RATIONNEL
embrasse toute cette variété d’actes libres par lesquels le bonheur des hommes pris collectivement ou individuellement est augmenté ou diminué. Les actes dont il résulte un mal positif sont les délits,— délits privés envers les individus , — délits publics envers la communauté , — délits envers soi-même, si l’on peut toutefois donner ce nom aux actes par lesquels nous ne faisons du tort qu’à nous-mêmes. Les délits privés , les délits publics sont soumis à une sanction légale. Les délits contre soi-même ne sont pas en général punis par les lois, ni même punissables ; ils entraînent naturellement pour l’individu des conséquences nuisibles , qui leur servent de peine ou de frein.
Dans les relations mutuelles des hommes , il est d’autres règles de morale qui ne constituent pas des obligations exigibles , tels sont les services positifs de bienveillance ; je veux dire qu’ils ne sont pas exigibles au nom de la loi : mais ils ont aussi des sanctions qui les appuient. Selon la manière dont on se conduit envers les hommes , on éprouve de leur part les effets de la haine ou de l’amitié, de l’estime ou du mépris , de la défiance ou de la confiance , etc.
Qu’on se représente combien la jeunesse instruite dans de justes notions sur tous ces points , apprenant de la loi même à n’envisager la société que comme une assurance mutuelle de bonheur, à peser toutes ses actions dans la balance de l’intérêt
DK LA. LOI.
général, serait différente de celle qui entre dans le monde sans avoir aucune connaissance des lois ni aucune idée claire du principe de ses devoirs. La véritable éducation est celle des lois : leur étude doit être la principale occupation des jeunes citoyens dès qu’ils ont atteint 1 âge de raison : ces instructions puisées dans ce commentaire raisonné exerceraient un empire d’autant plus fort qu’elles ont déjà leur racine dans le cœur et qu’elles sont toutes fondées sur les besoins de l’humanité.
Je me résume : le principe de l’utilité générale, le plus grand bien du plus grand nombre , établi dans la loi , développé dans ses détails , deviendra pour la jeunesse un code d’instruction qui lui donnera des habitudes morales et intellectuelles infiniment supérieures à celles qui résultent de tous nos systèmes vulgaires.
J’insiste encore un moment sur la nécessité de ce commentaire. Une loi peut-elle être bonne si elle n’est appuyée sur de bonnes raisons ? et quelle confiance devez-vous à celui qui ne pourrait en produire aucune ?
Faire des lois sans assigner des raisons , ce n’est pas une œuvre difficile , il ne faut pour cela que du pouvoir. Il n’y a point de Néron , point de Claude qui n’en soit capable. La même main royale qui vient de s’employer à broder une robe pour une madone , pourra le moment d’après tracer une loi pour condamner à la mort le téméraire