‹ De l'organisation et de l'administration des bibliothèques et privéesChapitre 1 sur 159 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

munie de rayons ou tablettes, k découvert, a vitraux ou à grillages, où les livres sont placés.

Ces deux premiers sens sont conformes k Tétymologie indiquée ci-dessus. On emploie encore le mot bibliothèque pour désigner la collection même des livres rangés, suivant un certain ordre, sur des rayons ou tablettes. C'est a ce sens, ainsi qu'au premier mentionné plus haut, que Pestus, d'après Tabrégé de Paul Diacre, s'était autrefois arrêté : « Bibliotheca^ dit-41, ^ apud Gtœcos et apud Latinos^ tam librorum magmis p0r se îèumerui^ quant locuê ip$e in quo libri coHocalisunt, appellatur 3 {De verbor. signif. V. Bibliaiheca).

Enfin, le même mot de bibliothèque se prend encore dans le sen» d'pn choix d'ouvrages, en entier ou par extraits, se rapportant a une même matière ou a des matières ayant ensemble une certaine analogie, de même qu'à des recueils» extraits, catalogues raisonnes d'ouvrages de même nature on de natures diverses.

. Nous nous occuperons plus particulièrement ici de la collée** tion des livres, et de l'ordre et de l'arrangement à leur donner pour les rendre d'un usage utile aux travailleurs. Mais nous ne devrons pas négliger l'édifice ou la partie de l'édifice où ils seront renfermés, ni les armoires où ils seront rangés.

. Dans la suite de notre travail, d'ailleurs, nous ne perdrons pas de vue que le but de l'établissement d'une bibliothèque est do faciliter le travail des personnes studieuses. Posséder des livres pour le seul plaisir de les posséder ; les transformer en bijoux propres k être soigneusement placés dans leurs écrins, ou pour les montrer a des amis comme on montre des objets d'art ; y attacher plus ou moins de valeur suivant qu'ils sont plus ou moins richement reliés : qu'est-ce que cela ? Autant vaudrait n'avoir point de livres. Pour nous, les livres ne valent que par ce qu'ils contiennent, et si nous ne dédaignons pas la reliure, si nous la désirons souvent même belle (c'est par une heureuse disposition de la nature, en effet, que nous nous sentons attirés par ce qui est beau, tandis que ce

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qui est laid nous inspire de la répulsion), nons n'y voyons avant tout qu'un moyen de conservation du livre. C'est donc pour l'usage que la bibliothèque doit être établie ; les livres ne sont que des instruments de travail.

Mais pour que le but proposé puisse être atteint, il ne faut pas seulement une grande quantité de livres, il faut aussi que ces livres soient rangés dans un ordre convenable et méthodique ; il faut que leur place soit bien marquée, pour éviter des pertes de temps par des recherches longues et souvent infructueuses ; il faut enfin que leur conservation soit bien assurée par un service régulier.

Tous ces soins réclament des connaissances assez étendues, beaucoup d'attention et beaucoup de goût. Celui qui en est chargé, et que l'on nomme bibliothécaire, doit être en même temps bibliophile, tout en s'efTorçant de ne point devenir bibliomane (1). Tous les deux aiment les livres ; mais le premier les aime d'un amour raisonné, pour ce qu'ils contiennent et pour Tutiliié qu'ils peuvent procurer ; le second ne se règle que sur sa passion. Le vrai bibliophile recherche les bons auteurs, les meilleures éditions, et il ne s'arrête pas tant a Teriveloppe matérielle qu'au fond des livres. Ce n'est pas a dire qu'il soit indifférent k la qualité du papier, k la beauté de l'impression, k la largeur des marges, au fini des reliures : il a, au contraire, une grande attention k avoir des livres irréprochables sous le rapport de lexécution matérielle. Il sait qu'il y a plus de charme a lire ou étudier un livre bien imprimé et correct, en beaux caractères et sur bon papier, comme disaient les anciens règlements, qu un livre imprimé sur du papier k la chandelle et où les fautes fourmillent, mal relié et sans marges. Mais si, dans ces simples dehors du livre, il ne dédaigne pas le beau, s'il le recherche même, c'est qu'il y voit une incitation pjus vive pour l'étude.

Il n'en est pas de même du bibliomane.La bibliomatiie est,

(l)Le bibliophile devient souvent un bibliomane, dit Larousse; quand son esprit décroit ou quand sa bourse augmente.

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comine son nom Tindique, la manie des livres. C'est une passion non raisonnée, ou plutôt mal raisonnée des livres ; car le bibliomane sait pourquoi il aime tel livre plutôt que tel autre. L'un recherche les éditions principes, un autre celles sorties de telles ou telles presses ; un troisième s attachera aux reliures, aux grandes marges, aux gravures, etc.; mais tous ne voient dans les livres qu'un objet de possession, comme Tavare dans son trésor. « Il a des livres pour les avoir, dit Diderot, pour enfèpaitre sa vue ; toute sa science se borne a connaître s'ils sont de la bonne édition, s'ils sont bien reliés ; pour les choses qu'ils contiennent, c'est un mystère auquel il ne prétend pas être initié ; cela est bon pour ceux qui ont du temps k perdre. » En un mot, si la bibliophilie est une qualité, la bibliomanie est une maladie, ou tout au moins c'est un travers (1).

Un bibliothécaire, avons-nous dit, doit être bibliophile, sans être bibliomane. Pour cela, il faut qu'il apprenne à connaître la véritable valeur des livres, qu'il sache les apprécier, et au point de vue matériel et au point de vue du fond. Cette connaissance s'appelle la bibliographie. £lle comprend nécessairement deux parties : la bibliographie matérielle, et la biblicrgraphie littéraire. La première consiste dans la connaissance des livres au point de vue de leurs conditions extérieures : format, impression, papier, reliure, âge, etc.; la seconde se

(i) On peut, sur ce travers de Tesprit, rappeler les quelques lignes que La Bruyère a écrites au commencement du chap. XIII de ses Caractères, intitulé : De la mode : » Je vais trouver cet homme, dit La Bruyère, qui me reçoit dans une maison où, dès Tescalier, je tombe en faiblesse d'une odeur de maroquin noir dont ses livres sont tous couverts. Il a beau me crier aux oreilles, pour me ranimer, qu'ils sont dorés sur tranche, ornés de filets d*or, et de la bonne édition, me nommer les meilleurs Tun après Tautre, dire que sa galerie est remplie, à quelques endroits près qui sont peints de manière qu*on les prend pour de vrais livres arrangés sur des tablettes et que Tœil s'y trompe, ajouter qu*il ne lit jamais, qu'il ne met pas le pied dans cette galerie, qu'il y viendra pour me faire plaisir : je le remercie de sa complaisance, et ne veux non plus que lui visiter sa tannerie, qu'il appelle bibliothèque. »

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rapporte k la nature des idées qui sont développées dans les livres et au mérite intrinsèque de leur exposition.

La bibliographie matérielle, pour être un peu mécanique, n'en est pas moins très-importante, et elle prête un utile concours k la bibliographie littéraire. Elle est indispensable au libraire : c'est la clef du commerce des livres ; elle est égale* ment nécessaire au bibliothécaire : sans elle, il marcherait souvent k Taventure et sans guide.

La bibliographie littéraire est d'une étendue immense : elle embrasse l'universalité des connaissances humaines. Aussi une bibliographie littéraire générale est impossible : on ne peut songer qu'à des bibliographies littéraires spéciales, soit k un pays, soit k une époque, soit k un genre d'ouvrages.

Nous devrions exposer ici les principes généraux de la bibliographie matérielle et de la bibliographie littéraire. Quant k la première, nous aurons, dans le cours de cet ouvrage, l'occasion de donner la plupart des renseignements qui s'y rapportent et qu'il peut être utile k un bibliothécaire de connaître. Nous nous bornerons donc k donner quelques indications succinctes concernant la seconde, en renvoyant, pour les détails, aux auteurs qui en ont traité plus ou moins complètement les différentes parties.

La bibliographie littéraire a évidemment pour objet de guider les recherches des savants et des travailleurs. Elle doit faire connaître, sur telle ou telle partie de la science, les auteurs qui en ont traité, et analyser leurs œuvres d'une manière plus ou moins complète. Elle indique les sources où l'on peut puiser et le profit qu'on en peut tirer.

La bibliographie littéraire est d'origine relativement récente : elle ne date guère de plus de trois siècles : elle eut pour père Conrad Gesner, savant distingué, surnommé le Pline de l'Allemagne, et qui mourut en 1565. Son ouvrage, inûinié Bibliotheca, Zurich, 1545, embrassait toutes les contrées, toutes les époques et toutes les sciences. Mais, en raison du nombre toujours croissant des productions de l'esprit, on ne pouvait longtemps marcher sur ses traces. Ainsi que

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BOUS Tavons dit ci^^dessus, il n^est plus gaère possible de songer a une bibliographie littéraire générale ; au contraire, on en ^ouve de spéciales en assez grand nombre. Les bulletins bibliographiques que Ton rencontre dans la plupart des journaux et revues se rattachent à ce genre ; de même aussi les analyses littéraires que les professeurs des Atcultës sont amenés k faire dans leurs cours ou conférences. Il y a seulement ceci a noter, que le choix que font ces derniers pour leurs analyses sont déterminés par les sujets qu'ils traitent, comme ceux des publicistes par la variété des productions de la librairie contemporaine : c'estf en quelque sorte, une bibliographie littéraire doublement spéciale.

Mais, pour en revenir au fond de notre sujet, nous pourrions partager en trois classes les écrits qui se rapportent a la bibliographie Uttâ*aire :.lMes bibliographies littéraires spéciales a un pays, ou môme k quelque province ou k certaines localités ; 2*" celles spéciales k une époque ; S"" celles spéciales k un genre d ouvrages*

Il suffit d'indiquer cette division pour qu'on la saisisse : elle nous semble suffisamment nette et précise par elle-même. Nous allons citer quelques ouvrages appartenant k chacune de ces classes.

Dans la première, nous citerons : Bibliothèque des auteurs de la province de Bourgogne, par Tabbé Phil. Papillon, Dijon, 1742,2 vol. in-folio ; — X^ France littéraire, Au Quérard, Paris, 1837-40, 10 voL, avec ses compléments ; — le Bibliographers Manual^ de Lowndes, Londres, 1834, 4 vol.; — les Série de Testi, de Gamba, 4* éd., Venise, 1839 ; — la Bibliographie ru$$e, de Sopikoff, Saint-Pétersbourg, 1813-21, 5vol.;— la Bibliotheca judaïca, de Furst, Leipzig, 1850, 3 vol., etc.

A la eeconde classe se rapporte: VAllgemeineÈ Repertorium der Literatur, à'Erch, léna et Weimar, 1795-1809, comprenant toute la littérature des quinze années 1785-1800. . Enfin, on peut citer comme appartenant k la troisième classe, certainement la plus abondante : h Bibliotheea Petrar-

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chesca^ de Mansard, Milan, 1826 ; les Série degli seritii imprem in dialetto veneziano, de Gamba, Venise, 1822 ; — ^ la Science des Écritures du blason^ de Bernd, Bonn, 1 830-41 ^ 4 YoL; — le Ma?iuel de littérature théologique, de Winer, 3» éd., Leipzig, 1837-40, 2 vol.; — le Themurus littérature botanicœy de Pretzel, Leipzig, 1847 ; — la Bibliographie biographique, d'ŒUinger, Leipzig^ 1850 ; — Bibliographie raisonnée du droit civile par E. Dramard, 1879.

Nous ne pouvions citer ici que quelques noms dans chacune de ces grandes classes. Mais, dans ces divisions principales, on peut marquer encore des subdivisions plus ou moins nombreuses, suivant que les recueils seront plus ou moins complets dans leur spécialité. Ainsi^ une bibliographie spéciale k un pays peut ne comprendre que telle ou telle époque, tel ou tel genre d'ouvrages, ou même, en poussant encore plus loin, ne se rapporter qu'k tel genre d ouvrages parus a une époque déterminée et dans tel pays. On peut également ne s'attacher qu'à des choix d'ouvrages d'une manière plus ou moins générale, ou bien k des collections déterminées. Donnons seulement ici les quelques exemples suivants : Dictionnaire bibliographique^ historique et critique des livres rares^ singuliers, curieux^ estimés et recherchés^ soit imprimés^ soit manuscrits, par l'abbé Duclos, avec supplément par Brunet, 1790- 1802, 4 vol. in-8*'; — Bibliographie historique de la France, par le P. Lelong, augmentée et publiée par Fevret de Fontette, Paris, 1768, 5 vol. in-fol.; — Essai historique sur les éditions des Elzeviers, par Bérard ; — la Bibliothèque orientale du Vatican, par Assemani (en latin) ; — la Bibliothèque arabe de fEscurial, par Casiri ; — Bibliographie générale des Gaules^ par Gh. Emile Ruelle, en cours de publication.

Nous ne poiisserons pas plus loin ces développements. Nous croyons avoir donné une idée suffisante des principes généraux de la bibliographie, comme aussi du but qu'on doit se proposer dans l'organisation et l'administration des bibliothèques. Nous appuyons seulement sur ce point que la science de la bibliographie est celle qui doit être la plus familière a un

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bibliothécaire. Il est nécessaire qu'il s y applique assidûment, et qu'il s'efforce d'en pénétrer le plus possible tous les secrets. Tout ce qui regarde l'administration et le gouvernement d'une bibliothèque ne doit point non plus lui être étranger : d'une bibliothèque bien ordonnée les personnes studieuses tireront tous les secours qu'elle est susceptible de fournir. Enfin, il est bon qu'il soit initié aux principes généraux qui concernent l'établissement et l'organisation des bibliothèques, car c'est Ik un point important pour le bon fonctionnement de l'institution.

Mais tous ces points demandent des études sérieuses et une longue pratique. Toutefois, ne voulant faire de notre livre, comme nous l'avons déjk dit, qu'un simple manuel, nous en avons écarté tous les longs développements historiques, toutes les savantes digressions ; nous avons essayé de dire le plus simplement et le plus clairement possible tout ce qu'il peut être utile k un bibliothécaire de savoir : pour toutes les questions d'érudition proprement dite, et pour tout ce qu'on pourrait appeler le luxe de la science, assez d'autres auteurs en ont parlé plus savamment et mieux que nous n'aurions pu le faire. Nous croirons, au contraire, n'avoir pas perdu notre peine, si ceux qui nous liront s'éprennent du désir d'étudier les travaux de ces maîtres en bibliographie qui ont noms : de Bure, Gab. Naudé, Peignot, Callot, Nodier et autres. Désireux, avant tout, de coopérer, dans la mesure de nos forces, au développement de la science, nous n'avons rien négligé pour rendre notre travail utile, et nous accueillerons avec empressement et reconnaissance toutes les communications que sa lecture pourra suggérer.

II nous reste maintenant k indiquer brièvement la marche que nous avons suivie dans ce travail.

Prenant le mot bibliothèque dans le sens d'une collection de livres logique lient ordonnée et distribuée, nous devions nous préoccuper d'abord de la manière de la former et de l'organiser, et ensuite des meilleurs moyens k employer pour pourvoir k sa conservation et k son développement, et en même

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