‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament: Discours (volume 3)Chapitre 7 sur 23 · I. Authenticité · texte numérisé non relu

I. Authenticité

Les livres de Tancienne loi, quand, par qui furent-ils écrits? Sont-ils bien l'ouvrage de ceux auxquels on les attribue?

Sont-ils authentiques en un mot? Telle est la question fondanientale par laquelle il faut nécessairement commencer.

(4) Je remonte pour étudier ces livres, au temps où Tidiôme dans lequel ils sont écrits , vivoit encore chez les Hébreux.

Traversant les âges divers de la littérature hébraïque, je rencontre partout, malgréje développement naturel de Fart de parler, malgré Tinfluence des révolutions politiques et d'une civilisation progressive, une langue déjà fixée. Ce fait trie démontre que plus haut encore dans la nuit des siècles, je dois découvrir une époque décisive , où le langage national a reçu sa forme, et trouver enfin quelque ouvrage important qui en aura déterminé le caractère. Bientôt, a la source de ce fleuve antique, j'aperçois le Pentateugue ou les cinq livres de Moïse, et je reconnois Tépoque, Tévènement et Touvrage que je cherohoîs. Cet ouvrage, je rétudie, et je vois bientôt qu'il est la l)ase de tout l'ancien Testament, le livre ^ que tous les autres imitent, supposent

oti commentent. Ce livre renferme Fhîstoîre de la législation juive, celle des ëvënemens qui la rendirent nécessaire > OU' qui durent la préparer* Ce livre paroît écrit au moment 'même où cette législation naquit En elSet, le récit de Moïse concis et même obscur dans Fexposition des faits très-antérieurs à la lé* gislation et sans rapport avec elle y à rapproche de cette époque décisive devient tout à coup abondant et varié , comme Test d^ordinaire l'histoire contemporaine. Ou plutôt, ce n'est plus une histoire, c'est un journal où les lois, les guerres et les miracles viennent s'inscrire tour à tour, sans autre ordre que celui du temps. Tout indique que le Pentateuque n'a pas été composé plus tard. Cette supposition soulèveroit contre elle une telle masse de preuves critiques, historiques, littéraires que nous ne pouvons songer à vous les développer toutes. Le Pentateu-

(6) que auroit-il dans ce cas ce style simple, original et lëgèrement antique, qui le distingue de tout le reste de l'ancien Testament? Prësenteroit-il, sous sa forme première, cette législation divine qui fut altérée immédiatement après Moïse? Ne parleroit-il jamais des usages religieux qui s'introduisirent après lui? LHmposteur ne se trahiroit-il par aucun indice ?

Comment enfin cet étrange imposteur auroit-il fait admettre ce livre par ses concitoyens, comme l'ouvrage de Dieu même ? par ces honmies intéressés à le rejeter, dont la lente et opiniâtre intelligence ne cédoit jamais qu'au bruit du tonnerre et aux éclats de la foudre ?

Mais quand auroit eu lieu cette imposture? Depuis Josué à Néhémie, ce livre est sur le premier plan de l'histoire des Hébreux, toute la marche de l'administration le suppose , de continuels témoignages lui sont rendus. C'est à lui

(7) qu'en appellent Josué comme David, Daniel comme Ésaïe. Depuis le schisme à la captivité^ tous les cinquante ans à peu près, il y eut dans Fétat une réforme religieuse, fondée sur la loi écrite, seule capable de lutter , en ces temps malheureux, contre les désordres des peuples et des rois. Josaphat, Joïada, Ezéchias, Josias , chacun à leur tour , Tëlè vent comme un étendard au milieu d'Israël étonné , pour lui rappeler son Dieii ; si Daniel déclare au peuple captif qu'il n'a plus de patrie, c'est parce que cette sainte bannière a été délaissée.

Quels seroient donc encore une fois, le siècle et l'écrivain coupables de cette fraude vraiment surprenante? C'est Esdras , c'est le réformateur d'Israël, murmurent à voix basse , quelques incrédules timides, honteux d'avance de leur misérable hypothèse. C'est Ësdras, répètent avec plus de confiance des hommes

(8) audacieux qui pensent suppléer au défaut de preuves par un ton décidé* Quoi, c'estEsdras? ... Quel homme étonnant que cet Esdras qui , sans être soutenu par l'ambition d'un fondateur d'empire, auroit composé un chef-d'œuvre pareil, en auroit façonné le style, inventé le langage, ce langage si remarquable , si homogène, et surtout si diflférent des vrais écrits d'Esdras avec lesquels nous pouvons comparer! Cet homme qui auroit encore inventé l'ancien Testament tout entier , car l'ancien Testament tout entier témoigne en faveur du Pentateuque et suppose son existence ! Il auroit donc réuni l'énergique simplicité de Moïse à l'onction de David; le style sans couleur des historiens, au pathétique entraînant d'Ésaïe! Son génie prodigieux auroit conçu d'un seul jet , et le plan de la législation d€is Hébreux , et le développement graduel d.e leur révélation, et l'ensemble imposant

( 9 ) de leur histoire, et ces poésies prophétiques si fortement empreintes du délire

inspiré de leurs auteurs et tout

cela pour tromper ! Il auroit fait plus encore. Il auroit fait adopter cette monstrueuse imposture à ses concitoyens , et leur auroit persuadé qu'ils avoient reçu cette loi de leurs pères , qu'ils Tavoient étudiée dans leur enfance , et qu'ils étoient punis pour l'avoir violée !

M. F., le siècle dernier a vu paroître un homme (*) qui, après une profonde étude de l'antiquité, prétendit prouver au monde qu'il étoit le jouet d'une immense et bizarre imposture. Suivant lui , Homère et Virgile, Cicéron et Démosthène n'a voient jamais existé; Rome et la Grèce n'avoient jamais conquis ou éclairé le monde ; les chefs-d'œuvre du génie antique étoient une plaisanterie destinée à

(*) Le père Hardouin.

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tromper la postérité. Tout ce que le monde lisoit, apprenoit, croyoit, avoit

été inventé par quelques moines du

moyen âge. — Eh bien, j'ose raflfirmer; ce système n étoit pas , dans son genre , plus insensé que celui des honmies qui font du Pentateuque Fouvrage d'Esdras.

Le Pentateuque remonte jusqu'au siècle de Moïse ; est-il encore nécessaire de prouver que c'est Moïse lui-même, et non l'un de ses contemporains qui en est l'auteur? Eh ! son nom n est-il pas inscrit à chaque page? N'annonce-t-il pas luimême qu'il met par écrit les faits et les lois? N'ordonne-t-il pas aux Hébreux de conserver ses récits ? N a-t-il pas laissé d'ailleurs son sceau dans chacun des cinq livres en question? Dans la Genèse, je retrouve et le voyageur instruit qui rassemble des documens précieux, et le fondateur d'empire qui anime les fik d'Abraham à la conquête de Canaan. Dans le Lé-

vitique, le législateur qui confie^ aux prêtres le dépôt de sa loi. Bans le Beutéronome,leprophètemourant qui veut faire sur le peuple une dernière et durable impression. comme Tâme de Moïse se peint tout entière» dans ce livre éloquent, où les prières, les promesses, les menaces, la crainte et Tespérance se succèdent tour à tour, ainsi que dans l'âme agitée d'un père énnu sur le 46stin de ses enfans !

Que Ton réfléchisse encore à la variété de connoissances qu'exigeoit la rédaction du Pentateuque, et que Moïse se trouve précisément avoir toutes dû posséder. Le Pentateuque suppose la' connoissance de la législation civile, militaire, commerciale et religieuse de TÉgypte ; Moïse '^élevé à la cour des Pharaons, avoit été instruit dans toutes les sciences des Égyptiens. Le Pentateuque suppose des connoissances historiques sur les diverses tribus arabes , madianites , iduméennes>

Moïse avoit passe quarante années en simple nomade , au milieu de ces tribus; plus tard il en passa quarante autres , avec plus de moyens encore et plus de droits pour rassembler Tes antiques documens que renferme la Genèse, Lef^entateuque suppose la connoissance des grandes scènes , par lesquelles Dieu préparoit , dès l'âge des Patriarches, la formation du peuple hébreu ; Moïse ëtoit un Hébreu , un Hébreu zélé , un Hébreu savant. Le Pentateuque suppose la connoissance intime de la législation juive ; Moïse étoit le législateur. Oui; non seulement le Pentateuque est contemporain de Moïse, il est de plus l'ouvrage de Moïse même.

Voilà M, F, , en faveur de Fauthenticité du Pentateuque , une réunion de présomptions et de preuves, faites pour entraîner la conviction. — Vous en faut-il davantage ? Pans le nombre de celles que nous pourrions encore vous présenter,

il en est une qui équivaut, ce semble, à une véritable démonstration.

Sur le sol désolé de la Palestine, près des débris de Tantique Samarie, habitent encore aujourd'hui les restes prêts à s'éteindre d'une pauvre tribu (*). Ce sont des Samaritains , les derniers descendans des anciens ennemis de Juda; ce sont des hommes destinés à rendre témoignage à

(^) Les restes des anciens Samaritains habitent encore à cette heure en Palestine , à INaplouse (l'anciennt lïéapolis ou Sichem) entre le mont Hébal et le mont Garizim. Ils forment une peuplade très-misërable, d'environ trente familles et deux cents âmes. Ils conservent encore leur Pentateuq[ue et leur alphabet » ils restent fidèles à tout ce qu'ils ont pu garder de leur culte et ils ne se marient ^u^entre eux. Ils sont, en un mot, un monument vivant, aussi singulier ^'authentic[ue, de l'ancienne église samaritaine , ennemie de Jérusalem, contemporaine de Jësus-Christ et d'Esdras. Divers savans Européens sont entres en relation avec eux au i6.« siècle et depuis lors. M. Sylvestre de Sacy est je crois le dernier. Voyez son Mémoire sur tétat actuel des Samaritains., Paris 1812; inséré dans le Si * cahier des Annales des voyages.

( '4 ) Faiitique loi de ces Juifs qu'ils détestent, comme les Juifs dévoient à leur tour rendre un continuel témoignage aux oracles du Christ qu'ils ont rejeté. L'Église samaritaine^ entée sur celle des dix tribus , au temps de la captivité de Juda, formant une suite non interrompue depuis Jéroboam jusqu'à nos jours , ne connoît qu'un seul livre sacré. Ce livre est le Pentateuque; elle le proclame l'ouvrage inspiré de Moïse, la loi que ses ancêtres en ont reçue. Ce livre, elle n a pu l'emprunter en aucun temps aux Juifs, objets de sa haine et de sqn mépris. Elle l'a possédé dans tous les temps, elle l'a hérité de ses pères , elle le possède encore , elle le possède seul! Elle démontre ainsi qu'il existoit; qu'il étoit regardé comme authentique et divin dès le schisme des dix tribus. Ce livre, elle le reçoit; seul, parce qu'au temps du schisme les autres portions de l'ancien Testament,

(,5) OU nétoient pas encore écrites, ou u*ë-

toient pas encore rassemblées Que

tout homme impartial pèse ces témoignages ou plutôt ces faits , et qu'il se demande s'il lui est permis de douter en-

core!

M. F. , en vous prouvant l'auth^nticité du Pentateuque, nous n'avons pu que vous indiquer nos idées. Le temps nous manqueroit pour combattre les objections , pour entourer les preuves de ces détails historiques qui leur donnent de Tintérêt et de la vie. Cependant , j e Fespère, nous en avons dit assez pour vous faire partager notre propre conviction.

Oui, le Pentateuque est authentique. Caractères internes , témoignages extérieurs, nature des choses , démonstrations historiques, aucun genre de preuves ne lui manque; aucune objection n'a encore triomphé de Texamen.

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