I. Historiques
Ces livres sont décidément extraits d'annales contemporaines. Ils ne sont pas ces annales elles-mêmes , car beau-
avec les juges. A cette époque même, il n'y a point de Juge en Israël. (Jug. XIX, i.) Ce livre des Juges cependant renferme l'histoire religieuse aussi bien que politique de ces chefs militaires, et le sacerdoce y est tellement effacé , qu'^n pourroit croire souvent qu'il n'existe pas. Tfous ne nous apercevons guères de sa prësence qu'à la naissance de Samuel, lorsque Vauteur sacre vient à raconter des scènes domestiques et familières. Là seulement nous entendons parler du tabernacle et nous voyons agir les sacrificateurs. — M. B. C. n*est pas plus exact quand il cherche à trouver dans rëtablissement de la monarchie ud soulèvement contre le pouvoir sacerdotal , là où il n'est question que de se débarasser de tyrans civils et de juges iniques ; ( i Sara. VllI, i«-5,) quand il poursuit sous les rois l'histoire des prétendues luttes du monarque et des prêtres ; quand il transforme en sacrificateurs (p. 206.) Jérëmie et Urie «leurs victimes, etc., 11 donne, je dois le recon-
coup de choses n'ont pu y être écrites que long-temps après. Quoiqu'ils portent les noms de Josué, des Juges ou de Sa-
noftre» j^lns de vraisemblaiice à sa thèse quand il l'applique aux rapports mutuels de Samuel et de Saûl; là même cependant, loin de rien prouver, il ne pourroit dÀîidëment arriver à ses conclusions qu'en niant un grand nombre de faits, en y subftituant des ëvénemens exclus par riâstoire.
fi est triste qu'un écrivain, un penseur comme M. B. C, n'ait pas apporte à ce travail une exactitude {dus rigoureuse et un examen plus approfondi. On a voit droit, ce semble , de s'y attendre en matière aussi grave, avant le jugement sévère qu'il crojoit devoir porter sur des livres révérés de tous les chrétiens.^ A Dieu ne plaise cependant , qu'en lui faisant ces reproches, je ne rende hommage & toutes les choses nobles et vraies que ren. ferme son livre. D'autres le jugeront peut-être avec plus de sévérité, mais pour moi, je ne me permettrai jamais de flétrir du nom d'incrédule un honmie qui prêche la nécessité de la religion , qui en combat les adversaires, qui déclare reconnottre l'inspiration de Moïse et de Jésus- Christ, qui travaille àrév«iller le sentiment religieux, qui confie à sa garde la civilisation et la liberté. Je le plains de n'avoir pas senti le besoin d'une foi plus positive et par cela même plus efiBcace; de laisser dans un vague fiécessairement inerte et obscur, les sentimens et Les
( 1^7 ) muel, ils ne sont point leur ouvrage, et ils ne se donnent point pour Têtre ; ils ont seulement reçu les noms de ceux
«rojanees qai doivent sovtenir rhomme dans Us douleurs , les crises morales et la mort ; mais j'applaudis à la lutte courageuse qu'il entreprend à la fois contre Tincr^ ^ulité mesquine de l'ëcole de Voltaire, contre la philosophie matérialiste des successeurs de CoadiUac, contre la morale intëressëe des disciples d'Helrétius» contre les systèmes ridicules de Dupuis, contre ran]l>ition sacerdotale« poison corrupteur de la religion yéritahle^ comme du plus saint et du plus touchant ministère* Je le remercie •des émotions élevées » que réveille son éloquente défense •du sentiment religieux. J'aime à penser que son livre fera du hien, peut-être plus encore et autrement ^que l'auteur ne pensoit. Je l'ai dit : Ses objections à la di- ^ité révélée de l'ancien Testament, m'ont para foibles «t n'ont pu ébranler ma foi; mais l'ouvrage qui les rea* ferme a d'un autre côte contribué quelquefois à l'affernur, là même où l'écrivain n'j songeoit guères. Plus il mettoit de talent à dévoiler les excès des corporations sacerdotales, et plus le caractère divin de la législation mosaïque, chose étrange! d'une théocratie ou ces abus ëtoient si soigneusement, si sagement prévenus , brilloit à mes yeux. C'est ainsi que dans ^on premier volume , -plus M^ B. G. démontroit avee ^éloquence l'existence innée du sentiment religieux, et
dont ils racontent les actions et la vie.
Toirf; cela est certain , m^s ce qui né Test pas moins 9 c'est qu'à toutes les époques , l'histoire contemporaine a été écrite par des Prophètes, et que de cette source ont découlé nos livres. Les preuves de détail nous mèneroient trop loin , mais qu'on lise ces écrits, et à leur couleur simple et antique , aux détails minutieux qu'ils renferment, àla vivacité des récits, au naturel d^ descriptions, on reconnoitra bientôt la touche inimitable, propre aux seuls écrivains contemporains des faits racontés.
Ces écrits ont d'ailleurs un caractère religieux qui ne permet pas de les attri-
plus me sembloit «évidente la révëlation, soncomplément nécessaire dans un monde d'incertitudes crëé cependant par un Dieu sage et bon. N'est-ce pas de la sorte que dans le corps de l'homme, l'existence des poumons à elle seule , dëmontreroit au dehors celle de Tathmosphère?
( 1^9 ) Imer à des historiens ordinaires. Cest Thistoire de la religion qufils présentent beaucoup plus que celle du peuple; leur but, leur point de vue, s'y rapportent en entier. Ce ne sont pas là non plus des historiographes de cour. Les auteurs sont les hérauts de la religion, ou les livres sont inexplicables (*)^
Une circonstance singulière, de plus^ quicaractérise ces écrits, et les distingue de toutes les histoires nationales passées ^t à venir, c'est que., loin de flatter l'orgueil du peuple hébreu , ces livres si
X^) Ces hërauts de la religion font » ne Fonbliont pas» des Prophètes et non des prêtres. La chose «st dite positivement de plusieurs d'entre eux; mais quand elle ne le seroit nulle part, elle seroit^ncore évidente. Ce sont les intérêts de la vertu » de la religion « et ^ères ceux du sacerdoce qui y sont défendus. Il 7 «est Beaucoup question des naœurs publiques et fort pe« ^es sacrificateurs. Les fautes.«t les infidélité des prêtrjef jjsont rapportées sans ménagement^ comme celles dei rois et du peuple*
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révérés de ce peuple, et conservés soigneusement par lui comme des titres d'honneur, sont cependant les monumens de sa honte. La nation , les rois et les sacrificateurs y figurent à chaque page comme coupables, condamnés et punis.
Les reproches de stupidité , d'ingratitude , d'impiété, de parjure, de violence, de fourberie, reviennent sans cesse. Si ces livres n'eussent pas été l'ouvrage de Prophètes consciencieux, élevés par leur ministère au-dessus des passions et des intérêts, ik eussent présenté sans doute d'autres alimens à l'orgueil national , et les historiens s'y fussent mieux pris pour obtenir l'affection du peuple et les faveurs des hommes puïssans. Si le peuple n'eût connu, n'eût vénéré ces historiens, s'il eût pu conserver le moindre doute sur l'authenticité de leurs ouvrages, l'orgueil national en eût promptement fait justice.
Enfin 9 il règne en^re ces auteurs une diversité remarquable de langage et de style ; elle s'étend jusqu'à Torthographe- Les diflFérences de position et le progrès des mœurs, sont indiqués par des nuances aussi fines que vraies; autres sont la méthode, les expressions et la langue des livres de Samuel : autre celles des livres d'Ësdras , de Néhémie et d'Esther. A mesure que l'histoire se déroule et que les siècles s'enfuient , les images sont moins vives , la langue moins pure, le style moins original, et l'influence des relations avec les étrangers sur la manière d'écrire , devient plus sensible.
Ces quatre réflexions donneroient, ce semble, à elle seules, des indices singulièrement forts en faveur de l'authenticité des livres historiques.