CHAPITRE XL
PLAN JJIVIN , MANIFESTE DANS LA CONSTITU- TION DU PEUPLE JUIF ET DANS SON HIS- TOIRE,
J'ai dit p. 40 , que l'ancien Testament étoit le résultat d'un plan vaste et unique, par lequel Dieu avoit voulu faire sur les Hébreux une impression profonde.
Dans le chapitre précédent, j'en ai supposé rexislence sans la déniontrer. Oa s'attend , peut-être , à ce qu'avant de finir l'énoncé mes idées sur ce sujet. Mais le plus grand nombre de ces détails ont
déjà trouvé place dans les chapitres antérieurs , les autres seroient déplacés ici« Je me bornemi donc à indiquer d'abord, sans développement et sans preuves, les principaux traits sous lesquels ce plan paroit se présenter; je relèverai ensuite rimportance qu'il donne à quelques-unes des lois les plus minutieuses au premier aspect; peut-être à celles-là même, qui ^ attiroient à l'ancien Testament le dédain
d'une certaine classe de lecteurs*
SECTION I
Dieu avoit destiné le peuple juif à préparer la venue du Messie et le triomphe de sa doctrine. Pour cela, ce peuple devoit conserver sur la terre , avec les oracles saints et l'attente du Christ, la connoissance de l'unité de Dieu; lumière sacrée inconnue au reste du globe, jusqu'au moment où la révélation univer-
selle devoit la répandre par tout le mondç , comme les flots de la mer en recouvrent le lit.
Pour que ce peuple accomplit sa mission , Dieu Tavoit fait naître d'un seul homme , Tavoit placé dans un pays favorisé du ciel, Yy a voit entouré de rivières, de montagnes et de mers; barrières naturelles à l'aide desquelles il pouvoit, comme dans une haute forteresse, oublier les autres jpeuples du monde , sans rien avoir à en attendre ou à en redouter.
Ce n'est pas tout : Dieu avoit profondément enraciné le peuple juif dans ce sol nouveau ; il avoit changé ces pasteurs nomades en laborieux agriculteurs. Par une combinaison de lois aussi nouvelle quHngénieuse , il avoit prévenu la trop grande inégalité des fortunes; il avoit; pourvu à ce que, dans tous les temps, tout Hébreu eût un champ pour assurer
son indépendance , des droits civils pour garantir sa liberté, une postérité légale pour conserver son nom dans les archives publiques. Il avoit en un mot attaché les Israélites au sol, au climat, à la^aix , à la prospérité de leur nouvelle patrie, par des liens infinis et presque invincibles, quoique le plus souvent subtils et cachés.
. Dans le même but. Dieu avoit encore soumis les Hébreux à une administration protectrice et facile , qui assiHToit les droits et le bonheur de tous. Ils obéissoient à des chefs militaires, dont l'autorité puissante n étoit que momentanée ; à des juges civils, dont les cheveux blancs et le choix de la nation garantis* soient l'équité , dont les jugemens paternels étoient publics , devant lesquels l'accusé trouvoit des garanties inconnues aux peuples de l'orient, trop souvent inême à ceux de l'Europe civilisée. Ils
«toient encore soumis à des chefs ecclësiastiques , qui j placés de manière à ne pouvoir guères abuser de leur autorité , lexerçoîent cependant sur eux une heureuse et puissante influence par suite de leurs lumières , de leur aisance et de leur place. L'union des tribus » les relations sociales 9 le bonheur de la vie domestique étoient protégés par des institutions adroites et fortes; il n'étoit pas jusqu'à la galté des festins, dont la bienfaisante habileté du législateur n'eût fait un instrument de patriotisme et de paix.
Heureux chez eux, les Hébreux étoient presque séparés au dehors de toutes les peuplades étrangères- Ils étoient supérie^s en connoissances religieuses et en directions morales, aux pays honteusement idolâtres qui les entouroient ; ils leur étoient inférieurs au contraire dans cette civilisation apparente , et ces arts corrupteurs qui , séparés des vertus , dé-
pravent les peuples au lieu de les instruire. Sous tous les rapports , ils n auroient eu donc qu'à perdre en reprenant leur niveau parmi les nations de l'orient; l'intérêt de leurs mœurs conune celui de leur culte , exigeoient qu'ils en restassent constanmient isolés. Le législateur veut avant tout que son peuple soit fid^e au vrai Dieu, qu'3 conserve ses vertus; il lui fait une existence spéciale et séparée; il lui refuse et le commerce , et Tindustrie et même la connoissance des lettres et des arts; il ne lui laisse que l'agriculture, art bienfaisant et conservateur, source des moeurs simples , des vertus fortes , et de la solide prospérité.
Cependant le législateur n'interdit pas tout progrès du peuple vers la civilisation. Il favorise même celle qui étoit compatible avec la mission spéciale dont ce pei^le étoit chargé. D'abord en veillant sur ses mœurs, en murant avec une sol-
licitude active toutes lès ouvertures par lesquelles Tidôlâtrie pourroit FassaiUîr , en mettant sous ses yeux et en ses niains les livres les plus profonds et pourtant les plus simples, qu'aient connus les siècles antérieurs à Jésus, il lui assure réellement, avec la possession de la vérité première, avec des habitudes de piété, de justice et de vertu, les véritables sources de la sagesse et de la prospérité* 11 fait plus encore. Il développe, il augmente les principes d'une civilisation naissante, non pas à Taide des lumières , mais avec celle des affections douces et généreuses. Il protège, il conserve, il fait prospérer les moindres semences dé miséricorde et de bonté; ne pouvant rendre son peuple éclairé , il veut du moins le rendre humain et bienfaisant.
Heureux Israël, si ses désobéissances n'eussent bientôt altéré le plan du divin législateur , et facilité l'introduction de
ridolàtrie! La coupable négligence du peuple rendit bientôt de nouvdies combinaisons nécessaires» pour le maintenir, jusqu'à ravénement du Messie, en pos* session des promesses et de la vérité.
L'Étemel continue à veiller sur ses destinées, et pour réparer le mal quil s'est fait à lui-même, pour prévenir celui qu'il se feroit encore, il frappe son imagination mobile par des scènes et des spectacles variés ; tour à tour il l'encourage et Teffraie; il lui rappelle sa présence par des prodiges continuels et quelquefois minutieux; il veille à ce que son histoire soit constamment écrite par des hommes saints, chargés de lui conserver le tableau de ses erreurs et de leur châtiment. Quand tout devient inutile , quand l'idolâtrie triomphe , quand le mal est au comble , il couvre la terre sainte de prophètes , dont la voix et le courage remédieront au moins quelque
temps y à raffoiblissement de tous les res* sorts et de tous les principes. 11 enverra, s*il le faut , ce peuple rebelle , recevoir instruction dans Fexil; il ne le laissera enfin à lui^^ême , que lorsque tous les germes de l'idolâtrie seront à jamais ex»^ tirpés de son sein, et que l'existence politique d'Israël touchera à son terme , parce qu'elle ne sera plus nécessaire.
Alors, sa mission une fois accomplie, on verra ce vieil enfant, privé du lîen qui soutenoit sa démarche incertaine, chanceler , tomber enfin dans la poudre , où depuis dix-huit siècles il se débat encore, parce que son Dieu n^est plus avec lui('*).
(*) Seroit-il nécessaire d'avertir ici que je parle seulement de la nation politique, et que je suis bien éloigné de vouloir attaquer le caractère moral ou les facultés intellectuelles de ses membres ? Je sais tout ce qu'il y a de respectable dans la conduite et le savoir de plusieurs d'entre eux^ comme homme, |e dois être
Voilà, ce me semble, le but et le plan du législateur divin, tels que Fancien Testament nous les montre. Nous devons indiquer en second lieu , de quelle manière ce but explique souvent certaines loi^ obscures ou minutieuses. Ne pouvant développer toute cette vaste matière, nous nous bornons à choisir quelques exemples.
SECTION n.
Le législateur mettoit beaucoup d'importance à attacher les Hébreux à Tagriculture, et par elle à la Palestine; à les séparer sans retour de TÉgypte et de la vie nomade; pour cela il donne aux Hé-
reconnoissant des serrices que quelques-nns rendent aux lettres» à rinstruotion, ou à la philanthropie; comme disciple de Jésus-Christ » je ne puis rappeler l'ahsurde oppression dont les Juifs ont été Tobjet, que pour protester au nom de l'Évangile contre cette bar> barie aussi injuste qu'antichrétienne.
( 369 ) breux Tusage du vin , étranger aux Égyptiens et aux Arabes ; il Texige dans les sacrifices , il en fait une nécessité du culte, et il sait assez que l'habitude , une fois prise, ne s'efiacera plus. De la même manière et dans le même dessein, il interdit et l'usage de la graisse , sous prétexte de la réserver aux holocaustes , et l'emploi du beurre daijs l'assaisonnement des viandes (*); il les remplace dans les festins par le jus de l'olivier, et il exige également celui-ci dans les sacrifices. Par ces moyens si simples, si petits en apparence, et par d'autres du même genre , il fait à jamais d'une peuplade de bergers errans, une colonie de laboureurs habiles et actifs.
(*) Nnl doute que Ce ne soit là le sens de la fameuse loi qui interdit de faire cuire l'agneau dans le lait de sa mère, et qui se trouve trois fois dans le Pentateuque. La forme poétique et sententieuse de la loi , ne paroit destinée qu'à faire mieux retenir le précepte, en lui donnant plus de solennité.
Le législateur veut entourer de barrières le pouvoir entreprenant des prêtres ; il veut eépendant leur assurer un rang honorable, une existence aisée et un certain degré d'influence sociale. Que fait-il pour cela? — Il charge en leur faveur les champs féconds'des Hébreux , de nombreuses contributions qui , sous le nom de dîmes, de prémices. et d'ofltandes y vont remplir les celliers du temple, et faire vivre de Tautel ceux qui sont consacrés à TauteL 11 les enrichit par là de revenus abondans, et les met à la place que doivent occuper en Israël les ministres de son monarque et de son Dieu. Que l'on ne s'y trompe pas, cependant; il ne veut point favoriser ceux qui ont le privilège de vivre à l'ombre du Tabernacle , et leur sacrifier ces cultivateurs laborieux qui supportent le poids de la chaleur et du jour. Il ne donne aux premiers que des habitations
( 271 ) sans domaine ; il leur refuse ce qu'il ac* corde aux autres tribus, la propriété exclusive d'une province ; il ne leur donne ni terres y ni capitaux ; il ne leur donne pas même le champ qu'il assure avec tant de soin au dernier des enfaqs d'Israël. Par la combinaison de ces deux lois , il prévient chez les prêtres l'esprit de corps, les projets ambitieux, les richesses accumulées, et tous les abus ordinaires au sacerdoce puissant. U place les lévites dans la dépendance de la nation, de laquelle ils attendent l'aliment de chaque année , et dont par conséquent ils sont intéressés à mériter l'approbation et l'attachement. De plus, malgré la concentration du culte en une seule ville et un seul sanctuaire , il les disperse par tout le pays; et cettp heureuse dispersion prescrite expressément par la loi , ' nécessaire pour assîurer la perception de l'impôt , a l'avantage de resserrer
( sl^2, )
les lîens^ de la confédération politique, tf établir et de surveiller dans toutes les tribus le règne àes mœurs » de Tordre et de la piété. Elle attachera de plus , les lévites à la nation; elle les empêchera de se rallier trop fortement les uns aux autres, et de joindre à la communauté de fonctions et de caste , celle d'habitudes , de souvenirs et de patrie. Loi admirable, qui , pour le bonheur de tous , concilie avec tant d'adresse la politique et la justice l
L'isolement du peuple et sa séparation des étrangers, sont, avons^nous dit, un des grands ressorts de la législation» La pureté légale est d€stinée à atteindre ce but d'une manière indirecte , mais sûre.
Soumis à cette complication de lois gênantes, qui, dans tous les instans, Tappeloi^nt à velUersiM* sa nourriture, sur seis vêtemens et sur ses pas, l'Israélite devra fuir le commerce de ceux qui ne
connoissent point ces précautions^ et dont le seul contact lui amèneroit, en le souillant, des jîrivations nouvelles. À elle seule , cette loi finii^a par ^entourer d'ha» bitudes et de besoins nouveaux, par lui faire comme une nature artificielle et impérieuse, qui auroit trop à souffrir au miUeu des étrangers. Jamais il ne prendra sur lui d'aller chercher au loin la for^ tune , tant qu'il trouvera sur le sol de lapatrie la paix et Tabondance*
L^absence de toute idolâtrie, impor^ toit surtout h la durée de la eoistitutioifi' mosaïque. C'est vers ce but que le législateur dirige ses principaux effi)rts« Mais ce n'est pas seulement par des lois directes et terribles, qu'il s'efforce d'éloigner ce fléau; c'est encojce par de^ moyens indirects, par des précautions, de détail. C'est en contraignant les Hé* breux par les minuties de la loi cérémonielle , à tenir constamment leur âtten-
tion tendue suit les obligations du culte ^ et la pensée de Dieu présente à leur es»
prit. C'est encore en les éloignant de plu* sieurs usages indifférens de leur nature # nws associés chez leurs voisins à TidO'' latrie > et qui par conséquent les y aû^ roieat bienfait conduits eux-^mémes. Pour^ quoi cette interdiction si sévère , si soi-* gneuse et sept fois répétée i du sang des animaux?— r Parce que, outre les rai* sons de santé ^ d'humanité que Ton a souvent données, cet usage pouyoit fa* qiliter ou introduire une imitation idolâtre des Phéniciens : chez ce pjeuple, en effet» et chez quelques autres, dans les cérémonies sacrées, les adorateurs d^ faux dieux buvoirat le sang des victimes.
Pourquoi le Lévitique proôcrit-il sévèrement, et certaines figures imprimées sur le corps, et certaines manières d*arranger la barbe ou de couper les cheveux ? —-Parce que c'étoit là autant d'usages arabes, adoptés en Thonneur des
( ^75 ) idoles. D'autres exemples du même genre seroient faciles à indiquer.
Le législateur, pour faire admettre et respecter son culte nouveau, étoit contraint de choisir quelquefois des formes religieuses, avec lesquelles TÉgypte eût déjà familiarisé les Hébreux. Mais alors, conunent garantir ceux-ci de l'idolâtrie ?
Toute la religion égyptienne en étoit profondément imprégnée, et le peuple de Moïse n^ avoit que trop de penchant.
Des précautions peu apparentes, et des altérations ingénieuses obvieront à Ce danger. Moïse emprunte aux Égyptiens l'ornement sacré qui brilloit sur la poir triue du grand prêtre , mais au lieu d'une figure de la vérité sous des traits humains, ce sera un symbole tout métaphysique de la puissance divine , nommé Lumière et Perfection (*) ; et ce sym-
(^) C'est le sens des mots Urlm et Thummim. (Exod. XXVIII, 3o.)
bole brillant ne présentera aax regards , que les noms des douze tribus. Moïse emprunte encore à la même source un tabernacle sacré accessible aux prêtres seuls ; mais au lieu de le diriger comme à l'ordinaire vers le soleil levant, il l'ouvre à Foccident, et intercepte aux regards de Fadorateur Tes premiers rayons de la brillante divinité des Orientaux.
Moïse emprunte de même Farche nvystérieuse qui repose dans les sanctuaires de FEgypte; mais au lieu d un symbole matériel de la puissance divine, symbole qui par cela même auroit bientôt appelé des hommages idolâtres, cette arche ne renfermera que les tables de la loi. Il faut s'arrêter dans Fénuméra* tion de ces exemples, et dans le développement de cette matière. Ce détail deviendroit fastidieux sans être jamais complet.
C'est ainsi que plus on examine le
( ^77 ) Pentateuque, plus on trouve aux moindres détails, une importance réelle quoique souvent cachée ; plus on est contraint aussi d'admirer la sage et bienfaisante habileté du législateur d'Israël. Gela doit nous apprendre 9 ne Foublions jamais, à ne pas porter de jugemens téméraires sur les obscurités qui pourroient rester encore. Connoissons-nous les mœurs, les idiomes , les monumens de tous les peuples qui entouroient Moïse? Sommesnous donc en état de juger toujours ses vues? Si nous découvrons tant de desseins élevés et de combinaisons profondes dans ce qu'il a fait, si le peu que nous connoissons des débris de cette haute antiquité, au sein de laquelle il a vécu , nous contraint toujours à rendre gloire à Foeuvre du législateur des Juifs , ne lui devons-nous pas de juger ce que nous connoissons mal d'après ce que nous connoissons mieux ? Ah ! sans doute ,
il ne nous manque pour Tadmirer en tout 9 que de le comprendre toujours.
Qu'il me soit permis de transcrire ici , comme conclusion de cet ouvrage , quelques paroles frappantes , dont Tîdëe principale est tout à fait analogue au but que je me suis proposé dans cet écrit.
«Sans doute», dit M. B. Constant, en terminant ses réflexions sur la législation des Hébreux (*), « sans doute , la
(*) T. n, p. 249«-25i. Mes lecteurs me pardonneront facilement, je l'espère» cette citation nouvelld d'un livre que j'ai beaucoup cité. Je ne sais pas résister à la tentation de rappeler les hommages rendus k Moïse et à êon œuvre 9 par un écrivain comme M. B; Constant. On aime à retrouver ses propres impressions dans les' écrits de ses adversaires» <piand il $*agit du moins d'adversaires comme celui-ci. J'ai ose le combattre « fort d'une bonne cause, mais son ouvrage n'est pas de ceux qu'on peut lire sans admiration» ou attaqoer nà$ regret.
(^79) religion juive a des parties terribles , et l'on ne teaverse ses longues.annales qu'en marchant dans le sang et sur les ruines.
Cependant lé monde doit à Moïse un bienfait immense. Lorsque dépoxirvue de toute croyance, dësolée par le doute , abâtardie par la corruption , la terre entière redeman^oit un culte. •••• celui des Juifs servit d'étendard; et Ton vit l'homme renaître à tout ce qu'il y a de noble et de précieux dans la vie eu renaissant à la religion* Merveilleuse dispensation de la puissance qui décide de nos destinées ! Des choses qui sembloient n'avoir aucun rapport entre elles, soit par leur époque , soit par leur nature, se combinèrent à l'instant requis pour diriger l'espèce humaine ç vers le but qu'elle devoit atteindre. Douze siècles avant Platon, Moïse donna au théisme un corps qui permit à cette notion sublime de Se conserver jusqu'au moment x)ii l'in-
lellîgence devint capable de la concevoir. Douze siècles après Moïse , Platon prépara les esprits de manière à ce que 9 en se saisissant du théisme, ils pussent Taccepter, épuré par le divin auteur de la religion chrétienne, et résister aux tentatives violentes et obstinées d'une portion nombreuse de Juifs convertis, mais qui prétendoient faire rétrograder la nouvelle religion jusqu'au judaïsme.
Sans Moïse il est probable que tous les efforts de la philosophie, n'auroient abouti qu'à plonger le genre humain dans le panthéisme, ou l'athéisme voilé, dans lequel, conune nous l'avons dit au commencement de ce chapitre» sont allées se perdre de concert la religion et la philosophie des Indiens* Sans Platon, il est possible , humainement parlant , que le christianisme sous l'oppression des chré^ tiens judaïsans, fut redevenu une secte juive. »
( 28i ) Que ceux qui sentent leurs pensées s'élever , et leur cœur s'émouvoir au titre de CHRÉTIENS , sachent donc aussi reconnoître ce qu'ils doivent à l'ancienne loi , chargée de préparer au Christ, un peuple bien disposé! Loin de juger avec une ignorante témérité ce livre antique , auguste , parmi les obscurités duquel nous découvrons avec évidence des vérités sublimes , des bienfaits incalculables et l'intervention de Dieu même , apprenons à révérer j et cet étonnant Moïse , auquel les Juifs , les chrétiens et le monde , ont réellement des obligations si étendues; et ces autres Envoyés qui , pendant onze siècles, sont venus continuer son œuvre ; et ce volume sacré , monument de leur vénérable ministère , première charte de salut accordée au genre humain pécheur et malheureux. Apprenons surtout à bénir , à exalter avec la douce et confiante émotion d'un cœur reconnoissant , le
Dieu, |qui, ayant autrefois parlé à nos pères en dwers temps et en diverses manières par les prophètes^ a voulu, consommer ce bienfait en nous parlant enfin par son FiLS.