RÉGLEMENTATION DU TRAVAIL
Jusqu'à ces dernières années, le travail des prisonniers donnait lieu, en Belgique, à de nombreuses critiques. Effectué le plus habituellement à l'entreprise, il pouvait faire concurrence aux ouvriers de quelques petits centres de population ; les directeurs des maisons secondaires touchaient comme prime une part des bénéfices réalisés et avaient la faculté d'entreprendre certaines industries pour Leur compte personnnel. Le Ministère issu des élections
de 1SS4, résolut de remédier à cet état de choses. Dans son rapport au roi, daté du 2 avril 1887, M. Devolder, alors ministre de la justice, s'exprimait ainsi : « Le travail constituant à la fois un élément de la peine et le plus puissant moyen d'amendement, l'État est tenu de ne rien négligerpour assurer le fonctionnement de cette partie importante de l'organisation pénitentiaire. Sans le travail, la cellule deviendrait un véritable instrument de torture et une cause de démoralisation... Le nouveau règlement cherche à développer les travaux en régie pour le compte des administrations publiques... En vue d'épargner aux ouvriers jusqu'à l'apparence d'une concurrence dangereuse ou abusive, on a exprimé le vœu (1) de voir les détenus occupés de préférence aux industries nouvelles et étrangères à notre pays. L'administration cherchera à donner satisfaction à ce désir; elle accueillera volontiers les offres qui lui seraient faites par des industriels disposés à introduire dans les prisons, des fabrications étrangères, et elle se prêtera avec une entière bienveillance aux expériences nécessaires. Une faut pas se dissimuler cependant que l'infériorité du travail pénitentiaire rend déjà très difficile l'exercice des professions les plus usuelles, et ne semble guère de nature à favoriser l'essai d'industries pour lesquelles l'habileté et la régularité de la main-d'œuvre sont les conditions essentielles de succès. Pour indemniser
(1) On tronve des échos de cob vœux dans la dernière enquête ouvrière (1886-1887) ; eection régionale B, n° 1352, Callant, typographe : « Lea prisonnierB pourraient travailler il confectionner les articles de fantAisie nommés articles de Paris. * Section régionale 6. n° 1589. Carlier, négociant papetier : s Que le gouvernement ne se serve des priaonnietH que pour subvenir à ses besoins personnels, pour équiper les soldats, pour faire les imprimés ; voilà pour moi la meilleure solution. »
Section régionale D, n° 1401 : a Un déposant demande que l'on fas*»» dans les prisons les travaux pour lesquels la Belgique est tributaire de l'étranger. ■
les directeurs de la part qui leur a été enlevée dans le produit du travail, il leur a été alloué des augmentations proportionnelles de traitement. Ils n'auront plus le caractère d'industriels ou de commerçants, et le public ne pourra plus, comme il était tenté de le faire, attribuer à des mobiles intéressés les démarches que ces fonctionnaires seraient dans le cas d'entreprendre pour assurer le travail des prisonniers, »
Telles sont les bases générales de l'arrêté royal du 5 aTrill887 établissant : Aet. 1". Le travail est obligatoire pour les condamnés criminels et correctionnels, et facultatif pour les autres détenus... — Art. 2. Les détenus seront employés principalement à des travaux pour le compte de l'État... — Art. 3. Dans le cas où les travaux en régie ne suffiraient pas pour occuper tous les détenus, les directeurs chercheront à utiliser les bras disponibles au profit de l'industrie libre... — Art. 7, Les prix de façon seront déterminés par pièce ou par journée. Us seront calculés sur les prix moyens du commerce diminués de la moinsvalue du travail pénitentiaire... — Aet. 11. Il est interdit aux directeurs d'accepter des commandes directes des particuliers, à l'exception des travaux de traduction, d'écriture, de dessins et d'autres semblables.
Ces principes excellents une fois posés, comment sontils appliqués dans les prisons cellulaires à long termel
- MODE d'application
^r Tout le monde connaît la prison de Louvain, inaugurée en 1860 et construite sous les auspices de M. Ducpétiaui; il nous suffira de dire que la prison de Saint-Gilles, ouverte il y a trois ans, et afiectée aux condamnés dont la peine n'excède pas cinq années, reproduit tous les avantages de la maison de Louvain avec les améliorations indiquées
par l'expérience; le directeur actuel, M. Stevens, est le digne et savant continuateur de l'œuvre de M. Ducpétiaux.
Lorsque l'on pénètre dans la prison de Saint-Gilles, on est frappé de son aspect imposant et de ses proportions élégantes. Cinq vastes nefs contenant chacune ISO cellules, rayonnant autour d'un point central, laissent circuler partout l'air et la lumière ; plus de services généraux, d'ateliers placés dans les sous-sols ; de tous côtés, une aération favorable à la santé des détenus. Tout en respectant le principe absolu de l'emprisonnement individuel et de la séparation constante des internés, d'iieureuses dispositions facilitent la surveillance, la rapidité des communicationa ; nous ne croyons pas que l'Europe renferme, à l'heure actuelle, une prison cellulaire supérieure à celle de Saint- Gilles, Son unique défaut est d'occuper un espace considérable (6 hectares) et de revenir à environ cinq milHona pour 600 cellules. Ajoutons que M. Stevens a bien voulu nous communiquer un projet nouveau dont il est l'auteur, projet permcttaht de réaliser de sérieuses économies de terrain par le placement à la périphérie des services généraux, reliés entre eux au moyen d'un couloir circulaire.
Mais du moment que l'on admettait, avec raison h notre avis, l'emprisonnement cellulaire pour une période pouvant atteindre dix années, il ne suffisait point d'ouvrir des cellules saines, claires, fournissant à Saint-Gilles trente mètres cubes d'air (1). Il fallait mettre les prisonniers k même de se livrer aux travaux multiples indispensable» pour occuper leur activité et leurs aptitudes diverses.
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■ Ici encore le but a été atteint d'une façon fort aatisfai- " fiante. Noua avons éprouvé une réelle satisfaction à parcourii' ces véritables chambres d'ouvriers, propres, largement ventilées, dans lesquelles le lit, dressé le jour, forme 1 table de travail. La majeure partie des condamnés, d'il s'agisse de Louvain ou de Saint-Giltes, est naturellejpent occupée à la confection des vêtements et des chausires destinés à l'armée ; les dispositions de l'arrêté royal récité, restreignant là comme ailleurs la part faite à l'i freprise. En dehors de ces travaux, que de métiers différents : cordonnerie flne, vannerie, reliure, tapis de pied. Brie, ferblanterie, tissage, articles dits de Paris, leBsistant en menus ouvrages en fil de fer, pièges à rats, rnselières, etc.
^L'isolement des détonus néce3sito une organisation spi
; prenons pour exemple les tailleurs de Lonvain, bnt divisés en sections de 28 hommes : les pièces arrivenl putes coupées ; des surveillants donnent des leçons indiviteeiles aux débutants et font passer les prisonniers par butes les sections afln qu"iU sachent confectionner les iverses parties de rhabiliement du soldat. Dans chaque jction un détenu visite l'ouvrage avant qu'il soit soumia 1 contrôle définitif des garde-magasins. Un livret suslendu au mur de chaque cellule permet à l'intéressé dôi bivre son compte mensuel, k Lorsqu'il s'agit de travaux confiés à l'industrie, un Conti taître payé par l'entrepreneur forme les apprentis et COBles objets terminés. On calcule que pour former ua kiHeur il faut trois mois, alors que six mois sont néces-i lires pour un cordonnier.
I Les travaux do la cuisine, de la panoterie, de la buan- Eerie, sont combinés avec le système d'isolement permajpnt. Un seul condamné reste auprès du chef de service, ) autres aides sont conduits dans des locaux séparés oi épluchent les légumes, coupent le pain, lavent
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linge, etc. Le soir et aux heures des repas, on les réintègre dans leurs cellules- Les mouvements effectués au dehors de la cellule ne peuvent d'ailleurs être exécutés qu'avec le capuchon de toile rabattu sur la figure. Il en est de même quand les détenus, ouvriers menuisiers, doivent sous la surveillance d'un gardien, séjourner quelque temps au centre de la nef pour assembler des pièces de bois préparés l'intérieur de là cellule.