II. Crédibilité
Le Peiitateuque est authentique. Les récits qu'il renferme ont donc été écrits sous les yeux des témoins des faits, en présence desmonumens destinés à en conserver la mémoire, au moment même où les événemens avoient lieu. Cela une fois admis, la vérité des faits racontés est démontrée. De quelle fraude, en effet, peut-on soupçonner encore l'historien qui inscrit à mesure , pour Tusage des spectateurs ou des acteurs, ce qu'ils ont fait ou vu comme lui? Si Moïse trompe , six cent mille témoins peuvent le démentir; ce sont leurs crimes et leurs souffrances qui remplissent son histoire.
S'il avoit trompé , ils l'auroient démenti , car ils n'étoient rien moins que confîans et dociles, car cette histoire les contraignoit trop souvent à rougir. Moïse cherche-t-il donc à soustraire ce livre
( 17 ) à leurs regards ? Non, il les contraint à le lire , à le transmettre à leurs fils. Us obéissent et pourvoient à ce que la postérité la plus reculée n'ignore pas qu'ils ont été coupables et punis. — Douterezvous de la vérité de cette voix accusa* trice, qu'ils n'osent, qu'ils ne peuvent contredire?
Mais pourquoi d'ailleurs en douter ? Lisez donc ces livres, et dites-nous s'ils paroissent l'ouvrage de l'imposture. Quoi!
ce langage naturel et sans art, ces simples récits, où les lois et les événemens sont inscrits sans méthode et jour par jour, ce seroit-là l'œuvre du mensonge!
mais ne savez-vous pas que le mensonge a son cachet, difficile à effacer? Allez ch»cher cette méprisable empreinte dans les traditions de la Chaldée , de l'Egypte ou de rinde; là vous trouverez de monstrueuses théogonies, unissant d'une manière bizarre , les cieux, la terre , aux plus
(i8) viles créatures , aux plus fantastiques conceptions, peuplant l'espace de dëgoûtans demi dieux, le temps d'orgueilleuses myriades ou de risibles généalogies. Voilà comment inventèrent toujours ceux dont l'imagination sans frein voulut raconter au hasard l'origine de l'univers , ou du moins , qui ne craignirent pas de mêler leurs capricieuses fantaisies aux débris mal conservés des traditions primitives.
Si Moïse eût voulu tromper , il eût au moins su flatter ou l'orgueil national , ou l'imagination déréglée de ses compatriotes. Mais, quel étrange imposteur! quel inventeur stérile ! Le nom et l'âge de dix patriarches, voilà tout ce que son imagination lui fournit de remarquable entre Adam et Noé ! Dans les premiers chapitres de la Genèse, que trouvez-vous? Quelques noms propres; quelques faits, grands sans doute par le Dieu qui s'y manifeste et par leurs immenses résultats , mais ra-
(19) contés en quelques mots, sans entourage et sans appareil. Dans ce qui suit nous trouvons de petites révolutions , de petits rois, de petits incidens, de petites guer* tes ; des scènes domestiques ou pastorales , toujours dans une parfaite harmonie avec le siècle où elles sont placées ; naïves histoires, qui nous retracent avec fidélité l'enfance de la civilisation; qui nous permettent d'en suivre les premiers pas, d'Abraham à Isaac, dlsaac à Moïse , de Moïse à David. — Pourquoi le temps ne nous permet-il pas d'entrer dans ces minutieux détails que vous n'avez jamais remarqués peut-être , et qui porteroient la conviction dans vos âmes !
Ah! que Tennemi de la foi, méconnaissant le langage du vrai, cherche à couvrir de ténèbres les récits de Moïse, ses efforts seront vains. La vérité a sa marche lente mais sûre, qu'il n'est pas donné aux hommes d'arrêter. A mesure que le
Pentateuque est mieux étudié, et par des hommes plus savans, les objections dis* paroissent, et son autorité brille d'un éclat plus pur. Notre siècle lui-même , par suite de Timmensité des recherches scientifiques qu'il a entreprises et des résultats auxquels il est parvenu, notre siècle rend tous les jours quelque nouveau témoignage à l'exactitude de l'histoire mosaïque. En vain une incrédulité partiale a-t-elle cherché à armer le savoir contre la Genèse, qu'elle ne comprenoit pas; en vain, dirai- je aussi, des défenseurs maladroits ont-ils ajQfoibli sa cause par leurs conceptions rétrécies et leurs raisonnemens imparfaits , tous les jours l'ouvrage de Moïse remporte quelque triomphe , non pas sur les sciences qui ne sont point ses ennemies, mais avec leur aide , au contraire , sur l'esprit de système, les demi lumières, et le scepticisme. Tous les jours la chronologie de
l'ancien Testament se confirme, les faits qu'il rapporte se lient à d'autres faits; la grande date de la création de l'homme écrite dans la Genèse, s'est retrouvée encore écrite dans l'histoire des peuples, comme aux rivages des mers et au flanc des montagnes ; la terre ouvrant son sein au géologue, l'a contraint à y lire l'ordre des sii jours (*); et les monumens ruinés de la vieille Egypte, trahissant enfin le sens de kurs hiéroglyphes, ont rendu témoignage à l'historien des Hébreux.
LePentateuque est authentique; ses récits sont vrais. Liés à ce premier anneau , les autres livres de l'ancien Testament n'exigent plus une discussion spéciale; chacun est à sa manière une des dépen-
(») Voyez les Lettres de De Luc à Blumenbach^ le Discours préliminaire de Cupier à la tête des Recherches sur les ossemensdes quadrupèdes fossiles* Voyez encore les Thèses de M! F, Soret sur la création du monde , Génère 18x9.
dances du vaste édifice dont le Pentateuque est à la fois le centre et le vestibule.
Chacun du reste a pour lui ses témoignages et ses preuves* Le plus grand nombre est l'ouvrage d'auteurs connus et de Prophètes vénérés ; l'origine de quelques autres est restée dans l'ombre. Tous ont été renfermés par les Juifs dans ce recueil sacré, dépôt de l'ancienne révélation, sur les limites duquel les Hébreux n'ont jamais varié ; dans ce recueil sanctionné par Jésus-Christ et les Apôtres.
Dès lors traduite dans une multitude de langues, et dispersée p^u* toute la terre , cette collection antique est cependant restée sous la garde des Juifs , de ces Juifs destinés à être dans tous les âges les dépositaires et les garans de cette charte sacrée qui les condamne. Ce sont eux qui, chose étonnante , veillent à son intégrité, dans rintérêt de la foi chrétienne. Depuis dix-huit siècles, l'Église
(23) juive, cette épouse délaissée qui pleure sous le palmier, tient les yeux attachés sur ce livre. Elle le montre également à ceux qui lui demandent les titres de son ancienne gloire, le fondement de ses espérances, ou la sentence qui Ta frappée; elle est toujours là pour démontrer l'origine et la fidélité de ces pages étonnantes , que ne peuvent effacer les révolutions ni les siècles , dé ce volume révéré qu elle a nommé la Bible, c'est à dire le Livre, par excellence.