CHAPITRE PREMIER
AUTHENTiCrrÉ.
i. Preuves historiques.
En faveur de l'authenticité des tpîtres , nous avons à peu près jes mêmes preuves qu'en faveur des Évangiles, ou même
. ( ^56 ) de plus fortes; car Taccor^ des témoins et des juges, a été constant et unanime.
Il y a cependant ici une distinction à faire avec franchise. On a, dès les temps anciens, fait deux classes des écrite qui nous occupent : les écrits universellement reconnus ,* «t les écrits contestés** dans certains lieux ou par certaines Églises. Ces derniers étaient TÊpître aux Hébreux , celle de Jacques, celle tle Judes, la. seconde de Pierre, la seconde et la troisième de Jean, et l'Apocalypse. C'est par conséquent des autres seulement que nous parlons, quand nous prouvons^ Fauthentîcité des Epjitres, par l'accord universel des Églises.
Ainsi les treize premières Épîtres de Paul, la première de Pierre, et la première de Jean , ont pour elles les preuves historiques les plus fortes qu'on puisse
♦ Omologoumènes, ** Antilégomènes,
( ^57 ) désirer. La plupart avaient en particulier, au.ifiotnent de- la formation définitive du canon , la tradition constante des Églises spéciales auxquelles elles avaient été directement adressées. Lardner croît que dans les restes des ouvrages d'Irénée, de Clément d'Alexandrie et de Tertulfien seulement, on trouve des citations plus nombreuses et plus étendues du petit volume nommé le Nouveau Testament, qu'on n'en pourrait trouver de tous les ouvrages de Cicéron pendant plusieurs siècles, et dans les écrits de tout genre. Les Épîtres de Paul, en particulier, sont citées ou indiquées dans presque tous l^s écrits des hommes apostoliques et des docteurs chrétiens de la génération qui lui su^^^. S'il y a quelque chose d*histôr^|ffient prouvé sur le- Nouveau Testament , c'est que ces Épîtres , dès le premier siècle , étaient lues dans le culte public, comme ouvrages
de Paul; et Ton ne peut découvrir, avant Tàpprobhe du cinquième siècle, aucune tentative pour en supposer d^autres sous son nom.
Quant aux écrits contestés, la cause des doutes a été en général bien reconnue et bien réfutée ; et c'est après exanjen des preuves, après avoir interrogé les .
témoins, que Fancienne Église les a universellement admis. Les réformateurs , fidèles à leurs principes, soumirent de nouveau le canon de la Bible à l'examen, en exclurent les apocryphes de l'Ancien Testament, admis par l'Église romaine; mais y conservèrent les Epî- .
très contestées, malgré les doutes, à mon avis, fort étranges de Luther sur celle de Jacques. Calvin ^^^n côté, doutait fort de l'authenticitWPrÉpître aux Hébreux et de là seconde de Pierre , mais il admit l'autorité apostolique de toutes deux. Dès lors la chose a encore été fort
- 0:^59) discutëé et assez éclaircie. En bonne cri* tiqué, à mon avis, il n'y a plus matière à objection que contre ces deiix. Elles sont loin , toutefois , de manquer de preuves plausibles et de réponses aux difficultés.
Que si rÉpître aux Hébjfeux n était pas l'ouvrage de St. Paul, il serait à peu près prouvé qu'elle a été écrite sous sa direction et sous ses yeux, et /par l'un de ses compagnons d'œuvre, très-probablement par Barnabas, Enfin, n'oublions pas que les soins visibles de la Providence pour le canon entier du Nouveau Testament, les bénédictions admirables dont ce recueil a été la source, semblent une preuve morale de sa parfaite pureté.
fSfIfi critiques.
Nous nous étendrons peu sur ce genre de preuves. Pour les écrits constamment reconnus, elles semblent presque inu-
tiles^ vu la masse et l'accord des témoignages historiques. "A quoi bon chercher dans rËnéide bu dans les Catilihaires la preuve que Virgile est bien l'auteur de la première,. ou Cicéron des secondes?
Le père Hardouin seul en pourrait douter. Quant aux écrits jadis contestés , il serait intéressant, je l'avoue, d'y trouver les coïncidences critiques qui nous ont frappés dans les Évangiles; mais la nature des choses permet peu de l'espérer. D'abord ces coïncidences sont moins naturelles à attendre dans des Épîtres qui exposent des idées , que dans des Évangiles qui racontent des faits. Ensuite les mêmes causes qui ont autrefois exposé à des objections ces écrits contestés, se trouvent être de n^re à en écarter les coïncidences désirées, ou du moins à empêcher de les y apercevoir. Ces causes, par un contraste bizarre, se trouvent précisément dues à deux cas oppo-
( 26i ) ses. C'est, ou le vague de quelques Épltres adressées à tout le monde , ou la spécialité de quelques autres adressées à d'obscurs personnages. Dans le premier cas, aucune Église n'étant. particulièrement chargée de la garde de telle ou telle Épître, de celle de St. Jacques, par exemple, et ne portant témoignage de cette mission, les juges de son authenticité, défianb et sévères dans les premiers siècles, ont pu trouver qu'elle manquait de quelqu'ane des garanties ordinaires , et hésiter à l'admettre. Dans le second , un dépôt dommis'à de simples individus, à CaïuSi P^r exemple, et à la Daine Elue* est demeuré inconnu à des Églises et à des régions, entières. Or le premier cas diminue beaucoup la probabilité que l'auteur, en écrivant TÉpître, y ait fait naître des coïncidences critiques;
* 2 Jean, rerstt i. 3 Jean, rtrstt i.
car, en s'adressant à de$ Églises nombreuses et dispersées , il ne pouvait guère faire allusion aux circonstances parti* culières à quelques lecteurs ou à luimême. Le second cas amènerait facilement les coïncidences, mais il empêche ' de les découvrir. Les circonstances, auxquelles il est peut-être fait allusion dans ces écrits, sont souvent en effet trop obscures et trop individuelles pour que • nous puissions les connaître. Il est donc vrai de dire ^jue pour certaittesÉpîtres, les preuves critiques sont peu saillantes^ peu* nombreuses ou mal connues. Heureusement qu'en général les preuves de sentiment et les caractères de bonne foi suppléent à ce vide. /
Parmi les Épîtres non contestées, celles de St. Paul ont en leur faveur des preuves critiques d'une grande force. Une circonstance singulièrement favorable est venue porter cette preuve au plus haut de-
( ?63 ) gré. Nous avons, dans les Actes, le récit presque complet de la vie de cet Apôtre, à répoque où ses lettres ont été écrites, et nous avons dans -ses lettres de continuelles allusions aux mêmes faits. Paul écrit toujours avec un extrême abandon ; il parle beaucoup à ses disciples d'eux et de lui , il se met en scène, rappelle le passé, et, sans s'en douter, il écrit son histoire. Or, rien au monde, mieux que ces deux espèces d'écrits/ parallèles , ne pouvait nous permettre de juger de Tauthenticité , de la vérité de l'un et dé Tau-, tre. Ce sont comme deux biographies de genre divers, perpétuellement en regard, et plus Tune des deux est indirecte, plus les confirmations qu'elle apporte à l'autre sont persuasives^ plus surtout lés lumières qu'elle en reçoit sont précieu$es et sûres.* L'auteur des lettres n'a évidem-
* « Toutes les fois qu'au milieu des obscurités» du silence ou âfis contradictions que l'histoire présente, Oo
ihent guère pensé à y faire connaître sa vie, ou à se mettre en rapport. avec le livre des Actes; et s'il y eût pensé, il s'y fût nécessairement tout autrement pris.
Un livre, connu sans doute de presque tous mes lecteurs,* a développé cette preuve d'une manière tellement claire et complète, qu'il serait impossible d'y rien ajouter. Je ji'ai garde de l'entreprendre. J'invite seulement à étudier ce li vre> ceux qui ne le connaissent point. Us n'y trou-
parvient à trouver une lettre, on ne manque pas de l'enyisager comme le plus sûr moyen de découvrir la vërité au milieu de récits différents, de suppléer à l'imperfection et à rincertitnde de ces récits. Et voici pourquoi Ton attache un tel prix à des lettres; c'est que les faits qu'elles contiennent , sont généralement mis à découvert incidemment y et par conséquent sans qu*on s'y propose d'égarer le public par des narrations fausses ou exagérées. »
Ce sont les paroles de Palej , sur le sujet qui nous oecnpe. ÇHçrœ Paidinœ; Conclusion.)
♦ Palejr, Hor4P Paulinœ ou P^érité de f histoire de S t, Paul; tràduetion de M. le professeur Levade. Nùnes
( ^65 > veront pas seulement le développement parfait de la preuve critique que nous avcms indiquée^, mais encore, dans la conclusion, les nombreuses et important tes conséquences de l'authenticité des Épîtres de Paul, pour la certitude du Christianisme. '
Ce rapprochement, si heureux pour répreuve critique des Épîtres de Paul, ne saixrait avoir lieu pour les autres, puisque les Actes ne font pas Thistoire de Pierre^ de Jacqq^ et de Jean, au moins à Fépoque où ils écrivaient des Épîtres, et que d'ailleurs ik n avaient pas l'habitude et l'occasion de se mettre eux« mêmes en scène autant que PauL II est en revanche une autre preuve critique presque aussi forte, et qui ne manque à aucun de ces quatre Apôtres: c'est In distinction tranchée du style, des métjio^ des et même, des pensées pr4|^es à chacun, et leurs caractères d'originalité si
remanjuabies et si divers* Mais comme le dëveloppement de cette preuve se con:
fondrait tout-^rfait avec celui des caractères de boime foi, empreints dans ces écrits, nous renvoyons au chapitre suivant le développemc^ simultané de ceç deux objets*