‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament: Discours (volume 3)Chapitre 17 sur 23 · II. ÈcHis prophétîquef · texte numérisé non relu

II. ÈcHis prophétîquef

Les trois dernières remarques sur les écrits historiques , s'appliquent aux prophétiques encore à un plus haut degrë.

Ajoutons seulement que Tauthenticité de ceux-ci se prouve de plus par les citalions et les imitations mutuelles dont ils abondent. Les plus récens citent les plus anciens et reproduisent leurs oracles; les histortens rappellent leur ministère, leurs souffrances, leurs succès. Esaïe, Amos ^ Joël , Osée , paroissent au début de r%e propli^tique : leur imagination est ardente, leur langage original , leur poésie €st le fruit de la double inspiration du génie et de TËsprit saint. Plus tard^ Jérémie, Ezéchîel, Sophonie, Za- <diarie et d'autres sont leurs imitateurs, non pour le fonds, puisqi^ie leur mission a presque toujours des caractères spéciaux, mais pour laforme^ ils empruntent

les locutions et les images de leurs devanciers ; il laissent deviner souvent le tnodèle qui est devant leurs yeux , ou plutôt ce modèk vénéré, passant tout entier dans la langue, a changé sa forme et amené dans son histoire une époque nouvelle. De même que les ouvrages historiques, les ouvrages prophétiques de Tancien Testament, ne peuvent pas ne pas être authentiques.

III, Écrite moraux et stntentieux.

Cette troisième classe d'écrits n'a pas et ne pouvoit avoir en sa faveur les mêmes preuves d'authenticité. Ils n'occupent point dans l'ancienne révélation une place aussi importante que les précédens, et surtout ils ne pouvoient produire les mêmes eflFets sur le peuple juif.

Ce ne sont plus, comme dans ceux-là, des lois imposées à la natiQn , des cen-

( i34) sures, des promesses , des menaces qui la regardent tout entière; ce ne sont plus des écrits politiques et nationaux, ce sont des instructions, des prières, des leçons de morale et de conduite, les élans d'une âme pieuse, ouïes réflexions d'un sage inspiré. Ce sont en quelque sorte des écrits privés, utiles sans doute à la foi religieuse, mais dont la machine politique pouvoit se passer. Dès lors on comprend sans peine qu'ils auront été moins lus que les autres dans les synagogues , moins souvent transcrits par les copistes ou rappelés par les écrivains postérieurs. Il est un de ces livres, cependant, qui, malgré ces différences, a été connu, répandu, cité autant peutêtre , qu'aucun autre livre de l'ancien Testament. Je veux parler de ces Psaumes, trésor aussi varié qu'inépuisable de sentimens pieux, de descriptions poétiques, de leçons éloquentes , et même de pro-^

( i35 ) phéties inspirer. Certes , ce n'est pas nous qui trouverons que ce livre est une portion de l'ancien Testament, de peu d'importance ou de peu d'intérêt. Cette précieuse collection , ou plutôt cette réunion de collections différentes et successives des hymnes de divers Prophètes, et principalement des cantiques du monarque selon le cœur de Dieu, porte avec elle le sceau de son authenticité.

Qui pourroit croire inventés à plaisir ces cent cinquante poèmes, si variés, si vrais et si simples ? Quel eût été le but , l'auteur d'une pareille imposture ? Aussi ce livre , le plus important de ceux de cette classe , leur a-t-il quelquefois donné son nom, et sert-il probablement à Jésus- Christ à la désigner tout entfère lorsqu'il dit(*) : Ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse ^ dans les Prophètes et dans les Psaumes.

. n Luc. XXIV, 44.

Job et les écrits de Salomon n^ont pas, nous Tavons dit, occupé dans la révélation juive, une place aussi importante que les Psaumes. Cependant les uns et les autres ont pour garant de leur authenticité, d^abor4 leur style original, leur caractère indépendant et fortement tracé; puis la langue même dans laquelle ils ont été composés, langue qui cessa d'être en usage après et même pendant la captivité ; ensuite de nombreux caractères internes dont nous ne pouvons ici développer le détail ; enfin le témoignage universel rendu par l'église juive comme par Féglise chrétienne au canon (*) de l'ancien Testament, à cette collection invariablement fermée peu de temps après la captivité, et de laquelle ces écrits ont constumment fait partie.

(*) Ce mot signifie règle^ et désigne le recueil r/^tiiier et officiel des écrits sacres.

Mais ce doit être ici Tobjet d'un article séparé.

SECTION m.

L'authenticité de Tancien Testament entier est appuyée sur Tautorité des juges compétens , celle des anciens Juifs et des premiers chrétiens; sur une autorité plus forte encore , celle de Jésus- Christ et des Apôtres. Les uns et les autres reçevoient Tancien Testament comme inspiré, Tancien Testament composé des mêmes livreis qu'il renferme à cette heure, qu'il renfermoit alors comme aujourd'hui. Le développement des preuves nous entraîneroit dans des détails trop scientifiques pour tet ouvrage (*). J'ajou-

(*) Si quelques lecteurs dësiroient connoitre ces preuves , et n*étoient pas effrayés par le genre de discussions un peu arides qu'elles exigent, je les renverrais à un ejLtrait de Vlntroduction à tA* T* d'Eichhorn ,

( '38 ) terai seulement en appendice quelques détails sur le témoignage que rendent au canon de l'ancien Testament les colonies juives établies' à la Chine et dans les Indes, aux environs de Fère chrétienne, ou même plusieurs siècles auparavant. La preuve qu'elles fournissent n'est pas décisive, puisqu'elles ne sont pas restées absolument sans communication avec les Juifs d'occiderrf;. Elle est cependant de quelque poids ; car elles déclarent toutes avoir apporté et conservé dans des manuscrits précieux, les mêmes livres saints qu'elles ont retrouvés plus tard entre les mains de leurs frères d'Europe. Rien d'ailleurs ne paroît tendre  infirmer cette déclaration^

J'emprunte à Eichhorn ce que j'ai à dire des Juifs de la Chine. Lui-même l'a

contenu dans les Mélanges de religion ^ que publiok dernièrement à ISisntes M. le pasteur Vincent. (Avril 1824, t. IX, p. 181— 201.)

( »39 ) Hrë de V Histoire des Huns de De Guignes, et du Recueil des missions étran^ gères.

On a découvert à la Chine, le siècle dernier, les débris d'une colonie juive dont rétablissenient dans cet empire remonte à Taïi 73 après Jésus-Christ , peutêtre même trois siècles plus tôt. Sept cent &mille$ de Juda, de Benjamin et de Lévi, échappées à la destruction de Jérusalem par Tite Ve^^asien , gagnèrent la Chine par terre, et vinrent y fonder ou y ao*croître la colonie en question. Dix-sept cents années de persécutions , de massacres ou d'apostasie les ont réduits à un petit nombre; ils ne se retrouvent plus maintenant qu a Cai-^song-fu, à oent cinquante milles de Pékin et au nombre de six cents âmes. Ils avoient emporté l'ancien Testament ; ils Fa voient conservé pendant onze cents ans. A cette époque , un incendie avoit détruit leur synagogue

( i4o ) et ses manuscrits. Ils les remplacèrent alors par un manuscrit du Peqtateuque , qui provenoît d'un Juif mort à Canton.

Non seulement lasynagogue, mais les particuliers possèdent des copies de cet exemplaire. Ce qui est tout à fait remarquable et fort important pour nous, c'est qu'outre le Pentateuque, ils conservent diverses portions du reste de l'ancien Testament; ils disent les avoir sauvées de l'incendie du douzième siècle, et d'une inondation du fleuve Hoango l'an 1446. De ces fragmens, ils forment un supplément à la loi, divisé en deux parties. La première contient des lannJ3eaux de Josué et des Juges , les quatre livres complets de Samuel et des Rois ; enfin les Psaumes. La seconde partie renferme quelques portions des Chroniques, Néhémie et Ësther presque complets, Esaïe et Jérémie à peu près tout entiers, quelques débris de Daniel et de sept des petits Prophètes.

Xie docteur Buchanan a visité dans les Indes en 1807 et 1808 diverses colonies juives, qui nous fournissent un témoignage analogue , quoique moins concluant et mèins curieux (*). Près de Cochin, sur la côte de Malabar, il a trouvé ime colonie de Juifs qui sont nommés Juifs blancs^ par opposition aux Juifs noirs s dont nous parlerons bientôt. Voici ce qu eux-mêmes racontent sur leur origine, récit confirmé par les vieilles annales du Malabar, et par les annales plus modernes des Musulmans*

Leurs pères, disent- ils, quittèrent Jérusalem après la désolation du second temple et vinrent jusques dans Tlnde , avec leurs enfans, leurs femmes, leurs docteurs et leurs prêtres. Un roi de Tlnde leur assigna pour demeure la ville de Cranganor, et leur assura divers ppivi^

(*) Christian Researches in Asie. London i8iï.

( i42 ) léges, Tan du monde 4^5o, 490 après J.-C. En témoignage de ce fait, ils conservent et montrent aux étrangers une table de cuivre couverte d'anciens caractères malabares, et une traduction en hébreu de ces mêmes inscriptions.

Là se trouve la charte qui leur fût accordée par le roi malabare , et qui est signée par sept autres rois voisins. La traduction hébraïque, quoique peu intelligible, même pour eux, paroît d'accord avec ce récit. Peu après leur établissement dans le pays , d'autres Juifs, échappés de Jérusalem , vinrent les rejoindre; plus tard , d'autres compatriotes qui avoient entendu parler de leur prospérité, arrivèrent d'Espagne et d'ailleurs. Mais à la suite de discordes intestines, ils devinrent la proie d'un roi indien qui ravagea Cranganor, massacra ou emmena en captivité ses malheureux habitans; un très-petit nombre réussit à se sauver

( r43) dans la ville de Cocbin, près de laquelle le docteur Buchanan les trouva. Presque dans chaque famille , il trouva la Bible en hébreu , sx)it dans des éditions imprimées de l'occident, soit dans des manuscrits peu anciens. Ils sont, disoient-ils, dans Vusage de brûler ceux-ci quand ils sont vieux. Leur témoignage en faveur du canon de Tancien Testament se réduit donc à la tradition qu'ils ont reçue de leurs pères , et à la conviction que ceux-ci ont de tout temps admis et vénéré les mêmes livres. Cette tradition est au reste confirmée par une remarque assez sim- , pie. Si au temps de Jésus-Christ et des Apôtres, il y avoit eu quelque dissentiment ou quelque diversité d'opinion sur les livres de l'ancienne loi, oa comprendroit difficilement qu'il n'en fût resté aucune trace historique; que de plus les Juifs de l'Inde , par exemple , ou de telle autre église antique, eussent tous égale-

( »44 ) ment reçu sans difficulté le même canon , des mains des Juifs occidentaux.

Conunent expliquer, dans cette hypothèse, qu'aucune jéglise isolée né fût restée fidèle à telle ou telle variété particulière du recueil ancien, et n'eût protesté contre l'admission de tel ou tel livre repoussé par leurs pères ? Ceux qui connoissent l'histoire du canon du nouveau Testament , y trouveront facilement la preuve de ce que j'avance.

Le docteur Buchanan a aussi trouvé dans l'Inde une autre famille juive, dite les Juifs noirs ^ plus remarquable encore par quelques circonstances. Les ixàSs noirs connoissent moins bien leurs tradir tions , et ont moins de Bibles ; ils forment une race moins pure, mêlée de sang indou, et probablement alliée avec des restes de Juifs des dix tribus; aussi les Juifs blancs les regardent-ils avec mépris ; conune une caste inférieure. Mais en

( t45) tevanche, ils sont beaucoup plus nombreux ^ disperses dans plosiemi^ villes, probablement ils sont beaucoup plus anciennement établis dans l'Inde, ils conservent des manuscrits antiques et précieux. Us rendent également témoignage au canon, puisqu'ils ne rejettent aucun des livres qui le composent, quoiqu'ils possèdent rarement l'ancien Testament entier; ceux d^entre eux qui sont voisins des Juifs blancs , profitent avec zèle s de cette circonstance pour l'acquérir. Le docteur Bucfaanan leur acheta dans quelques villes différentes un certain nombre de manuscrits; entre autres nm rouleau de cuir de quarante-huit pieds de long , sur lequel est écrit le Pentateuque entier.

M. Yeate, à Cambridge, l'a soigneusement coUationné , et l'on en préparoit l'impression. Le célèbre Marsh, évêque de Péterboroug^, de voit y joindre de

précieux détails sur Tâge, le caractère »

et rimiiiprtance du manuscrit.

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