CHAPITRE V
DES LIVRES DE, l' ANCIEN TESTAMENT POSTÉ- RIEURS AU PENTATEUQUE.
Suppléons rapidement à ce que nous n'avons pu dire, p. 21 et 22 , et indiquons au moins quelques idées de plus.
Je dois rappeler avant tout que nous parlons ici seulement de l'authenticité, de la crédibilité des livres saints ; nous
(*) Eichhom, Einleitung in das A, T,f §442» 3.* édit.
( "7 ) ne les examinons encore que comme des livres ordinaires. D'après notre plan c'est dans la seconde partie du discours , ou dans les développemens à y ajouter , qu'il devoit être question de leur divinité.
n y auroit trois chc^es à faire dans ce chapitre; premièrement, montrer la liaison qu'ont nëcessairement avec le Pentateuque les autres livres de l'ancien Testament; secondement, examiner ces livres en eux-mêmes; troisièmement, peser les témoignages historiques sur lesquels leur autorité s'appuie.
SECTION I
En admettant le Pentateuque, nous a<bnettons par cela même les bases de l'histoire juive. Moïse a écrit les cinq livres qui portent son nom , donc il a été le législateur des Hébreux; donc cette nation a dû traverser un grand nombre
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de siècles avec les institutions qu'elle avoit reçues de lui , la patrie et Texistence politique qu'elle lui de voit ; ayant par conséquent ses succès et ses revers , ses guerres et ses révolutions , en un mot son histoire. Elle aura donc eu probablement aussi ses historiens. Ce peuple 9 de plus , aura nécessairement tantôt observé , tantôt violé les préceptes de son fondateur. Dans Fun et l'autre cas ces préceptes auront été Fobjet de certaines études , de certains travaux destinés à les développer , à les commenter, ou peut-être à les rappeler à la nation infidèle , à leur rendre Tempire qu'ils ne dévoient jamais perdre. Des livres religieux, dogmatiques, poétiques, oratoires , seront venus prendre place dans la littérature sacrée dés Hébreux, parmi les écrits guides de leur conduite et sources de leur foi. Ces ouvrages doivent être quelque part; nous devons nous at-
(119) tendre à les trouver à la suite de ceux de Moïse , ou dans les archives de la nation. Pourquoi donc douter de ceux que Ton nous présente, tant que l'examen ne nous a pas conduits à les rejeter?
La nature de la constitution mosaïque donne plus de force encore à notre raisonnement. Cette constitution est toute religieuse. Le chef de Tétat, c'est Dieu; la loi de l'état, c'est la religion. La force politique et la force religieuse ne sont qu'une même force ; leur but est le même, leur effet est confondu. Le législateur a réuni ces deux principes , et les administrés ne savent plus , ne peuvent plus les séparer. Les livres religieux seront par conséquent aussi plus ou moins des écrits politiques, et les histoires politiques des récits religieux. Il en devra résulter d'un côté , que les histoires politiques seront plus soigneusement con-
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servëes en leur qualité d'écrits sacrés 9 et que les livres religieux commandés souvent par les circonstances politiques et les besoins sociaux , seront plus nombreux et plus fréquens. Il seroit donc véritablement inconcevable que les écrits de Moïse nous fussent parvenus seuls; si réellement nous ne trouvions nulle part ces livres qui doivent servir de commentaire au Pentatéuque , ce seroit un phénomène dont il faudroit chercher l'explication.
Les livres que l'on nous donne p^ur le développement et l'histoire du Pentatéuque ne présentent rien qui rende leur autorité suspecte. Ils sont bien ce que nous pouvions attendre. D'abord ils sont avec ce modèle fondamental dans un rapport continuel et évident. Tantôt ils le supposent, tantôt ils l'imitent, tantôt ils le développent. Les historiens citent les lois de Moïse ou y font des allusions
indirectes; les Prophètes en reproduisent les expressions et les images, tous en ont fait la substance de leurs écrits, et souvent lui en empruntent la forme.
Cette imitation n'est cependant jamais assez servile , assez uniforme pour éveiller le soupçon. Toujours elle conserve de l'indépfendance et de la variété. Ces livres sont ce qu'ils dévoient être quelques siècles après Moïse. Les historiens, quelquefois sans paroltre le remarquer eux-mêmes, nous laissent voir sa loi tantôt observée , tantôt oubliée; puis retirée de son abandon par quelque monarque pieux. Les auteurs' prophétiques ou moraux la développent ou l'éclaircissent par leurs propres préceptes, nous prouvent quelquefois que l'on en saisissoit bien le sens et Têsprit, quelquefois aussi qu'elle étoit altérée et prêtoit à des. abus. En un mot,
dans les rapports des autres livres de rancien Testament avec le Pentateuque , tout est vraisemblable et naturel.
SECTION II (*)
Pour mieux juger ces livres , examinons indépendamment de leilh rapports
avec le Pentateuque, leur nature et leur
- ('^).C*e«t ici le lieu de relever quelques attaques faites à ces lirres, dans un ouvrage tout moderne, de nature à produire une grande sensation. ( De lareligion^ considérée dans sa source ^ ses formes et ses dévelop^menSf par M. Beniamia Constant.) A o6té d'aveux veiD^quables M de grandes vérités noblement exprimées, l'auteur (pi^mcipalement dans deux chapitres de son toitie II, p. 198— 25i.) énonce plusieurs idées qui -noâs seaabletil peu exactes, contredites souvent par les fa^ts , impossibles à concilier avec l'inspiration qu'il dit reconnottre chez le législateur des Çébreux. Je n*entrerai poitat ici dans une discussion de détail. JL'ensemble des pnB<)ipfp indiqués dans le^ f^apitres V, VIU, X et XI de ç^t ouvrage , ainsi que dans la seconde partie du discours qui lui sert d'introduction, me parott j pouvoir ^suppléer. J'aurai fait une chose plus agrëable
classification. Nous- obtiendrons de ce second examen le môme résultat que du premier. Nous ne pouvops sans doute
à mes leeteurs et à moi-même, en citant de temps à autre «foelques^uns des ëloqueos hommages que cet écrivain distûigué rend à Moïse et à ses lois. Je dois seulemeot relever ici des affirmations inexactes ou fout à fait erronées , .qui fondent la plupart des accusations de M. B. Constant.
T, II, p» ^7, il affirme qde « les^ Juifs durant leur .théocratie ponsultoieni tau jours Jéliovah sur le choix de leurs géoét aux ». --Je ne m'en r^pelie aucun exemple 9 et la pr0uve du contraire est peurtout. Je ne puis même m'explique? cette notëprise de M. B. C, que par les deux premiers versets du livre des Juges où il aura pris tr^4-prohahlèment dés noms de tribus pour , des noms de guerriers* Page 198, il commence le tableau d*unè lutte :prétendué entre l'autorité sacerdotale et l'autorité militaire, tableau que Tiiîstoitfe est loin de justifier é Pour prouver cette lutte, il suppose à Moîse, . à Josuéy en dépit de leurs familles, de leurs lois et de leur vie, le pouvoir sacerdotal; (p. t^B, note; p* 1999 200.) L'histoirede Moïse et de Josué odieux étudiée, lui eût montré simplement des chefsmilitaires , revêtus de l'autorité d'une mission divine spéciale comme la plupart des juges qui leur succédèrent, et tenant le sacerdoce dans la dépendance où la loi mosaïque le destinoit à res-
étudier ici chaque ouvrage ^ mais seulement indiquer des caractères généraux communs à plusieurs. On peut les dis-
ter (*), Quant à Samuel , dans le^el M. B« C. voit un grand prêtre » son histoire prouve qu'il ne le fut jamais, qu'il agit toujours en Prophète «t surtout en îuge» qu'en un temps de désordre, où les lois sur le culte semblent presque oubliées, il. offirit quelquefois des sacrifices , mais dans des lieux et avec des rites étrangers aux lois sacerdotales. Samuel étoit étranger à la corporation des prêtres, à cette corporation, vrai bouc-^in)^s|ujre, dont je suis loin de me constituer le défenseur, mais qui a droit cependant, comme tout accuse, à un jugement impartiaL P. 199, M* B. G. dit que « des guerriers appelas inexactement des juges , prennent place- immédiatement au-dessous des grands prêtres». Les prenvesi de ce lait seroient difficiles à foi^mir , et pour ma p9rt, je ne sais point découvrir où Tauteur fi pu les voir* Ce. que je sais, o*est qu'il n'est pas même question du grand prêtre ou de la corporation sacerdotale dans tout le livre des Juges, sauf dans un appendice beaucoup plus moderne, ou l'arche et le grand prêtre sont nommés en passant (J^g. XX, 28«) d'une paanièire tout k fà^it insignifiante et sans rapport
O Yoyes plu loin, chapitre VIII « sect. iir , quet^'es remarques sur iMoiSëreaces ecseatieiles entr« les prêrres et les Prophètes hébreux, sur i« «oafusion que ftit à cet égar^ M. B* C« ,'et sur le reproche d'oppressioa ^citiouU qu'il adtetse aux uns ou aux sucres»
tînguer en livres historiques , prophétiques 5 et moraux ou sententieux.