I»ES ÉLECTIONS
mais, dans ce plan, il faudrait en doubler le nombre pour suffire à la rotation. La plus grande abondance de talent ne pourrait pas justifier une profusion de cette nature ; mais cette abondance de tajent est fort loin d’exister dans une carrière aussi hérissée de difficultés que celle de la jurisprudence. Je veux même supposer que les lois soient arrivées au plus haut degré de simplicité possible, l’art de juger sera encore fort au-dessus d’une capacité vulgaire. Qu’on cite les jugements du gouverneur de Barataria comme des modèles de justice, c’est une excellente plaisanterie, et je vois que Cervantès , sous le nom de Sancho, aurait été un très bon juge; mais parlons sérieusement : ne faut-il pas un esprit exercé par l’étude , un vrai logicien , pour reconnaître si tel fait tombe exactement sous la définition de la loi , pour peser la valeur des témoignages qui se contrarient , pour faire une chaîne de preuves d’une multitude de chaînons séparés , pour apprécier la validité des titres , pour démêler les fils d’une chicane astucieuse ? Sans doute , il est des cas faciles où le simple bon sens suffit pour donner une boifne décision : je conviendrai même que les trois quarts des affaires sont de ce genre; mais quand sur cent causes il n’y en aurait qu’une d’intriquée et d’obscure , il faut que le juge soit en état d’en sonder les profondeurs.
D’ailleurs, si le bon sens suffit pour décider