‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament: DiscoursChapitre 20 sur 33 · III. Allons plus avant et cherchons à · texte numérisé non relu

III. Allons plus avant et cherchons à

* I Cor. Vn, a3.

*» £ph.II,6. Voyez encore Philip. II, 14, i5;ni,

( 3i-r y découvrir ce qui se passait dans lecœur de PApôtre^ Recherchons dans ses écrits lés sentiments dominants, bases de toutes ses aiSfectioiis j et principes moteurs de tout son ministère*. Ces sentiments me paraissent êïre surtout son amour pour Christ, son zèle pour la foi, sa tendresse pour ses disciples.

Cert pour Christ qu'il travaille, c*^est les yeux fixés sur lui qVil marche, c'est pour être avec lui qu'il tend à délogei^;* il l'aime de toutes les puissai^ces de son âme, mais autrement que Pierre et Jean.

Ceuxrci l'avaient vu , et non .pas lui.

Aussi son imagination ne le revêt pas de ' traits individuels. Il ^ime en lui le Rédempteur assis à la droite -du Père, le Seigneur de gloire appelant son persécuteur sur la Tovjte de Damas. Cette

i3, 14, 2«, %i; IV, 8, 9. 1 Col. ni, 1-4, 9-u. iTxm. VI, II -16, etc.

* Philip. I, 23.

<3.0 nuance, cpioique délicate» est facile à saisir dans ^s écrits. •

A l'exemple de Jésus*, Paul a pour nourriùire defcdre la volonté de Dieu.

Il est tout zèle. L'avancement du règne de Christ est son premier, son seul intérêt Il ne le perd pas un instant de vue; prisonnier, naufragé, lapidé même, il trouve encore moyeif de prêcher Christ, et de faire tourner au salut des autres ses propres souffrances. Pourvu que le but soit atteint, peu importe à quel prix.

Cette âme sensible et-fière va se jeter au milieu dei^ douleurs; elle se plaimdans les humiliations et les outrages^ pourvu qu'elle ait enfanté un fils à Jésus- ' Christ.** .

A peine peut-mi distinguer de ce sentiment la tendresse de Paul pour ses dis-

* 2 Cor. xn;, 10.

*^ Vojes»«par exemple « Rprn*!» 8^i€é x Cor. IX, 16-27. CoLIV, 3,4. 2 Tim. Il, 5, lo.

( 3i3 ) ciples , tant celle-ci s'adresse à leur âme et aspire à leur perfectionnement , tant FApôtre l'éprouve pour tous ceux qui mment le Seigneur Jésus-Christ d*un cœur pur.* Toutefois cette tendresse a aussi sa couleur particulière. Après avoir admiré le zèle mâle et Vigoureux de l'Apôtre, on éprouve un charme iM>uveau en voyant cet homme fort, si sensible à tout ce qui touche ses enfants, si facilement ému de tout ce qui lui vient d'eux.

Leur commerce le délasse des, continuels froissements dont son cœur est malade, il se repose avec abandoasur leur amour, il s'ouvre à une douce joie au spectacle de leurs progrès, et chacun de leurs noms réveille en lui un souvenir ou une espérance. Pour eux il éprouve les douleurs, les transports, et même les illusions que le cœur d'une mère est en général le seul

* Éph.VI, 14.

(3,4) à connaître.* Quelle est notre espéranc&s noire joie i et la couronne dont nous faisons notre gloire? ëcrit-îl à ses fidèles Thessaloniciens;** N'est-ce pas i^ous qui le serez en laprésence de notre Seignmir Jésus ^Christ à son avénemeiit? Oui y cous êtes notre' gloire et notre joie.

Amour des disciples, amour de Christ, zèle pour sa gloire, tels sont les trois sentiments qui se réunissent et se fortifient mutuellement dans Tâme de Paul , et en font, pour ainsi dire, Tessence. Ainsi confondus et dominants, quel sublime et puissant mobile ne donnent-ils pas à sa vie entière ?

IV. Pour achever cette intéressante analyse, essayons maintenant d'observer

* Voyec tovte rÉpttre aux Philippiehs ; les sahiutions, Rotfi. XVI, I Cor.XVf, Col. IV, etc. Vojei encore I Tliess. U, 8-i3, et le cliap. III tout entier.

*♦ I Thess.II, 17. ao.

( 3i5 ) de plus près le caractère de Paul, et certaines dispositions saiUantes que ses écrits indiquent chez leur auteur. Elles ont ceci de semblable et de singulier» qu'elles présentent la réunion d'extrêmes opposés, rarement joints chez le même homme.

De là naissent ces continuels contrastes, qui donnent à la manière de St. Paul tîant d'attrait et d'originalité. Développonsen quelques-uns; ce sera le meilleur moyen de faire entrevoir tout ce que renfermait cettç âme et cette intelligence extraordinaire.

Nous avons parlé du désordre fréquent des phrases et des idées. Eh bien, malgré ce désordre, on voit facilement que kl tête de l'écrivain est essentiellement méthodique et méditative. L'ensemble de ch^ue Epître indique presque toujours un plan,* et souvent les sous-divi-

* Ejcaisiiiez, par exemple, sous ce p^int de vue, les

( 3i6 ) sions développent un argument régulier, constamment poursuivi au travers xles digressions et des parenthèses.

Paul est zélé pour la vérité. Son courage n'est jamais en défaut quand il faut combattre Terreur, lattaquer de front et la vaincrje. Si Ton s*oppose au5t leçons de la foi, si Ton s'écarte de la trace large et éclatante où Christ appelle ses rachetés, si Ton corrompt le Christianisme par le mélange d'une fausse philosophie ou des étroites doctrines du Judaïsme , rien ^u monde ne pourra faire taire YA^ pôtre. Il résistera en face, même à St.

Pierre,* et l'on pourrait, faute de le mieux connaître, le prendre alors pour un de ces hommes incapables de ménagements, à force de fermeté. Mais changez les circonstances; à ces attaques dont

Éphres aux Romains, aux Ephésiens, aux Colossiens» ou la première aux Corinthiens.

♦ Gahlï, ii-i4«

(3.7) les bases même du Christianisme étaient ébranlées, substituez des diversités d'opinion moins importantes, qui tiennent à répoque, qui tomberont arec le temps^ et Paul devient un autre homn^e : il n'y a plus chez lui que tolérance, support, égards pour la conscience d'autrui. Que chacun i dit*il, suive V opinion dont il est pleinement persuadé ! Receçez as>ec honte celui quiestjaible en lajoi^ sans contester sur ses opinions. Qui es-tUj toi qui condamnes le serviteur d'au^ trui?* A ne le connaître que par ce côté, on pourrait croire maintenant que la vérité lui est peu chère , et que par excès de doucîeur, il ne sait pas se dévouer pour la défendre. Mais cette grande âme savait Fart de tout réunir.

Quelle redoutable énergie chez cet

» Rom. XlV, 1,4,5; voyez tout le chapitre. Voyex encore Philip. IV, 5.

( 3i8 ) horame^ quand on ose résister à sçs ordres ou mëconnaitre ses droits! Quelle force dans ses reproches, quelle impétuosité dans ses censures, quelle amertume daps son ironie!* Hé bien! qui jamais porta plus loin ji'insinu'ation» la grâce , ladresse délicate et tendre d'un cœur aimant et profondément sensible , lorsqu'il parle à des hommes capables et dignes de l'entendre,. et lorsqu'il ne veut pas ordonner? L'Épître à Philémon en est la preuve.**

Mais une opposition plus remarquable encore diez l'Apôtre, parce qu'elle est pliis touchante , c'est celle d'un oubli de soi-même , de ses besoins , de ses droits ^^ de son repos, poussé jusqu'au prodige, et en môme temps d'une sensibilité délicate et vive, j'ai presque dit, suscep-

, * Voyez I Cor. IV, 8-i3, 18-21 ; V, 3-5 ; ÏX, i -7 ; XI, 17-21. ^

*♦ Voyes encore a Cor. VIII et IX.

( 3i9 ) lible, dès (Ju^on vient à méconnaître ce cceur prêt à tant de dévouement , et capable de tant d'amour. II a été question plus haut d'un contraste du même genre entre le renoncement a la terre, si complet chez TÀpôtre, et la douloureuse impression produite chez lui par ces souffrances qu'il ne cesse pourtant de braver; les exemples en sont nombreux/ Mais ici c'est des souffrances du cœur qu il s'agit surtout; singulièrement vives chez .

cet homme, qui cependant ne tient plus au monde, et s'est sacrifié tout eptier/* Il use des choses de ce monde comme ri en usant pas^** il vit en homme dévoué qui n'a plus sur cette terre, ni sa patrie, ni son cœur; à l'exemple de son Maître, il plie en silence devant les outrages et les coups ;

» Voyes, par e^cemple, 2 Tim. I, 8-, ii, PhUip. I, fto-24; II, 27, 28.

♦♦ Philip. 1,12-18. iCor.lV, 8-13,14-17.

»*♦ I Cor. Vn, 3i.

mais^i parmi ces clameurs de Tinjustice il distingue une voix chérie, si Fun de ceux qu'il a engendrés à Jésu3-Christ vient à se joindre à ses accusateurs , son ardeur se réveille , son cœur saigne , plein de douleur il réclame la tendresse de ses enfants , ou bien il relève avec fierté sa tête humiliée et s'écrie : Que -personne ne me fasse de lapeine^ car je porte sur imm corps les flétrissures du Seigneur Jésus* Nous pourrions multiplier beaucoup ces contrastes du cœur de l'Apôtre, si }e ne craignais de fatiguer^ en me livrant à l'entraînement de ces détails. — Mais, quelle influence un tel homme ne devait- il pas exercer sur ceux qu'il aimait! et l'attrait si vif que trouvent à la lecture de ses Épîtres, les hommes capables à la fois de sentir et de méditer, ne semble-t-il pas facile à com« prendre!

* Gai. VI, 17.

J'aurais voulu , pour compléter cette recherche , montrer ce caractère en action dans quelques fragments de ces écrits. J'avais dessein d'analyser dans ce but la seconde Épître aux Corinthiens , l'une des plus remarquables de St. Paul> par la variété , l'impétuosité, la noblesse des^sentinofents et des mouvements. Mais je crains d'avoir été déjà trop long. J'invite au moins mes lecteurs à faire euxmêmes ce travail.* A dessein^ je n'ai tiré,

♦ Pour faciliter cet examen à ceux qui seraient^entës de suivre mon conseil, je veux rappeler en peu de mots la position de Paul en écrivant.

Afflige des fautes graves des Corintliiens , de leurs divisions en partis, de Faudacieuse résistance de quelques-uns, Paul, avant même de bien connaître Tëtat de€ choses, a envoyé Tite à Corihthe, avec sa première Éphre destinée à éclairer celle Eglise, à la censurer, la ramener , et lui annoncer son arrivée prochaine. Plus tard, Paul, changeant d'avis, n*a pas voulu suivre de si près son messager; il a attendu son reiour, et des détails nouveaux. Il les a reçus; il a appris à la fois que le mal et Tinjure étaient bien plus graves qu'il ne pen-

dans ce qui précède, presque aucun estemple de celte touchante Épître;

Pourrait-on maintenant ne pas sentir la preuve qui résulte et pour lauthenticitë des écrits « et pour la bonne Foi des auteurs, du rapprochement de ces quatre caractères? Tous quatre variés, originaux, si distincts même par leur manière de sentir et de présenter la religion^ et pourtant dans une si parfaite harmo-

tait, et pourtant qu'à la lecture de. sa lettre, le ^and nombre s'est montre soumis et repentant. Aussitôt il en éoirit précipitamment une seconde, tout agité qn'û est par la douleur que lui causent les récits de Tite; par l'indignation qu'il éprouve de tant d'accusations absurdes dont son ministère est l'objet; par le besoin de se justifier avec éoergie ; par le désir de montrer ce» pendant de la satisfaction à des bon^mes qui reyiennent au devoir, par la crainte 'de les blesser en leur disant *ce que pourtant il faut dire , et ce que le trouble de soa &me ne lui permiettra pas de dire avec le sang froid qu'il Toudrait conserver. Voilà les impressions opposées et vainement contenues, que cette intéressante Êpttre trabit tout du long.

( 3^3 ) nie de but, de sentiments et d'espérances !

Qu^ plus forte preuve pouirait-on demander de Fauthenticitë de leurs ëcrits, que cette diversité originale et tranchée^ réunie pourtant à tant d'accord! Quelle meilleure garantie de leur entière sincérité, .que cette sainteté de principes et de vie , cette simplicité de paroles, cet oubli de soi-mêrtie , ce langage du coeur, cette élévation de sentiments et de désirs, cette charité brûlante, nobles qualités, qui, malgré toutes leurs diflférences, les caractérisent si fortement tous les quatre.

Qu'on me permette de le dire, comme je viens de l'éprouver en écrivant ce chapitre. Aucune étude ne m'a, peutêtre, jamais plus intéressé comme critique et comme chrétien... Aucune n'a plus affermi ma cçnfiance et ma foi dans les saints Envoyés du Christ. En analysant leurs écrits'", en y découvrant h chaque page des sentiments si sincères.

(324) et de si touchantes vertus, il me semblait qu il m'était donné de lire dans ces grandes âmes, d'admirer de près ces hommes jsi purs et si dévoués. Je Croyais les voir , les entendre me répéter euxmêmes, sur des tons divers, noiais avec une physionomie également pénétrée , et une voix persuasive, les enseignements de ce Sauveur qu'ils glorifièrent par leur vie et par leur mort.

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