DE L EMPLACEMENT
rérection d'établissements d'études. Pourquoi ne choisirait-on pas.de préférence un de ces quartiers? Sans doute, lorsqu'il s'agit d'une bibliothèque publique, tous ont le même droit de profiter de ses richesses ; néanmoins il serait peu équitable de subordonner aux commodités d'un petit nombre de personnes celles d'un beaucoup plus grand nombre. Nous voudrions que la bibliothèque fût mise à portée de tous, mais surtout a portée de ceux qui en useront certainenement.
Nous avons ajouté que le quartier choisi devrait avoir assex de calme pour favoriser l'étude. Tout travail, en effet, demande du calme et de la tranquillité ; le travail de l'esprit, plus que tout autre, craint le bruit et le tumulte :
Car mina secessum scribe ntis et otia quœrunt,
dit le poète ; c'est dans la retraite et loin des foules que s'enfantent les œuvres du génie. Est-ce à dire, pourtant, qu'il faille placer la bibliothèque en un lieu tout' a fait retiré du mouvement de la population ? Non, certes : tout est relatif en ce monde. Ce que nous désirons, c'est que le bâtiment de la bibliothèque soit assez éloigné du bruit de la rue, pour que l'étude n'en soit point troublée. Même dans les quartiers les plus populeux et les plus agités, on trouvera toujours, pourvu qu'on le veuille sincèrement, un endroit réunissant ces condi* tîons d'une manière suffisante.
Il est encore, avons-nous dit, un autre but que nous devons nous efforcer d'atteindre, un autre point qu'il faut tâcher de concilier avec le premier : c'est de mettre la bibliothèque à l'abri des dangers de détérioration et de destruction. Pour cela, ne choisissons pas, d'abord, des terrains bas et humides : l'humidité engendre la moisissure, et peut a la longue causer aux livres de grands dommages. Ensuite, évitons égalem^it le voisinago trop rapproché d'un établissement dangereux, tel qu'hne usine ou un magasin contenant des matières inflammables. Pour ne devoir être souvent que vaine, cette dernière précaution n'a pas moins en elle-même une grande importance. En tout cas, le danger de7eu sera toujours considéraJ»lemeat amoiâdd, si ïon peut isoler le bâtiment de la
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bibliothèque (1). Dans le cas, en effet, de quelque sinistre dans le voisinage, la communication deviendrait bien dîfBcile» pour ne pas dire impossible.
Si maintenant nous arrivons a la construction même du bâtiment et à la disposition qu'il faudra lui donner, nous nous inspirerons encore des mêmes idées, et nous tâcherons de concilier toujours le besoin de la sécurité avec l'utilité des travailleurs. Nous ne songeons pas à entrer dans les détails de la construction : ceci est l'affaire de l'architecte chargé du travail ; nous voulons seulement donner quelques indications générales qui nous paraissent bonnes k signaler.
D'abord si la configuration du terrain le permet, il serait a désirer que le bâtjment fût disposé de façon à avoir des ouvertures des deux côtés, et que ces ouvertures fussent au levant et au couchant : on aurait ainsi le plus de jour possible, avec la facilité d'établir de temps à autre des courants d'air, ce qui serait très avantageux pour la bonne conservation des livres.
Mais on peut être contraint de subir la loi de nécessités plus fortes. Alors, et s'il n'est possible de donner au bâtiment d'ouvertures que d'un côté, tâchons au moins de les avoir du côté du soleil levant.
Ce conseil nous est donné par un grand architecte, Vitruve, dont l'autorité doit être pour nous de quelque poids. Voici d'ailleurs comment ce maître de la construction s'exprime h propos du point qui nous occupe : « Cubiciila et bibliothecœ ad orientem spectare debent; usas enim matutintim postulat lumen. Item in bibliothecis libri non putrescent; nam in his, quœ ad meridiem et occidentem spectant, a tineis et humore vitianiur^ quod venti hiimidi advenientes procréant eas et alunt, infundentesque humidos spiritus pallore volumina corrumpunt (2). » Vitruve, en effet, avait bien raison, et ce qui était vrai de son temps l'est encore aujourd'hui. D'une part, l'aspect du midi favorise la naissance et le développement des insectes, fléau redoutable pour les bibliothèques ; d'autre part, l'aspect du couchant rend la bibliothèque humide
(1) Comp. J. Peizholdt, Katechismus der Bibliçthekenlehre, 3* éd. Leipzig, 1877, p. 20.
(2) De Architedura, cap. III, art. 2,
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et expose les livres k la moisissure. Pour ce qui est du nord, il a, lui, les bises siflBantes, les rigueurs persistantes de l'hiver, les brumes, qui donnent aussi Thumidité. Au contraire, Torient apporte un air doux et fortifiant, pur, tiède et léger suffisamment sec et tempéré par une suave fraîcheur : Torient, c'est la vie en sa jeunesse ; il domine la vigueur, égaie le cœur et rend k l'homme le travail agréable et facile. En même temps^ cette exposition permettra de faire pénétrer souvent l'air a l'intérieur, et cet air, abondant et assez chaud, sans être brûlant comme celui du midi, sera toujours extrêmement avantageux k la conservation des livres.
Le même besoin de préserver les livres de Thumidité nous fera encore désirer qu'ils ne soient point placés au rez-dechaussée, mais au moins au premier étage. Si cependant le bâtiment est exclusivement destiné a recevoir le dépôt des livres, et qu'il soit nétîessaire d'occuper même le rez-dechaussée, il sera opportun de le surélever un peu au-dessus du sol et de le munir d'un bon parquet : par ce moyen, l'on conjurera, dans une certaine mesure, l'inconvénient que nous signalons ici.
Quant a la forme a donner au bâtiment de la bibliothèque, elle dépendra généralement beaucoup de la configuration du terrain que l'on aura k sa disposition. Toutefois, la forme qui nous parait la plus commode et où l'espace pourra être le mieux ménagé, est sans contredit celle d'un carré long : c'est celle, en effet, qui peut donner les surfaces les plus étendues et les plus régulières pour le placement des rayons.
Si le bâtiment est assez large pour pouvoir êtft divisé en deux dans le sens de la longueur, on pourra avoir, d'un côté, une salle de lecture suffisante, puis d'autres salles pour le service, peut-être même aussi une salle pour les manuscrits et les ouvrages précieux ; de l'autre côté, on aurait une grande salle formant la bibliothèque proprement dite, et cette salle pourrait encore recevoir des accroissements de surfaces au moyen de travées transversales, en ménageant seulement un couloir dans toute la longueur. La figure ci-dessous peut donner une idée de cette disposition, que nous croyons très avantageuse. Nous y supposons la bibliothèque et ses dépendances au premier, ou, si l'on veut, au second étage.