‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament, discours (volume 2)Chapitre 16 sur 24 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

TÉMOIGNAGE RENDU PAR LES DECOUVERTES MODERNES A LA CHRONOLOGIE MOSAÏQUE.

J ai fait allusion, page 21 , à quelques découvertes modernes qui confirnnient l'époque assignée par la Genèse à la naissance du genre humain ; du moins fontelles évanouir des objections spécieuses.

Pour les exposer ici , il faudroit un gros livre que je ne veux pas faire, et de vastes connoissances que je n'ai pas. Heureusement que ce livre existe, quoique composé dans un but assez divers. Fruit du génie de la science , d'un long travail et d'une plume exercée , le discours préliminaire que le célèbre Cuvier a placé en tête de ses Recherches sur les ossemensfossileSi démontre réellement ce

(99) que nous avons affirmé. L'auteur, en effet, quoique occupé de dévoiler la nature et non de défendre la religion , prouve sans réplique , et la nouveauté de l'espèce humaine et celle de nos continens. Personne ne se flatteroit sans doute de dire mieux ou plus, et il seroit difficile d'extraire ou de choisir. Il vaut mieux renvoyer mes lecteurs à cet ouvrage , et ne rappeler ici qu'un seul triomphe de la chronologie mosaïque, triomphe tout récent, au spectacle duquel le monde savant vient d'assister.

Parmi les attaques que la science a es^ sayées contre l'autorité du Pentateuque , il en est peu de plus modernes et de plus connues , que celles dont les antiquités égyptiennes ont été l'occasion. Associés à une expédition célèbre dont ils partageoient tous les périls , des hommes distingués qui étudioient avec autant de courage que de persévérance, les merveilles

jusque là mal observées de la vieille Egypte ; épris d*un enthousiasme un peu partial mais assez naturel , pour les monumens objet de leurs travaux et gage de leur gloire , se sont fait quelques illusions sur leur importance et leur ancienneté.

Les fameux zodiaques, entre autres d'Esné et de Dendéra , leur ont paru offrir la preuve d'une incalculable antiquité. Aussitôt cette prétendue découverte fut publiée, comme ayant décidé la question, et reculant la civilisation égyptienne bien au-delà de Moïse ou même du déluge. Mais depuis quelques années , en particulier depuis que l'un de ces zodiaques apporté en Europe a été exposé aux regards, depuis que les recherches accumulées des voyageurs ont permis à d'autres sa vans encore, d'étudier un grand nombre de monumens égyptiens , papyrus, mcmiies, temples et tombeaux, avec leurs hiéroglyphes et leurs inscrîp-

( loi )

lions, les choses ont bien changé, et c'est en faveur de la Genèse que la question s'est trouvée résolue* D'abord l'examen de ces monumens divers fait avec plus de sang froid, a réellement assez diminué l'idée que l'on se formoit de leur grandeur et de leur importance, comme des sciences et de l'état de civilisation dont ils étoient le gage(*). Le prestige une fois évanoui et les premières exagérations écartées , on a discuté la question avec une critique plus impartiale. On s'est surtout attaché aux zodiaques , on les a comparés avec les explications de leurs savans admirateurs ; les doutes n'ont pas tardé à naître et à s'accroître.

On a refait les calculs , et ils n'étoient pas exacts (**) , on a éprouvé les hypo-

(*) Voyez le Journal des Sayans^ février 1828 » p. 94* etc., et mars 1823, p. i55, etc.

(**) Voyez Biot , Recherches sur plusieurs points de Gastronomie égyptienne^

thèses, et elles menaçoient ruine. Plusieurs autres hypothèses nouvelles , toutes^ différentes des premières et diverses entre elles, ont été essayées avec peu de succès. Une seule chose a été prouvée dans ce conflit, c^est que Ton ne pouvoit plus croire à l'extrême antiquité de ces zodiaques : tous les nouveaux systèmes étoient d'accord en ce point (*). Bientôt de nouvelles ressources ise sont présentées , et on a pu aller plus loin encore.

Deux savans entourés l'un et l'autre , quoique à divers titres, d'une célébrité méritée, puissamment secondés, sans

doute, par la masse de richesses dont les musées européens se sont enrichis depuis quelque temps , ont enfin soulevé le voile qui cachoit à nos yeux l'histoire de ces

{*) Voye^Vouvrage de Biot cité plus haut ; la Notice sur le zodieique de Dendéra^ par M» de S% Martin; la Revue encyclopédique^ t. XV, p. j32, et suiv.; le Journal des savons^ avril et juillet 1 8241 p. 236, etc., 402, etc.

( ic)3 ) merveilles du monde ancien. Certes , per sonne ne s'attendoit que sur le front de ces temples ruinés , construits, disoit-on, trois mille ans avant Jésus-Christ , sous ces peintures mystérieuses qui dévoient renfermer les premières connoissances du monde encore enfant, ils découvriroient à tous les regards les noms des Ptolémée, de Cléopatre ou de Trajan.

C'est pourtant ce qu'ils ont fait. M. Letronne , en discutant à la fois la construction de ces monumens et les inscriptions grecques qui se retrouvent sur quelquesuns (*), M. ChampoUion le jeune, en saisissant enjSn la valeur des trois classes d'hiéroglyphes dont ils sont chargés (**),

(») Recherches pour sef-t^ir à rhistoire de VÉgypte pentiant la domination des Grecs et des Romains; voyez encore Journal des sayans ^ avril et juin 1823, p. 198, etc., 344» c^c>

(♦*) Précis du système hiéroglyphique des anciens

Egyptiens^

( io4 )

sont arrivés au même résultat. Chose remarquable : des artistes y parvenoient aussi au même moment, par Tétude de la sculpture et de Farchîtecture des monumens en question (*)• En mêm^ temps encore , des voyageurs confirmoient ces découvertes sans s'en douter , par les manuscrits et les riiomies qu'ils rapportoient à l'Europe (**) , et il a été démontré de la manière la plus irréfragable , par trois ou quatre voies diflférentes , que ces trop fameux zodiaques , peu dignes de tant de renommée , étoient postérieurs à Jésus- Christ , ainsi que les édifices sur les plafonds desquels ils étoient peints (***). Les travaux de M. Champollion ont égale-

(*) MM. Huyot et Gau. Voyez Letronne, Recherches pour servir ^ etc. , Introduction , p, XXV.

(**) Voyez Letronne, Ohsert>ations critiques et archéologiques sur les représentations zodiacales qui nous restent de V antiquité. Voyez encore le Journal des sa-

t'anSi juillet 1824» p- 898.

(♦*♦) Ce qui paroU maintenant le plus probable» t que ces peintures zodiacales étoient des thèmes

( io5 )

ment montré que ceux des monumens de FÉgypte ; qui étoient véritablement anciens, ne remontoient point au-delà des Pharaons de l'Exode ou de la Genèse, et que les documens profanes contenus dans leurs hiéroglyphes , ne contredisoient en rien, ou mên^e confirmoient ces documens sacrés.

Maintenant le procès est jugé; les adversaires de Moïse ont laissé sans réponse les assertions positives de ses défenseurs, et les faits constatés sur lesquels eUes reposent; ils ont avoué par leur silence, la précipitation de leurs jugemens et Tincorrection de leurs calculs. Une pareille victoire n'apprendroitelle pas enfin aux hommes qui croient en la parole de Dieu, ce qu'ils doivent craindre des attaques analogues qui pourroient encore survenir ?

astrologiques , doot Tusage s'introduisit en Egypte sous les empereurs.

( io6 )

Pour avoir droit de Tespérer cependant , remarquons-le bien , il faut ne demander à Moïse que ce qu'il peut et prétend donner ; il faut bien expliquer par conséquent ce que nous appelons la chronologie mosaïque. Je n'entends point 5 et personne de versé dans ces matières n'entendra qu'elle détermine l'époque de la naissance du genre humain, ou celle du déluge , sans y laisser une incertitude de quelques années, ou plutôt de quelques siècles. Il faut le dire sans détour : la Genèse ne peut fournir matière à un calcul très-précis.

D'abord , au lieu d'un calcul, les manuscrits ou les versions antiques nous présentent les élémens de deux ou même trois divers , dont les résultats différent entre eux de huit à neuf siècles. Il faut choisir entre ces trois" chronologies , ou plutôt, comme on ne peut le faire avec certitude , il faut reconnoître que la chronologie mo-

saïque laisse réellement à Tépoque de la création de Thomme, une latitude de près de mille ans. Une seconde circonstance vient encore augmenter cette incertitude et étendre ce champ. La chronologie mosaïque n'est point directement enseignée. Nulle part Moïse n'a dit : tant de siècles se sont écoulés depuis Adam jusqu'à Noé , depuis Noé jusqu'à ce jour. On déduit seulement ces résultats des généalogies que renferme l'ancien Testament. Or ces généalogies , loin de se prêter tou j ours à de$ calculs bien rigoureux , y introduisent presque nécessairement divers sujets de doute. Je ne parle pas seulement des méprises de copistes si faciles et si fréquentes , quand , au lieu d'une somme totale , ils doivent reproduire un grand nombre de sommes partielles , exprimées d'ordinaire en simples chiffres; ni des erreurs presque inévitables dans les sonunes totales, avec l'ha-

( io8) bitude des Orientaux de donner comme entiers des nombres rompus. Mais je veux parler surtout de Thabitude bien constatée des Juifs , de supprimer souvent quelques-uns dès chaînons de leurs généalogies , en présentant le petit-fils comme immédiatement né de Faïeul. Il paroît qu'ils faisoient cela quand le père avoit vécu peu de temps, ou bien avoit joué dans l'histoire un r61e moins remarquable ; peut-être même , pour donner aux généalogies quelque chose de plus symétrique et de plus régulier. Pour eux, la certitude de l'origine étoit tout, et les intermédiaires peu de chose. La généalogie de Jésus-Christ dans St. Matthieu, suflfiroit seule au besoin pour donner l'exemple et la preuve de ce que nous avançons. D'autres généalogies insérées à double dans lancien Testament, et dans des livres divers, prouvent par leurs difierences, des omissions du même

( ^09 ) genre. Sans doute les séries de patriarches que présente lé Pentateuque , avec rage de chacun d'eux à la naissance de son fils aine, ces séries plus anciennes et plus importantes que les autres généalogies des livres saints , indiquent un plus grand soin apporté à la détermination du temps ; mais elles n'excluent point tout à fait la possibilité de semblables omissions.

Il résulte de ces quatre considérations vque , si les généalogies de Tancien Testament sont des monumens parfaitement sûrs de l'existence et de l'ordre des personnages qu'elles présentent, elles ne forment pas des élémens aussi certains d'un calcul chronologique exact, calcul que Moïse , ne l'oublions pas , ne fait luimême nulle part, n'avoit probablement pas rintention de donner. Quand donc nous défendons l'autorité de la chronologie mosaïque , nous affirmons seulement qu'elle est en général exacte, plus que

les découvrir , ne devoit-on pas s'attendre à ce que ce livre , s'il étoit en effet Fouvrage du mensonge , ne pourroit soutenir cette crise ? Ses méprises et ses fraudes ne devoîent-elles pas être enfin dévoilées sans retour ? Il est arrivé cependant tout autre chose. Les découvertes nouvelles , au lieu de ruiner son autorité chancelante , font respectée , Font même restaurée. On peut maintenant la reconnoître , la défendre , sans être rayé du catafogue des gens éclairés.

Ses ennemis éprouvent de la résistance; on les attacjue à leur tour sur leur terrain , on les en chasse et ils se retirent désarmés. Ce résultat si peu probable en apparence, ne dira-t-il donc rien à Tintelligence de Thomme impartial qui en est témoni ?

Quelque lecteur pensera peut-être , que ce résultat pourroit bien être dû tout simplement au désir d'être agréable à

( ii3 )

tel gouvernement ou tel monarque^ dont les opinions religieuses sont fortement prononcées. A cela je réponds que mon observation ne poiJ:e pas seulement sur cinq ou six ans y mais sur quinze ou vingt; sur les savans d'un seul pays , mais sur ceux de toute l'Europe ; sur le silence des ennemis de la Bible , mais sur leur défaite » ni enfin sur des opinions énoncées; mais sur des découvertes et des faits. La nature de l'alphabet hiéroglyphique , les.

noms qu'avec son aide on a dû lire sur les temples égyptiens > sont des faits aussi indépendans de l'influence du pouvoir, que la plaque d'or trouvée demiièrement dans les fondemens d'un de ces'temples , prétendu antérieur à Moïse (*), avec une inscription^recque où s,e lisent les noms de Ptolomée et de Bérénice; ou bien encore que le zodiaque daté dé l'an 1 9

{*) Letronne, Recherches^ etc., p. 7.

de tVajaii, itippoitl d'Egypte pâi^ M. OsSlhmà {*}. !D^ écriraifid fndrqûâm oift pu danâ doute prendre lé. ûéf&tm de lu Genèse pour plaire à Tautorité, mftis im ne pense pas ^ j'imagine, (|iiè lès àdViËN saires de ce livre aient port^ la déférence jusqu a se laisser convaîtttîre injustement d'wreur (**)•

Je demande la permission de to*âdûire en finissant , <|uélques fignes tfEîchhom sur le même sujet J'aime à citer ôrt

(♦) Letronne» Observations critiques et archéologi^utsj tXt,4 p. 12.

(*^) CôitfaxeM ne ^às l'fettartpiet, p^ exëm^de, le sil«dc« d'iài humilie auisi MTant {pe M. Fburier? Ce matliématiciea câèbre, vëtéran de Texpëdition d'Egypte et secrétaire perpétuel de Vacadëmie des.sciences, eM rauteur des i^iAcid» sur lésqu^ s'^puyk^ l'anti^ qpM det «odtaques. Gèpendaat, au «litieii dts'^bjech tions multipliées- et décisives qui combattent et dët)>uisent cette antiquité , il n'a rion écrit ^our la iéleiKUPC*

(ii5)

auteur, d'autant moins suspect en pareille matière , que s'il est l'admirateur de Moïse , il n'a cependant jamais su voir en lui quelque chose de plus qu'un homme habile et tui historien surprenant.

ce L'histoire que renferment ces livres (le Pentateuque) n'a rien à redouter du plus rigoureux examen. Les attaques les plus haineuses n'ont pu créer à Moïse des obstacles dont son livre n'ait triomphé.

Elles ont plutôt entouré d'une splendeur nouvelle cette vérité qu'elles se flattoient d'obscurcir. Pourroit-on ne pas s'étonner quand on s'aperçoit que le livre historique le plus ancien qui existe , est vérifié , confirmé par chaque découverte nouvelle dans la littérature, la géographie ou l'histoire naturelle de l'orient?

Gomment toutes ces choses concourentelles à réclaircir ? Auprès des importantes clartés qui jusqu'à présent ont été succès-

( ii6)

sivemerit répandues sur ce livre presque entier j le petit nombre des passages que couvrent encore les voiles de Tantiquité sont bien peu de choses. Le temps viendra sans doute où ils seront lèves par les hommes d'un autre âge, comme il a été donné à notre siècle de lever ceux qui embarrassoient nos devanciers (*). »

Page 1