‹ De l'organisation et de l'administration des bibliothèques et privéesChapitre 44 sur 159 · V. . Vert · texte numérisé non relu

V. . Vert

Vign. Vignettes.

Viol. Violet.

La liste de ces abréviations, si elle n'est pas absolument complète, contient au moins celles qui sont le plus usitées.

Nous nous bornons k citer un exemple, pour montrer de quelle manière on peut en faire l'application.

Soit un ouvrage portant, après la copie du titre, ces indica^ tions : 1865-72, 7 vol. in-8% d. rel. et c. m. r. t. d. n. r. qq. mouill. au t. 4.

On devra le traduire ainsi : 1863 à 1872, 7 volumes inoctavo, demi-reliure et coins maroquin rouge, tranche dorée, non rogné, quelques mouillures au tome quatrième.

B. Du FORMAT DES LIVRES.

La question du format des livres ne peut guère être soulevée que depuis l'invention de Timprimerie. Avant cette époque, en effet, le format était chose tout-à-fait arbitraire et dépendait uniquement de la grandeur de la matière subjective employée pour récriture. Mais avec Timprimerie, les dimensions données aux livres se régularisèrent forcément et se modelèrent sur celles des papiers employés. Pourtant ce n'est pas toujours chose facile que de déterminer du premier coup le format d'un livre, et bien des gens instruits sont exposés, sur ce point, a des erreurs qui peuvent n'être pas sans consé-

quence. C'est pourquoi nous avons cru utile de donner ici quelques éclaircissements sur cette matière.

Et d'abord, qu'entend-on par le format d'un livre? On appelle ainsi la résultante du nombre de feuillets que forme chaque feuille imprimée et pliée, quelle que soit d'ailleurs la dimension du papier. Le format tire son nom du nombre de feuillets, c est-kdire de la moitié du nombre de pages que la feuille renferme.

Il suffit donc, pour reconnaître le format d'un livre, de prendre le nombre de pages que contient chaque feuille et de diviser ce nombre par 2. Nous donnons ci-dessous un tableau indiquant la pagination par feuille des formats les plus usités.

g$g^^§§ig

ï ri lA rt -A

CO Cl *> »o 00 i'. 00 o -n ot

M ^ ^ oS

i^ ^ e* of ^ « xS 1-

■«r iS »ft o i^ ï-^ op c> ^

•pH -ri (N

^ t- rt

S S ià é à g S

th t* ■^ , -^ C* 0>

^ S fi

ih ^ t^

•fl» «O »>.

rH 0> t-

n -^ o> co •<i« ««r

•S o» S oo se- o "»-i S S S 2 ® ? S

»fl «S t-- » 00 o> s

% ?? $f :? 25 g S S g? S5 ^ *^ é îè

•fl* irt «o i^-

94 LES UYUS

La dénomination du format ne diépend, en aucune façon, disons-nous, de la grandeur du papier wiployé, de sorte qu'un in-octavo, par exemple, pourrait k pteoiière vue, être confondu avec un in-quarto, ou un in-douze avec un in-octavo. Au point de vue de l'arrangement des volumes sm tes rayons d*une bibliothèque, cette confusion ne présente pas de véritable inconvénient; mais pour les indications bibliographiques à mettre dans les catalogues, il est bon de savoir déterminer exactement le format d un volume. Aujourd'hui surtout, que les papiers employés pour l'impression sont de tant de dimensions différentes, les erreurs sont faciles k commettre (1). Mais on pourra sans peine, dans la plupart des cas, se rendre compte, au moyen du tableau ci-dessus, du format d'un volume quelconque. Il suffira de l'ouvrir d'abord a la première page, portant la signature 1 (2), et de rechercher ensuite la signature 2. Le chiffre de la page précédant cette signature n'aura plus besoin alors que d'être divisé par 2 pour trouver le format. Si donc, par exemple, la page 1 portant la signature 1, on trouve la signature 2 a la page 17, on divisera 16 par 2, ce qui indiquera un in-octavo.

Ce procédé, on le voit, est excessivement simple. Mais il arrive quelquefois que les imprimeurs impriment par demifeuille, et non par feuille entière. Dans ce cas, il n'y a plus

(1) A ce propos, nous croyons utile de donner ici les noms, avec les

dimensions en centimètres, des papiers en usage aujourd'hui. En voici le tableau :

Pot, ou papier écolier. 31 sur 39

Tellière, ou papier ministre 31 — 43

Couronne 36 — 46

Ecu 40 — 52

Coquille 44 — 56

Carré 45 — 56

Cavalier 46 sur 60

Raisin 49 — 64

Jésus 55—70

Jésus pittoresque 56 — 76

Colombier 63 — 86

Grand-Aigle 68 — 103

Papier de Chine 70 — 130

Tous ces formats peuvent en outre s'obtenir doubles au gré de Tacheteur.

(2) On sait que les signatures sont des lettres ou des chiffres que l'on place au bas et à droite de la première page de chaque cahier, pour en marquer Tordre dans le volume. Un cahier représente une feuille d'impression. Vovez d'ailleurs ce que nous disons à cet égard à l'article de la reconnaissance des livres anciens, infra, sous la lettre C, p. 97 et suiv.).

de division à faire pour trouver le format : la seconde signature de rin-S"" tombe à la page 9, la seconde signature de rin-12 II la page 13, etc. L'aspect seul du volume fera d'ailleurs voir également si Ion a imprimé par feuille ou par demifeuille.

Les impressions ordinaires se font généralement sur papier carré, et les formats les plus usités sont rin4% rin-8% rin-12 et rin-lS.

Les dimensions des volumes sont alors, en centimètres, les suivantes :

In-quarto 28 sur 22 1/2

In-octavo • 22 i/t-^ ii

In-douze 18 2/3— H 1/3

In-dix-huit jésus 15 — 9 1/3

L'in-quarto se fait quelquefois sur double carré, et le volume ayant toujours les mêmes dimensions, il y a deux signatures dans un même cahier.

Les impressions sur jésus sont aussi assez fréquentes et elles donnent aux volumes les dimensions suivantes :

In-octavo 27 l/2sur H 1/2

In-dix-huit 18 1/3 — H 2/3 (1)

L'in-soize se fait le plus souvent sur demi-Jésus, et donne des volumes de 13 3/4 sur 8 3/4.

Nous devons ajouter qu'il ne sufGt pas toujours, pour reconnaître le format réel d'un volume, de s'arrêter a la seconde signature. Dans Tin-lS jésus en particulier, qui, pour les dimensions ressemble assez a rin-12 ordinaire, il faut aller plus loin. Dans ce format, en effet, les feuilles, composées de 36 pages, sont partagées en deux cahiers portant l'un et l'autre des signatures. Le premier a 24 pages, le second en a 12. Dès lors, voici comment les signatures seront disposées :

(1) Ainsi qu'on peut le voir par comparaison, Tin- 18 jésus ne diffère pas sensiblement de rin-12 ordinaire, et Ton peut très-facilement les confondre*. En réalité, rin-18 jésus se rapproche davantage de la forme carrée.

ne setrouve pas a telle place, ni plus bas ni plus haut, c est, en supposant qhe le catalogue soit bien fait, qu'il ne s'y trouve pas du tout. Dans un catalogue méthodique, au contraire, peu importe qu'un ouvrage soit placé avant ou après tel autre, pourvu, s'il doit se trouver dans la même classe, qu'il s'y trouve en effet. Tout au plus pourrait-il y avoir cet inconvénient que, plusieurs ouvrages d'un auteur figurant à tel endroit, il s'en trouve un autre du même auteur beaucoup plus loin. Mais alors, il' suffirait d'un simple renvoi mis dans la colonne des observations. D'ailleurs, si plus tard on fait imprimer le catalogue, ce qui serait fort souhaitable (1), on pourra toujours rétablir cette harmonie, dont l'absence se faisait k peine sentir.

Au lieu de prendre, pour la transcription des cartes du catalogue méthodique (et cette observation peut s'appliquer également au catalogue alphabétique), un registre relié d'avance, et qu'il ne serait pas toujours facile de distribuer convenablement, on peut se servir de simples feuilles, ou du moins de cahiers contenant un certain nombre de feuilles tracées comme nous l'avons dit. Lorsqu'on a ainsi transcrit par parties séparées les différentes divisions et subdivisions du catalogue, on fait relier le tout, en ménageant, aux endroits voulus, le nombre de pages blanches nécessaire. Ce procédé aurait cet avantage que le travail de transcription pourrait être fait par plusieurs personnes concurremment, et l'on gagnerait ainsi un temps précieux. Car, il ne faut pas se le dissimuler, une seule personne obligée de copier le catalogue d'une bibliothèque tant soit peu importante, devra consacrer bien des veilles à ce labeur, et pendant ce temps le service de

(1) En ce qui concerne l'impression du catalogue, on est généralement d'accord pour reconnaître que ce serait une chose excellente et susceptible de rendre de grands services. Mais lorsqu'on aborde la question pratique, les difficultés surgissent. Toutefois nous sommes heureux de nous trouver encore ici, sur le principe même, en conformité d'idées avec iVI. J. Petzholdt {Katechismus der Bibliotliekenlehre, p. 136-i38), que nous aimons à citer en pareille matière. M. Petzholdt, en effet, tient qu'il y a toujours avantage à publier le catalogue d'une bibliothèque, même des livres imprimés, pourvu que cette pubUcation n'enlève pas à la bibliothèque des sommes nécessaires à son entretien et à la satisfaction de ses besoins.

la bibliothèque sera toujours plus difficile, par cela même que Ton n'aura pas eutore à sa disposition ce iil conducteur du bibliothécaire et des travailleurs. C'est pourquoi Ton doit autant que possible se hâter, afin d'arriver aussi tôt qu'on le pourra k l'achèvement d'un travail si utile.

Pour rendre encore plus faciles les recherches sur le catalogue méthodique, il serait bon d'ajouter a la fin du registre une table générale des différentes divisions et subdivisions du système adopté. Tout l'ensemble des matières étant ainsî représenté en quelques pages, on s'éviterait souvent la peine d'en feuilleter un grand nombre pour trouver la classe que Ton cherche.

§ IV. Oeneordanee des irmim parties du eatala^ae.

Ce que nous avons dit précédemment nous permettra d'être ici assez bref.

D'abord, il est évident que le catalogue a pour objet de permettre de trouver facilement un livre que l'on cherche. C'est pour cela qu'à chaque ouvrage est attribué un numéro spécial, reproduit au registre d'entréc-inventaire, au catalogue alphabétique et au catalogue méthodique. De plus, les ouvrages étant placés sur les rayons dans l'ordre de ces numéros, la recherche est des plus aisées. '

Le registre d'entrée-inventaire^ divisé, comme nous l'avons dit, en trois volumes, pour en rendre le maniement plus facile, porte tous les numéros dans leur suite naturelle. Ce registre permettra de se faire une idée exacte de l'importance de la bibliothèque, et en même temps d'opérer sans peine des récolements périodiques propres à assurer la conservation du fonds confié aux soins du bibliothécaire.

Pour atteindre le premier de ces deux buts, il suffira de simples. additions des chiffres fournis par les trois volumes de l'inventaire. Voici comment on trouvera le nombre d'ouvrages que possède la bibliothèque. Le premier volume (grand format), partant du numéro 1 , on prendra simplement le dernier chiffre atteint. Le deuxième volume (moyen format), partant de 4,001, par exemple, on prendra le chiffre atteint par ce volume, moins 4,000. Le troisième volume (petit format),

ment le degré d'antiquité d'un livre qu'on nous donne comme très ancien.

Parmi les livres anciens, c'est surtout de ceux qu'on appelle incunables^ que nous avons k nous occuper ici, c'est-k-dire de ceux qui ont été imprimés dans le courant du XV** siècle, ou du moins dans les premières années du XVI% k cette époque où l'art était encore dans l'enfance (tnctma6t«/tem, berceau). Pour ceux qui ont été imprimés postérieurement^ outre que leur rareté est beaucoup moindre, on reconnaît facilement l'époque k laquelle ils ont vu le jour par la date qu'ils portent, a moins que quelque accident n'ait fait disparaître cette date. Pour les incunables, au contraire, la date n'existe pas toujours, et d'ailleurs, quand elle existe, elle n'est pas. toujours aisée a découvrir.

Nous pouvons donc dès maintenant partager les incunables en deux classes : 1* Ceux avec date ; 2° ceux sans date. Quant k ceux de la première catégorie, nous nous en occuperons ciaprès, dans un article spécial que nous consacrons aux souscriptions et k la date des livres : nous nous arrêterons seulement ici k ceux de la seconde catégorie, comprenant les livres sans date.

Comment donc reconnaître le degré d'ancienneté des livres sans date ? On peut proposer pour cela, plusieurs moyens, dont quelques-uns reposent sur une appréciation plus ou moins facile, mais dont les autres- n'ont rien d'équivoque. Nous prendrons surtout ici pour guide un savant bibliographe du XVIIP siècle, S. J. Jungendre, qui a publié le résultat de ses observations k ce sujet dans un travail intitulé : Disquisitio in notas characteristicas liborum a typographim ineunabulo ad an, M. D. impressorum, 1740, in-4.

Voici donc quels sont les principaux signes auxquels on peut s'arrêter :

1* Absence de titre sur une feuille séparée, — Dans les premières années qui ont suivi l'invention de llmprimerie, en effet, l'on voit* toujours les imprimeurs négliger ce détail, et il faut arriver k l'an 1476 tout au moins, peut-être k 1480, pour trouver les titres des livres imprimés sur des feuillets séparés. A partir de cette époque, l'usage des titres imprimés devient général. Ce premier signe ne saurait donc nous tromper, a

LES LIVRES d9

moins que le livre qui nous est présenté n'ait été Tobjet de quelque lacération malveillante ou accidentelle.

2® Absence de majusculeÉ au commencement des chapitres. — Ce second signe nous parait également sAr. Pour faire ressembler davantage les livres imprimés aux manuscrits, l'imprimeur laissait en blanc la place destinée aux majuscules qui devaient commencer les principales divisions, et Tenlumîneur était chargé de peindre et d'orner ces espaces restés libres. Suivant le Dictionnaire de bibliologie de Peignot^ ce serait Alopa, imprimeur de Florence (1494), qui aurait Ip premier donné des éditions avec des lettres capitales imprimées dans le texte ; mais Ludovic Lalanne nous dit que cette particularité se rencontre dans plusieurs ouvrages publiés antérieurement, desorte que l'absence de majuscules serait un signe d'une plus haute antiquité encore.

5* Rareté de ces divisions par chapitres. — Cela n*empéchait pas pourtant qu'on ne rencontrât souvent des lignes variant de longueur et de nombre dans les pages d'un même ouvrage. Cela tenait k l'imperfection de l'art, et l'on ne prenait pas, dans le commencement, tout le soin que 1 on a pris plus tard k couper la matière des livres autant pour le plaisir des yeux que pour la facilité de la lecture.

¥ Substitution et emploi Vune pour Vautre de certaines lettres. — Dans les éditions du quinzième siècle, on trouve, en général, le e substitué au t dans les mots natio^ oratio, servitia, etc. De même Ve simple remplace toujours les diphthongues w ou œ. Vi et lej sont toujours confondus et employés l'un pour l'autre, de même que Vu et le v.

5* Forme particulièfe du point et de la virgule. — Dans les premiers livres imprimés, le point prend généralement la forme d'une étoile ; quelquefois il est simplement carré. La virgule est le plus souvent figurée par un trait oblique. Ce trait oblique remplace généralement aussi le point sur les i. . 6* Grande quantité des abréviations* — Ces signes abréviatifs étaient imités des manuscrits. Ils étaient en assez grand nombre, et s'employaient d'une manière plus ou moins générale. Quelques-uns se rencontraient plus fréquemment, et l'on peut citer en particulier : un z pour èt^ une sorte de 3 placé après neq et quib pour figurer neque et quibus, te q avec

la partie inférieure traversée par un petit trait en forme de croix pour signifier quant ou qtiod.

V Absence de pagination, — Les premiers imprimeurs ne numérotaient pas les pîiges de leurs livres ; et cela est d'autant plus étonnant que Ton trouve souvent^ dans les anciennes éditions, des tables qui renvoient aux feuillets indiqués par leurs numéros. Cela ne peut s expliquer qu'en supposant que les imprimeurs laissaient aux acheteurs le soin de chiffrer leurs livres a la main. Mais il est arrivé souvent que ce travail n'a pas été fait. « Les chiffres, remarque à cet égard M. Magré de Marolles (1), se rencontrent très-rarçment dans tout le cours du quinzième siècle, et ils ne sont devenus d un usage général que vers le milieu du seizième, lorsqu'on a commencé d'ajouter aux livres imprimés des index alphabétiques des matières. » Toutefois on suppléa de bonne heure à cette absence de pagination, par l'usage des registres, des signatures et des réclames.

Le registre {registriim chartarum) consiste .en une petite table, que l'on plaçait quelquefois au commencement, le plus souvent a la fin du volume, et qui rappelait les premiers mots des feuillets composant la première moitié de chaque cahier. Il servait surtout, dans les commencements, a régler et a faciliter l'assemblage et la reliure des livres. On le voit apparaître pour la première fois dans les Philippiques de Cicéfon et le Tite- Live, imprimés par Ulric Han, en 1469 ou 1470. — Les signatures sont des lettres ou des chiffres que l'on place au bas et a droite de la première page de chaque cahier, pour en marquer l'ordre dans le volume. On se servit d'abord des lettres de l'alphabet, que l'on fit se succéder dans leur ordre naturel. Puis, si le nombre des cahiers est plus grand que celui des lettres de l'alphabet, Ton double ou l'on triple au besoin ces signatures, ainsi : Aa, Aaa. On trouve pour la première fois des signatures de ce genre dans le Johan. Nyder prœceptorium divinœ legis^ Coloniœ, per Johan. Kœlhof de Lubeck, 1472. — Enfin les i^édames {reclamantes) consistent en un mot ou quelques syllabes d'un mot placés au bas d'une page verso et répétés au commencement de la page suivante,

(1) Recherches sur le premier usage des registres ^ 1783, ia-8*, p. 48.

LES LIVRES loi

pour faire connaître l'ordre exact des pages et des feuillets. L'usage des réclames a commencé a Venise, en 1468 ou 1469, et le premier où l'on en rencontre est ie Tacite imprimé dans cette ville par Jean de Spire, et qui ne porte pas de date, mais auquel Magré de Marolles croit pouvoir attribuer la date cîdessus.

8** Qualité du papier. — Lo papier employé par les premiers imprimeurs était gras, jaune et gris, épais et inégal : la fabrication était encore défectueuse. Mais on ne tarda pas à le perfectionner. Ce fut à Rome que l'on commença a entrer dans cette voie. Quant aux marques du papier, dont on a voulu se servir pour déterminer le nom de certains imprimeurs, c'est un critérium sans valeur, car ces marques ne désignaient point l'imprimeur, mais seulement le fabricant.

9<> Irrégularité et grossièreté des types. — C'était là un défaut inhérent aux premiers tâtonnements de l'art. Mais ce défaut ne subsista pas longtemps ; les caractères se perfectionnèrent assez vite, et dès la fin du quinzième siècle, on .trouve des impressions exécutées avec une netteté qu'on ne rencontre pas toujours dans les éditions modernes.

D. — De la souscription et de la date des livres anciens.

Nous avons distingué ci-dessus (1) deux catégories d'incunables : ceux avec date et ceux sans date. Nous avons montré ensuite à quels signes on pouvait le plus sûrement distinguer les incunables ne portant pas de date. Il nous reste h nous occuper de ceux où cette date existe. Mais comme elle ne se présente pas toujours d'une façon bien nette et bien précise, et qu'il est ainsi souvent malaisé de la fixer a^ec certitude, il importe d'établir quelques règles propres à nous servir de guides en cette matière.

11 importe auparavant de dire quelques mots de la souscription des livres.

Il est d'abord a remarquer que les livres imprimés au XV* siècle commençaient souvent par cette formule assez uniforme : Incipit liber qui dicitur^ etc., qu'on appelait

(1) Voy. supra, p. 98 .

1Û2 LPS LIVRES

suscriptim. Ils se terminaient aussi par une autre formule corrélative, plus ou moins étendue, nommée souscription; qui renfermait ordinairement la date de leur achèvement.

Ces formules de souscription étaient fort diverses. On en trouve beaucoup conçues en ces termes, qui rappelaient Tancienne forme des manuscrits : Explicit liber qui dicitur, etc. Puis, après l'indication du titre ou du contenu de l'ouvrage, venait le nom de la ville où il avait été imprimé, celui de l'imprimeur, la date de l'année, du mois, et même aussi souvent du jour où l'impression avait été achevée. Quelquefois cependant, ces dernières indications manquaient plus ou moins complètement. On rencontre aussi, dans beaucoup de livres du XV° siècle, des souscriptions manuscrites, ce qui, suivant la remarque de Psaume, (1) ne doit pas peu contribuer a jeter de la défiance sur certaines dates.

On trouve également, surtout dans les premiers temps de i'imprimerie, des souscriptions en vers. Chaque imprimeur, du reste, avait sa formule spéciale. Voici, en particulier, celle qui avait été adoptée par Jean de Spire, à Venise :

Primus in Adriatica formis impressit œneis Urbe libros Spira genitus de stirpe Joannes.

In reliquis si quanta vides, etc.

Beaucoup de souscriptions, enfin, renferment de nombreuses abrévations. Voici, a titre d'exemple, la souscription qui termine une bible latine, 2' édition en 2 vol. in-folio, de Fust et Schœffer :

Png hoc Opusculû artîQciosa adinvêntione impmendi seu caracterizandi absqz calami exaracôn^ in civitate moguntu sic effîgigiatïï, ad eusebiam Dei industrie per Johez Fust civë et Petm SchoiSer de Gernszheim clericïïdinotes* (2) eiusdem est consûîSatuz, Anno Dm Mcccc ixij . In vigilia assumpebis virg. Marie,

Les mêmes imprimeurs avaient publié, quelques années auparavant, un livre des psaumes fort remarquable, composé de 75 feuillets et décoré de 288 capitales ornées, gravées en bois avec une grande délicatesse. La souscription du livre,

(1) Dictionnaire bibliographique,

(2) Lisez dictum.

LB8 LIVRES i03

est imprimée en rouge au verso du dernier feuillet, et sans abréviation. Nous croyons intéressant de la reproduire ici :

Presens Spalmorum (1) Codex.

Venustate capitalium decoratus rubricalionîbusque sufficienter distinctus, adinventione artiflciosa imprimendi ac characterizandi .

Absque calami ulia enaratione sio efBgiatus, et ad eusebiam Dei, industrie est consommatus, per Johannem Faust^ civem moguntinum et Petrum Shœffer de Geraszeym.

Anno Domini millesimo ccccLvn,in vigila Assumptionis.

Voyons maintenant comment, dans les premiers temps de rimprimerie, on avait coutume d'indiquer la date des livres. Cette date s'exprimait, soit en chiffres romains, soit en toutes lettres, et le plus souvent en latin, soit par les deux modes ensemble, quelquefois aussi, mais plus rarement en chiffres arabes.

En ce qui concerne la date en chiffres romains, elle ne donnerait lieu à aucune difficulté, si les imprimeurs avaient toujours suivi la marche ordinaire, et donné aux lettres adoptées la valeur généralement admise. Mais il n en a pas toujours été'ainsi, et Ton dirait souvent qu'ils se sont plu, dans leurs combinaisons, a jeter le trouble dans nos esprits.

Rappelons d'abord les valeurs de convention généralement données aux lettres de Talphabet pour la numération romaine. Voici les principaux signes enployés :

llfBS€

int {

IIII ou IV

LXXXX ou XG . . . .

ce

CCCC ou CD

DC

Page 1