; on voit aussi quel arbitraire il entraînerait dans la fixation de la place à assigner à tous ces degrés divers d'une échelle aussi compliquée, et qui, devant forcément s'arrêter quelque part sans pouvoir atteindre une limite, ne l'est pas encore assez, et quelles difficultés on rencontrerait lorsqu'une fois entré dans cette voie, ou voudrait faire quelque chose de complet et de rationnel. Tourner autour de ces difficultés serait

!jUfi tHAUTKB Vlll.

absolument possible mais ne les laUsnrait pas ipaius subsister (1). Pour toutes ces raisons et surtout à cause

(I) C'est ce iju'a fait l'ailmiiuslriilimi ru un ici [ml.; île la ville de Paris depuis quelques aimées, en adoptant, pour l'impôt mobilier, divers essais de système progressif, qui sont tout ce qu'on pouvait imaginer de plus mini me, de plus aroilraii'e cl de plus incomplet. En 18;i0, après avoir exempté de eel impôt les loyeri nu-dessous de 200 francs, ollo établissait 7 catégories de loyers, allaTit 4e, 201 foutes ù i,!i0| francs, et au-dessus, cl lUait pour ces diverses catégories des l.iux pi'iii.'icjsifs d'impôts, allant de 1 l/l à 9 pour cent, et portant sur !a totalité des chiffres des loyers- Baus ec système, des loyers tellement voisins qu'on puut dire qu'ils se confondent, payaient des impôts fort déférents : par eierople, un loyer de 700 francs payait ;)5 francs d'impût, ol un autre loyer de 101 franos payait 42 francs 00 centimes; un loyer de 1,600 francs payait 1 12 francs SQ centimes, et up autre loyer de 1,501 francs rayai; francs 0!) centimes. L'alinéa suivante , l'administration modifia ce système. En esemplaut de l'impôt lus loyers au dessous de 201 francs, elle le fixa à 2 1/2 pour cent pour les loyers allant de 201 fouies à 400 francs. Pois, comme si celle conception eût épuisé ses forces ou qu'elle eut été eliiayéu des difficultés ([ui se dressaient devant elle, au lieu de anitmiiiT mi pruyiv^iui], elle se contenta de décider en bloc que les loyers au-dessus de 400 fr ancs paieraient, pour les 400 premiers francs, S t/2 pour cent, ot pour ie surplus, U pour cent. Après être demeiu-oe enfoncée dans cette ornière pendant cinq ans, l'administration municipale a fait un nouvel effort pour eu sortir, et voici ce qu'elle a enfanté en 18S6 : elle est revenue en partie i son système de 1850. Esumptant de l'impôt les loyers ao-dessous de 2.'iLI francs, elle n établi * catégories seulement de loyers, allant de 2H0 francs a l,bl>ft francs et ao-<los«us, et Usé ]mur rot diverses («l*gnhes des lauï progressifs d impôt», aJJ«nt de i a U pour coût. Qr l* troisième système, s'il atténue quelques-uns des vires du seeniid, revient a cous du premier, et les fait croître par la diminution du ncunbi« des catégories et surtout en arrêtant l«

de son iniquité radicale puisqu'il viû]e le principe de l'égalité dea citoyens devant la loi, ja ne 'saurais ad-» nietlre le système du l'impôt progressif.

On a proposé de remplacer tous lea impôts actuels par un impôt uuîi|ue , établi soit sur le capital soit sur le revenu. Il y a, contre l'impôt «nique, établi sur le capital, de considérables objections. C'est d'abord la difficulté, quelques-uns disent l'impossibilité d.'a.ttein-< dre toutes les valeurs de crédit , valeura vagues , uigitives, flottantes, qui constituant une grande partie de ia riubesae commerciale, industrielle et upancière., Cette objection n'est peut-être pas jnaolurde; meis, jusqu'à ce qu'on m'indique une solution satisfaisante, je tiendrai pour injuste un système qui n'atteindrait pas sérieusement la richesse des gens de commerce, d'industrie et de nuance- lin second lieu, parmi les salariés, il en est beaucoup qui, tout eu a ayant "i f*i pital foncier ui capital mobilier autre que lea meubles; meublants, tirent cependant de remerciée de leurs facultés personnelles, do leur travail, un reveuu queb-

progression a celte limite Je 1,j00 francs, relativement peu élevée eu égard à raccntiswniriit i->:oc. J s if ili-s jirii de location : pat exemple, un lojar de 199 francs paie 14 fciuos 5)7 centiroei, et (W autre >jer Je 500 (çaflcj [raie 25 francs; lia lojer de

1.499 francs paie I 12 francs 42 centimes, et vin autre loyer de

1.500 francs paie 13a francs, tn 1890, encore un chai.gement aussi iniululUeeut. In alterna gui, pratiqué d.o cette façon, conduit it nu tel ari>iU'aire est can.lawné iiar ceji, seul, et paur s'ot*. siiuer à le mettra it eïeculiuu, il faU>il en être vepu il «WW HVilh lorsqu'on a la force en main, on n'a plus besoin d'aToirrais#a,

208 chapitre vm.

quefois considérable, et qui fait d'eus des gens aisés, riches même-OrTimpot établi seulement sur le capital ne les atteindrait pas. Cela serait absurde. Veut-on, faussant la nature des choses, considérer comme un capital l'exercice des facultés personnelles? Mais à quel taux l'évaluer et d'après quelles bases? Aussitôt qu'on voudrait entrer dans lo détail infini des diverses branches de l'activité et de l'industrie humaine, et l'on ne pourrait y entrer que par un contrôle ïnquisitorial qui deviendrait bientôt intolérable, on rencontrerait, sur ce terrain mouvant, des difficultés qui paraissent insurmontables et sur lesquelles je reviendrai dans un instant.

Le système de l'impôt unique, établi sur le revenu, semble au premier abord le plus rationnel de tous (1). Cependant il soulève aussi de graves difficultés de pratique; il y a surtout telle manière de l'entendre et de l'appliquer, qui présenterait de grands inconvénients. II existe deux sortes de revenus, celui que l'on relire d'un bien foncier ou d'une somme d'argent placée de diverses façons à intérêt et sur hypothèque, et celui que l'on retire de l'exercice des facultés personnelles, du travail. L'immense majorité dus citoyens n'a que cette seconde espèce de revenu ; tels sont la plupart

(1] Depuis quelques années, un impôt sur le revenu a été, dans une certaine mesure, établi en Angleterre et dansquelques Étals (l'Allemagne; mais il y existe coneurremmenl ayee d'autres

CHAPITBÏ TOI.

des paysans, des ouvriers, des artistes, des fonctionnaires publics surtout dans les rangs inférieurs, des mé Jecins, des avocats, des instituteurs privés, des petits commerçants, etc. Ce revenu est précaire et sujet à mille chances de suspension, de disparition brusque et complète, tandis que la première espèce do revenu est assurée contre toutes ces chances. Ûr supposez que l'on exige le même impôt d'an salarié, d'un travailleur, quia, par exemple, 3,000 francs de revenu, et d'un propriétaire qui tire de son fonds, toujours subsistant, ce même revenu. Cela serait-il juste ? Si Je travailleur a des enfants à établir, il ne peut rien leur donner; s'il vient à manquer de travail ou à être destitué ou a être malade ou à mourir, sa femme et ses enfants tombent dans l'indigence. Le propriétaire au contraire peut doter ses enfants, et s'il vient à mourir, sa femme et ses enfants n'en continuent pas moins d'être dans la même situation do fortune. Ajoutez que l'État fait beaucoup plus de frais pour protéger le propriétaire et lui assurer la paisible jouissance de son avoir, qu'il n'en fait pour la protection de celui qui ne possède rien. Enfin, s'il est possible de connaître le revenu d'un bien foncier ou d'une somme d'argent placée à iptérêt, il est, dans beaucoup de cas, extrêmement difficile pour ne pas dire impossible de connaître même approximativement celui qui provient do l'exercice des facultés personnelles du plus grand nombre des travailleurs, ouvriers, artistes, commerçants, etc. C'est

310 CHAP1TIUÎ VIII.

ici surtout quo l'on rencontre les inconvénients que je signalais tout à l'heure dans l'hypothèse où l'on considérerait comme un capital l'exercice dos facultés personnelles. Sur quelles bases établir l'évaluation du revenu de ces facultés? Sera-ce sur ce qu'elles produisent effectivement? Mais c'est uu immense travail que cette détermination. Et puis, en le supposant fait pour une année, comme l' exercice des facultés personnelles est essentiellement et constamment variable, il faudra, chaque année, renouveler les enquêtes et refaire sans cesse un travail qui se défera à mesure qu'on le fera. Si on lo maintient comme base de l'impôt, ne fût-ce que pour deux aimées consécutives, voyez quelles injustices on s'exposera a commettre. On aura fixé, je no vais par quels moyens, à 4,000 francs, je suppose, le produit annuel du travail de cet artiste ou de cet avocat ou de ce commerçant, et on lui en demandera pour le fisc le vingtième par exemple, soit 200 francs. Mais il pourra arriver que, l'année suivante, au lieu de i,000 francs, il n'en gagne que la moitié ou le quart ou moins encore, tandis que tel autre, imposé au même taux, en gagnera deux fois, trois fois plus ; et pourtant ils seront tous deux également imposés. Est-ce équitable? Je ne vois pas, je l'avoue, comment on surmonte rail cefle difficulté. Si l'on trouve que l'impôt unique, établi sur le revenu, est véritablement praticable, au moins faut-il reconnaître qu'il ne le serait justement qu'à la condition de faire supporter

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LU ANTRE Vlll. 211

aux revenus de même taux un impôt proportionnellement différent selon qu'il s'agirait d'un revenu de la première ou de la seconde espèce, de telle sorte que le revenu tiré d'un bien foncier ou d'une somme d'argent placée à intérêt et sur hypothèque supportât un impôt beaucoup plus fort que celui qui serait établi sur le revenu tiré du travail. Mais de combien plus fort, et sur quelles données essentiellement variables fonder l'estimation du revenu des diverses sortes de travaux? Ici encore on se retrouve plongé dans le vague et l'arbitraire. On m'objectera peut-être : «Vous « ne voulez donc rien demander aux revenus prove- « nant des facultés personnelles, lesquels font souu vent des gnns aisés, riches même, et qu'il serait ab- ■ surde, ainsi que vous le disiez vous-même tout à « l'heure, de ne pas atteindre?» Je suis loin de l'entendre de la sorte, et je le voudrais que la force des choses ne permettrait pas qu'il en fût ainsi. D'abord les gens que l'exercice do leurs facultés personnelles enrichit, ont généralement un genre do vie dans lequel l'impôt mobilier les atteint eu proportion de l'aisance de leur état social ; ensuite ils ne consomment généralement pas la totalité de leurs revenus et n'enfouissent pas la portion économisée, qu'ils appliquent au contraire à l'acquisition soit d'immeubles soumis à l'impôt foncier soit de titres fiduciaires, pour la plupart atteints également par le fisc. Quant à ceux de^ revenus en question, qui sont entièrement consommés

à mesure qu'ils s'acquièrent, ils sont ou faibles ou considérables ; dans le premier cas, qui pourrait penser justement à les charger d'impôts? Dans le second cas, relativement exceptionnel, que faire a ce mal, à moins de décréter l'esprit d'ordre, de prévoyance, de tempérance, de régularité de mœurs, toutes choses où le législateur humain est obligé de reconnaître son impuissance et que la morale religieuse seule peut prescrire efficacement ï

Certaines gens s'ingénient pour découvrir de nouvelles matières imposables. Les impôts dits somptuairosen particulier, outre qu'ils ne sauraient se juslifior en principe, puisque le capital qu'ils atteignent est déjà imposé sous diverses autres formes, donnent des produits insignifiants. Ce sont là des palliatifs misérables. Le remède au mal actuel s'obtiendra surtout par une réduction et un plus sage emploi des dépenses publiques en même temps que par les suppressions, indiquées plus haut, de divers impôts. C'est ainsi qu'on apportera enfin le soulagement et le bienêtre dans la condition des travailleurs, qui composent la grande majorité de la nation. En simplifiant les services publics et y introduisant les réformes nécessaires et praticables, ou peul ramener le budget normal de l'État à des proportions bien inférieures à celles d'aujourd'hui, tout en dotant plus largement certains services jusqu'ici trop négligé?, comme celui de l'instruction populaire, qui est la base iudispen-

sable d'un système d' organisa lion sociale où la nalion, reconnue souveraine, est appelée à exercer la plénitude de tous les droits politiques. La grande réforme, la réforme radicale consiste surtout, comme je l'ai fait voir plus haut, dans la suppres.-iun de l'armée et dans une antre organisation , vraiment nationale, de la force publique. J'aurai à formuler avec plus de détails et de précision un projet de budget des dépenses et des recettes de l'État (<}; mais auparavant je dois indiquer diverses suppressions qu'il est nécessaire d'effectuer.

(1) Les détails de chilFres que comporte la question du budget des dépenses el (les recuites, ont une certaine aridité qui rebute beaucoup de lecteurs : je les renvoie donc à un troisième appendice qu'on trouvera a la fin de cet ouvrage.

Ce chapitre est un de ceux auxquels je prie le lecteur do prêter le plus d'attention. Quoique les diverses suppressions et réformes qui s'y trouvent mentionnées portent un caractère ordinairement négatif, elles ne laissent pas que d'être de celles qui importent le plus o l'organisation du régime républicain.

Suppression de toutes entraves apportées a la liberté do l'industrie, et de toutes restrictions aulrcs que celles qui sont réclamées par la sûreté, la salubrité et la moralité publiques. En application de ce principe, on admet, par exemple, que l'État contrôle l'usage légal des poids et mesures, ce contrôle étant toutefois supposé gratuit, qu'il mette des conditions soit à la construction de machines soit à l'exercice d'industries pouvant compromettre la sûreté ou la salubrité publiques, qu'il interdise l'emploi des enfants dans les fabriques au-dessous d'un certain âge, quoique son immixtion à cet égard soit facile à éluder et qu'il faille moins en attendre que du progrès de l'état social et de

CHAPITItE IX.

Ja moralité des hommes; mais on n'admet pas qu'il intervienne, hors les cas du violence réelle ou d'agitation compromettant la pais publique, pour gêner en rien la liberté appartenant essentiellement à l'ouvrier comme au maître, de débaltre les conditions soit de durée soit de rémunération du travail. Parmi les entraves mises à la liberté du travail, il en est qui revêtent un caractère plus spécialement odieux : tels sont, par exemple, ces livrets imposés aux ouvriers et dont le but principal est leur humiliante inscription à la police (t), et ces brevets que la monarchie s'attrihuait le droit d'uccorder et de relirer, selon son bon plaisir, aux imprimeurs et aux libraires, dans le but de n'ouvrir ces deux voies do diffusion de la lumière que dans la mesure de ses intérêts (2). De cet élat de clioscs

(1) Établie par l'ancienne monarchie en 1748 et 1781, cette formalité avait été abolie par la première Révulution; mais le cousu! k vie, Bonaparte, la rétablit le 32 germinal an XI (H avril 1804), et le second Empire l'a aggravée en l'appliquant aux femmes par sa lui du 22 juin ISS t.

(2) Le décret de Bonaparte, du 5 février 1810, titre 11, articles 7 et 9, et litre IV, articles .10 et Ai, imposait a cens qui sollicitaient un brevet d'imprimeur ou de libraire, entre autres eoniiilions, celle dej»slt/tcr de leur attachement ait n.uvei oin, et de prêter serment de ne rien imprimer ni distribuer de contraire aux'<evui-$ envers le souverain. D'après la lui ilu 21 octobre 1814, articles il et 12, les imprimeurs et libraires étaient hrevelés, assermentés et révocables. L'orduiinance du 8 octobre 1817, article 1", appliquait ces dispositions aus imprimeurs lithographes, et le décret du 22 mars I8J2, arlicle I", les appliquait aux imprimeurs en taille-douce.

Le gouvernement do la défense nntionnle s eu la bonne inspi-

ainsi que des autres dispositions qui oui fait participer les imprimeurs et les éditeurs à la responsabilité oncourue par les auteurs dans les procès pour délils en malièrn de publication, est résultée cetlu détestable conséquence, que les écrivains ont été placés sous la tutelle des imprimeurs et des éditeurs, trui, ayant souvent des fonds considérables engagés dans leurs établissements, et craignant de se voir retirer leurs brevets par les pouvoirs dont ils dépendaient et auxquels ils avaient promis de ne pas déplaire, se sont crus trop souvent obligés d'exercer sur les auteurs une pression dégradante. Un tel système étouffait la pensée à son origine mémo et tendait a empêcher, pi c'eût été possible, tout progrès des sciences qui importent le plus à la dignité humaine et au bonheur des

ration de rendre par un de ses premiers décrets la liberté au\ professions d'imprimeur el de libraire. Il est regrettable que le mérite de cette mesura ail rlé (jiu:l<jiir! peu amoindri par l'obligation imposée à ceux qui voudront en bénéficier d'en faire lu déclaration préalable a l'autorité. Les motifs qui peuvent être allégués en faveur de celte l'esliidion i raient également applicables i une inimité d'autres industries laissées avec raisnii entièrement libres i't [légats de toutes formalités. La mesure, d'émancipation des professions d'imprimeur et do libraire en appelle une autre non moins juste et non moins urgente La législation encore existante rend les imprimeurs et libraires responsables des délils qui peuvent être commis par la voie de lu presse, lors même que les écrils portent la signature des auteurs, b squels devraient alors être les seuls à en rè|iondre. Il suffirait donc de rendre les imprimeurs responsables des écrils anonymes, et dans ce cas seul de les astreindre à mettre sur les imprimé le nom «t l'adresse de l'imprimerie.

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sociétés, je veux dire des sciences religieuses, morales et politiques.

J'ai déjà dit, dans les chapitres III, IV et V, que les conditions de grades devaient être désormais entièrement facultatives pour l'exercice privé de l'enseignement et de la médecine et pour la fonction d'avocat. Le discernement et l'intérêt du public sont les meilleurs juges du degré de confiance que lui inspirent ceux à qui il b' adresse pour de tels services, et d'un autre côté on ne comprendrait pas que, sous un régime de liberté, un professeur instruit, un habile médecin, un savant jurisconsulte dussent être assujettis à telles ou telles formalités officielles pour communiquer à des disciples do leur choix leur savoir et leur habileté, ainsi que cela s'est pratiqué dans d'autres temps et que cela se pratique encore aujourd'hui chez d'autres nations qui n'étaient pas ou ne sont pas plus barbares que la nôtre et qui no s'en trouvaient pas ou ne s'en trouvent pas plus mal.

Suppression do divers monopoles d'industrie, de fabrication et de vente, exercés par l'Etat et autres que ceux qui tiennent à l'exercice même de la souveraineté, comme, par exemple, celui do la fabrication des monnaies. Je ne consens à lui laisser celui du transport des dépêches que si l'on trouve un moyen de rendre désormais impossible cette intolérable violation du secret des correspondances, contre laquelle on a toujours et si infructueusement réclamé. J'y mets encore cette

CHA.PITBE DE.

condition, que la recette ne dépassera pas la dépense nécessitée par ce service. J'ignore s'il est bien véritablement démontré que l'industrie privée ne pourrait pas, dans l'éfat actuel des choses, se charger du transport des dépêches plus expéditivement, plus sûrement et à moindres frais que l'État. Mais, en admettant que cela soit démontré, il n'en demeure pas moins évident qu'une nation qui se paie à elle-même un service plus cher qu'il ne lui coûte, fait une opération absurde. Le revenu des postes dépasse aujourd'hui la dépense de plus de 22 millions de francs : c'est comme si quelqu'un croyait recevoir ce qu'il se donnerait, ou acquérir ce qu'il se prendrait. L'excès de la recette sur la dépense doit, en pareil cas, être appelé de son véritable nom d'impôt illégitime, s'ajoutant au légitime paiementd'un service. Je laisse encore à l'Etat, mais temporairement et avec quelque hésitation, le monopole des tabacs, parce qu'il atteint une de nos plus mauvaises habitudes, et celui de la poudre de chasse, parce que l'exercice de la chasse, s'il est nécessaire dans le but de prévenir l'excessive et nuisible multiplication de certains animaux, est encore plus favorable a des habitudes de désœuvrement ou de sauvagerie. J'ai dit toutefois temporairement et avec quelque hésitation; car je ne suis pas bien sûr qu'en fait de mauvaises habitudes, la cherté d'une chose soit un bon moyen d'en diminuer l'usage : il est permis d'en douter quand on voit, par exemple, qu'il y a souvent plus d'ivrogaes dans car-

tains pays où le vin est cher que dans d'autres où il est à vil pris.

Suppression de toutes barrières do douaucs, et par conséquent liberté entière des échanges soit à l'entrée soit ù la sortie du territoire. Il n'est rien de plus meateur que le système qui ose encore s'appeler protecteur, et qui est né dans l'enfance de l'art d'organiser les sociétés humaines. Le maintien de ce système serait un contre-sens à une époque où les diverses nations, jusqu'ici opposées les unes aux autres, tendent d'une manière si prononcée à se rapprocher enfin et à s'entr' aider au lieu de se combattre. S'il y a, en matière d'industrie et de commerce, une idée simple et claire, c'est colle-ci : les provenances de la terre et du travail de l'homme demandent à être exportées des lieux où elles sont produites en meilleure qualité, en plus grande abondance et aux moindres frais, et elles tendent naturellement à aller jusqu'où elles peuvent supporter le prix du transport eu conservant sinon la totalité au moins la plus grande partie de leurs avantages primitifs. Les provenances analogues, produites ailleurs eu qualité inférieure, en moindre abondance et à plus grands frais, demandent à être consommées sur place ou à n'aller que jusqu'où ne peuvent pas venir les premières à prix égal. Laissez ce principe s'appliquer librement, et bientôt un équilibre géeéral s'établit sur tout le globe entre la meilleure production et la plus large consommation '; vous décuplez les cou-

ditions du bien-être, et vous changez la face actuelle des choses. Chaque pays ne s'appliquera plus qu'a produire ce qu'il peut produire le mieux et de plus facile écoulement, et il recevra eu échange ce qu'il ne pourrait produire avec les mêmes avantages ; on n'en verra plus s'épuiser comme aujourd'hui à produire eu mauvaise qualité et en petite quantité des choses qui leur arriveront meilleures, plus abondantes et à moindres frais (1). Prohiber l'entrée de produits étrangers,

(I ) Qu'il puisse être utile d'introduire dans les diverse? contrées du globe les productions soi [naturelles soit industrielles d'autres contrées, à la l'imilituin .(lie .:i>» |irniluctii>n* ne reviendront pas plus cher que celles de qualité supérieurs qu'on pourrait tirer d'ailleurs, et qu'elles ne nuiront pus à dus |irmludious plus naturelles, uu'pays et plus fructueuses : vuilà le vrai. Mais l'absurde consiste a. dire que chaque pays doit s'appliquer a produire lui-

tion : n Chaque pays n'a-t-i! pas, comme clioque homme, sa

ii s û e ï;i 1 1: 1 1 h ■ 1 1 1 rclli- aptitude, ut: pas lui faii'e produire tout ce « dont elle est capable! N'est-ce pas un crime de lèse-production « que de détourner cet instinct de sa voie naturelle, de lui faii-e n suer sang et eau pour produire péniblement uu fruit exotique » et rachitique, a la place d'un produit plus sympathique h su « nature, et qui, par son abondance ou sa qualité, permettrait au a travailleur d'obtenir par l'échange le truit du travail étranger! n (Aucaigne, La quest'on des yraini en £urap< el en Amérique, numéro de la Libre Recherche de février I8SB.I Sans nier la possibilité d'importer utilement dans nos contrées et de lixer en bonnes et viables races des animaux et des végétaux venus de pays a peu près analogues sous le rapport des diverses conditions du climat, on doit appliquer en partie ces réflexions aux exagérations rqvuulue* il. m* le public sur la pinsibilhé it'aerii-

222 cHAFirfiE a-

ou, ce qui revient au même, la rendre impossible puré lablisse ment des droits d "importation, sous prétexte de protéger uue induslrio locale, qui ne pourrait se soutenir sans cela et qui par conséquent est établis dans de mauvaises conditions, c'est vouloir favoriser quelques individus aux dépens du public, c'est sacrifier à l'intérêt particulier d'un producteur qui s'obstine à suivre une fausse voie, l'intérêt de mille consommateurs que l'on condamne ainsi à payer chèrement ou à se refuser ce qu'ils pourraient se procurer à meilleur marché et de qualité meilleure. Et puis voyez les autres conséquences du système. Vous prohibez les fers ou les tissus d'une nation en faveur de la production des vôtres qui ne les valent pas ; alors, de son côte, celle nation, vous rendant la pareille, prohibe vos vins, vos objets d'art, etc. (I). C'est

mater dans certaines contrées des animaux et des végétaux qui ont évidemment été faits pour vivre et prospérer sous d'autres ciels, exagérations qu'a contribué à accréditer l'existence d'une société dont le but u'est pas toujours bien compris et qui compte parmi ses membres beaucoup d'hiimmes instruits et aussi dévoués au bien-être de l'humanité que l'était son honorable fondateur. Quand on réussirait, & force de soins at de dépenses, à faire produire en Franco quelques animaux malingres et qui mourraient bientôt de phthuie, et à j foire croître quelques plauies souffreteuses et dégénérées, on n'aurait ubouli, aux yeux de quiconque étudie les lois de la nature plus sérieusement que ne le fait le commun des hommes, qu'à une œuvre ridicule et forcément condamnée à avorter.

(I) Comme un mal en appelle un antre, il pourra même arriver que, dan» les années où vos récoltes en céréales, par exemple,

OUPITKK IX.

ainsi que se perpétuent avec la misère universelle ces rivalités internationales, causes de tant de guerres et de tant de désastres. A qui tout cela prolite-t-il? A ces gouvernements qui veulent continuer de mener les hommes par l'isolement et la division, ainsi qu'à quelques hauts seigneurs de l'industrie et aux parasites attablés autour du lise. Mais les nation.*? Elles ont tout à y perdre. Donc liberté entière des terres et des

seront insuffisantes, cette nation vous refuse l'excédant des siennes, vous infligeant ainsi cruellement la famine et les calamiles qu'elle traîne a sa suite. Cette considérai! un suffirait i elle seule pour motiver la suppression des barrières de douanes, l-.n effet, sans ces barrières, les famines qui ont si souvent désolé le monde, seraient désormais impossibles. Il n'y a jamais eu et il ne peut heureusement pas y avoir de dérangement des saisons qui se fasse sentir sur toute la surface du globe. Dans les conditions générales de la période géologique actuelle et tant que cette période se maintiendra, la somme moyenne de chaleur et d'humidité, répandue autour de la terra, est constante, d'où il suit que les forces qui président aux phénomènes du règne végétal, demeurent les mêmes et peuvent toujours répondre au travail de l'humanité lui demandant la somme de productions qui lui est nécessaire. S'il y a, par défaut ou par excès de chaleur ou d'humidité, déiieit dans les rècolles, au nord ou au. midi, & l'orient ou à l'occident, cela est compensé par un excédant dans d'autres contrées. Laissez cet excédant refluer librement sur les points où il estappelé, et le délicil n'existe plus nulle part. Ne scmble-t-il pas que, par cette lai générale de répartition des moyens de subsistance, la Providence ait donné aux diverses race* composant la famille humaine et disséminées sur le glube, cet avertissement, qui leur rient du reste pur beaucoup d'autres voies, a savoir qu'elles doivent combler les distances qui les séparent, su moyen de relations bienveillantes et de services réciproques, au lieu de se diviser et de s'gjilre-diYIiircr comme elles l'unt lait jusqu'ici.

mers. Liberté absolue et immédiate des échanges. Je dis absolue et immédiate, pour n'être point confondu avec ceux qui, paraissant désirer aussi la liberté des échanges internationaux, y mettent uae condition qui a pour effet de l'ajourner indéfiniment. Les entraves du système douanier sont tellement vexatoires pour les individus et tellement contraires à la prospérité bien entendue des nations, qu'il n'est presque personne aujourd'hui qui le défende par des arguments directs. Que font donc ceux qui sont intéressés à son maintien? Us recourent à des moyens indirects et surtout à celui-ci, qui présente au premier abord une apparence de raison, mais qui n'est aufond qu'une échappatoire : « Nous ne demandons pas mieux, disent ils, « que de voir enlever nos barrières de douanes. Mais a que les autres nations suppriment aussi les leurs; « car il ne serait ni juste ni conforme aux intérêts de a notre industrie qu'elles pussent nous inonder de leurs h produits en refusant de recevoir les nôtres. » Vous pourriez croire que ceux qui tiennent ce langage, se préoccupent beaucoup des intérêts de la justice et du progrès de notre industrie. Ils se préoccupent pardessus tout de leur intérêt privé. La suppression du système actuel les obligerait à chercher d'autres voies, moins commodes, pour s'enrichir; il lour faudrait peutêtre travailler dans ce but vingt ou trente ans au Heu de dix. Leur objection captieuse est répétée journellement par beaucoup do personnes qui y apportent plus

ou moins de bonne foi. On a vu lout à l'heure que ce qu'ils affectent d'appeler l'intérêt de notre industrie en général, n'était que l'intérêt particulier de certaines industries avides et égoïstes, et que cet intérêt ne pouvait se satisfaire qu'au grand détriment de l'intérêt général des consommateurs, qui composent la presque universalité des membres de la société. Si, comme ils nous en menacent, nous étions inondés des produits des nations voisines, ce serait un très-grand bien pour notre pays, puisque , d'après la loi économique qui règle souverainement les prix de vente, ces produits nous seraient livrés à bon marché. Et si ces mêmes nations refusaient de recevoir en franchise ceux des produits de notre sol ou de notre industrie, qu'elles ne peuvent se procurer sur leur propre sol ou par leur propre travail que dans de moins bonnes conditions du qualité ou de prix, eh bien! elles ne feraient tort qu'à elles-mêmes, en se privant ainsi volontairement d'avantages à leur portée; mais leur refus ne constituerait pas pour notre industrie, dans ses rapports avec elles, une situation pire que celle d'aujourd'hui. L'objection ne résiste donc pas à un examen approfondi. On peut d'ailleurs y opposer cette fin de nou-recevoir : si une pareille argumcntalion était admise, elle autoriserait chaque nation en particulier à ne point prendre l'initiative de la suppression de ses douanes. Mais si toutes attendent que les voisines donnent l'exemple, il est évident que le système actmd s'éternise. II faut

CHAP1THK IX.

Jonc que l'une d'elles commence. Laquelleî L'une des plus avancées, des plus puissantes et des plus riches, comme l'est aujourd'hui la France ou l'Angleterre (1). Je ne veux pas dire pour cela que la France ne puisse et ne doive en même temps chercher & amener, par voie do proposition et do négociation pacilique, les autre» nations à supprimer comme elle leurs barrières de douanes. Nul doute qu'elle ne réussît dans culte proposition auprès do plusieurs d'entre elles, qui verraient fort bien qu'as refus tournerait en définitive contre leurs intérêts généraux ; mais, lors même qu'elle échouerait, elle n'en devrait pas moins exécuter l'une de» réformes les plus nécessaires. Le seul côté sérieux da la question est le malaise et le déclassement momentané quo causera l 'application de l'entière liberté des échanges parmi les ouvriers, dans les contrées où sont établies aujourd'hui en de mauvaises conditions certaines industrie». Mais on comprend que ce n'est la qu'un mal local et passager, qui ne doit nullement être mis en balance avec l'intérêt universel, et que les travailleurs des contrées susdites trouveront d'ailleurs forcément, un peu plus tôt ou un peu plus tard, d'autres moyens d'employer utilement leur activité. Do

(1] « Quo no» toisùis suppriment leurs armées et nous supprîi merousles nôtres, n, ont suuvent dil aussi les fauteurs du système des armées permanentes. Et les voisina leur ont demandé de donner l'exemple, et loin de désarmer on s'est arme toujours davantage.

pareilles perturbations accidentelles se sont toujours produites nécessairement pariout où quelque grand progrès s'est accompli, et jamais elles n'ont pu être considérées eom nie une lionne raison pour repousser ce progrès. Il est beaucoup d'esprits qui n'ont jamais le courage d'aller tout droit aux conséquences naturelles de leurs principes. lia savent et au besoin ils démontrent que lo régime de la proteefinn est faux en théorie et funeste en pratique ; mais ils conseillent un système transitoire, qui consisterait dans l'affaiblissement graduel et la suppression par parcelles du régime des douanes (1). Dans cot ordre de choses comme daus beaucoup d'autres, les demi-mesures et les atermoiements n'ont d'aulro effnt que de perpétuer le mal sans y apporter de soulagement notable. Aux grands maux les grands remèdes, les remèdes énergiques et radicaux. Exemple :1a question do l'esclavage dans nos colonies. Pendant les quinze années qui ont précédé sa suppression, les assemblées législatives s'étaient bornées a tourner autour do ia solution, et en définitive, avec leurs petits moyens anodins, avec loua leurs règlements destinés à adoucir le sort des esclaves, elles n'avaient abouti qu'à aigrir les douleurs de cas

(i) Ce soat ces mimes esprits, tremblants devant les dernières conséquences de leurs principes, qui, dans la question militaire, se bornent a conseiller timidement le stérile «pf-di nt i/une simple réduction proportiuiniH-e des unuivs |n'rm;n ante-, expédient si souvent mis en pratique mois pour être bicn.Ot suivi de uouveaui et plus considérable» armements.

infortunés. Est venue la Révolution de Février, qui d'un trait dp plume a supprimé l'esclavage dans nos colonies, et il n'en a plus été question. C'est le seul acte du Gouvernement provisoire, auquel n'ait pas osé toucher l'homme qui a détruit successivement toutes les œuvres de la République de 1848.

Du principe do la liberté illimitée du commerce et de l'industrie suit la suppression du service public actuel du commerce et de l'agriculture. Les écoles vétérinaires, attribuées aujourd'hui à ce service, doivent être conslituéesen externat et réunies à l'Instruction publique, ainsi que le Conservatoire et les Écoles des arts et métiers, si ces dernières remplissent véritablement le but de leur institution, ce qui est mis en doute pur des hommes compétents et ce qui doit être examiné. Il convient également d'examiner si, au point où la science et l'industrie sont arrivées aujourd'hui, l'Etat doit continuer d'avoir des manufactures modèles, comme celles de l'Imprimerie nationale, des Tapisseries des Gobelins et de Beauvais, des Porcelaines de Sèvres et des Glaces de Saiut-Gobain. L'institution abusive des brevets d'invention, dont le résultat le plus clair est de retarder les progrès de l'industrie et de les faire payer au public beaucoup plus qu'ils ne valent, doit être supprimée. Les grandes découvertes qui seraient do nature a fnire faire de notables progrès à l'industrie, peuvent être l'objet de récompenses nationales.

Je saisis l'occasion qui s'offre ici d'exprimer mon opinion sur les progrès de l'industrie ou plutôt sur ce qu'on appelle de ce nom. Considérée d'une manière générale, l'industrie étant l'application do l'intelligence et des forces humaines à l'exploitation des richesses naturelles, dans le but de satisfaire nos divers besoins, est manifestement une chose bonne en elle-même et ne demande pas d'apologie. Mais, si de ce point de vue général nous descendons aux détails, nous reconnaîtrons qu'il est des époques où l'industrie peut prendre une fausse direction et devenir ainsi une source do mal. C'est lorsqu'au lieu de se mettre au service du plus grand nombre, en procurant au moins de frais possible les moyens de satisfaire les besoins réels de la vie, elle s'applique surtout à multiplier ces objets de luxe qui ne devraient venir qu'après que le nécessaire aurait été mis à la portée de tous, ces inutiles colifichets, ces mille riens qui deviennent bientôt des nécessités do convention et qui dévorent par leur nombre une énorme portion de la substance d'un peuple. Alors l'industrie et ce mercantilisme avide qui s'attache à elle comme une lèpre, répondent partout le goût des vains ornements, qui ne doit pas être confondu avec celui de !a propreté dont il est souvent l'opposé, négligeant d'autant plus ce qui ne so voit pas qu'il veut être plus brillant dans ce qui se voit. Alors une existence factice se substitue à la vie réelle ; l'amour du clinquant et du faux gagne de proche en proche toutes

lus classes, et le moral des populations s'appauvrit à mesure que leur extérieur semble s'enrichir. Je dis semble, car la misère du grand nombre peut croître en réalité avec les progrès mal entendus de l'activité industrielle. Quand on songe à tout ce que la majeure partie de l'espèce humaine est condamnée aujourd'hui à endurer de souffrances pour que l'industrie de luxe puisse étaler ses produits dans ces expositions si courues, un sentiment pénible se mêle à l'admiration que font naître ces témoignages du pouvoir exercé par l'homme sur la nature brute, et l'on se demande si, au lieu de chercher ainsi à créer toujours de nouvelles superOuités qui no sont à l'usage que du petit nombre, il ne serait pas plus digue de nations qui prétendent marcher à la tète de la civilisation, de commencer par mettre tous les hommes de bu duo volonté à même de se procurer le nécessaire, et par appliquer la puissance de l'industrie à combattre l'indigence et la dégradation physique et morale qui marche communément à sa suite. Dans ces grands jours où l'industrie expose aux regards émerveillés ses prodiges et ses magnificences, c'est un triste spectacle pour l'homme qui pense que do voir tant de belles et bonnes choses, qui devraient naturellement être appliquées à la satisfaction du nos plaisirs honnêtes, être détournées au service des passions, des goûts capricieux et desordonnés, et au lieu tl'èUelaspleudeur de la civilisation, en devenir ainsi la dégradation et la uonte. Les progrès déréglés de I'iihIiis-

cmnrftK îx. 231

trie contribuent d'autantplusalacomiption des mœurs que le nombre auquel ils profitent est plus pelil ; car ils excitent les convoitises, l'envie et les colères de la plupart de ceux qui n'y participent pas, la production et la richesse sociales no pouvant jamais, quels que soient leurs développements, être assez considérables ponr procurer le luxe à tout le monde.

L'idée exprimée par ce mot du luxe rêvât sans doute des caractères très -variable s selon les circonstances, et je ne nie pas que, si l'on a égard aux divers états de fortune, anx positions occupées dans l'ordre social et aux besoins qu'ont fait naître les milieux si divers de la naissance et de l'éducation, ce qui est le superflu pour telle famille ne puisse être le nécessaire pour telle autre. Le luxe n'est pas une chose absolue mais relative aux ressources dont on dispose. Une robe décent francs, qui sera simple pour une femme opulente, sera luxaeuse pour une femme qui devrait se contenter d'nne robe de vingt francs. Mais de ce principe incontestable que le luxe n'est pas en soi uue chose absolue n'entend-on pas journellement déduire cette fausse concinsion, qu'il no saurait avoir rieu de blâmable? Si îo luxe est chose relative, il n'en est pas moins vrai que, dans telle circonstance de temps, de fortune, de personnes, il ne peut exister sans prendre les caractères d'un fait ruineux et coupable. Il y a une autre apologie du luxe, qui n'a pas moins cours dans les conversât ion s et les écrits, c'est celle qui consiste à dire qu'il fait Ira-

vailler les ouvriers et aller lu commerce et les arts. C'est encore là un déplorable sophisme. En recommandant cette simplicité de mœurs et cette modération dans les dépenses, qui n'excluent ni le bon goût ni la véritable élégance, les moralistes ne veulent nous ramener ni à l'état sauvage ni à la barbarie ; ils ne proposent pas d'enfouir et de stériliser les produits do l'épargne, mais bien de les appliquer à des travaux utiles et surtout à une foule d'excellentes œuvres, le tout infiniment plus profitable au grand nombre des ouvriers, des commerçants et des artistes que les dépenses de vain luxe. Lequel vaut le mieux qu'une certaine somme d'argent soit appliquée à enrichir un joaillier et une marchande de modes, ou ft procurer de s moyens de subsistance àcent producteurs de choses vraiment bonnes et servant à des milliers d'autres personnes? L'industrie de ce joaillier ou de cette marchande de modes, il est vrai, fait vivre misérablement quelques travailleurs; mais combien l'agriculture et les autres arts n'en font-Us pas vivre davantage et dans de meilleures conditions ? Il y a donc, pour toute situation, une mesure que l'on no peut dépasser sans encourir le juste reproche d'un luxe relativement excessif, c'est-à-dire d'une recberche exagérée de l'élégance dans l'habillement, l'ameublement et les divers moyens de paraître plus que l'on n'est. C'est une maladie qui se complique le plus ordinairement de la lièvre des plaisirs et donl la nature est de s'exaspérer par ses

propres excès. Ne voit-on pas en effet le débordement des mœurs accompagner les exagérations du luxe? Il est fort commun aujourd'hui d'entendre des personnes qui, sans aller jusqu'à approuver en théorie les progrès incessants du luxe, y contribuent au moins en en donnant pratiquement l'exemple, se plaindre de ceux de l'immoralité. Ces plaintes sont irréfléchies et inconséquentes; car elles reviennent à ne pas vouloir qu'une cause que l'on a posée produise son effet. On ne saurait nier quo déjà le mal ne soit arrivé parmi nous à un tel point que ceux qui se senteut le moins disposés à céder à la tyrannie du mauvais exemple, se croient obligés, par la crainte do se singulariser, do lui payer quelque tribut; ils se disent que, s'ils voulaient vivre aujourd'hui avec la simplicité d'autres tomps, ils se feraient remarquer et montrer au doigt ()).

(I) Parmi ceux qui ne se font faute Je dire que la frénésie du line est un« chose mauvaise, la plupart s'arrèLenI a celte appréciation vague et ne se rendent pas un compte exact des cames de la maladie. De là tant d'explications fausses ou incomplètes dans les discussions économiques, l'ar exemple, au renchérissement universel et croissant dp presque tuutes choses ou assigne diverses causes secondaUcs saus remonter jusqu'au! premières

h satisfaire des lie-oini de [ii-iimier ordre, ont rulii et continuent de subir une surélévation de prix, ce n'est certes pas que la nature répunde aujourd'hui au travail de l'homme avec moins de prodigalité qu'eu d'autres temps. Vais la production de ces denrées n'est plus en rapport avec leur consommation, et ce défaut d'équilibre provient de ce que les hrns et les capitaux, appliqués dan» une mesure excessive aux divers travaux des

194 CSAJ'ITH* IX.

J'ai parlé tout à l'heure de la lèpre envahissante du mercantilisme. II ne peut venir* la pensée de per-

industries de luxe, manquent à l'agriculture, source première de toute richesse : le nombre 'îe* [ijysuiis adirés dans les villes et consommés infructueusement pur l'armée, est allé croissant, et le» capitaux ont couru se perdre dans les emprunts des États et des villes et dans une infinité de spéculations plus ou moins malhonnêtes. Les goûts de jouissante qui fout corlége au luxe étant passés des villes dans les campagnes, les cultivateurs du sol dépensent davantage, et veulent lirer un plus haut prix des denrées qu'ils font naître et qui sont en quantité décroissante, les statistiques et les publications officielles mêmes accusant une diminution très-notable de la production agricole depuis une quinzaine d'années. L'augmentation et par suite la dépréciation relative du uuinéi ;iire circulant, amenées pur l'exploitation des nouvelles mine* d or, ont sans doute contribué a. élever le prix de toutes choses. Il est également vrai que la démolition et lu reconstruction d'une puiliini eLinsiilér.iljle de Paris et de quelques autres grandes villes, causant une augmeu talion du prix des loyers, sont aussi pour beaucoup duos l'augmentation du ]>rix des denrées, liais la fureur de démol.r pour élever, à grands frais et en quelques années, 'les eu tist mêlions demandant un siècle, confortables el siilolves en .ippiuiTice plus qu'en réalité, et, sous le rapport Je l'urt architectural, accusant un goût pins que contes la h 1.! purliruliéivmeut ihiiK les éi.lilices publics, cette fureur, dis-je, est un des fâcheux résultats de 1 amour excessif du luxe, venant stupidement en aide aux calculs d'un pouvoir qui. ne vivant que irevpé.lienis. éi.ii! coinliiiur»"' a dévorer l'avenir pour suftire uut nécessités de son présent. Il faut donc arriver en dernier lieu à cette question : pourquoi celte poursuite fiévreuse des moyens de contenter des goût luxueux, qui caractérise particuliorciihMl notre époque? Il ne suffira pas do répondre, ce qui est vrai, que l'impulsion- dans eette funeste voie est venue surtout, dans ces dernières années de régime impérial, d'hommes profondément pervers, qui, trouvant p us facile d' asservir nu peuple corrompu que de gouverner un peuple vertueux, ■• appliquaient k corrompre toujours davantage; il faudra ajouter

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sonna de nier l'utilité ot la nécessité même do certains intermédiaires entre lus producteurs et les consommateurs dans les relations d'échange. Mais ce que l'on a pu avec raison regarder comme un mal, c'est le nombre hors de proportion avec les besoins réels, auquel s'élèvent ces intermédiaires. Il y s alors perte réello pour la fortune publique. Plus ces intermédiaires sont nombreux, moins ils opèrent et plus par conséquent ils sont obligés, pour vivre, de hausser Je gain qu'ils prélèvent sur les consommateurs ; le prix des objets de consommation s'élève alors, au profit d'un nombre relativement petit d'individus et contrairement h l'intérêt de tous.. D'un autre coté, ces intermédiaires parasites privent la fortune publique du fruit du travail qu'ils pourraient effectuer dans d'autres carrières. Quel remède à ce mal? Le principe de la lihcrté d'industrie ne permet de recourir à aucun de ceux qui s'imposent d'autorité. Il y en a un autre bien plus simple et plus sûr, c'est la liberté d'association, sur laquelle je reviendrai dans le chapitre suivant, et qui pourra seule délivrer les producteurs du nombre da ces intermédiaires, porté bien au-delà des limites do la nécessité et de l'utilité. Ce serait assurément un grand service rendu à la civilisai ion que de trouver les moyens J'at-

qua le peuple frajrçjis n'a suivi ai docilement et si tunglerapa telle impulsion que parce qu'il manquait déji du sens morui et m.igUux. Mais ectle dernière cuBaiiiiiraliuu se mlUcte a uu »rr.lre d'idées dont j'ai trailé dans d'autres ouvrages.

236 CH1PITBB IX.

tirer les populations vers le premier des arts, vers cet art, aujourd'hui encore si pou apprécié, de l'agriculture intelligente et raisonnée , qui est la source principale de la richesse des peuples, et qui, en ajoutant les lumières de la science aux leçons non moins précieuses de l'expérience des siècles, se substituerait à l'ignorante routine de lu plupart des habitants actuels de nos campagne. Mais un pareil résultat ne se décrète ni no s'improvise ; il ne peut naître que du progrès moral des populations, et malheureusement co progrès est relardé par le mal même que nous déplorons ici et auquel il devra porter remède.

Suppression du service actuel, appelé de riniérieitr, et de tout son personnel administratif, les services publics mentionnés dans les chapitres précédents étant tous des services de l'intérieur, pourvus de leur personnel, et d'un autre côté la liberté devant être laissée aux communes pour la gestion de leurs intérêts matériels et locaux et pour l'élection des magistrats municipaux chargés de cette gestion (t). Ou peut réunir à

(1) On no se méprendra pus sur ce que j'entends par cette eutiére liberté qui doit être laissée ani communes pour ce qui regarde la gestion do h'iirs intérêts locaux. On n déjà vu que je ne t'étendais pas jusqu'aux eboses d'un ordre plus élevé et qui tuuclient nui grands iuloroLs stx-iaux : il ne fan! pas, par exemple, que les communes soient libivs de laisser leurs pupiilalions croupir dans l'ignorance et leurs pauvres mourir de misère. Voilà pourquoi j'ai demandé plus liaui que la lui les obligeât à loutri. huer avec l'Étal aux frais du l'instruction et de la santé pulili-

l'Instruction publique les Beaux-Arls, et j'entends par la seulement la direction des écoles publiques de dessin, de peinture, do sculpture, de musique, et l'administration des collections des Musées. Quant h ce qu'on appelait les encouragements qui! la monarchie accordait aux artistes, et par lesquels il lui arrivait si souvent de les avilir en les tenant à ses gages, je ne nie pas la possibilité que la République évite le danger du les déconsidérer en venant à leur aille, et par conséquent je ne vais pas jusqu'à proposer que cet article disparaisse do sou budget. Mais je voudrai» que les artistes et les gens de lettres comprissent qu'ils n'ont rien à demander aujourd'hui à l'État que la liberté, cet aliment qui leur est bien plus nécessaire encore que le pain matériel : si ce n'est pas l'avis de ceux d'entre eux qui sont enrichis, c'est du moins l'avis de ceux qui valent et se respectent le pIiiF. L'art dramatique doit également être rendu à la liberté, et par conséquent toute intervention do l'Etal, dans l'exercice de cet art, doit cesser. Ce que je dis là fera jeter les hauts cris à certaines gens ; leur désappointement so cachera sous l'épouvantail d'une licence effrénée dans laquelle ils ne manqueront pas de prédire que le théâtre va tomber aussitôt qu'il ne sera plus sous la protection de leur haute vertu. Je réponds d'abord que je n'entends nullement dispenser l'Etat de son devoir de surveillance générale à exercer dans les lieux où le public est assemblé et par conséquent dans les théà-

très, et que, s'il s'y commettait, par le fait soit dos auteurs soit des acteurs, quelques délits d'outrages à In morale, il y a des lois qui répriment ces délits et dus magistrats pour faire respecter ces lois. Mais j'ai hâte d'ajouter que, sans compter pleinement sur le bon goût et l'honnêteté du public actuel pour faire justice, j'y compterais encore plus que sur l'intervention de l'autorité. Dans toutes les suppositions, je ne crains pas que le régime do la plus entière liberté laissée u la scène, y apporte plus ni même autant de pièces immorales qu'en laissaient journellement passer les administrateurs du régime préventif. Personne n'ignore que l'intérêt de la morale était le moindre des soucis de ces prolecteurs, qui n'exerçaient leur surveillance que dans un but politique, quand ce n'était pas dans un autre but, plus honteux encore. Les écoles de sourds- muets et de jeunes aveugles peuvent aussi être réunies au service de l'Instruction publique.

Au point de vue où noua sommes placés , d'une République vraiment démocratique, le système de l'organisation sociale doit être conséquent et tout d'une pièce. La suppression du Monarqne et du Minisire qu'il mettait à la tète de chaque grand service public, entraîne la suppression de ces Préfets placés à la tète des départements comme chefs politiques, st qui étaient de petits Minisires comme les Ministres étaient do petits Monarques (t). Une commission administra- Il) Celte restauration, sous un autre nom, de* anciens lnten-

tive, permanente, siégeant au chef-lieu du département, appelée commission départementale et placée comme intermédiaire entre l'administration centrale et les administrations municipales, veillera à l'observation des lois générales de la [tépublique. Cette commission, composée des chefs des divers services publics, ainsi que d'un certain nombre de membres résidant au chef-lieu et désignés par le conseil de département dont il sera parlé tout à l'heure, peut fitrfl chargée de l'administration, qui ne ressemblera guère a ce qu'où appelle aujourd'hui de ce nom, et qui su trouvera considérablement réduite , lorsqu'on aura affranchi véritablement les communes en ce qui concerne la gestion de leurs intérêts particuliers. Il y aurait utilité à. concentrer davantage la division du territoire en départements. Aujourd'hui même l'administration des deux grands services de la Justice et de la Force publique a des ressorts indépendants de la division départementale, et il eu était de même pour l'Instruction publique avant que des lois de ténèbres eussent

danls des Provinces, supprimés par la Révolution, (toit, comme on sait, une des œuvres du premier consul Bonaparte. Ce vasta système Je centralisation, où tant du sols et de tlalliiurs intéresses onl vu ou feint de voir des créations du sou génie, n'était qu'un plagiat, plus ou muins habilement déguisé, des institutions de ratiiicit régime, et n'avait d'autre Lui yue do servir sou despotisme en plaçant sous sa main lu us lus instruments du l'activité sociale, direction politique, administration, justice, religion, enseignement et éducation, finances., elc.

fait de l'éducation populaire une affaire d'inquisition diocésaine et do police départementale. Le nombre des 8!) départements actuels devrait, je crois, être réduit ; il pourrait être ramené à une trentaine (1). L arrondissement est une subdivision tout à fait inutile du département. Les 373 arrondissements actuels doivent donc être supprimés. On peut conserver la division du département en cantons ou justices de paix, et du canton en communes. Le département continue d'avoir son conseil élu par les cantons, et so réunissant au chef-lieu en une ou deux sessions annuelles pour délibérer publiquement sur les travaux à exécuter aux frais du département. Ce conseil choisit dans son sein un président et un vice-président (2). L'élément fondamental de l'édifice social est la commune. On peut dire de cette première agglomération, qu'elle a, dans

(1) Il est bien entendu qu'alors même que l'on remplacerait utilement la nom de. déparlement par celui de province, il ne pourrait nullement Être question de rétablir simplement la division des as provinces de l'ancienne France, division très-inégale en étendue, très-arbitraire el fondée en grande partie sur des traditions féodales surannées, des usurpations brutales el d'iniques conquêtes. Celle division doit demeurer supprimée pour toujours, malgré la possibilité d'en tenir aujourd'hui quelque compte dans un nouveau partage départemental, plus en rapport avec les similitudes d'origine, de mœurs el d'intérêts.

(2l 11 est également entendu que, si l'on remplaçait le nom de département par celui de province, les conseils dp département s'appelleraient alors conseils provinciaux, et que la commission administrative remplaçant l'adminislralion préfectorale porterait le nom de provinciale.

Un tizcd b, Go

l'ordre civil et politique, le ile^ré d'importance que l'on attribue justement à la collection appelée espèce dans les sciences naturelles. Elle continue d'avoir son conseil municipal, élu par tousles membres actifs. Les conseils municipaux choisissent eux-mêmes dans leur sein leurs présidents ou maires et leurs vice-présidents ou adjoints, et délibèrent publiquement. Mais je ne vois pas de nécessité de maintenir l'éparpillement actuel des communes rurales : c'est encore le partage féodal et ecclésiastique du sol par seigneuries ut paroisses. La plupart de nos villages, se composant d'un très-petit nombre d'habitants (i), et formant autant de communautés asservies aux influences dominatrices do quelques familles, sont condamnés à l'isolement et à l'impuissance. Do là cette ignorance et ce goût d'immobilité, qui les rendent encore si peu propres à la vie nouvelle à laquelle les appellent les institutions républicaines, et qui en font si facilement les instruments des ennemis de ces institutions. Pour tirer les habitants de nos campagnes de leur engourdissement, il ne suffirait pas sans doute mais il serait utile, je crois, de fondre entre elles un grand nombre des communes rurales actuelles, on fixant pour cela un minimum do population, 1,200 habitants par exemple (2). Qui ne sait les

(1) Près de h moitié des communes de France (16,674 sur 37,548i ont une population qui deniaure au-dessous de 500 amea. Dans '633 communes on ne compte pas 100 habitants.

(2) Dans cette supposition, lorsqu'une commune se compo-

préjugés, les jalousies, les prétentions de clocher, et l'habileté avec laquelle certaines gens exploitent ces petitesses? C'est du reste en raccourci le mémo fonds de sotlise qui fait que lel homme est plus lier d'être français que d'être allemand ou italien, ot que toi habitant de Paris se croit d'une nature Lieu supérieure ii celle d'un Bourguignon ou d'un Dauphinois. Mais plus on descend l'échelle de ces misères, plus elles sont étroites et mesquines. En attendant donc que l'on

être lier d'ètro homme bien plus que d'être français, faisons en sorte au moins qu'ils soient plus tiers d'être français que d'èlro habitants de tel village plutôt que de tel autre.

Suppression des conseils de préfecture, dout les attributions sont déférées soit à la commission départementale soit aux tribunaux ordinaires.

Suppression de l'immorale institution de la police

serait de plusieurs villages, elle devrait avoir plusieurs écoles. J'ai déjà dit que l'instruction élémentaire devait, jusque dans le dernier village, être mise à ia ourlée de Unis. Comme il y a eïcepliuiuielli ment quelques puriies du tcrntoùc, particulièrement dans Ici pays pauvres ci montagneux, où l'on ne peut trouver le nombre de (,'JIHI Inbilants que sur une supi i lieie trop éleudue pour le commode loiiclioii leuicnt de l'activité communale, lu lui coii.it ituli ic des uiiuvi'lle^ r,nimuincs, en lisant à un minimum de I,ï0l> hjljilantsl'jL^luuier.itiuii nécessaire pour former une commune, duvr.iil fouler ces mots, à moins que t'etendvede territoire nécessaire four fournir ce chiffre ne dépasse.... kilomètres canes.

CHiPiTHK ix. 2i3 secrète, générale ut extra-judiciaire. Celte machine indisponible aux turpitudes de ia monarchie déshonorerait la République ; elle doit être remplacée, selon les diverses attributions bien définies, par une police soit judiciaire soit municipale. Cette réforme avait été déjà presque universellement réclamée par les cahiers de 1789.

Suppression du service public actuel des Affaires étrangères et de sou personnel de vain luxe, l'Assemblée nationale devant se contenter d'avoir, pour ses relations très-simples avec les nations étrangères, un petit nombre d'envoyés et de résidents, modestement

matie, n'a guère été jusqu'ici qu'une mine de richesses et de dignités exploitée par l'aristocratie, et une école do rouerie, enfantant des complications et des difficultés toujours funestes aux nations. Le gouvernement républicain n'a que faire de ce fléau.

Eufin suppression du service actuel des Cultes. L'État doit assurer à toutes les religions une liberté d'exercice sans limites, et laisser a tous les citoyens, avec la pleine faculté de s'associer à cet effet, la charge des frais du culte qu'il leur convient d'adopter, mais n'eu salarier lui-même aucun (1). Les mêmes raisons

(11 La France avait uiin<|iiis ™tlf lilicrlé du [>rïï lies terribles épreuves de sa jiiYiuiiii'e ltùw>iuti<>ii, lursiiue Huiuparte, premier consul, la lui ravit avec toutes ses autres libertés. C'est un des nombreux attentat» d'un homme dont la mémoire ne saurait

s'i>]j[mseiil à ce que désormais les communes subventionnent aucun culte. Cette réforme est la plus urgente, et je l'aurais indiquée dus les premières pages de ce livre si l'on devait juger du degré d'importance que- j'attache aux diverses considérations dont il se compose par la place qu elles y occupent. On peut dire que, tant qu'elle n'aura pas été exécutée, rien n'aura été fait de ce qui importe le plus à la consolidation de la République. Sans doute il y a là une économie considérable à obtenir, puisque le budget des dépenses ordinaires et extraordinaires des cultes s'élève à pl us de 34 millions ; mais le point de vue financier est le coté le plus petit de la question : il s'agit avant tout d'obtenir entin la réalité de la liberté religieuse, qui est absolument impossible dans le système île l'alliance de l'Etat avec les églises. La religion dirélieuuo comme la religion juive, sa mère si peu respectée, est radicalement antipathique à toute instilution libérale. Ses dogmes priueipaux, ses traditions bibliques, tout ce qui la constitue en un mot est conforme au principe do l'autorité absolue. Un affranchissement définitif est donc impossible là où elle continue do régner, fut-ce dans un Etat portant le nom de Ré-

étru trop mauiliti; p.ir les rqnitilii-aius. IJn'ila m: SLiiivicuacat du 18 germinal an Xp avril 1802.1, réliililissaiil l'alliance officielle <le l'Elut avec les églises, alliance iiu 'avait d>>lii) Hivernent rompue le décrut du 3 ventôse an III (21 février 1733), parlequel la Convention avait en même temps proclame de nouveau la liberté religieuse.

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publique. Celui-là ne saurait vouloir être libre en politique, qui n'a pas d'abord rompu le dernier des liens par lesquels l'ench ai liaient, des doctrines dont l'essence est d'être hostile au progrès humain. Lorsqu'on s'est fait un point do religion de croire à In légitimité de l'absolutisme et au mérite de l'obéissance passive, lorsque l'on tient pour sacrés les privilèges que quelques hommes se sont arrogés par la violence ou la ruse au détriment de l'immense majorité de leurs semblables, lorsqu'enfin on fait profession do déprécier le lihre examen et d'insullerà la raison humaine, cette voix intérieure par laquelle seule Dieu nous parle et que nous ne pouvons par conséquent pas négliger d'interroger ou refuser d'écouter sans une suprême impiété, comment pourratt-on entrer franchement dans un ordre de choses qui n'admet comme légitime que ce qui est avoué par la justice, qui ne reconnaît d'autres droits et d'autres litres que ceux qui sont conformes k la raison? Ce que l'on doit vouloir alors, ci; n'est pas un gouv^niL'iiiciil démocratique , que l'on ne comprend pas, ce n'est pins même ce système hybride de gouvernement, appelé monarchie constitutionnelle et qu'un petit nombre d'années d'épreuve a rendu désormais impossihli; en France ; ce qu'on doit désirer et demander, c'est le despotisme le plus entier avec toutes ses conséquences. On a beau dire par moments que l'on aime et que l'on veut la liberté ; on n'aime et l'on ue demande que la liberté d'opprimer. A ce point

240 ctuNTBE ix.

do vue, il faut briller les livres, fermer les écoles el bâillonner ceux qui ne veulent pas subir cette humiliation. Encore une fois il y a nécessité de prendre tout cela au complet et au sérieux, quand on accepte le christianisme réel et logique, et non pas un christianisme de fantaisie dont il serait loisible à chacun de prendre seulement co qui lui conviendrait comme le font aujourd'hui tant de prétendus chrétiens. Si donc on rejette les conséquences, on doit d'abord rejeter le principe d'où elles découlent, et comprendre eniin que toute grande réformation sociale doit commencer par une grande ré-formation des idées religieuses. L'esprit îles dogmes chrétiens, en les prenant même tels qu'ils sont formulés dans les communions protestantes, est essentiellement opposé aux principes libéraux sur lesquels repose le régime républicain. A Dieu ne plaise que je vienne pour cola demander que l'on interdise l'exercice de la religion chrétienuo et que l'on inquiète ceux de ses ministres qui so renfermeront paisiblemont dons leur riMe religieux et qui n'emploieront pas fi conspirer contre la République la liberté même qu'elle leur assurera ! Le temps est passé des mesures d'ititoléranee en matière do religion, mesures plus odieuses encore que partout ailleurs dans une société délivrée du joug des tyrans et qui no saurait pas s'affranchir de sa propre tyrannie; il est passé, j'espère, pour ne plus revenir : tel est du moins le vœu des vrais républicains. Plus de violences, plus d'arbitraire.

Justice vigilante et ferme. Cela suffit pour sauvegarder les intérêts présents et futurs île la République. Qu'on laisse donc au christianisme comme à toute autre religion la pleine liberté d'exerciee. Mais que la République ne se charge pas de l'enseigner elle-même par l'entremise d'un corps do fonctionnaires qu'ello continuerait de salarier à cet effet. Au reste personne moins que le clergé ne sera étonné do la voir se séparer dos églises; car il s'y attend. Les prêtres catholiques en particulier savaient bien, lorsqu'ils se sont prosternés, l'encensoir à la main, aux pieds de l'assassin de la République, que, pour le cas où elle renaîtrait, ils auraient joué do leur reste, et ils pouvaient s'attendre à acquitter plus chèrement la peine due à cotte iniquité. Les hommes qui ont été chargés de conduire le char politique après la Révolution de Février, ont eommis, entre plusieurs autres fautes, une faute immense. Au lieu de séparer l'Etat des églises, comme cela pouvait alors être réalisé facilement, sans oppression et en invoquant simplement le priucipo de la liberté de conscience, ils se sont pris à de faux sourires et a des protestations dictées par la peur; dans leur imprévoyante honnêteté, ils ont accepté l'alliance insidieuse des cunemis-nés de toute idée de progrès, et les ont ainsi laissés s'emparer petit à petit de la direction des affaires. Ou se souvient qu'alors ceux qui nous assourdirent le plus de leur subit enthousiasme pour la liberté, et qui assaisonnaient tous laurs

discours du mot de Fraternité, étaient précisément ces mêmes hommes qui, aussitôt qu'ils ont été guéris de leur frayeur, ont traité leurs prétendus frères comme des hèles féroces. Puisque j'ai à rappeler ces odieuses profanations de ce que le langage a de plus saint, je donnerai en passant un conseil aux républicains. Laissons à nos adversaires les métaphores hypocrites. Reconnaissons sincèrement et efficacement chez nos semblables tous les droits que nous revendiquons pour nous-mêmes. Traitons-les avec cette bienveillance et co respect qui sont dus a leur qualité d'hommes. Employé hors de propos, le beau nom de frères n'est trop souvent qu'un mot vide ou un mensonge. N'affichons point des sentimenls que nous n'éprouvons pas. Il est dans notre nature et par conséquent dans l'ordre (pie nous aimions nos enfants plus que les enfants de nos voisins et que nous préférions nos véritables frères aux autres hommes ; mais il est de notre devoir de ne consentir jamais à ce que nos enfants et nos frères recueillent une trop forte part des avantages sociaux et jouissent ainsi du superflu, tant qu'il y a des hommes que nous savons manquer du nécessaire et qu'il nous est possible d'aider à l'acquérir.

Ici se présente naturellement cette question : Que fera-t-on des temples attribués aux diverses religions, ainsi que de leurs mobiliers soit artistiques soit affectés au culteï Les diverses sectes religieuses cessant, aux yeux de la loi, d'exister on tant que corps publics

et comme partie constituante rie la société politique, manifestement l'État seul peut hériter des biens, soit immeubles soit meubles, précédemment attribués à des cultes qu'il subventionnât. Puisqu'il en devient seul propriétaire, il a donc le droit d'en disposer. Ceux des temples qui, n'ayant pas une très-grande valeur sous le rapport de l'art et ne méritant pas d'être conservés comme monuments historiques, empêchent la libre circulation des citoyens et la distribution de la lumière et do l'air, nu détriment de la commodité, de la sécurité et de la santé publiques, doivent èlre démolis. Les plus grands et les plus beaux peuvent être appropriés à des services publics, musées, bibliothèques, écoles, mairies, salles de justice, etc. Quant aux autres églises qu'il n'y aurait lieu ni de démolir ni d'affecter à des services publies, l'État pourra en vendre la propriété soit à des particuliers soit a diverses associations religieuses privées, nées ou à naître , et qui auront alors a supporter toutes les charges communes qui incombent aux autres propriétaires, comme prix de la protection assurée par l'Etat à la paisihle jouissance de leurs biens (1). Ces dispositions me sem-

(I) Les propriété appartenant iules individus paient au trésor public, indépendamment rire impôts annuels ries ri roi la considérables rie transmission soit par suite ries décès dus propriétaires soit par les lierez il es d'.iHéiiatioi) qui sont hien autrement fréquentes pour les individus ■]<>■■ pmir des sm iéles qui ne meurent pas. L'équité Teul ilnne que les ju'opt'ii-lés appartenant à des associations religieuse» ne puissent pas sa soustraire a Vax-

Ment plus dignes de la République que si elle se mettait, arascravoc colère tous les édifices affectés jusqu'ici aux divers cultes publics, solution qui, dans su sauvage simplicité, trancherait, j'en conviens, plusieurs difficultés, et vers laquelle j'inclinerais moi-même si, outre qu'elle détruirait des valeurs considérables et susceptibles d'être utilisées, elle ne devait pas être justemHnt accusée de s'inspirer de cet esprit de vengeance qui va s'attaqoant jusqu'à des pierres. Il ne faut pas imiter le christianisme qui, devenu toul-puissant lorsque les Césars le firent monter avec eux sur le trône, renversa les temples du paganisme (1). Toutefois si la

quiltoment de ces droits île tiMiismissioti, et dûs lors il faut de deu* choses l'une, nu que n>s propriétés soient inscrites, dans les titres établissant la possession, sous des noms individuels, ou que, si elles sont inscrites mus lis m un s de sociétés qui seraient censées ne pas mourir, elfes soient assujetties à des impôts annuels proportionnellement plus élevés, en compensation de ce qu'elles feraient perdre au trésor par l'absence des droits de succession. On objectera peut-être que, dans le cas où les associations religieuses seraient reconnues aptes ;i posséder et par conséquent a recevoir des lecs. un cuin mil le danger de voir s'accumuler de nouveau entre leurs mains d'immenses rielies.es. Mais, outre que, dans la supposition où nous nous plaçons, de l'entière liberté religieuse, ce danger serait loin d'être aussi grand qu'il a pu l'être dans d'autres temps et sous d'autres régimes politiques, je ne vois pas comment ou pourrait, sans faire brèche à nos principes, refuser nui associations religieuses une faculté laissée justement a d'uutres sociétés.

(I) Dans un ouvrage, qui abonde en eiccllentes appréciations des principaux événements de la Révolution et eu ces expressions sincèrement religieuses, qui ont fait jeter les hauts cri* à uos

mesure que je propose était appliquée sans do prudentes réserves et sans intelligence des besoins et des éventualités do l'avenir, ello pourrait faire naître des dangers sérieux. Dans l'état d'asservissement où la pensée religieuse a été retenue jusqu'ici, les diverses communions chrétiennes et particulièrement la communion, catholique seront presque seules eu position de profiter immédiatement de la faculté d'acquérir la propriété susdite ; elle3 seraient donc bientôt remises

l'on accédait trop facilement aux demandes que leurs clergés respectifs les presseront do faire à cet égard. Ce serait donc remettre entre les maius d'ennemis du nouvel ordre politique un moyen .puissant d'influence, dont ils useraient pour retenir, pendant longtemps on-

poUtiqucs matérialistes M. Kiimir IJuiiii't l'omeillc de recourir à un pareil muyen: o Un novateur, dit-il, commande, impose, • foudroie, il ne discute pas. » ( La Révolution, livre V, art. 7, tome I", 2" édition, Caris, \W>'.i i l'es paroles étonnent de la part d'un écrivain aussi haut placé parmi les libres penseurs. Voir aussi, dans le tome 11. l 'article 1 1 du livre XVI, dont la meilleure réfutation su trouve du reste dan» tout le livre XVII, particulièrement au* articles 2 et ,1, où l'auteur combat éloqueminent la théorie de la terreur. C'est d'ailli-urs tri't-jiisleiiientque M. Quinet reproche a la Constituante la grande: toute qu'elle commit lorsqu'au lieu de séparer simp i inetit lïllat de? àylises et d'établir sérieusement la liberté des cultes, elle institua une religion oTllcieile par sa Constitution civile du clergé catholique, eu date du 17 juin 1730. [le la part d'une assemblée composée en trèsgrande majorité de Voliairiens celte mesure, qui suscita des tempêtes et n'eut que quelques jours de vie, était en effet un acte de faiblesse autant que d'impardonnable manque do sincirité.

coro, dans les liens de !a superstition les populations que la République doit avant tout éclairer et moraliser. Done il ne faudra vendre aux associations chrétiennes qu'un certain nombre des temples existants, afin d'être à même de faire de pareilles ventes à d'autres cultes soit déjà existants soit futurs (i). Personne n'aura le droit, de se plaindre, les prêtres chrétiens moins que personne, eux qui ont tout fait pourniériter d'être Irai té s plus sévèrement et qui ne devront qu'à la générosité de la République de ne l'être pas en effet. S'ils croient sincèrement à la vérité do leur religion, ce qui est sans doute le cas de la plupart d'entre eux, non-seulement ils n'auront pas à se plaindre d'être

(I) On ne saurait douter qu'avec l'entière liberté des miles et les besoin!! actuels ries rssprils uniment religieux, il ne s'établisse une religion qui soit enfin d'accord avec la raison au lien de faire, rommo toutes celles du passé, profession de l'outrager. C'est le premier besoin du es temps et In condition indispensable de l'èluhbsscnieoi déliuiiif de la liberté politique. Le principe religieux a été ahscnl de toutes les tentatives d'affranchissement faites en France depuis trois quarts de siècle, et si ce n'est pas la seule cause qui les a fait échouer, t'en est lu principale. Mais je n'ai pas îi traiter iri spécialement ce sujet pour lequel je dois renvoyer le lecteur à mes livres Examen critique des doctrines de In religion chrétienne et Rénovation religieuse, dont j'ai publié, cette minée, de nouvelles éditions. Ces ouvrages ont eu particulièrement pour objet de poser les bases d'un culte purement philosophique, fondé sur les seules données du déisme et du spiritualisme rationnels. 11 faut espérer que les nombreux obstacles, opposés jusqu'à ce jour par une fausse politique il l'établissement de ce culte, sersnt enfin levés sous le régime île vraie liberté que doit inaugurer la République.

cHin-isG ix. 253

ramenés aux conditions du in liberté et de l'égalité communes, mais ils devront s'en applaudir ; car s'il leur est donné de reconquérir quelque ascendant sur les esprits qni se sont éloignés d'eux ou au moins do conserver ce qui leur reste d'autorité sur ceux qui leur sont demeurés fidèles, ce ne peut être désormais qu'en combattant avec les seules armes de la persuasion et sans s'appuyer sur des privilèges et des faveurs. Au point de vue où nous sommes placés de l'entière séparation des églises et de l'État, tous les cultes devenait parfaitement libres et égaux devant la loi, sont tenus do se suffire à eux-mêmes et de pourvoir par conséquent à tous leurs Irais de locaux, de mobilier et ■ le personnel ; l'État ne leur doit donc rieu que la protection commune, nécessaire à leur libre exercice.

Les palais épiscopaux et les bâtiments des séminaires, qui étaient concédés par l'État ou les départements, devront ètro repris et vendus ou affectés à des services publics. J 'en dis autant des maisons presbytérales, que les communes étaient précédemment tenues do fournir et qu'elles devront reprendre. Un grand nombre do communes rurales sont encore dépourvues de maisons d'écoles : les presbytères ne peuvent donc pas y recevoir une meilleure destination.

Le mobilier, dûment inventorié, sera en partie vendu. Parmi les objets d'art (tableaux, statues et autres), ceux du plus grand prix seront conservés pour titre distribués dans les musées des villes.

254 empiras ix.

Le principe de la séparation définitive de l'Etat et des églises une fois posé résolument et do manière à n'avoir plus à y revenir, il va do soi qu'un certain délai, pas trop long pourtant, un an pur exemple, peut être accordé pour l'évacuation des temples, palais épiscopaux, séminaires et presbytères, afin de laisser aux diverses assoeiulious religieuses privées le temps de so reconnaître et do prendre telles mesures d'organisation qui leur conviendraient.

J'ai à peine besoin do faire observer que, tous les cultes étant libres et égaux devant la loi, aucun d'eux ne peut être pour les autres une cause de gêne quelconque, et qu'ainsi, pour leurs cérémonies, ils devront so renfermer dans l'intérieur de leurs temples respectifs.

Notre système de supputation du temps abonde eu défectuosités de tout genre. Il y a des siècles qu'il oui été abandonné si sa conservation n'eût été liée ù l'établissement des églises chrétiennes dans les diverses nations européennes. Mais maintenant qu'en France l'Etat doit se séparer complètement des églises, cellesci demeurant parfaitement libres de continuer de compter le temps et de régler leurs jours do repos et de fêtes comme il leur plaira, il n'y a plus de raison pour que l'Étal continue lui-même de suivre, dans la fixation des jours de repos légal des tribunaux et des diverses administrations publiques, les usages d'une religion dont il n'est plus le serviteur, et pour qu'il

conserve un système du supputai ion ciont les nombreux défauts Mutent aux yeux do quiconque veut y rcgaider d'un peu près. L'adoption d'un autre système est donc une conséquence de lu mesure par laquelle l'Etat se séparera dus églises (1). Sans y attacher le même degré d'importance qu'a la réforme des idées religieuses et politiques et des mœurs qui en découlent, je crois néanmoins à l'utilité, à la nécessité même de réformer une institution qui contribue plus qu'on no pourrait le penser au maintien des fausses idées auxquelles elle se rattache. On n'a sans doute pas oublié que le cuite catholique, rétabli, au commence m eut de ce siècle, pur le plus grand comédien des temps modernes et imposé de nouveau à lu France en taut que culte national, n'a pus tardé beaucoup à rappeler le calendrier grégorien comme un instrument nécessaire à l'exercice do la domination qui venait de lui être rendue |2).

(I) Voir ie projet de reforme du calendrier actuel, que j'ai proposé dans l'ouvrage intitule Rénovation religieuti.

m La nécessité d'instituer des jours du repos lega] pour lo» tribunaux r\ let administrations publiques ni pas plus besoin d'être démontrée que l'évidence des rapports qui s'établissent forcément entre ic travail des individus et celui de tous. Uuia il importe de ne pas sViii^rsr l'étendue du pouvoir social a cet égard : c'est un excès dans lequel un est tombé trop souvent, au mépris de la liberté naturelle et initout des droits de la coufuienec. Par décret du 4 frimaire an 11 j-JÏ novembre 173Ï), la Convention avail Hiiiplnnrjil li\é lo jmii> oii devaient vaquer les tribunaux et les nilminisloliims publique, laissant d'ailleurs à chaque citoyen l'entière lilwrlé de régler sou temps de travail

Inutile de dire que, dans ma pensée, tous les fonctionnaires des divers services publics (officiers de l'armée, magistrats, membres actifs des clergés, etc.), qui seront supprimés, devront recevoir de l'Etat des pensions de retraite, s'ils ont atteint un certain minimum d'âge et d'exercice. Quant aux jeunes, une portion de leurs traitements pourrait leur être continuée pendant deux ans, uliu de leur donner le temps de se pourvoir. Ces fonctionnaires sont entrés dans les services publics sur la foi de la constitution de l'Etat alors existante, et ce n'est point par leur fait que leur carrière se trouve fermée ; il est donc juste qu'ils soient dédommagés.

et de repos. C'était là tout ce qu'il y avait à décréter sur celte matière. Maie, par une loi du I? thermidor an VI {4 août 1708), le Directoire ordonna que les magasins et ateliers seraient fermés les déeadis et les join s Ji; fêles nation. iU:s. ('. ï-lnil rouvrir une fort mauvaise voie dans laquelle on ne pouvait manquer d'être suivi plus tard par d'autres gouvernements, animés d'intentions rétrogrades. En effet, par la loi du («novembre 1814,1a Restauration prescrivit la fermeture des magasins et ateliers les dimanches et fêtes, jours que, par son décret du 18 germinal an X (7 avril 1802), Honaparle, premier consul, avait rétablis curmue temps de repos des fonctionnaires publics. Par une circulaire ministérielle du 24 mars (848, le gouvernement provisoire de la République abrogea la loi de 1814. Mais, depuis le nouvel empire, la Cour de cussaliou a rendu plusieurs arrêts qui en appliquaient diverses dispositions.

CONSÉQUP.NCXS HES PRINCIPES POSÉS : ENTIÈRE LIBERTÉ, ASSOCIATION, FAUSSETÉ PE CERTAINES THÉORIES DITES SOCIALISTES, YHAIE KOTION DO PROGRÈS. CONCLUSION.

Pour que toutes les réformes et améliorations que je viens d'indiquer rapidement s'effectuent et durent, il est nécessaire que la République démocratique s'établisse enfin dans toute la sincérité de son principe et avec toutes ses conséquences naturelles. Une République qui prétendrait avoir succédé à une monarchie dont elle conserverait toutes les maladies et tous les vices, ne serait qu'un odieux mensonge ; elle serait bien pire que cette monarchie, puisqu'elle joindrait au mal déjà existant celui de l'hypocrisie, en décorant des beaux noms de liberté et d'égalité des servitudes et des inégalités, en consacrant la corruption sous des semblants de vertu, et en ajoutant ainsi la dégradation des âmes aux misères des institutions.

Une des premières conséquences du principe républicain, entendu dans toute sa vérité , c'est la liberté, qui, indépendamment de ce qu'elle est la condition de n

fout perfectionnement intellectuel et moral, est encore l'instrument indispensable du bien dans l'ordre mémo de l'fxistence matérielle. Tenons pour sûr que tout système de réformation sociale , qui , sous prétexte d'améliorer la vie physique, fait bon marché de la liberté, part d'un principe faux et ne peut aboutir en définitive qu'il des résultats, contraires à son intention première. La liberté doit donc être la grande conquête de la République. Il ne faut pas, quand elle nous aura coûté si cher, nous la laisser ravir ni gâter par d'imprudents théoriciens qui nous ramèneraient au despotisme eu croyant nous affranchir. Sans doute ou ne conquiert pos la liberté pour elle-même et pour demeurer , après l'avoir conquise , en contemplation oisive de ses charmes : il faut la mettre à l'œuvre en constituant l'état social sous la forme la plus rationnelle. Les révolutions qui su contentent do faire passer l'autorité en d'autres mains, ne répondent nullement aux besoins du présent. Le but vers lequel tend l'époque actuelle et qu'elle doit atteindre, c'est l'amélioration du sort des classes laborieuses et souffrantes, qui constituent l'immense majorité. Une réformation poli tique ne peut plus avoir de valeur qu'autant qu'elle conduit à ce but, et e'est comme étant le plus prompt et le plus sur moyen d'y arriver que la forme du gouvernement républicain a été définitivemeut adoptée par la nation. Sous le régime républicain, appliqué dans toute sa vérité, la machine. gouvernementale

chaIitrs x. 239 étant organisée le plus simplement et aux moindres frais et la part des charges communes étant dès lors la moins lourde possible pour chacun des citoyens, la condition de l'ouvrier laborieux et rangé et d'ailleurs débarrassé de toutes entraves doit devenir la meilleure possible et ne peut devenir telle que sous ce régime. Le travail intelligent et bonniu) est la seule voie qui doive désormais conduire quelques-uns h h richesse et le grand nombre à cette moyenne aisance qui est préférable à la richesse. L'ancienue aristocratie nobiliaire et oisive, possédant encore une bonne partie du sol, mais déjà amoindrie par l'effet de l'égalité des partages, ira diminuant par la suppression des carrières militaire et ds hante administration monarchique où s'entretenait sa luxueuse oisiveté , et il n'y aura bientôt plus que de sérieux travailleurs dans les diverses branches du l'activité sociale, magistrature, barreau, eBseigaament, médecine, beaux-arts, finance, industrie, commerce, agriculture, etc. ; les uns conserveront ou obtiendront par leurs seuls efforts cette condition /jue l'on nomme bourgeoisie, et les autres, en marche pour y arriver, auront entre les mains les moyens nécessaires à cet effet, et sauf le chapitre des accidents et dos vicissitudes humaines, que nul régime ne peut prétendre supprimer entièrement, ne pourront s'en prendre qu'à la force des choses ou peut-être à eux-mêmes s'ils n'y parviennent pas. Du reste , audessous de la condition de la bourgeoisie aisée, il est

encore pour les classes laborieuses beaucoup de degrés entre la richesse et la pauvreté, et ce qui importe surtout c'est que le contraste entre l'extrême opulence et l'extrême misère s'efface par la disparition graduelle de la distance qui les sépare.

Les chefs des diverses écoles socialistes modernes (Saint-Simon, Fournir, Cabet, Louis Blanc et autres) ont tous, dans la partie positive de leurs systèmes, professé des doctrines qu'il m'est impossible d'accepter et que, dans l'occasion, jo ne me fais pas faute de combattre, doctrines qui, menaçant de s'appliquer après Février 1848, ont fait plus de mal à la République que l'insuffisance de ses gouvernants ; mais tous ont un point commun, sur lequel je sympathise avec eux : ils ont voulu alléger les douleurs physiques et lus misères morales du prolétariat et y ont travaillé avec dévouement lors même qu'ils se sont le plus trompés sur les moyens. Mais la pleine réalisation des réformes de nature à faire atteindre ce but, j'insiste sur ce point capital, ne pourra s'obtenir que dans un régime d'entière liberté. J'en donnerai ici un exemple frappant. Un des plus grands problèmes parmi ceux dont cerlains écrivains cherchent si péniblement et si infructueusement la solution, celui qui préoccupe aujourd'hui presque tous les esprits et qui se retrouve au fond de la plupart des discussions politiques, lors même qu'elles y sont le plus étrangères en apparence, c'est la recherche dos moyonB de mettre le travail pré-

sent, qui entretient la vie des nations, d'accord ave : les capitaux accumulés par le travail passé, et qui en étant la représentation légitime mais non une représentation inerte et égoïste, doivent fournir de nouveaux instruments au travail futur. La monnaie d'or et d'argent possède, en tant quo métal, une valeur intrinsèque et de plus, comme moyen d'échange, des qualités particulières (inaltérabilité, densité, divisibilité), qui l'ont fait choisir de temps immémorial, préférablement à toutes les autres substances naturelles, pour mesure commune et pour signe représentatif de toutes les autres valeurs, parce qu'elle est elle-même une valeur réelle et équivalente à toutes les autres, une marchandise qui s'achète pour ce qu'elle vaut (1) ;

(!) Les économistes enseignent avec vérité que l'avantage de 1b monnaie d'or et d'argent sur tous les autres signes de valeurs et de moyens d'échange, lui vient de ce qu'elle a comme marchandise métallique une valeur intrinsèque, rurresiionoaut à sa valeur de convention publique. 11 convient toutefois d'ajouter l'observation suivante. Il y a, entre cette marchandise et toutes les autres dont elle est l'intermédiaire commun d'échange, une petite différence, il savoir que, malgré sa diminution croissante de poids et de valeur par la circulation et l'usage, elle conserve toujours jusqu'à refonte l'intégralité de sa valeur nominale, avantage qu'elle ne doit évidemment qu'A sou tilre légal même, à l'attribution qui lui est faite pur lu pouvoir social d'une valeur nominale fixe, ce qui, sous ce dernier rapport, fait de la monnaie d'or et d'argent, dans une certaine mesure, une valeur de convention. Cette mesure n'est p;is;mssi reslmnli- qu'un pourrait le supposer au premier abord. Ainsi, pour ce qui regarde nos di verses pièces françaises en argent, 1,000 francs en pièces de 5 francs ont subi, en moyenne par la diminution de poids pro-

mais dn ne saurait disconvenir qu'en tant que signe, «Ile a toujours quelque chose d'arbitraire et de conventionnel, tandis que le travail a Une valeur indépendante des conventions humaines, d'où il suit qu'en définitive il est la source réelle do toute richesse sociale. Le capital monnayé a été inventé comme représentation nominale des produits du travail et pour en faciliter les échanges ; dans la pensée première do son institution, il était donc destiné à aider le travail futur autant qu'à représenter le travail passé qui avait servi à l'acquérir. C'esl trop soavent un parvenu qui se montre sana entrailles, nn fils ingrat qui se fait servir par son pore et qui lui refuse des aliments. Eh bien ! quel est le remède à tout cela? Ce n'est ni la chimère du crédit gratuit (i), ni lu suppression, manifestement

venant de l'usage, une perte ilr n IV.mrs quarnile centimes; on pièces de 2 francs, une perte île 2i> francs; eu pièces d'un franc, une perte de 70 frimes, et en pièces île j"0 centimes, une pertes de 100 francs. On voit que la périt; croit en raison de la diminution Je volume et de poids ik's pinvs, par 1 1 t'.ii.-nii fort simple qu'elles circulent d'autant plus qu'elles son! plus petites. Jusqu'à ces derniers temps, lu perte que l'usure faisait éprouvera la inuminie d'or, qui relativement circulait très-peu, élait beaucoup moins considérable et presque insimiillante : il n'en va plus être de même bientôt si h niuiuuie d'dr, particulièrement ]iiiur les pièces de 10 et de ti francs, continue à se substituer |,-éuëralemoul, comme olle fait depuis quelque temps en Franco, aux pièces ,1a 5 francs en argent.

(t) Celle théorie absurde trouve pourtant encore des déten- »BUn, La numéro du 15 septembre 1966 de la revue mensuelle

il est écrit en touU» leltres : u L<! capital étant du travail accu-

CUÀPITHE X.

impossible, du capital monnayé (I). C'est encore moins la spoliation violente de ceux qui en sont les déten-

■ mulé, n'a druit qu'à son remboursement intégral, rien de « plus ; l'intérêt ne peut être qu'une prime pour les risques Je o pertes et ne peut exister quand il y a garantie de rembourn sèment, n

fl) l.uiti de goûter les nombreux systèmes tpii ont été proposés pour amener sa suppression, je IrouvedèjàliopmultiplitVsIesdii-erscsfuruicsde papier-monnaie. Les coinl>in.ii>oin, plusou moins ingénieuses, du paiiuT-meniuic mit été imaginées puur épargner la peine matérielle et les frais du transport de la ninnnaie métallique, éviter les doubles eiuplais de paiement, faciliter et simplifier les opérations de l'industrie et du commerce. Mais il ne possède ces avantages qu'à l;i condition, rigoureusement indispensable, que l'écrit ciriulnnt soit une promesse sincère, un gage assuré, un garant infaillible du remboursement de la somme métallique qu'il représente : c'est alors seulement que cet écrit mérite l'appellation de titre frlutiaire; s'il ne représente plus rii'li, c'est nue prou îcs je menteuse, un pur instrument de tromperie. Depuis le système de (,aw et la création ries assignats, qui causèrent tant de rlèsie-lres ;ui fiéele dernier, jusqu'au srslème, elfrontément absurde, prflné par Proudhpn dans ces derniers

billets de la Banque de France sont dans ce cas; mais il n'en est rien malgré l'apparence contraire. Si l'un apportait à la Banque tous ses billets en lui denuiidunl de les échanger contre de l'argent comptant, elle serait dans l'impossibilité de le faire, puisqu'elle a été autorisée à en éineltre autant qu'elle le veut et qu'eu réalité elle en a émis pour près d'un milliard, c'est-à-dire pour une somme au moins triple de son encaisse métallique lia ■ biluel. Cet embarras ne lui vient pas sans doute dans les temps

26 i CHAPITRE X.

leurs ; outre que cela serait un crime et que le crime ne mène jamais à bien, cela ferait passer ce capital en

ordinaires cl prospères ; mai», dans les grandes irises, elle est assiégêcpar les demandes d'écbaiitre et hirntût réduite sur abois. Aussi demanda- t-elle alors au ]Kiuvoir social de décréter le cours forcé do ses liillels, inoycu do salut qui a pu réussir lorsque les difficultés dp la situation n'étaient pas est rt' m es, mais qui, dans le cas contraire, peut contribuer a augmenter encore la défiance publique et les désastres llnanciers. Le cours forcé revient en effet, de la part du débiteur, à dira à sou créancier qu'il est dans l'impossibilité de lui payer ee qu'il lui doit, et que le pouvoir, qui est institué puni- fore rendre a (liacun ce qui lui est dù, l'autorise à déclarer qu'il ne paiera pas ses di/tles nu du moins qu'il en ajourne li: paiement indéliniment. Puisque l'occasion se présente de parler du privilège de la Banque de France, j'ajouterai que, lorsqu'un maintient la lui, d'ailleurs mauvaise, par laquelle lo pouvoir public, s' attribuant le droit de li\er le toui de l'intérêt de l'argent, défend de le porter au-delà de II eu fi pour cent, i! est iuique d'accorder à des capitalistes privilégiés l'autorisation d'émettre, pour une somme supérieure aux valeurs qu'ils possédent véritablement, des billets pimvant ubteuir la faveur du cours forcé; car, dans ce cas, lorsqu'ils semblent retirer de leur argent un intérêt de 5 ou fi pour cent, étant autorisés à émettre des billets représentant une somme de beaucoup supérieure a celle île leur encaisse métallique et en émettant, par exemple, pour une somme triple de cet encaisse, ils perçoivent en réalité un intérêt usurairo de 15 ou 18 pour cent et non pas seulement de 5 ou ti. Il faut donc, de deui eboscs l'une, ou supprimer tous privilèges en déclarant l'entière liberté des banques, et c'est le parti que nous conseillerions, ou bien, si le privilège de la Banque de Fronce tenait a être maintenu par la République, astreindre cet établissement à ne jamais dépasser, dans l'émission de ses billets, la somme toujours présente de son encaisse métallique. En résumé, tels sont les vrais principes économiques, réglant celte matière et devant désormais êlre strictement appliqués ; il ne doit y avoir de banques de circulation qu'a la condition d'être d'abord, comme la vieille banque de Hambourg, banques de

de nouvelles mains qui seraient tout aussi avidea que les premières, et par conséquent cela laisserait subsister le mal actuel en y ajoutant d'autres maux. Le remède? 11 est aussi simple ipi 'infaillible. C'est la liberté sérieuse. Que les travailleurs aient la faculté vraie de formel' diverses sortes d'associations , faculté qu'ils exerceront d' mie manière toujours plus intelligente et plus pacitique à mesure qu'ils acquerront plus d'instruction , et alors les possesseurs du capital le leur offriront à des conditions acceptables. Le droit au travail, disons mieux k droit de travailler, que Turgot appelait la propriété de tout homme, la première, la plus sacrée et la plus imprescriptible de toutes les propriétés, n'a pas besoin d'être aulre ebose que la liberté complète, laissée au travailleur, eu supposant d'ailleurs réalisées les diverses réformes politiques quo j'ai indiquées dans ce livre. Cela fait, ne craignez pas que l'ouvrage manque jamais à l'ouvrier honnête, laborieux et valide. Entendue de toute autre façon, l'expression ambiguë, pleine d'embùcbes et de menaces, do droit au travail, serait une énorme sottise ; car elle voudrait dire que l'État doit se faire entrepreneur et distributeur de travaux. Or non-seulement on principe

dépôts des épargnes et des produits accumulés du capital, représentant exactement la valeur nimu-Iniri: des billets circulants. Tout autre système i>sl i-.nliculemi.'nt faux et ne peut produire que du mal au lieu des services réels que l'institution est appelée à rendre au travail industriel et commercial.

tel n'est pas le rôle de l'État, mais en fait ec sont les gouvernements les plus tyranniques et les plus odieux qui s'en sont attribué un pareil (1). Inscrire cela dans une Constitution, ce serait, je le répète, nous ramoner aux temps de barbarie, de despotisme et d'esclavage.

Je viens de parler d'association. Nos adversaires no manqueront pas d'objecter le peu de durée des diverses assoeiations de production, qui se sont établies après la révolution de Février. En répondant à cette ohjection, jo trouve une occasion do donner d'utiles avis à ceux qui ont formé ces associations. Elles n'ont pas échoué seulement devant los entraves que leur ont suscitées le mauvais vouloir d'une autorité peureuse et inintelligente et la cupidité alarmée des maîtres de l'industrie et de la finance. Leur peu de succès a tenu à d'autres causes encore. Deux choses sont indispensables

(i| Voyei plutôt quel usage l'autour hypocrite itu livre Ellinction du poiipériime, cet iippAt grossier jeté aiu appétits les plus aveugles , ce programme île srcinlisme do la pire espèce, du socialisme autoritaire cl Central isaleur, cet aniilrnire le plus il ii lige reux ilu despotisme sans foi ni loi, quel usage, dis-ie, l.ouis-N;i|K'l''"i' f-iil 'l.'s I'uluiccs ,1e lu France et eu nar-

le capital et le travail. Lorsque ces Jeux choses ont des intérêts distincts ot opposés, ce qui a lieu lorsque les travailleurs ne sont pas possesseurs du capital, il arrive presque toujours que l'un des deux opprime l'autre ; le plus ordinairement c'est le capital qui opprime le travail, en imposant les conditions de l'association et eu se faisant une part trop forte dans la répartition des bénéfices. Les associations établies dans les meilleures conditions sont donc celles où les travailleurs eux-mêmes apportent le capital ; car alors toute rivalité, toute opposition entre les intérêts du capital et ceux du travail disparaissent, puisque ces intérêts s'identifient. Ajoutez à cela que le travailleur étant intéressé, à un double tilre, au succès do l'entreprise commune, s'y affectionne davantage et en suit do plus près les opérations. Malheureusement les travailleurs sont génrralenmnl aujourd'hui dans un état de misère qui rend fort diflicilc i'aivomplissemeul de, celte condition d'un apport de capital. En attendant que le nouvel ordre de choses, produisant ses fruits naturels, les fasse sortir de cet état, une partie de leur salaire peut être convertie eu une quote-part des bénéfices, ainsi que cela se pratique déjà dans quelques établissements ; en s 'intéressant alors directement au succès général de l'enireprise, ils conserveraient néanmoins le salaire régulier et fixe , qui, dans leur situation actuelle, leur est encore néi-essuire. Dans tous ies eus, il faut qu'il y ait unité dans la direction des tra-

2G8 CBAflTRI X.

vaux. Sans doute les mesures réglementaires, les opérations de l'association, la nature et l'étendue de ses entreprises, la gestion de ses moyens financiers et beaucoup d'autres choses d'organisation générale peuvent être arrèléi-s par di'S assemblées formées de tous les associés ou par des commissions déléguées a cet effet; maïs, cela fait, il est indispensable qu'il y ait hiérarchie dans les fondions et i]ue l'exécution proprement dite des lm nu dépende d'une direction unique. C'est surtout sous ce dernier rapport que péchèrent plusieurs associations ouvrières formées après 1848. Je ne dirai rien de celles qui crurent pouvoir so passer do capital, et qui, n'étant pas sérieuses, se virent condamnées à une prompte dissolution. Passant également sous silence beaucoup d'autres exagérations théoriques ou prétentions stupides, comme par exemple celle qui réclamait des rémunérations égales pour des capacités ol des services d'une valeur inégale, exagérations et prétentions auxquelles il fallait du reste s'attendre dans une aussi brusque transition, j'insisterai seulement sur une considération des plus graves.

Lo désir de se soustraire au joug de patrons trop souvent avides et durs et d'améliorer sa condition matérielle en tirant tout le fruit possible do son travail, est, de la part de l'ouvrier, un désir parfaitement légitime, mais très- in suffisant si des motifs d'un autre ordre ne viennent s'y joindre. Pour réussir a s'affranchir définitivement, il faut en être digne et capable , il

faut avoir Ibs sentiments qui élèvent l'homme à ses propres yeux comme à ceux des autres ; il faut posséder les verdis qui, après avoir conquis la liberté, persévèrent dans les moyens de la conserver intacte, vertus qui manquaient à la plupart des ouvriers après 1848, et qui aujourd'hui encore font défaut a un si grand nombre d'entre eux; en un mot il faut d'abord bien comprendre ses devoirs et avoir la fermo volonté de les remplir, pour arriver à bien connaître la nature et la mesure des droits qui en découlent et à savoir au besoin les défendre. Des ouvriers ignorants, paresseux et intempérants sont condamnés à être honteusement exploités. Esclaves des appétits, ne comprenant ni la moralité du travail ni la nécessité d'une juste subordination, ils sout incapables de rien organiser de durable (1). Ce sont ceux-là qui se laissent persuader que

11) En ce qui concerne particulièrement les sociétés Je production, il ne faut pis se taire illusion sur ce qu'il y a a attendre aujourd'hui de la puissance de l'association. Je ne crois pas faire trop grande la part actuelle du mal en disant que, sur un certain nombre d'ouvriers pris au hasard, s'il y en a lu moitié d'intelligents, de capables, de lahoricui et de rangé*, les autres sont plus ou moins incapables ou paresseux ou débauchés. Les derniers consentiraient peut-être volontiers^ entrer avec les premiers dans une société de coopération, parce qu'ils espéreraient vivre aux dépens d'autrui. Mais les ouvriers se jugent Tort bien entre eux et connaissent mieux que personne leurs qualités et leurs défauts respectifs; jamais donc les premiers ne voudront faire avec les derniers une association où ils seraient pris pour dupes, et l'on ne saurait penser à les en blâmer. Ajoutons que les ouvriers intelligents, capables, laborieux et rangés ne lesont pas

CHAPITHB K.

le gouvernement est chargé de pourvoir à tous leure besoins, ot qui lu rendent responsable îles mécomptes

tous au nième degré, j ; t ijiic plusieurs d'entre rus, inspiré? soïl par le dÙJîir fort légitime il'- devenir mailles à leur loiir, soit le plus souvent par des prél ^niions exagérées, de petites jalousies de métier ou des seiilmii'iits éginsles, s'éloigneront de l'association et préféreront la continuation du régime des patrons par lesquels ils se savent d'ailleurs appréciés, rceliercbès et généralement bien payés. Donc en définitive, parmi les ouvriers

damnes par leurs vires ou leur ignorante et pour Iongtcni|« peut-être à ne pouvoir jouirdes bienfaits de : l'une des principales

rienro de simples salariés, et si le nombre de ces derniers ne peut diminuer qu'a mesure que les diverses classes ouvrirai s'élèveront en intelligent id eu moralité, il faut bien reconnaître aussi qu'il ne disparaîtra jamais i'hI iéreioeiit. Gîs considérations tendeut-iitles à dépréciiT !■■ sysléun; des sociétés de produrlicin î Bien au contraire elles en font l'éloge. L'idée de la coopération est appelée, je crois, a réaliser de grandes améliorations dans l'existence des travailleurs, et il est parfaitement juste que ses bienfaits prutiumt d'abord à ceux d'entre eu* qui sont en même temps les plus intelligents cl les plus woraui. Se dut-elle produire d'autre résultat que d'élever la condition de I'élile des ouvriers, en laissant les m. uns. uiidli^ents, les moins laborieux et les moins rangés au service des patrons, ce serait encore là un Irès-notaldc service; maïs elle en rendra, certainement un uutre encore plus appréciable, ce sera d'agir par reflîcaeitê de l'exemple sur un très-grand nombre de ces derniers don l «lie excitera riutelligeurti engourdie et relèvera la moralité.

Dans son livre intitulé ïOutriére , Paris, IS6I , 2» partie, chapitre III, l'Ivrognerie, le tiliertiiiaye et latrs suites, M. Jutes

ouvrières et de tentes les misères qui en naissent. 11 leur reproche sévèrement tous leurs vices, et les presse de revenir ù la pureté des mœurs et au* douces joies de la famille. Ajoutons

ciuiMTiiË K. 271 résultant d'une aussi grossièra erreur (1 }. Les gouvernements sont iuslilués pour protéger le libre et régulier déploiement des activités soit individuelles soit collectives, et pour procurer par la le plus grand bien possible des sociétés. Mois, quelque perfectionnée qu'eu puisse être la forme, il y aura toujours uu grand nom-

à ce véridique tableau la roclievehe du la cause première du mal el rindknliuii du £-«■« l'ijurijimi h'S uiivriiTS se jettent-ils dans les étourdissinnciits tir lu débauche '.' Ce n'est pas uniquement mais c'est surtout parce qu'ils sont dèpoutnu de principes fermement religieux. Mais pourquoi n'oul-ils ni religion ni murale par consL-inii*iit .' Parce que i ■ ■. société elle-même tout entière n'en a pas dava[il;ii;i\ juruc quu Ici (.■lusses Élevées audessus des autres, les classes dirigeantes sont généralement irréligieuses et immorales, et que les exemples de sensualisme, partis de haut, ont produit en bas leur effet. C'est donc a préparer L'avènement d'une religion vraie et destinée ii remplacer celle qui est gisante au milieu des autres décombres du vieil ordre soci ji, que les philosophes doivent travailler aujourd'hui.

(i) Comment le vulgaire ne caresserait-il pas de pareilles abeiTatiuua, quand les esprits de premier ordre leur en donnent l'excmptaîMoulesquieun'a-l-il pas érrit cette phrase? a Quelques o amnùnes que l'on fait a un homme uu dans les rues ne rem-

0 plissent point lus obligations de Y État, quidoit à (ous les citoyens u une sutiisioiice mûrie, la nourriture, un vêtement convenable et

1 un genre dévie qui ne soit point contraire à la santé. » {Del'JSsprit des lois, livre XXUI, chapitre XXIX.] Ce n'est nullement lafonetlon de l'État, et Montesquieu fait ici du mauvais socialisme. Tout au plus fallait-il dire:al.'litat doit s'organiser de lellesurte que tout a citoyen soit le plus possible eu position de se procurer par sou i travail des moyens de subsistance. » Je die (ouf au plus, parce que, dans l'État même le mieux organise, l'homme de la meilleure volonté peut se trouver en face de nombreuses impossibilités de vivre aussi convenablement que le veut Montesquieu, impossibilités qui ne sauraient èlro ni prévues ni écartées.

CHÀHTBB X.

bre de maux qu'ils seront à jamais impuissants à faire disparaître de la vie humaine. C'est donc se faire une grande illusion et se préparer d'amères déceptions que de croire à la possibilité d'une organisation sociale qui extirpe entièrement le mal de ce monde. Le gouvernement démocratique même, qui réunit les meilleures conditions d'atténuation des abus du pouvoiret de perfectionnement incessant, ne dispensera jamais l'homme du travail auquel il est assujetti par sa nature ni par conséquent de la peine qui en est inséparable. Bien différente de la monarchie, qui, sauf quelques rares exceptions, a gouverné les hommes par leurs appétits et leurs passions et qui les a gouvernés d'autant plus facilement qu'ils étaient plus ignorants ou plus corrompus (1), la République, j'entends la seule qui soit possible maintenant, ne pouvant les gouverner que par leurs idées de justice et leurs sentiments généreux, doit s'appliquer à faire de vrais républicains, c'est-àdire des hommes non-seulement intelligents, mais encore et surtout doués d'une intégrité éprouvée et d'une grande pureté de mœurs. Personne ne désire plus ardemment que moi 1" amélioration de lu coitdi-

(i) De tout temps les plus eiécrablcs despotes ont été trèspopulaires parmi le» dusses a la fois ignnrnntos et corrompues, dont ils se sont Tait de» appuis et des instruments en échange de la pitance et des spectacles qu'ils leur fournissaient. 11 n'est pas nécessaire de remonter jusqu'aux Néron ou qui Commode pour en trouver des exemples, l'histoire moderne et même contemporaine nous en offrant ossoi d'autres.

chapitre x. 213 tion de cette classe de travailleurs à laquelle je m'adresse ici plus particulièrement; mais c'était une, raison de plus pour ijue je lui disse sans détour ni flatterie par quels moyens elle l'obtiendra. Il ne lui est pas moins difficile de dissiper les ténèbres do son ignorance actuelle que de corriger les habitudes vicieuses qu'elle engendre ; cependant ni l'un ni l'autre n'est impossible, et ceux qui le voudront fortement sauront bien en venir à bout. Les ouvriers des villes ont à leur portée divers moyens d'instruction. Dans les campagnes ces moyens sont plus rares. Cela est triste à dire, mais il faut bien reconnaître, ce que les derniers événements politiques no nous ont d'ailleurs que trop appris, que l'immense majorité des 20 millions de paysans que l'on compte en France, demeurent plongés daus un état pitoyable de somnolence intellectuelle. Ajoutez qu'ils sont défiants à l'excès, et quo leur routine résiste à tous progrès, même aux plus simples et aux plus évidemment réalisables. C'est là assurément un des points sur lesquels il est urgent que la République porte son attention et ses premiers soins. Il faut dire aussi que certaines prédications d'un faux socialisme ont, dans ces derniers temps, tantôt eiFarouché leur ignorance par des théories, heureusement irréalisables, qui s'attaquent à leur amour excessif do la propriété du sol, tantôt au contraire surexcité l'avidité avec laquelle ils voudraient en être les seuls possesseurs. N'a-t-on paB proposé, par exemple, de mettre

le sot en actions? Il ne manquerait plus que celte abomination à réaliser pour que le rosle do la fortune de la France vînt s'abymer dans le gouffre immonde de la Bourse. Comme cela viendrait en aide à ces habiles coquins en grand, qui exploitent déjà si effrontément la gent moutonnière et élèvent snr tant de ruines leur fortune privée! N'a-l-on pas dit aussi et écrit que la propriété foncière ne devrait appartenir qu'à ceux qui la cultivent matériellement (l)î

Voyons un peu où conduit celte dernière assertion, qui présente de loin quelque apparence trompeuse dejustice et de raison. Remarquons d'abord que, sur 38 millions d'habitants qui existent en France, il n'y en a guère plus de la moitié qui cultivent effectivement la terre, tous ceux qui habitent les campagnes ne mettant pas la main à ce travail matériel. Le jour OÙ le sol appartiendrait exclusivement à ceux qttt le

[l] Pour mettre rette dernière théorie en application, on a demandé un dîcrct qui obligerait les nouveaux propri Maires à

n'est pas la chose difficile : on suit que le despotisme n'en est pas avare. Mais celle indemnité équivaudrait aux fermages iicUiels ou lui serait irifi'rii'urt'. hiiti; le pi'iutHir cas, on maintiendrai! sous un aatre nom et sous la luraie. d'uue surtc de féodalité nouvelle l'état présent des choses sans remédier h se» misères. Dans le second cas, ou spolier.iit 1rs propriétaires actuels, pour cunslituer et meltre en leur lieu d'autres propriétaires, qui, bientôt enrichis et n'étant alors ni moins égoïste; ni plus tendres que ceux qu'on aurait dépossédés, trouveraient tâeu le mqjvd de faire travailler a leur place et u leur profil les prolétaires qu'on n'aurait pas supprimés.

fouillent, comme sa culture est en définitive la source première de la richesse sociale, on aurait reconstruit à leur profit une seule classa réellement riche, formée de la moitié la moins éclairée de la population. Voila un des beaux résultais de certaines élueuhrations socialistes : quelque 18 millions d'hommes, les plus intelligents et les plus capables, condamnes au prolétariat! Mais entrons plus profondément dans la question, puisqu'il faut aujourd'hui discuter l'évidence même. Une certaine étendue de terre, bien cultivée par un seul homme, peut suffire à la nourrifure de plusieurs. Tous ne peuvent donc pas, quand Us le voudraient, appliquer leur activité et leurs forces au travail, très-méritant sans aucun doute et trop peu recherché, de la culture de la terre. Maïs il y a plus. Ce serait un grand amoindrissement de la valeur de notre espèce qu'il en fût ainsi. Dans l'état social le plus élémentaire même, il n'y a pas seulement pour le corps le hesoin de la faim, il y en a beaucoup d'autres qu'il faut satisfaire et qui nécessitent un bon nombre d'industries autres que l'agriculture. Ces besoins, mémo exclusivement matériels . s'accroissent daus un état social avancé, et de plus il s'y joint une infinité d'autres besoins contribuant au développement de ces facultés intellectuelles et morales qui constituent la partie la plus élevée de notre être, nouveaux besoins qui nécessitent encore plus impérieusement des industries autres que l'agriculture. Ces industries sont donc

C1IAPITM! X.

très-légitimes et doivent par conséquent fournir une juste rémunération et des moyens de subsistance à ceux qui s'y livrent, ouvriers des méliers mécaniques, artistes, savants, magistrats et mitres travailleurs d'une infinité d'espèces, voués à des occupations sans nombre qui peuvent et doivent être exercées de manière à être à la fois le soutien, l'ornement et la dignité de la vie. Maintenant ces travailleurs, qui, lorsqu'ils sont rangés et prévoyants, savent qu'indépendamment des mille chances d'accidents de nature à les priver subitement de leur activité, la vieillesse peut les trouver sans ressources ou leur mort prématurée laisser leurs veuves et leurs enfants dans le dénuement, ont-ils tort de no pas consommer au jour le jour le fruit de leur travail, et d'en réserver au contraire, quand ils le peuvent, une part pour les éventualités ou les nécessités de l'avenir? Et si, moins avides au plus consciencieux on plus prudents que tant de gens qui appliquent leurs économies et souvent celles des autres à la poursuite de moyens plus ou moins malhonnêtes de s'enrichir, ils acquièrent la propriété de biens fonciors, quoi de plus respectable que cette possession , et quoi do plus juste que de les faire jouir d'une part du produit de ces biens , s'ils en conlient par un contrat régulier la culture à d'autres travailleurs, qui ont besoin de trouver cet utile emploi de leurs facultés physiques, quand il est reconnu, je lu répète, qu'une certaine étendue de terrain, soigneu-

sèment cultivée par une famille, peut en nourrir au moins deux? Cet état de choses du tourne t-il pas à l'avantage de tous? En quoi blesse-t-il les droits naturels de qui quo ce soit? Les cultivateurs ne peuventils pas aussi à leur tour devenir propriétaires de biens Fonciers, et par le fait une grande partie du sol ne leur appartient- elle pas aujourd'hui en France (1)? Si certains propriétaires se montrent durs, arrogants, insatiables, ce sont des maux accidentels qui viennent de tout autres causes que du principe même de la propriété et auxquels il est du reste évident qu'on no remédierait pas en se bornant a la faire changer de mains. De toutes ces considérations je conclus qu'on ne saurait penser sans une iniquité révollanle à dépouiller les possesseurs actuels de la propriété foncière au profit de ceux qui la cultivent. Tout au plus, si l'on était encore près des temps où des barbares ont fait invasion sur le territoire et ont violemment dépouillé les propriétaires d'alors, pourrait-on penser à les déposséder : jo dis tout au plus; car de cette supposition surgirait l'embarras inextricable d'avoir fi rechercher et à établir la légitimité du droit des précédents propriétaires et à retrouver leurs successeurs survivants. Mais au moins est-il certain que, dans la silualion présente , lorsqu 'après plusieurs siècles écoulés , les des-

(1) On y compte plus de B millions île paysan* propriétaires des terres qu'ils cultivent.

tendants des conquérants oui disparu ou sont inconnus, lorsque la propriété foncière a passé par une infinité do mains un vortu do contrats librement consentis par les parties, elle ne peut plus être censée reposer sur une autre hase que le travail, soit immédiat soit transmis dans ses droils par l'hérédité, et elle est par conséquent ce que l'on conçoit de plus sacré.

La doctrine qui veut que la terre appartienne à ceux-là seuls qui la cultivent matériellement, va tout droit à des absurdités ot à des impossibilités évidentes. Montrons-en encore quelques-unes. Il faudrait d'abord procéder à un partage des terres et par portions relalivemont égales entre tous les cultivateurs actuels, en se réglant, je suppose, sur le nombre des enfants encore mineurs; car pourquoi l'un en aurait-ii plus que l'autre, si l'on n'admet d'autres titres à la possession que la faculté de cultiver effectivement? Ce ne serait pas déjà une petite besogne que ce partage parfaitement égal, où il faudrait tenir compte do la valeur intrinsèque des terres. Mais supposons -le exécuté. Il faudra le maintenir, sans quoi on n'aurait rien fait. Or est-ce potsibie? Les nombres relatifs d'enfants augmentent ou diminuent sans cesse, et puis les mineurs deviennent majeurs; on sera donc dans la nécessité do remanier incessamment ce difficile travail de distribution des terres. Ce n'est pas tout. Un cultivateur devient, par suite d'infirmités précoces ou de vieillesse, incapable de cultiver la propriété -jui lui

avait été assignée ; il faudra l'en chasser après qu'il l'aura arrosée do ses sueurs cl qu'il lui aura donné peut-être une plus grande valeur. Il ne pourra pas la faire cultiver par d'autres en se réservant une partie des produits, puisque cela reviendrait au système actuel du fermage et que cela est contraire au principe posé par nos adversaires. J'ai dit qu'il aura peut-être accru la valeur desa propriété. Mais pourquoi se seraitil donné cette peine, s'il peut être dépossédé d'un instant à l'autre, et s'il ne lui est pas permis d'employer l'accroissement de sa richesse à l'acquisition de nouvelles terres, dépassant la mesure de ce qu'il doit cultiver personnellement ? Il ne lui restera plus alors qu'à enfouir son or ou à le dépenser infructueusement. Il y a mieus encore. La rigueur du principe conduit à ne pas permettre que d'autres que les possesseurs déclarés du sol mettent la maiu à sa culture. Ils no pourront donc pas se faire aider par des gens à gages ; car ce serait continuer le système du salariat, que la théorie en question doit absolument interdire. Mais alors à quel état d'éparpillement et d'isolement, c'està-dire à quel état final d'impuissance, de stérilité et d'abandonné va-t-on pas réduire la cu'fure des terres? Décrétera-t-on que les fils des cultivateurs, arrivés à la majorité, devront continuer d'aider leurs pères dans leurs eulturesï Mais, outre que co serait violenter les vocations et rétablir le système des castes, ces fils auraient droit à leur lourj d'après le principe susdit, à

devenir les propriétaires des terres qu'ils cultiveraient. Évincera-t-on les pères en leur attribuant des pensions alimentaires à servir par les fils sur les produits do la eullure? On retombe encore dans le système du fermage, i|ue l'un vent proscrire. Je pourrais signaler bien d'autres conséquences, également impossibles, de la doctrine qui veut que la ferre soit possédée par ruux-là seuls qui la cultivent matériellement. J'ai presque honte d'avoir combattu sérieusement une pareille idée; maie il le fallait, puisque des écrivains distingués lui prêtent l'appui de leur tulent. Cette théorie a d'étroites affinités et finit même souvent par se confondre avec eelle de certains socialistes qui, refusunt de reconnaître la nécessité de l'appropriation individuelle du sol, aboutissent au communisme. Je ne m'arrêterai pas ici à combattre cette autre aberration, ayant montré ailleurs (l) qu'elle ramènerait les hommes à la barbarie ou lessoumutîraitau régime du plus rigoureux et du plus dégradant despotisme.

Des auteurs ont faussé les applications du principe de l'ussociatiou, qui n'a de valeur que dans un régime de liberté illimitée; ils en ont fait sortir des théories d'organisation du travail social, qui conduiraient au plus effrayant monopole et uuraient ainsi pour résultat d'étouffer toute spontanéité individuelle. Le lecteur sait par tout ce qui précède que je suis trop piirtisan

11) héawatioii religieuse, ch»pitrc VI,

de la libre concurrence dans le développement de l'activité humaine pour Être du nombre do ces personnes , et par conséquent ce que je puis dire des bienfaits de l'association ne saurait lui être suspect. La vérité est qu'un bien plus grand nombre encore de personnes ne comprennent pas tout ce qu'ellepeut réaliser lorsqu'elle est habilement organisée et qu'elle fonctionne avec une pleine indépendance (1). S'il y a quelque chose do

(i) Voici un exemple de relie ignorante inertie du public. Depuis un certain nombre d'années, il n laissé se multiplier ces industries parasites qui, bous l'étiquette menteuse de sociétés d'assurance cuutre les risques île toutes sortes, prélèvent joyeusement la plus forte et la meilh.'iii'i! part des fonds versés parles sociétaires et leur fout payer Lien au-delà de sa valeur une fausse sécurité. Rien ne serait plus facile aux gens qui se laissent ainsi exploiter, que de se passer d'aussi coûteux intermédiaires ; il leur suflirait de s'a-socicr entre eux sur le principe de la vraie mutualité. Administrant alors leurs propres affaires, ils ne pourraient point penser à faire îles proiils sur eux-raètnes, et ils obtiendraient contre les risques de diverses natures une sécurité réelle et aux moindres trais possible. Des écrivains, effrayés des désordres delà situation actuelle, qui est pire que l'absence même de toute association véritable, ont proposé que l'État se fit lui-

renient capital et qui me suftirait pour le repousser, ce serait de faire intervenir l'État là où il n'y a aucune nécessité qu'il intervienne Cl Mi il y .mi'.iil. nu emilr.iirc danger qu'il étendit son action au-delà de si;s limitas naturelles. Les principes posés dans ce livre établissent, je crois, avec évidence que le progrès social consiste i restreindre toujours davantage la part d'action du pouvoir centralet de ne le charger défaire que ce que l'initiative et l'action soit des individus soit des associations particulières ioul dans riiu[-'iiii5,iiice di: f.iin; ou ne fniniciit, selon les temps et les lieux, que dans de mauvaises conditions. Or tel n'est manifestement pas l'état des clioses en ce qui concerne les^sociélés

282 CÏTÀPITHE X.

démontré aujourd'hui, c'est que le plua grand nombre des misères de la situation disparaîtraient du milieu de nous, tï les divers genres de travailleurs, ouvriers, agriculteurs, commerçants, fonctionnaires publics, artistes, savaient former outre eux des associations, non pas sans douti! duos le but de mettre eu communauté entière et de confondre des intérêts qui doivent continuer de demeurer distincts commo les capacités et les mérites divers qui leur donnent naissance, mais dans le but de réserver sur le fruit des travaux individuels quelques parts, légères pour chacun, et qui, grosses par le nombre des associés, seraient destinées

d'assurance contra les diverses espèce» de risques. La science économique est pourvue de données suffisantes pour faire comprendra

ans plus simples intelligences les bons effets que produira, quand

dans ces asso.-ii.li.Jiis, dont les éei'ituics purent cire tenues ù très-peu de frais sous la surveillance gratuite de commissaires choisis parmi les soniitnires, et les fonds être déposés dans les

Nous avons presque sons les yeux d'éclatants exemples de lu puissance de l'association chei une nation voisine, où un pouvoir prudent laisse ù l'acliïilé individuelle ou collective une large liberté, en deçà toutefois de In mesure nécessaire pour discuter les privilèges c.ujrliirants que la l'mislilution .u.orde à la naissance et il la rielicssi'. (Jue scni-re doue li>rsi[ite le peuple anglais aura brisé les ch Unes de son insliluti.jii politique et religieuse ï Mais il lui reste pour i.da à guérir de ses d ois grandes maladies, fetieliïsme royal parlii-ulièi-euienl sous la forme féminine, domination féodale d'un petit nombre de familles aristocratiques possédant le sol, eiilin bigutisnic oppresseur de son église of- IleieUe.

CHAPITRE s. 483 ■oit à faire face aux éventualités des infortunes particulière!, «oit même et mieux encore à les prévenir. Mais pour cela, je le répète, il faut la liberté parfaite de parler, d'écrire, de voyager, de ae réunir et de s'associer; il faut être débarrassé des entraves de toutes les mesures préventives, depuis les plus grandes et les plus odieuses, comme celle, par exemple, d'une autorisation préalable pour faire connaître sa pensée par la voie de la presse ou de renseignement, jusqu'aux plus petites et aux plus ridicules, comme celle, par exemple, de la formalité des passe-ports, qui ne gêne pas un seul coquin tant soit pou exercé, et qui ne sert qu'à vexer lesbounètes gens; eu un mot, il ne faut pas qu'il y ait d'autre garantie do l'observation de l'ordre, que l'obligation également imposée à tous, de répoudre du vaut la loi de l'usage que l'on pourrait faire do sa liberté pour préjuilicier aux droits des autres. Telle est la seule garantie vraiment efficace à exiger d'êtres doués de raison et agissant moralement.

J'ai ou souvent à parler do perfectionne mont ot de progrès. II n'est puut-étre pas inutile que je dise quelle distinction j'établis entre perl'eetiouuemeut et perfection : cela préviendra toute interprétât ion erronée de ma pensée. Je ne cours pas et ne veux faire courir personne après des cbimères ; je me borne à désirer et à demaudor simplement le possilde. Perfectionnement signifie pour moi la marche incessant u

281 CHAPITHE X.

vers la perfection théorique : c'est, si l'on veut, lu perfection relative mais non absolue. ïl no Faut pas une grande pénétration d'esprit pour comprendre que la perfection absolue dans co monde et particulièrement dans les rapports sociaux est impossible. Presque tous voient cela avec un peu plus ou un peu moins do lucidité. Mais l'immense majorité dos hommes, par défaut d'instruction ou de moralité, s'en tiennent à cette vue générale et n'en tirent aucune conclusion pratique. Un petit nombre au contraire, habitués à réfléchir et à raisonner, ne s'arrêtent pas ainsi en chemin, mais concluent que cette perfection est un type idéal sur lequel on doit régler ses actes, et que, s'il est impossible do la réaliser complètement, on n'en doit pas moins y tendre comme ù un but dont on peut toujours approcher davantage sans y arriver jamais. Mais concevoir que l'on doit faire, co n'est pas encore faire. Aussi le petit nombre d'hommes dont je viens de parler, qui réfléchissent et raisonnent sur les choses de l'ordre moral, se partagent-ils en deux catégories : la plupart, n'ayant pas un sentiment assez profond de ce que l'idée du devoir comporte de slriclement obligatoire ou manquant de cette énergie de volonté qui résiste aux sollicitations des intérêts cl aux mauvaises influences des préjugés et des faits établis, après avoir marché quelque temps, parfois même précipitamment, dans la voie du progrès, se lassent bientôt et rentrent, soit par lâcheté suit par des motifs plus coupables encore d'égoîsme,

chapitre x. 285 dans la foule inerte, laissent aller le monde comme il allait, bien plus recueillent leur part d'exploitation du mal qu'il renferme. Le spectacle de ces défections n'est jamais plus commun que dans les temps de révolutions politiques. Ou conçoit pourquoi est si clairsemée l'autre catégorie, celle des hommes de véritable élite, qui, tout à la fois concevant avec une pleine évidence toute l'étendue des devoirs et voulant y conformer leurs actes, ne reculent devant aucun sacrifice de leur intérêt personnel, travaillent avec une persévérance infatigable et réussissent enfin à atténuer toujours davantage la puissance du mal et a diminuer la somme des misères de la vie humaine, tout en sachant mieux que personne qu'ils n'arriveront jamais a y introduire cette perfection dont l'idéal est sans cesse sous le regard fidèle de leur intelligence.

Enfm j'ai eu maintes fois, dans le cours de cet ouvrage, à faire remarquer que l'absence d'une éducation convenable laissait les masses dépourvues des principes d'une morale élevée et solide, et que c'était la le plus grand obstacle au triomphe des principes républicains. Que le lecteur m'excuse donc de revenir, en terminant, sur ce point capital. Le mal persistera tant qu'il y aura dos religions se disant révélées et retenant les populations dans les ténèbres de la superstition; tant qu'il y aura des armées permanentes, faisant assigner à l'activité et à l'énergie de l'homme un but de fausse gloire et substituant aux sentiments

de bienveillance universelle des instincts d'hostilité sauvage; tant qn'il y aura des trônes entretenus au prix de la misère universelle; tant qu'il y aura des castes où un petit nombre d'habiles tireront profit des souffrances de l'immense majorité de leurs semblables. Quand on ne regarde qu'à la surface des sociétés actuelles, ii semble que lu corruption ait fait de tels progrès qu'il n'y ait plus rion à attendre de la génération présente. Mais il y a encore un bien plus grand nombre qu'on ne pense d'hommes conservant la tradition du bien ; ceux-là se tiennent à l'écart, dons l'ombre, et ne font pas de bruit, ce qui fait croire qu'ils n'existent pu; et puis, dans un moment donné et lorsqu'il le veut, un homme de rœur peut plus pour le bien que cent hommes, lâchement pervers, pour le mal. Ce qui manque aujourd'hui à beaucoup de gens de bien, je l r ai déjà dit souvent, c'est une volonté ferme de sortir île leur repos et de leur apparente indifférence. Qu'ils se mettent donc résolument à l'œuvre. Si l'on me permet de mentionner tua faible part d'actiou personnelle, je dirai que j'ai fait et que je continuerai de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour préparer la régénération. Dans mon livre De la guerre et des armttt permanentes, j'ai démontré la nécessité et la possibilité de suixtiUier à un système démoralisant et ruineux un autre système d'organisation de la force publique; dans mes ouvrages Examen critique des doctrines de îa re&çion chrétienne, De Cesclavage chez les nations ehré~

tiennes, et Rénovation religieuse, j'ai achevé de battra on ruine toute religion se prétendant révélée en même temps que j'ai cherché à fonder sur des bases inébranlables les grandes vérités religieuses et morales; enfin, dans le présent ouvrage, je dresse l'acte mortuaire du gouvernement monarchique, et je montre comment il est possible do réduire a l'impuissance l'habileté des corrompus qui tenteraient de le faire renaître. Que la République, dûment avertie de ce qu'elle a à faire pour vivre et prospérer et pour que son principe et ses bons exemples s'étendent sur le globe, avise donc et agisse. Ou avait pu croire un instant que la France se résignait ù subir îa honte du second Empire; mais les dures leçons qu'elle méritait d'en recevoir et qui lni ont été prodiguées, ont bien fini par lui faire comprendre qu'il n'y avait désormais de salut pour elle, comme pour les autres nations européennes que dans le système gouvernemental républicain, appliqué dans toute sa vérité et sa pureté. Il lui est devenu évident iiue ce système seul pouvait organiser les services p«- Mîcs aux moindres frais, prévenir les guerres offensives et toutes les autres débauches de lu monarchie et île son entourage aristocratique, laisser la plus grande part de leur avoir nou-suulemout aux citoyens vivant dans la gène mais aux riches eux-mêmes, et par conséquent assurer le bien-être social par le libre déploiement de l'activité du travail. Je veux parler, il est vrai, du travail fructueux et honnête : quanta celui

do cette armée de fonctionnaires de luxe que les monarques attachaient à leur fortune et qui s'enrichissaient par l'appauvrissement du plus grand nombre des membres du corps social, son moindre défaut était d'être inutile, et je ne sache pas que d'autres que ceux, en nombre relativement petit, qui en profitaient, puissent le regretter.

Je finis par uno réflexion que le lecteur aura déjà vue, j'espère, inscrite implicitement à toutes les pages do co livre. La République que nous voulons voir établir définitivement est celle qu'ont attendue ou au moins appelée de leurs vœux les sages de tous les âges, celle qui, loin de menacer aucun intérêt légitime, en est. au contraire lu meilleure protectrice, celle enfin qui garantit à tous la plénitude des droits nécessaires à l'accomplissement de tous les devoirs. Elle n'a donc rien de commun avec celles qui en ont plus d'une fois usurpé le nom vénérable. Par cette déclaration de notre ferme intention de désavouer ceux qui continueraient de la compromettre soit par des théories soit par des actes contraires à la liberté qu'elle a surtout pour hut de sauvegarder, nous ôtons à ses adversaires quels qu'ils soient tout motif raisonnahlo pour conserver des préventions dont le temps seul pourra du reste faire justice complète.

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