CHAPITRE SECOND
CAliACTEEES «T fiOintiS FOI VES ^CRIVAIKS,
S'il y eut jamais écrit empreint der cette couleur simple et sinc^e qui attire la confiance et fait naibre la conviction , si jamais livre fit dire au lecteur capable de réfléchir t Ce langage est celui d'un homme convaincu ; ce sont bien sûrement les Épitrés des Apôtres. Qui jamais y découvrit rien d'afiecté, le désir de faire effet, de persuader ce qui n'est pas ,
( 267 ) de faire paraître ce que Ton feint de cacher; en un mot, les artifices d'un ëcrîvain qui se dëguise, et ces légers mais indâébiles stigmates de Fimposture, auxquels les gens exerces ne manquent guère de la reconnaître? En lisant nos livres, n'y voit-on pas à chaque ligne des hommes simples, qui connaissent presque uniquement leur foi, et ne songent qua la répandre? Ib laissait les trésors^ qu'ils portent ; briller de leur éclat naturel , et, mses de terre, ils ne pensent pas en briller davantage eux-mêmes. Idées, sentiments, tout vient immédiatement du fond du cœur, sans altération, sans ornement , sans travail ; et ce cœur dont ces écrits rendent si naïvement témoignage, ce cœur est toujours pur, toujours humble , toujours détaché de la terre, et aussi étranger qu'impropre à Fimposture.
Essayons de substituer à ces généra-
lilés quelque chose de plus précis ^ fet consacrons quelques pages à rechercher dans ces écrits les traits, par lesquels se distinguent leurs quatre principaux auteurs. Je me flatte que la diversité des caractères que nous verrons résulter de cette recherche, la vérité de sentiment dont ils seront également le gage, enfin leur rapport avec l'histoire des écrivains, fonderont solidement notre conviction delà bonne foi de ceux-ci, et achèveront la preuve de l'authenticité de leurs ouvrages.
SECTION PREMIÈRE
St Pierre,
Dans la ^première partie de ce travail, nous avons étudié le caractère de Pierre comme homme et comme disciple; c'est maintenant l'écrivain que nous voulons
( 269 ) contempler. Cette ëtude portera seulement sur la première Épttre , comme étant plus considérable, beaucoup mieux caractérisée, et plus incontestablement authentique.
Le caractère le plus saillant de Técrît que nous examinons, celui qui dès le commencement frappe les regards et touche le coeur, ce sont les transports de TApôtre en annonçant la rédemption.
Son début* est un cri de reconnaissance et de joie. L'idée du salut apporté par Christ , le souvenir de ses proniesses et de son exemple, dominent toutes ses pensées , se retrouvent au fond de toutes ses leçons, deviennent le motif de ses préceptes les plus particuliers.** Me trompé- je ^ si de plus je crois voir dans la manière dont l'écrivain parle de cette
» I Pierre I, 3. .
f* Voyez, par exemple, i Pier.I, 2, 3-i2, i3-i5, 18-21, 23, 25; II, 4,5, 9, 10» II, 12,16, 21-25, etc.
( ^70 ) rédemption par le sang de Christ, qudque chose de Tardeur curieuse , mais noble et relevée, qui caractérisait FApôtre Pieire? Je me le rappelle dans les Évangiles, sans cesse interrogeant son Maître, impatient de comprendre, d'éclaircir ses prédictions et ses leçons»
Dans rÉpitre, il me semble reconnaître le ménoe Apôtre à la chaleur impétueuse avec laquelle il dépeint les efforts des prophètes pour pénétrer les destinées du Messie, les souhaits inutiles des anges pour percer jusqu'au fond de cet abinie,^ e^le bonheur des élus, objets choisis et témoins éclairés de tant d amour. Il y a^ de plus ici un sentiment profond du prix que la réconciliatioadeThomme a coûté»
du sang versé sur la croix,'^'^ du danger de négliger un si grand salut, de la folie
* I Pier. I, 10-12.
** Ibid,^ I, 2» i8, 109 23; n, 24, etc.
(27») d^affironter le jugemait de celui qui, après avoir agi en Père^ jugera sans accep^ tien de personnes!* Ce n'est pourtant pas que Técrivain ait une tendance naturellement dogmatique , au contraire :
il est impossible d'être plus essentiellement pratique. Il en revient toujours aux préceptes et aux directions morales ; son Ëpltre presque entière y est consacrée/* Cest là même son caractère le plus frappant 9 celui qui , avec la clarté des leçons > le distingue le plus nettement de St. Paul* En général tout y est simple et positif; St. Pierre ne s'arrête guère sur les profondeurs de la foi, il a l'air de moins s'intéresser aux idées, qu'aux résultats et aux sentiments. Celles qu'il expose, ne lui sont pas même toujours propres; il
^ I Pier. I, 15-17.
»♦ Voye* les chap, U, ffl, IV, V. Le chap. I«» est le seul dogmatique» et il est en xaéme temps aussi pratique que les autres.
( ^72 ) emprunte des phrases en ^and nombre à Jacques et à Paul,* et il semble bien plus habile à parler de Fabondance d'un cœur ému, qu'à expliquer des dogmes ou creuser des pensées. Si doiic il s'occupe autant de la rédemptîon,,ce n est pas que sa tête médite beaucoup , mais c'est que son âme est renriuée, c'est qu'il aime Jésus-Christ, en un mot. Ici encore nous reconnaîtrons St. Pierre, Mpôtre qui a vécu près de Jésus, et qui aime en lui , non seulemeiitie Sauveur, mais encore le Maître et l'ami. Écoutez comme il en parle à ses lecteurs : Lui qiéé cous aimez sans Valoir pw/** Il semble s'étonner de cette affection qui ne s'attache pas au souvenir d'une image vénérée; il a vu^ lui , et il sent que ces souvenirs de Jésus parlant, aimant, réprimant, pardonnant,
* On en trouvera des exemples dans mon Essai d'une Introduction critique ^ p. 470 et 471.
♦♦ iPier. I, 8.
(^73) font la vie de son âme et le point d'appui de sa foi. Si on les lui enlevait^ il croirait tout perdre , et il félicite , il admire ceux qui, sans les avoir , savent aimer et croire comme lui/Jamais Paul n*eût dit cette phrase. Ailleurs Pierre se nomme encore avec dignité , et comme pour fonder ses droits, témoin des souf* froncés de Christ; puis il continue: qui dois aussi woir part à la gloire qui sera manifestée* Il lie ainsi ses espérances ou plutôt , pour parler comme son cœur lui parle, sa certitude d'obtenir le ciel, à la circonstance d'avoir vu personnellement Christ outragé , mort et ressuscité. C'est là, si je ne m'abuse, une association d'idées toutes locales , une liaison de temps et de lieu entre ses espérances et ses souvenirs. Il se voit sans doute encore aux pieds de Jésus,
* I Pier. V, I.
( 274 > lui 4iMnt i^ Seigneur ^ tu sais gue /# £aimey et le Maître lui répondant : Suis-
moi*
Ce dernier mot de Pierre me conduit; à un ttouveau trait caractéristique de $es écrits. C'est la vivacité de son espérance, son mépris^ ou plutôt son insensibilité pour les souffrances du présent U exhorte ses disciples à soufirir, il s'attend à souffirir lui-même , mais sans aucune apparence d'abatt^nent; il est plein de force et de joie» et pour cela» il n'a aucun effort à feirç.** Il a Fair de jeter un regard de dédain sur les ficàyeurs par lesquelles les adversaires de la cause de Christ prétendent arrêter son élan. Le Dieu de toute grâce nous a appelés par Jésus-Christ y à fouir de sa gloire éternelle ^ après ^ue nous aurons un peu
» Jetti XXI, 15-19,
*» Voyez I Pîcr. I, 6, 7, i3.jll, 19, ao; UI, 14-18; IVi ia-19; V, 10.
jowjfèr/.* Paul) aussi résigné, montre tout autrement sa foi; il triomphe également de la souffrance, mais non sans combat; et si elle est vaincue, elle n*est pas oubliée. Rien ne peut le séparer de V amour de Christ y** mais il a une écharde en sa chair y et il a besoin que la çertu de Christ habite en lui*** Il aspire à secouer ce fardeau de misère dont Pierre semble ignorer le poids. En lisant Paul, on croit le yoir entrelr dans le cirque, d'un pas ferme, sans doute, et les yeux attachés au ciel ; mais ses traits expriment l'habitude de la souffrance f et le gémissement résigné du martyr semble sur ses lèvres. Pierre, au contraire, se peint à moi dans ses écrits comme insensible aux angoisses de là nature ; je crois le voir cloué sur la croix, avec une figure riante et un regard d'aï-
* I Pier, V, lo. ♦♦ Rom. Vffl, 35. *♦♦ a Cor. XII , 7-9*
légresse. Sa boacbe entonne Thymue de la reconnaissance ; les bourreaux TentQurent sans même attirer son attention; Timage de Christ est la seuk qui puisse se faire jour |usqu a son cœur. Cette di^ versité tient probablement à deux causes, gages précieux Tune et Tautre de Tauthenticité des Êpitres et de la véra-»
cité des écrivains. La première esl la dif-* f érence du caractère. Dans cdlui dePiérre, îly a bien moins de réflexion et bien plus d'impétuosité que dans celui de Paul > bien moins d'idées et bien plus d'entrainement; il est tout action et mouvement^ pour ainsi dire, tandis que l'âme de St.
Paul est toute pleine de méditation et de pensée. Celui-ci reçoit l'impression successive, détaillée et complète des mêmes objets que Pierre oublie ou ne voit point, des mêmes amertumes au travers desquelles ce dernier Apôtre s'élance sans réflexion.
( ^77 ) La seconde est la diflFérencede la position. Paul souffre pendant chaque heure d'un long ministère. II combat en détail contre des souffirances que les Juifs, ses constants adversaires , font renaître tous les jours.* Pierre ne parait pas avoir été aussi maltraité par eux. 11 s^ttend au martyre , il le prévoit pour ses disciples, il y compte pour lui-même; mais pouir un grand sacrifice unique et décisif, une âme énergique rassemble ses force»
et en trouve, tandis qu'elle s'épuise quelquefois en détail sous des soulffi*ances de tous les jours. Le martyre de Paul a duré vingt ans. D'ailleurs ses soufirances étaient actuelles; celks qUe brave Piètre, étaient encore en perspective. Le premier combat et se fatigue au milieu de continuelles angoissa ; le second ne fart que s y préparer. Il dit, comme autrefois : Je
* iThcfsal.II, i5, i6.
suis prêt à aller ai^ec vous et en prison et à la mort* Cette fois , sans doute » il fera plus que le dire , toutefois la diversité des positions contribue aussi à la diversité des langages.
Si nous rassemblons maintenant ces divers traits pour en former un caractère, nous les voyons se réunir en une image bien naturelle, bien unique, et bien propre à inspirer la confiance , celle d'un honune ardent, franc en paroles, impétueux en actions, pkin de sentiment et de vie, peu porté à réfléchir, mais sachant aimer Jésus-Christ, comme jamais, peut-être, cœur d'homme ne Taima. Or, cette image n'est- elle pas celle de TApôtre Pierre, tel que les Évangiles nous Tout fait connaître?
Bien d'autres traits , négligés par nous dans ses écrits, auraient encore aug-
* Luc xxn, 33.
( ^1Q ) mente la ressemblance. Mais, telle cpi^elle est, cette ébauche me parait déjà frappante. Je ne puis lire cette Épître, sans y reconnaître le Pierre des Évangiles, modifié sans doute par FEsprit qu'il a reçu , par la foi qui depuis lors a poussé des racines dans son cœur et porté des fruits, mais cependant Pierre toujours le même. Or, y a-t*il au monde un Caractère plus éloigné de Fimposture et plus fait pour inspirer la confiance ? Où sera le ton de la sincérité, si ce nest pas ici^ et à quels meilleurs traits pourraiton la reconnaître ?
Cette analyse paraîtra peut-être subtile à mes lecteurs; mais, je ne sais, elle me parait d'autant plus» vraie que je la pousse plus avant. Elle me persuade, je Favoue, plus encore que tous les témoignages, de l'authenticité de FÉpitre et de la sincérité de son auteur.
SECTION SECONDE
St Jacques.
Payons à TÉpître de Jacques, et à Fétude du caractère de cet Apôtre, Tout lecteur ex»cé découvrira bien vite, dans cette ÉpitrCv quelque chose de plus origind encore que dans celle de Pierre, et des indices non moins remarquables de 4a sainte origine de récrit comme de la parfaite bonne foi de 1 écrivain.
- Dès le premier coup d'œil on est frappé de la multitude et de l'entassement des préceptes, exprimés en général avec concision , netteté, placés à la suite les uns des antres sans préparation et «ans lien.
II semble que Fauteur ait voulu profiter la place , en excluant toute phrase sans résultat, tout mot inutile. II est tout plein de sentiments, et surtout d'idées. Or Paul est absolument dans le même cas ,
(aSi )
et pourtant il n'y a pas Tombre de ressemblance entre ces deux écrivains^ Les idées de Paul, naissant les unes des autres à mesure qu'il les écrit, semblent quelquefois s'etobarrasser entre elles,^ et comme se disputer le papier. De là un style embarrassé, de nombreuses parenthèses, de longues périodes, dont on ne distingue pas toujours facilement le commencement ou la fin. Les phrases de Jacques, au contraire, nettes et précises, se suivent d'ordinaire avec rapidité, sans transition iarrangée et sans liaison naturelle , comme autant de sentences ou d'articles de loi. Ce n'est pas un homme exercé à écrire, on le voit, mais c'est une tête claire, et un cœur pénétré. Tout plein de Timportance de ses préceptes, de la sainteté de la vocation chrétienne, il reste pourtant maître de ses impressions et de ses paroles; et c'est avec un ton constamment digne , cakne
( :s8a ) et austère , qu^il prof&re les oracles de rEsprit-^iiit Piètre, Jean, et surtout Paul j parlent quelquefois de leurs personnes ou de leur ministère, mais lui nulle part; il semble ne se regarder que comme la voix qui crie au désert, pour y publier les saintes leçons du Christianisme.
Un autre caractère curieux pt décisif de cette Épitre , est l'absence presque totale de leçons dogmatiques. .Tout y est morale; non pas sans doute morale ex* térieure et humaine , mais pieuse et intérieure. C'est sur les sentiments conune sur les actes, que TApôtre veut agir; c'est dans les profondeurs du cœur humain, bien plus que dans les œuvresdu grand jo», qu'il porte la sonde et la règle.
Mais enfin l'Épître entière est en préceptes; et les dogmes, en tant que dogmes, n'y occupent presque aucune place* hm rédemption n'y est pas même indi* rectement rappelée. Le nom de Jésus-
Christ, huit fois répété dans le premier chapitre de Pierre seulement, ne se trouve que deux fois* dans les cinq chapitres de Jacques. On ne pourrait conclure de là que celui-ci mît peu d'importance aux vérités de la foi, ou ne reconnût pas leur influence. Je ne voudrais, pour preuve du contraire, que ses fréquentes allusions aux secours de TEsprit-Saint , et ses recommandations de la prière.** Il tient fortement à ce qu'on implore ce secours comme Findispensable appui de notre faiblesse , et la condition nécessaire de la vertu chrétienne. Si donc il parle peu des dogmes , c'est par suite du caractère pratique et positif quidominait évidemment chez lui. Les dog-
♦ Jacq. I, 1 ; n, I, Il est Vrai qâe V avènement du SeigneWeiX de plns-deox fois maotîOQnë au cHaphre V,
♦* Voyez ohap.I, S-7, 17J III» i5, 17; IV, 5,6; V, i5, 16-18.
mea sont les bases , mais la vertu est Ï4^ 4ifice à construire ; et Jacques veut» en particulier, relever certaines vertus, attaquer corps à corps certains vices* Cest au résultat seulement que FÂpôtre consacrera ses courtes et graves paroles^ tant il parait craindre que s'il s'en tient aux principes, on n'en fasse pas dès applications assez précises et assez vigoureuses, tant il semble résolu d'employer, aussi utilement que possible, chacun de ses mots et de.ses instants.
L'Épître de Jacques contraste forte-^ ment par ce côté avec celles de Paul et de Jean, et même avec celle de Pierre, quoique ce dernier ait aussi un caractère très-pratique. Les dogmes, et celui de la rédemption en particulier, reviennent toujours, sous la plume de Pierre, appuyer les préceptes ; sous^ celle de Jacques ils ne sont que sous-entendus.
Un autre caractère marqué de notre
ÉpHre, est une grande connaissance du cœur humain , et en général , la profondeur à^ laquelle TApôtre va chercher dans l'homme les causes secrètes de nos actions et les sources de nos 'misères.* Ce genre est particulier à Jacques; Pierre et Jean en sont aussi éloignés que possible.
Obserrqns encore la prédilection marquée de Tauteur pour certaines matières^ dont sans doute la position ou les fautes de ses lecteurs, son expérience ou ses dispositions propres lui faisaient davantage sentir l'importance : ainsi , la vanité des richesses et de l'éclat;** ainsi Finfiportance de régler ses paroles, sujet qui occupe près d'un tiers de TÉpître à lui seul;*** ainsi encore la patience dans les
* Voyez, par exemple, chap.I y 14, i5, ao,aS,.a6; m, a, id, 16; IV, i,a, 4,
♦♦ Voyez chap. I, ^-ii; O, 1-7; IV, 4, i3-i6; V, 1-6.
*** Jaeq.I, i3-26;lll, entier; V, 9-1».
(^86) afflictions, et les fruits salutaires à en re* tirer.* Mais le sujet que Jacques traite avec le plus de force, et qui semble lui tenir le plus au cœur, est Timportmice de la vertu pratique, et le dan]ger d'en isoler la foi. Il £ait de la sanctification Fessentiel et le sommaire de la religion chrértienne,** parce qu'en effet, sans cette conséquence impérieusement preiM^rite, la religion manque son but, trompe ou pervertit ceux qu'elle devait sauver.
Combien cette tendance de VApàtre n'est-elle pas remarquable, et de quel vif et pur éclat brille dans cette belle Épître la pensée de FËsprit-Saint!
Jacques écrivait dans la première ferveur du Christianisme naissant. Il était un des prédicateurs de cette religion qui promet la miséricorde à la foi , qui fait
* Jàcq^ i, a-4, la; V, 7, 8, 10, it,
*♦ !&«/., I, 2a-î5, a6» 27; li, 8-11, 14-^^*
( 287 ) de cette foi le moyen, la condition du salut Chargé d'annoncer aux autres la bonne nouvelle, s'il n'eût été qu'un homine ordinaire, n eût-il pas été enclin à exagérer le prix de la foi dont il était le héraut? Dans son enthousiasme n'eût-il point laissé oublier aux, autres .l'importance des oeuvres? ne l'eût «^ il point 4ui-même oubliée? Mais il voit cette foi de haut, avec sou but et dans sa tendance^; il prend la tâche du chrétien dans son sublime et complet développement; et loin d'être un prédicateur enthousiaste ^ il se montre véritablement plus qu'un docteur, plus qu'un missionnaire , plus qu'un philosophe : un Âpdtre inspiré !
On ne peut se lasser d'admirer la justesse , Télévatlon de vues avec les?
quelles il nous révèle le véritable esprit du Christianisme. Que l'on examine uu à un les divers sujets saillants aux-
quels il aime à revenir : importance des œuvres, détachement de la terre, patience dans les afflictions, prière et recherche du secours de Dieu, empire sur les sentiments et les paroles , et Ton venra qu'ils tiennent tous à ce qu'il y a de plus intime , de plus efficace, de plus indispensable dans le vrai Christianisme».
Ce sont là en pmiie des objets dont le philosophe incrédule, le moraliste ordinaire, le chrétien léger, s'occupent peu, et que peut-être ils ne savent point comprendre; mais le chrétien qui a lutté avec succès contre le monde et contre son coeur, qui depuis plus d'un jour a cherché les traces de Christ, et travaillé à devenir parfait comme son Père céleste, celui-là sent leur irtiportaice; il y est sans cesse ramené par son expérience et ses méditations, et il lit avfec étonnement, écrit par un artisan de Nazareth , il y a bien des siècles , ce qu'il découvre
( ^89 ) lui-même au plus profond de son cœur.
Je n'ai rien dit encore de la fin du troisième chapitre^* de ce morceau vraiment divin et si étonnant pour le lieu , pour rëpoquè : c'est un coup d'oeil d'aigle.; jeté de la hauteur des cieux, sur les dissensions religieuses , et sur les passions humaines, qui se glissant sous le masque du zélé, ne manquent guère de s'y mêler. Voilà bien le. véritable esprit de Jésuis-Ghrist, l'esprit de support, de douceur et de paix ; mais il était impossible à l'homme de s'en faire d'avance, à lui seul, une aussi exacte et aussi touchante idée. Encore une fois, est-ce au début du Christianisme,- dans la première ferveur de la foi*, et lorsque pour la propager, il fallait résister jusqi/au sang^ est-ce alors qu'on devait s'attehdre à voir les effets du zèle amer jugés avec
^ Jacq. m» x3-iS.
cette justesse, et flétris par un prédicateur dé la doctrine nouvelle, comme changeant en mensonge la vérité même ?
Est-ce donc bien le docteur de la secte naissante luttant contre les persécutions et le martyre, est-ce un bateli» devenu Apôtre,. et parlant à la terre avec l'autorité de Dieu même, au milieu des inspirations et des miracles , est-^^ donc lui qui, au Jîeu de foudroyer les résistances par des anathèmes, ou de les punir par des prodiges, fait d\ine modéiation paisible, douce , imitable , le caractère de la sagesse qui vient d'en haut?
Nous connaissons peu de choses sur l'histoire de Tauteur de cette Épîlre , Jacques ^ére du Seigneur, probablement le même que Jacques fils d'Alphée ; cependant , entre ce que FÉglise primitive nous en a transmis, et ce que rÉpître même nous conduirait à en croire , le rapport est frappant, et nous ne pou-
( ^9^ ) vons y méconnaître un nouvel indice de vérité.
Les Actes nous apprennent* qu'au Goncile des Apôtres, ce naême Jacques réunit tous les avis , par une proposition modérée et conciliante , digne de cette sagesse paisible ^ que TÉpitre prêche si * fortement. '
Les premiers écrivains ecclésiastiques nous peignent Jacques , pasteur de Jérusalem, comme un homme saint, d'une austérité rigoureuse, tout occupé 'de bonnes œuvres , sans cesse recourant à la prière , surnommé le Jîiste et le Dé- Jejiseur du peuple ^ cher à l'Église* et vénéré des Juifs eux-mêmes. Ces divers caractères de sa vertu, ne sont-ils pas en rapport exact avec les traits saillants de l'Épître, tels que nous les avons indiquésplus haut? Certes, si l'Épître de Jacques
» Act.XV, i3-ai/
( ^9^ ) manque d'autres preuves critiques , celles que nous venons de développer peuvent suffire, et je ne puis comprendre comment lin l^mme réfléchi pourrait douter de son authenticité.*
SECTION TROISIÈBIE.
St Jeon,
Ici nous, n'entrerons point dan's des développements prolongés. La manière propre à cet Apôtre lui est tellement particulière, qu'il suffit d'un seid chapitre pour en être frappé, et de longs détails n'y ajouteraient rien. Il y a bien quelques résultats critiques, quelques rapprochements curieux qu'il serait intéressant
* Luther n*en doutait que par des moti^i purement dogmatiques; il reprochait à cet ëcrit de combattre» au moins en apparence» la justification par la foi.
( ^93 ) de soumettre à l'analyse , mais ib prendraient ivjop de place, ou seraient d'une nature trop scientifique.
Les Épitres de Jean ne sont pas, comme les autres 9 des écrits isolés, où nous devons cherbher à reconnaître Tauteur, à deviner sa bonne ou mauvaise foi. Elles sont attribuées au même écrivain qu'un Évangile authentiqué, et ce sont les rapports avec cet Évangile, qui devraient surtout être constatés. Ces rapports sont frappants, incontestables, décisifs pour Fauthenticité des Êpitres , mais leur indication même nous entraînerait trop loin, et nous éloignerait du genre de récherches auquel nous devons nous borner : je veux dire , l'élude du caractère de l'écrivain et de l'écrit. Les rapports de la principale des trois Êpitres avec l'histoire, iront mieux à notre plan.
L'histoire évangélique nous fait connaître Jean comme plein d'un tendre dé-
(^94) vouement pour son Maître, comme étant rapproché de lui plus qu'un autre par le caractère et la sympathie, et ne manquant du reste ni de feu, ni de courage; témoin sa présence sous la croix du Sauveur, le surnom de Fils dii Tonnerre ^ que celui-ci lui donna, et le vœu réprimé par Jésus de faire tomber le feu du ciel sur les Samaritains inhospitaliers.* Les anciens récits ecclésiastiques assurent de leur côté que Jean écrivit dans une grande vieillesse , à Êphèse dont il était Pasteur, et où il se faisait chérir; que 1^ charité faisait son caractère dominant, dictait toutes ses paroles, etqu6 le vieux Apôtre mourant se faisait encore porter dans l'église, poiw y répéter d'une voix tremblante ces seuls mots : Mes petits enfants^ cUmez-wiis les uns les autres.
Ils nous disent encore qu'autour de lui
* Luc IX» 51-56.
( 295 ) fermentaient dés sectes nouvelles plus païçnnes que chrétiennes, qui contredisaient les enseigpenrîents^ du Sauveur, niaient sa nature et défiguraient sa mission.
La forme et le fond de l'Épître, répondent à ces deux classes d^indicatîons, avçc une remarquable exactitude.
La forme donne Tidée d'un père parlant à ses enfapts,.d*un vieillard instruisant librement et sans gêne de plus jeunes amis. Il n'y faut chercher aucun plan, ni même aucun ordre ; les mêmes idées y reviennent fréquemment et presque au hasard , car elles sont le produit d'un sentiment «profond et habituel , auquel l'auteur s'est laissé aller sans chercher à en régulariser l'expression. Mes petits enfants :i dit l'Apôtre, et son ton familier et bienveillant est toujours en rapport avec ces mots sî simples et si tendres.
Le fond se rëduit à peu près à quatre préceptes, sans cesse ramenés avec abaiî* don, conviction, chaleur, et présentés ensemble , ou tour à tour, comme formant Fessence et le sommaire de la religion. Foi en Christ , amour de Dieu , amour des hommes , obéissance. L'écrivain , ici comme dans l'Évangile , aime à rappeler la rédemption opérée par Jésus-Christ, à occuper ses lecteurs de la nature divine de son Maître , et de cette dpgmatique relevée, sur laquelle les autres auteurs du Nouveau Testament ont moins souvent fixé Fattention des lecteurs. A côté de cela , chose bien remarquable et caractère essentiel de cette Épître, on n'y trouve pas un seul précepte de détail, pas une seule leçon de morale pratique. On dirait que l'Apôtre, les yeux attachés sur les grands et, nécessaires priacîpes^de toute vertu, le cœur tout ému de leur sainte influence.
n'ait pu s*y arracher pouir redescendit aux conséquences et en poursuivre les applications. Il se plait aussi à revêtir ses enseignements de ces figures brillantes , mais indécises 9 que FÉvangile du même auteur présente en abondance. Les mots de picy lumièrey unioriy grâce^ vérité j reviennent à chaque instant dans ces lignes touchantes. Us semblent même quelquefois empruntés à des doctrines profanes et rivales, que l'Apôtre veut apparemment rectifier, en appliquant avec plus de justesse les noms dont elles abusaient. En effet, on ne peut méconnaître dans cette Épitrç la réfutation plus ou moins direc^te des adversaires dont nous parlait l'histoire ;^ les mots sévères qui, sous la plume de l'Apôtre,
♦ Depuis la publication du bel ouvrage de M. le professeur Matter» il n'est plus permis de nier la présence des premiers Gnostiques à Épbèse» l'intention de l'Apôtre de Les combattre , et les emprunts qu'il fait dans
viennent se mêler parfois aux tendres expressions de la charité, nous dénotent assez la présence de ces redoutables corrupteurs de la foi. Ils trahissent en même temps Fancienne vigqeut de ce .vieillaid presque centenaire ; au reste l'Apocalypse et les deux petites Épitres nous font plus clairement retrouver encore le Boaner^ ge* d'autrefois, dans le doux Apôtre d'Ëpbëse. Enfin, remarquons encore sur les enseignements de la grande Épître, que l'Apôtre les appuie sur sa qualité de témoin oculaire de la vie du Sauveur.** En effet, qui, mieux que Jean, annon* çait, en racontant cette vie^ ce que ses yeux avaient çuet ses mains touché? Je m'arrête et je demande à ceux qui ont
ce but à leur langage. Voyez Matter» Histoire critique du GriQsticismfi ; ouvrage couronné par TAcadëmie des Inscriptions et Belles-Lettres» .
♦ Fils du. Tonnerre. Marc HI, 17.
♦* I Jean I, i-3.
étudié cette Ëpitre , si le caractère qu'elle indique chez son auteur , n est pas celui q^^ nous doniie Thistoire , s'il n est pas très--distinct des deux précédents et même en cmitraste complet avec eux , ^'il n'inspire pas enfin la confiance , et ne laisse cas voir conmie à Toeil la sincérité d-une âme pure^ aimante et élevée?
SECTION QUATRIÈME
Si. Paul
Nous arrivons aux Épitres de Paul.* Ici la matière est immense , et notre tâ^ cbe difficile. Pour analyser ces écrits si pleins de vie, il faudrait un volume;, il
* Je ne comprends pas dans cet examen l'Ephre aux Hébreux» comme étant ëorite aree moins d'abandon» ayant des caractères moins marqués» et une authenticite contestée.
( 3oo )
faudrait surtout une*âme brûlant du même feq* * *
Cet Apôtre avait été persécuteur, et toute la fougue de cet ardent caractère fut une fois dirigée contre cette religion, qu'il se dévoue maintenant à propager»
Singulier contraste qui, à lui seul, est une démonstration du Ghristianismeé"^ Cette démonstration est étrangère k notre plan, et c'est seulement TÂpôtrePauI que nous devons étudier dans ses écrits.
Nous ne ferons point entrer non plus dans potre examen les rappprts des Épitrès avec le caractère historique de Técrivain. Les Épitres* sont tropjionibreuses et trop longues, ces rapports sont trop multipliés pour que leur développement puisse trouver place ici. Ce travail risquerait d'ailleurs de se confondre sou-
* Voyez roavrage de Lord Lytielton» sous le titre de Considérations sur la conversion de St, PauL
(3oi)
vent avec le tableau des coïacidences ciritiques, si bien exposées dan^ les Horœ Pmilinœ dont il a été parlé plus haut.* Sans nous occirper ici de Ildentité du Paul des Actes avec le Paul des Ëpltres , nous nous bornerons donc à exposer les traits de beauté, de sincérité, d'originalité» qui nous frappent dans le caractère de ce dernier. Il me semble impossible, quand je fais moi-même cet examen, qu'il lie remplisse pas de confiance dans Taiithenticité des Ëpitres et dans la bonne foi de l'Apôtre, ceux qui le feront comme moi.
^ Il y a trop de choses à dire sur ce sujet , et trop de rapports entre elles, pour qu'il soit possible de suivre dans cet examen un plan bien méthodique. Cependant, pour y jeter quelque ordre, j'étu- ' dierai successivement la forme des le-
* Sojtz page 264.
çons de TApôtre^ les tendances caractéristiques de ses enseignements, lesi^priilcipaux mobiles de son apostolat et de sa vie^ les traits saillants dé son caractère-
I. Les Ëpitres de St. Paul diff&ent beaucoup des précédentes par la forme çt le style. Nous avon^ déjà f«it observer les plus frappantes de ces diversités. .
Nous avons parlé des parenthèses de Paul , de l'accumulation de ses idées , des empiétements de ses phrases sur cf autres phrases, et de Tobscurité qui parfois en résulté; mais nous n'avons rien dit du sentiment profond qui cause cet apparent désordre, et qui y porte tant de vie et d'intérêt C'est un homme qu'oppresse à la fois la multitude, la rapidité, de ses idées et la puissance de ses aflfections. Le tout ensemble parait souvent confus et entassé, mais je ne sais quoi
( 3o3 ) de pur, d'ëlevé, de vivant, y attire les regards et y touche le cœun Dans les entrailles de cette montagne inculte^ brûle sans cesse un foyer secret qui la dévore et rébranle. Quelquefois le volcan semble s'assoupir et le feu s'éteindre , mais il n est que contenu; bientôt il se rallume, il soulève le poids qui le comprime, enfin il éclate, et foudroie tout ce qui prétendait résister. Voilà, ce me semble, l'exacte image dû style de St. Paul/ Aussi tout est écrit d'un seul jet; on ne peut découvrir dans ses phrases ni travail , ni artifice , ni niême souci de la correction; l'arrangement des mots est resté tel que la tête l'a rapidement conçu.
Des exclamations, des comparaisons, une grande variété de lon^ et de tournures animent le discours, et trahissent •
♦ Voyez, par exemple, i Corinthk III,. IV, XII, it— XIU, i3; XV, 29-34, et surtout 2 Gorinth. XI
eixn.
( 3o4) le sentiment énergique qui a tout in« spire. Des formes dramatiques viennent souvent rompre la monotonie de l'enseignement, et par leur vivacité , suppléent à ce qui manque peut-être à la clarté des détails.* L'écrivain met souvent en scène ceux auxquels il parle, et il rappelle leur histoire *, mais il rappelle surtout là tienne , et se livre avec entraînement à. ses propres imjHrèsàions. S'il parle aussi fréquemment de lui-même, ce n'est pas sans doute par vanité; personne, après l'avoir lu, ne pourrait l'en soupçonner; mais c'est par ouverture de cœur, par zèle, et surtout par affection.** Le sentinient qui le lie à ses disciples
* Voye«, par exemple, Rom. U, i et suiv.; HI, i , 5, 9, 27-3i; IV, I, 9; VI, 1-3; VII, i, 7, 14.25; VUI, 31-39; IX, 14-19, 3o; XI, i-i5. Philip. m, i3, 14. I Cor. X, 22, 23.
** \ojez rÉpttre aux Philippiens presque tout entière.
est si puissant, que T Apôtre est* forcé de le laisser voir; il écrit presque tou-^ jours souô llnspiration des joies ou des amertumes qui hiî viennent d'eux; en vain essaie-t-îl d'en comprimer un moment I9. franche* expression, après quelque contrainte , il finit par s'y livrer avec une effiigioh entière. L'histoire antérieure de St. Paul formait d'ailleurs un élément si essentiel dé sa prédication, ses souâ[rancés et ses vertus étaient pour ses disciples un argument et un modèle d'une telle importance, ^ vie avait été si étroitement liée à ses leçons, que sous peine, de laisser celles-ci incomplètes, il fallait bien que TApôtre ramenât souvent sur lui les regards de ses lecteurs."^
ir. Passons maintenant aux principales tendances de l'enseignement de
* Par exemple Gai. I, 11 —II, 14.
Paul. J'en crois remarquer tfois, parlîculières à cet Apôtre,
La première est la rëunioa soigneuse des leçons de dogme aux préceptes de vertu. Paul se pkît à fonder le$ dogmes, à les éclaircir, à les appliquer. Pour I^ faire mieux saisir, tantôt il recourt aux méthodes de ses anciens maîtres de la synagogue,* tantôt aux richesses d'une imagination élevée,** tantôt aux leçons d'une raison puissante et mix analogies de la nature,*** plus souvent à celles de la foi.**** Il n'est pas seulement Apôtre, il est encore théologien et docteur. Mais il a trop de zèle, çt met trop d'îniportance au salut des âmes, pour ne pas presser les conséquences des! théories religieuses qu'il aime à exposer. Il prêche la morale avec la même ferveur, la même
* Gai.. Uï, i5-i8, ai-3i. ♦» i Cor. III, s-iS. **♦ I Cor. XV, 35-50. *"♦ i Cor. XV, 1.34. flom. V, 12-21.
(3o7) perse vërance, la même énergie. Toujours pour lui le dogme est le principe de la morale, et la morale la conséquencedu dogme , et il ne sait point les isoler, tant son esprit juste , .sa vaste intelli-^ gence ont vu de haut le Gbristianisme.
Il partage assez ordinairement ses Ëpitrès ^n.deux parties , la première, principalement consacrée aux vérités, et la seconde aux devoirs/ Toujours il réunit les principes féconds de Jeâh aux conséquences sévères et philosophiques de Jacques ; et Tharmonie constante de ces ' deux éléments, est peut-être un des caractères les plus remarquables de ses écrits,**
Un second caractère général des enseignements de Paul, se trouve dans l'étén-
* Voyez , entre autres, les Épltres aux Romains , aux Ëphésiens» aux Colossiens.
»» Voye» Philip. U, 3-7 ; IJl, lo, ii , i8-ai , «le* Tît.U, ii-iS; ni, 1-8.
( 3o8 ) due etrélëvatîon de ses vues religieuses* Le Christianisme est toujours à ses yeux la religion universelle, destinée à réconcilier le genre humain-entier avec le ciel, et .cette pensée la ému; elle est au fond de ses discours , c'est le foyer où se nourrit son zèle ; il s'est dévoué à la mettre eh action. La vocation d^s Gentils est ridée à laquelle il revjent avec le plus de plaisir, il la nomme le Mystère de Christ^ il eif fait titi des traits de grandeur àM Mystère de piété y il s'en déclare spécialement l'Apâfcre, et se réjouit à la ' pensée que ses squflGrances servent à l'accomplir/ Je remarque encore, comme une preuve nouvelle du. point de vue élevé sous lequel Paul contemple la religion de Girist, son soin continuel de là ramener à l'essentiel et à l'important,
♦• I Tîm, Irf, i€. Rom. I, 14. Gai. HI, 26 -»8. %h. XI, 11-22; m, entier.
( 3o9 ) d'en distinguer rextérieur ou raccessoîr^.
Ses contemporains Tobscurcissent - ib par des questions folles^ des discussions minutieuses , des généalogies gnosti^ quesy des disputes sur les alixnents permis? Il s'indigne, et ne permet pas que l'on confonde la loi de Jésus avec ce qui n'est pas elle. lia besoin d'élever les ânies à quelque chose^e plus grand, de [Jus large, en un mot, de plus chrétien. La Hoyaume du ciel^ s'écrie-t-il> ne con^ siste ni dans le manger^ ni dans le J}oire^mais dans la justice^ dans lapaixet dans la joie par le Saint-Esprit.*
Enfin le dernier trait qui me parait caractérisar les leçons de T Apôtre, c'est son profond sentiment de. la dignité du chrétien fidèle , de la grandeur que Christ lui a restituée. Lors même qu'il ne songe
"*■ Rom. XlV, 17, 184 00. Voyex des leçons analogvM» Gai. VI, I S, \S. Col. n, 17. Tît. UT, 8, 9.
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pointa les faire ressortir, ses expressions et ses images montrent toujours combien il en est pénétré. Grâces à la rédemption»
Yhotnme devient on être privilégié chez qui tout est grand, sentiments, lumières et destinées. J^ous wez été rachetés à un grand prix y écrit-il aux Corinthiens,* ne cous rendez point esclaç^es des hommes. Si les héros d'Homère paraissent des géants à «es lecteurs, Thomnoe de Paul apparaît, à qui sait lire $es écrits, comme un immortel, encore habitant la terre, mais dont la tête est déjà dans les cieux. Il porte le poids^ des douleurs de ce bas monde; mais sans fléchir, et il n'éa est pas moins déjà ressuscité ^ déjà assis dans lés lieux célestes açec Jésus- Christ*""