I. Preuves directes
L'ancien Testament est authentiqpe; les récits de l'ancien Testament sont fidèles \ l'ancien Testament est digne de foi.
— Apercevez-vous, M. F., Finévitable
conséquence de cette vérité ? Si Tancien Testament est digne de foi , il renferme une révélation , il est un livre divin.
Vous y rencontrez à chaque page la déclaration formelle, que ces auteurs ont été conduits par l'Esprit de Dieu. Vous y trouvez des miracles nombreux , inséparablement liés avec l'histoire , présentés comme des gages de l'inspiration divine à laquelle ces livres prétendent. Dès lors nos pensées s'élèvent, et dans ces écrits antiques , nous apercevons tout à coup l'œuvre de Dieu. Si , profitant de ce point de vue nouveau, nous les examinons en y recherchant les traces de leur divin auteur , alors M. F., au milieu des obscurités dont les entourent nécessairement et leur ancienneté , et l'ignorance du peuple auquel seul ils furent d'abord destinés , nous y trouvons d'autres miracles non moins puissans pour produire notre conviction , que les prodiges opérés par
la baguette, de Moïse, ou la voix d'Elisée. s'il nous étoit donné de vous dé* voiler au moins quelques-unes de ces merveilles, qu'une lecture superficielle et îrr réfléchie ne laisse point apercevoir !
Voyez-vous ce peuple stupide , qui , méprisé du genre humain, végète opiniâtrement sur un petit coin de terre ? Peu avancé dans la civilisation , il ne prétend à aucune gloire littéraire ou scientifique ; il n'a ni philosophes célèbres ^ ni artistes distingué^. U reste étranger au mouvement intellectuel qui entraine à ses côtés les peuples de la Grèce et de l'Orient ; sa langue est pauvre , son ignorance extrême , la pensée reste chez lui sans développement et sans essor; ^1 ^t presque entre les peuples, ce que sont p^r*mi les hommes ces êtres ébauchés , que des facultés imparfaites condamnent k végéter dans une longue enfance, — Cependant il connolt une chose , une seule
diose, et il est seul à la connoltre ; cette connoissance fut refusée à la sagesse des Grecs et à Forgueil des Orientaux. Cette chose, c'est Texisteiice éternelle et suprême du Dieu unique qui a fait au commencement l^s cieu^ et la terre. Seul il en parle d'une manière digne de sa grandeur; le reste du genre bumain le méconnoit. Tandis xju'aiileurs des génies immortels faits pour chanter la gloire du Très-Haut, Foutragent par leurs indignes conceptions; tandis que (quelques sages le cherchent en tâtonnant, et se réjouissent tout au plus à la lumière de quelque rayon pâte et incertain , le peuple j uif adore le seul Dieu devant lequel les hommes puissent se prosterner sans rougi;*. Contraste étrange! Le peuple juif, le plus stupide, le plus ignorant de tous ! Lui qui n*a jamais reçu de ce qui l'entoure que des leçons d- idolâtrie ! qui a passé deux siècles dans Tesclavage de TÉgypte , d^ cette
ÈgypbB âùntf suivant ^expression d'un poète, les dieux habitoient les ëtables et croissoient dans les jardins!.... C'est lui qui seul a connu la vëritë la plus relevée , la plus importante et la plus abstraite de toutes ! L'a-t-il découverte par hasard ? La doit-il à sa propre sagesse ?
Suppositions absurdes que. le moindre examen fait tomber. Écoutez -le plutôt quand il vous dit : Dieu a parlé à nos pères ^ Dieu s'est fait connoitre à Israël; et prosternez-vous devant cet Être suprême qui se fait voir comme à Vœil dans l'œuvre de la révélation, ainsi que dans celle de la nature.
Tournez maintenant vos regards, non plus sur la religion des Juifs , mais sur ceux qui l'annoncent ; sur les Abraham , les Moïse , les Élîe et tant d'autres qui marchèrent glorieusement sur Içilrs traces. Remarquez-vous leur désintéressement , leur renoncement à eux-mêmes ?
Ils ont été lapidés y dit St. Paul , ^ils ont été sciés y ils ont été fugitifs y manquant de tout y affligés y maltraités y eux dont le monde n'é toit pas digne; ils ont été errans dans les déserts et sur les m,ontagnes. Dans quels intérêts s'exposoient-ils à tant de maux? Je les regarde comme les envoyés de Dieu^ et pour moi l'énigme est expliquée; mais vous, doctes incrédules^ expliquez ce problème et tant d'autres que vous présente leur vie ! Qu'était par exemple ce Moïse , fondateur de la législation la plus remarquable qui ait jamais existé ? C'étoit, dites-vous , un homme d'un caractère audacieux et d*un ^énie élevé. Mais dans l'histoire naïve qu'il a luirmême tracée , n'avez-vous pas lu se& délais, ses incertitudes, ses refus, son peu de courage? Ne l'avez-vous pas entendu s'accuser lui-même devant son armée de foiblesse et d*hésitation? se déclarer coupable et rejeté de Dieu à la
face de ses soldats? Est-ce donc à ces traits que vous reconnoissez le génie du législateur et l'audace du conquérant?
Dites-nous encore pourquoi ce vieillard octogénaire retient son peuple pendant quarante années, captif dans un désert stârile et desséché, au lieu d'entrer enfin dans cette terre promise que tous ses vœux appellent? Expliquez -nous ati moins Fîntérêt personnel auquel il obéit, le motif secret qui le fait agir, la part de gloire et de richesses qu'il réserve pour ses enfans et pour lui. — Voyez! il laisse l'empire à un étranger ; il relègue ses propres fils dans les rangs obscurs des Lévites. Âh, si Moïse n'exécute pas à la lettre les ordres de soa Dieu , il est le plus inexplicable des mortels !
La scène change. Moïse a disparu ; con* templez ceux qui le remplacent. Au moment ou la législation chancelante avoit reçu de graves atteintes , tout à coup se
lèvent en Israël une longue suite de Prophètes , qui , victimes de la haine et du malheur, maïs toujours patiens et tou* jours courageux viennent répéter au peuple , chacun à leur tour r Ainsi a dit VÉternel. Essayons de décQuvrir le pouvoir mystérieux qui les contraint à aller les uns après les autres , se condamner aux mêmes malheurs , en répétant les mêmes leçons. — Seroient-ils de secrets agens cki prince, destinés à affermir son empire?
— Eux ! ils censurent les rois; perçant des flots de courtisans , ils arrivent jusqu'au monarque et ils le contraignent à écouter ces mots nouveaux à ses oreilles : 7V es cet homme'-là; ils lui montrent sur le mur la main qui écrit la ruine de son empire. — Ik seront peut-être des flatteurs de la multitude , des orateurs populaires avides d'agitation et de renommée? — • Ecoutez comment ils flattent le peuple :
Que te ferai-je , Ephrcum ? . ... Que
ié/erai-je , Juda? et ils déroulcfnt Atvant ses yeUx effrayés le long catalogue de ses crirties , ils le contraignent à se voir lui-même couvert de fange et souille de sang î — Ne viennent-ils point fortifier le pj^rti deâ prêtres? — Mais alors pourquoi révéler d'une manière si effrayante l'opprobre du sanctuaire ? Pourquoi Ésaïe re* pousse-t-il avec indignation des offiran* des dont les ministres de Fautel profitent seuls, et que la pureté du cœur n'acçompdtgne point? Pourquoi Jérémie Tun des Prophètes les plus zélés et les plus malheureux 9 est-il constamment victime de la haine des sacrificateurs? — Les soupconneriez-vous d'être les agens secrets des conquérans étrangers ? — Ah ! leur vie entière dépose contre ce soupçon. Us souffrent, ils meurent pour la patrie, pour sa loi, pour son Dieu, et s'il leur arrive d'ouvrir la bouche sur les intérêts politiques de la nation, ce n'est jamais,
chose remarquable , que pour prévenir de perfides alliances avec des nations idolâ* très. Cherchons ailleurs, cherchons plus haut le maître quHls servent sans espoir de récompense terrestre. Pour avoir dît des vérités sévères, Jérémie vient d'être mis en prison. U en sort, et répète aussitôt, répète toujours ses sinistres oracles, et dans Tamertume de son âme il s'écrie : Tu rnas saisie o Éternel ^ et je naipu résister • Je suis le sujet de leurs railleries^ cûr toutes lesjois que je parle ^je ni écrie: raçage et désolation! Je rnétois dit : je ne parlerai plus de sa part^ et j'ai senti au dedans de moi comme unjeu renfermé dans mes os; je ne puis plus résister {^)! — Si la conduite et les discours de Moïse nous forcent à supposer toujours présente l'action du Très-Haut , la conduite et les discours des prophètes nous le
<*) Voyes Jérémie XX, ^— iS.
font voir comme à Toeil , conduisant lui même au combat ses ministres dévoués.
Chrétiens, si nous ne devions craindre de lasser votre attention, à combien de scènes non moins étonnantes nous pourrions vous faire assister! Nous déroulerions à vos yeux ces prophéties antiques dont quelques-unes sont cependant si claires , ces prophéties dont notre siècle voit encore l'accomplissement merveilleux. Nous vous ferions admirer ces lois morales , prodige de douceur et de sainteté dans un siècle barbare, où rhomme sembloit quelquefois ne vouloir des lois , que pour consacrer le désordre et opprimer l'infortune. Vous remarqueriez cette harmonie étonnante entre vingt auteurs divers de siècle, déposition, d'éducation , de caractère ; cette gradation plu»
étonnante encore , entre les traits que chacun d'eux vient à son tour ajouter aa développement des conseils deDieu, et au
portrait anticipé da Messie. Vous contempleriez avec uiie admiration religieuse ce rayon lumineux , qui jaillissant du sein des ténèbres , laisse apercevoir sur son trône le Dieu de l'univers ; puis , toujours plus brillant à mesure qu'il traverse les générations et les âges, fait apparoitre au genre humain attendri , son Dieu , son Sauveur et sa destinée dans toute leur gloire, et, fleuve de lumière, inonde enfin le globe entier de sa clarté fécondante et pure. À cette vue , vous vous prosterneriez devant votre Dieu , vous reconnoitriez , vous célébreriez son ouvrage !
IL Objections.
Hélas ! devroit-il être nécessaire d'entasier tant de preuves! n avez-vous pas été instruits àès votre jeunesse à vénérer cette loi comme divine! Oui; mais l'Église porte encore les traces profondes de cette époque déplorable où la Bible ,
où rancien Testament en particulier, étoient en butte à des attaques odieuses. Alors le ridicule , les sophismes , les fal-sifications les plus effrontées, tout étoit bon pour le défigurer. Une génération entière s'est élevée au sein de cette atmosphère impure; ses oreilles ont été souillées de ,ces profanes plaisanteries ^ et elle n'a guères examiné ce que le Dieu de l'ancien Testament avoit à répondre à ses profanes détracteurs. Que de doutes, que d'idées fausses conservent eqcore ceux qui ont eu le malheur de recevoir de leur siècle cette lamentable éducation C)!
{*) «Lés écrivains du i8® siècle qui ont traite les livres saints des Hébreux avec un mépris mêlé de fureur , jugeoient l'antiquité d'une manière misérablement superficielle, etles Juifs sont de toutes les nations, celle dont ils ont le plus mal connu le g^nie , le caractère et les institutions religieuses. Pour sVgayeravec Voltaire aux d^pem d'£sécU«I ou de la Genèse» il faut réunir deux
Us ne sont pas les seuls qui aient besoin d'être ëclairés. A leurs côtés , nous apercevons des hommes qui, avec un cœur plus religieux , s'étonnent de trouver dans Fancien Testament des difficultés qu'ils voudraient inutilement résoudre. Ils cherchent à les bannir de leur mémoire ; ils ne lisent plus , par piété même , ce livre qu'ils ne sauraient comprendre. Ô qu'il seroit facile, j^en ai la conviction, de dissiper ces doutes, en vous montrant sous leur vrai point de vue, la position des auteurs de Fancien Testament et le but de Dieu! Ce n'est pas dans cette chaire que cette tâche est possible. Cependant nous croyons devoir au moins jeter un coup-d'œil général sur les objets qui vous étonnent.
choses qui rendent cette gai té assez triste, la pins profonde ignorance et la frivolité la plus déplorable. i> ^ B. Constant, Dg la religion^ etc. T. IL» p. 2to.)
Vous êtes peines , peut-être , de rencontrer dans l'ancien Testanaent des récits ou des images qui vous semblent peu dignes du Dieu de sainteté. Mais au lieu de Fhistoire des temps anciens , ces livres devoîent-ils donc vous en offrir le roman ? Ne devoient-ils pas nous retracer les Patriarches tels qu'ils étoiçnt, couvrant la plaine de leurs troupeaux, de leurs bergers et de leurs tentes, ou bien exerçant une hospitalité rustique sous leur vigne et leur figuier ? en un mot, avec leurs mœurs simples et souvent grossières, leurs vertus énergiques et quelquefois sauvages ? Et les historiens sacrés , qu'ont-ils fait autre chose ? Auriez-vous prétendu que , pour raconter les scènes naïves du monde encore enfant , ils empruntassent à une civilisation avancée les délicatesses inconnues à leur siècle ? Si par fois ensuite , dans les véhémentes exhortations des Prophètes, voii»
rencontrez des images qui vous étonnent ou vous répugnent, n'oubliez pas que ces livres sacrés s'adressoient avant tout aux Hébreux; ce sont les Hébreux qu'il falloit émouvoir, entraîner, et vous êtes mauvais juges des moyens à prendre pour y réussir. Avec la marche des années , la civilisation toujours croissante épure , si ce n'est les mœurs, au moins les mots* Dans un siècle encore barbare , les historiens de l'ancien Testament se sont ser*vis non de votre langage , mais du leur , et l'inspiration divine ne devoit pas plus le changer qu'elle ne changeoit leur caractère. Ah! M. F., si vous avez le sentiment que vos habitudes intellectuelles et religieuses vous feroient » à vous , un besoin de trouver dans les paroles des Envoyés de Dieu une simplicité moins naïve et une pureté plus sévère , ne condamnez pas ces hommes pieux qui, s'acquittant avec fidélité de leur tâche, ont
parlé la langue de leurs contemporains pour en être écoutés. Reconnaissez plu-r tôt en vous-mêmes, les eflfets de ce Chris* tianisme qui, pour la première fois, a fait connoitre au monde Tidéal de sain-:
teté dont vous éprouvez maintenant le besoin , a rendu le monde capable de le concevoir , et digne de Tadmirer. Reconnoissez son influence, (et par conséquent les résultats des révélations qui Tavoient préparé), jusques dans ces sentimens re* levés , dans cette délicatesse susceptible , dans cette décence craintive d'où partent vos plaintes.
Chrétiens, je crois vous entendre. Ce qui vous étonne , ce sont certains précep* tes minutieux , certains miracles inutiles ou singuliers qui semblent peu dignes du Maître de Tunivers. Ce n est pas ici que nous pouvons répondre à chacune de ces accusations. Nous nous bornons à une réflexion seule : rappelez- vous que toutes ces
choses étoient calculées non pour vous , mais pour les Juifs; quelque isolées qu'elles paroissent, elles faisoient partie d'un vaste dessein dont le but étoit de produire sur les Hébreux une impression profonde , de s'emparer de leurs affections , de leurs habitudes , de leur âme tout entière , et des générations à venir comme de la génération contemporaine. Ce plan existe ; il est déposé dans l'ancien Testament, où depuis long-temps il excite l'admiration de ceux qui savent le découvrir et le méditer. Sans l'examiner ici , voyez le résultat , et jugez si le véritable auteur de lancienne loi s'y est bien ou mal pris pour remplir ses vues. Au bout de quelques siècles , le peuple juif s'étoit tellement identifié avec la législation sévère et le culte minutieux qui lui étoient imposés , que cet état de choses étoit devenu une partie nécessaire de son existence. U ne pen&oit> il ne sen-
toit que par sa loi et pour sa loi , il mou* roit plutôt que d'y renoncer. Déracina par la foudre, cet arbre antique a été )eté avec violence loin du sol natal ; mais 9 o prodige ! ses rameaux ëpars et mutilés végètent encore , pleins de sève et de vie , et le Juif exilé conserve, en dépit du temps et de la distance , tout ce qu^il a pu garder des lois et du culte de ses pères, tant étoit bien calculée Fimpression produite par Moïse il y a plus de trente siècles (*). Trente siècles ....*! publicistes,
(*) « Moïse . . •• Toulut qu'ancnn individu do peuple <i ^'il créa» ne pût avoir nne pensée » faire une action <i qui ne fût prëvue et lëgale ; il lia, il incorpora telle- « ment les Israélites aux lois qu'il leur donna , aux prar « tiques qu'il leur prescrivit , qu'on ne peut les en se- «I parer sans les détruire; il leur fit une existence k « part, et les rendit infusibles dans les autres peuples, a Avec un livre, il fit une nation qui put subsister sans « patrie. Tant qu'une poignée de Jui£i existera, la loi a et le peuple juif existeront : chacun en .est Texem* « plaire vivant. Le Juif n*est ni européen , ni asiati- « que, ni africain^ il n'est ni républicain, ni monar-
législateurs habiles , Fentendez •* vous ?
L'œuvre de Moïse subsiste encore après trente siècles ! Qui de vous osera se flatter d'un semblable sdccès? Ah! reconnoissez donc la divine sagesse et son ou* vrage ; prosternez-vous , non devant l'homme, qui ne fut qu'dii foible instrument , mais devant Dieu qui le faisoit agir.
Il est une autre objection ^ M. F- , plus grave en apparence, et qui sans doute est en cet instant sur vos lèvres : La révélation juive vous semble quelquefois obscurcir la justice de Dieu ou accuser sa bonté. Des châtimens sévères, des exécutions sanglantes, la main de l'Éternel toujours prête à frapper , des innocens sacrifiés quelquefois dans la foule des coupables Est-ce donc à ces
m chique; en tous lieux et toujours il est Juif et n'est « que Juif. » (Massias, Rapport de la nature à Vhomme et de r homme à la nature* T. 3» p. 171.)
traits que nous devons reconnoltre notre Dieu? — M. F., ne restons pas toujours dans rëtroite enceinte de nos habitudes et de nos idées sensibles ; n'oublions pas toujours le caractère du peuple juif , les immenses ressources et les vastes conseils du Très-Haut.
Quel peuple que le peuple hébreu!
Quel mélange de stupidité farouche , d'orgueil et d'opiniâtreté ! En vain les merveilles les plus grandes frappent ses oreilles , étonnent ses yeux , elles n*ébranlent point son cœur! Pour le soumettre à la loi, pour le contraindre à être heureux, il faut que l'abîme soit ouvert sous ses pieds, que la foudre retentisse sur sa tête. Si le sang coule, si les éclairs de Sinaï déchirent la nue , si Dathân est enseveli vivant dans les entrailles de la terre , alors , mais alors seulement , il s'humilie , il obéit. £h bien , dans sa miséricorde l'Éternel arrête d'employer la
Voie qui seule peut le toucher. Aidé de la terreur de ses jugemens, il l'ëclaire , il le sanctifie 9 puis il le lance au travers des siècles pour accomplir sa tâche: qu'y a-t-il donc là qui vous semble indigne de la justice de votre Dieu? — Les inno* cens, dites-vous, les innoceïis sont punis avec les coupables M. F. , vous faîtes une méprise trop commune et cependant étrange. Vous confondez la position et les droits du Dispensateur de la vie et de Féternité , avec la position et les droits de ces juges impuissans, auxquels la société humaine confie un instant le pouvoir de punir , et jamais celui de récompenser. Ah ! ceux-ci sans doute qui ne peuvent ni rappeler à la vie, ni dédommager leurs victimes , n'useront jamais avec trop de scrupule et de timidité, du droit terrible qui leur fut remis. — Mais en est-il de même du Dieu qui fait vivre et qui fait mourir? Quoi,
celui qui appelle tous les enfans d'Adam à rendre leur dépouille a la terre ou plus tôt ou plus tard ; celui qui les a faits , qui leur a mesuré, d'après son bon plaisir, leur portion d'existence» ne pourroit, sans injustice , retirer du monde un innocent dans un moment plutôt que dans un autre , lorsque cette mort seroit nécessaire à rinstruction des contemporains, et devroit leur paroître juste!
lorsqu'elle seroit le moyen de les détourner du crime ! Dieu vouloit que les témoins du supplice le regardassent comme le châtiment d'une faute, et la faute conrnie digne de mort; voilà tout ce qu'il vous est permis d'affirmer, mais rien ne vous prouve que ce Dieu ait réellement voulu punir. — Que savez- vods si cette mort n'étoit peut-être point une récompense ?
Appliquez ces réflexions, M. F., à ces tragiques histoires qui vous épouvantent
dans randieime loi , et derrière cet ange exterminateur qui frappe du glaive au nom de FÉternel, vous apercevrez un Dieu de miséricorde et d'amour qui sourit avec tendresse à ses foibles enfans.
Ail milieu d'une pompe solennelle (*) , Tarche sainte , trône redoutable de Jéhova , monument mystérieux qu'il n'étoit permis aux Lévites eux-mêmes de toucher ni de découvrir , l'arche sainte enveloppée des voiles sacrés , étôit lentement traînée à la demeure nouvelle que lui destinoit David. Sur son passage , les chants pieux , les holocaustes et l'encens altéstoient le zèle du monarque et la joie d'Israël. Mais Israël et David ont oublié de quelle religieuse terreur l'arche doit être entourée ; ils méconnoissent les grands intérêts religieux et nationaux auxquels ce respect se rattache ; une
{*) 2 Samuel VI; i Chroniques XUI.
grande leçon est nécessaire elle va
être donnée: Le char ébranlé se penche, Tarche va tomber. — Un homme s'élance ; sa main pieusement téméraire la soutient et la raffermit . . il tombe frappé de mort ! A ce spectacle les Juifs se troublent^ le cortège eflBrayé s'arrête , Juda se rappelle avec anxiété la volonté divine et les rites prescrits (*) ; le peuple contemple avec terreur ce cadavre, dont les trait»
défigurés par Fépouvante et la mort, semblent porter l'empreinte de la colère
de Dieu , et cependant l'âme du
pieux Huzza ^ abandonnant avec joie ce monde de misères, s'élève sans doute en triomphe vers le séjour du bonheur.
Déjà elle se repose avec délices dans le sein de son Dieu ! Hommes irréfléchis , est-ce donc là ce que vous appelez iajustice , cruauté ? Ah ! repoussez enfin tant
(*) VojCB t Clironiques XV , la.
d'objections qu'un peu plus de réflexion ou de science suffiroit pour dissiper; et si vous n'avez ni le temps de tout appro fondir , ni la faculté de tout comprendre, confiez-voiis au moins au Dieu qui a entouré Fancienne loi de preuves si puissantes, au Sauveur qui Ta placée sous son infaillible garantie.