PREUVE DIRECTE
SECTIOTf PREMIÈRE.
Nature du thre, rapprfKhét des circonstances de son otngine.
Le livre que nous examinons est le fruit <Fune révolution religieuse. Il a pris naissance au milieu d'une crise violente, singulièrement propre à agiter profondément les esprits : elle tenait, en effet, à un^ changement complet et subit dansLles positions , dans les idées , et dans les sentiments. Elle avait lieu surtout chez des gens du peuple, peu instruits, peu expérimentés , et les auteurs du livre qui nous occupe appartenaient en général à cette classe. Ce livre doit donc porter la profonde empreinte de cet état
de choses. Sûrement le lecteur un peu habile 9 y démêlera sans peine l'image fidèle des opinions, des agitations , des vœux de la société au sein de laquelle il a été écrit. Or, son origine a été entourée de tout ce qu'il y a de plus propre au moqde à exalter les tête^ , à les jeter hors • de la ligne du bon sens et de la vérité.
La persécnition entourait les auteurs de ce livre, ils avaient le martyre en face, ils croyaient la fin du monde prochaine y ils abandonnaient aux pauvres la propriété de leurs bîeitô , ils chan-' geaient non seulement de religion, mais encore de profession, d'habitudes, de patrie; ils n'avaient reçu pour la -plupart aucune éducation , et n'avaient rien de cette expérience du monde qui aidé à juger une position nouvelle. Il y a plus :
ils croyaient opérer des miracles, et ils en voyaient fréquemment opérer autour d'eux , au nom et par la puissance de ce
( 347 ) Christ qu'ils se dii^aierit chargës'd'anik)hcer. Us étaient convaincus que Tinspiration divine était en eux, que Dieu parlait par leur bouche et par celle de beaucoup d'autres. Les voulut* on supposer des imposteurs, en tout ou en partie, supposûtion du reste la plus absurde dé toutes , on ne pourrait du moins nier que la société chrétienne dont fis étaient les chefe , ne crût à une inspiration divine répandue sur un grand nombre de ^es inembres, communiquée tous les jours à de nouveaux fidèles, et quelle nevse trouvât tout entière d'ans les circonstances que je viens d'indiquer. Ce fait me suffit , et ^'e fais à tout homme éclairé la question suivante : Dana Tordre naturel .des choses, quel doit étire l'esprit du. livre., composé successivement par des membres divers de cette société , à répoque de sa plus violente fermentation?
Quelle idée nous donnera-t-il de ses au-
( 348 ) teurs, et de la secte dont il est le produit, par consëquent.le tableau? Tout homme instruit, qui sans avoir lu le Nouveau Testament, connaîtrait Le cœur humain etrhistoire, répondrait à Tinstant : «Ce livre donnera sûrement Tidée d'une société en délire, où quelques belles choses, pçut-être, se. mêleront à des enseignements ridicules, à des actions grotesques et à des folies publiques. Nous verrons chez les auteurs , peut-être d'adroites impostures, mai$ toujours empreintes de fanatisme, ne fût-ce que pour déguiser la fraude. Plus probablement encore, nous y trouverons de ridicules jactances sans fondement, de gigantesques projets sans résultats. Dans cette société, nous trouverons infailliblement encore des hopimes hors de sens, des femmes et des enfants en extase, faisant admirçr à la foule d'inintelligibles prédictions, se livrant à des actions d'abord extraordinaires^ puis in-
(349) sensëes, puis coupables. A la suite d'ac* tes de dévouement et de vertu, nous ne manquerons guère de voir des tromperies intéressées et des désordres de mœurs , arriver bientôt sous le niasque de rinspiration et de la charité; £n un mot , cette société ^ ses che& et ses livres nous donneront le.spect^cle .qu'ont donné plus ou moins'toutes les sociétés religieuses sémblablemeat placées, témoin , avec d^ nuances yariées, les Ânabap-^ tistes, les Camisards, les convulsionnaires et les diverses sectes d'Illuminés. »
Maintenant, quet l'on ouvreje Nouveau Testament, et que Ton étudie, le livre des Actes , pour juger la société en question ,^^ les Épîtres pour juger de plus les écrivains; que Ton compare ce qu'on déviait attendre avec ce qui a été, etquon trouve , si Ton peut, à cette énigme , un autre mot que riNSPiRATiON: l'inspiration des honimes, et par-conséquent des livres.
( 35o ) Lès quatre carrières esquisses dans la seconde partie de cctt ouvrage, me»
dispensent, je crois, de développer cette assertion, quant aux Épitres. Le livre des Actes^,. de son côté , n'est pasr moins frappant par le tableau qu'il tracé de la première "société chrétienne et de ses conducteurs. Ces hommes, dont la tête et les passions devraient être troublées, agitées, exaltées jusqu'à la démence, ces hpmmes sont d^s modèles de sag^e , de calme et de modération; Ils croient être inspirés , il est vrai, et faire des miracles, mais il faudrait prouver qu'ils ont tort de le croire; et depuis tant de siècles d'efforts hostiles, cette preuve est moins avancée que jamais. Ils croient être inspirés, mais en même temps ils décla^ent que la foi en leurs discours n'est rien sang la charité , et que celle-ci est encore préférable. Ces hommes si dévoués,, si désireux de mourir, sont à côté de cela
pleins de patience et de raison. Ils n'hésitent pas au premier appel à s'élancer dans r^rène du martyre, mais hors de la ils savent mettre de la prudence ^ conserver une vie, qui peut encore être utile à leurs frères. Je prie mes .lecteurs de lire, par exemple, le chapitre XXVH des Actes ^ et de se demander ensuite chez qui, dans ce^ diverses scènes, se trouvjent la sagesse, lesang froid et le bon sens , chez les matelots ou chez St. Paul?
SECTION SECONDE
Destinées du liore, rapprochées de ses auteUrs.
Au milieu d'une crise religieuse , quelques paysans ignorants, auxquels se joignent , il est vrai , deux hommes doués d'une instruction incompàèteou mal dirigée , se mettent à faire des livres. Les uns racontent ce qu'ib ont tu, les autres écri-
( 352 ) Vent à ceux auxquels, ils ont pricédem^ ment [wrêché. Ce travail se fait sans me-, thode et sans concert. Leurs récita n'ont aucun plan^ et leurs Épitres guèçe davantage. Ik meurent;- on prend la peine de recueillir ces écrits jusqùes là épars^ et Ton en fait le li vrç le moins méthodique et le moins travaillé, peut-être, qui ait jamais existé y ainsi qu'on jlevait s'y attendre.
C^Jivre est le Nouveau Testament. .
Maintenant^ suivant les probabilités humaines, quelles seront les destinées de ce livre?
Si par grand hasard il a quelque succès , ce sera sanô doute un succès partiel , momentané, un succès de curiosité et de fantaisie. Du moins en peu dQ temps ce livre sera négligé, et les siècles dans leurs cours, amenant des idéeç , des sciences et des sociétés, nouvelles, le recouvriront d'un éternel oubli. Tout au plus resterat-il comme une de ces curiosités litté-
rajres, qui tirent à peu près tout leur prix de leur bizarrerie et de leur inutilité*
Voilà ce qui était? probable. -Voici ce qui est arrivé :
Le livre est resté et s'est trouvé peu hpeu en possession d[tf premier rang; et cela, qu'on veuille bien le reifiarquer, au milieu d'une civilisation développée et progressive. Tandis que les oeuvres des plus grands génies ont vieilli,; sont regardées conune plus curl&uses qu'utiles, ou ne soht<;onnues que des savants, ce livre est entre les mains de tout le monde, du monarque au pâtre et: du docteur à l'enfant. Un nombre immense dé personnes éclairées et sincères, le lisent, non pas une ou deux fois comnae un autre^livre, mais^ous les. jours et toute leur vie ; elles affirment y trouver, à chaque, fois» plus d'intérêt, de nouvelles idées et de plus sublimes beautés. Ce n'est pas là une affaire de fanatisme et de parti > les partis et le
( 354 ) fanatisme n'ont pas dix-huit siècles de vie. Quelquefois le monde a néglige ce livre; jaàfiais sans avoir à s'en repeatir, sans y revenir tôt ou tard avec plus d'empressement encore é^ de profit. Ce livrera été attaqué âveç fureur par quelques homnie^ qu'irritait sa gloire, et qui avaient entrepris d'y> mettre fin. Ils ont employé tour à tour le ridicule et le raisonnement, la science et la frivolité, ils ont soulevé contre lui* des passions puissantes et. contagieuses. Ils ont prononcé leurs blasphèmes au bruit des applaudifisen^ents d'un cortège d'enthousiastes 9 et une multitude en délire les a répétés. Mais .ce jtriomphe n'a duré qu'un jour. Ces fiers adversaires sont rnôrts et le;livre vit. Les siècles modernes , Cependant? tônoins et juges de ces luttes, sont en fait de- livres, leâ plus riches et les plus difficiles qui aient jamais été vus. Malheur à 1 écrivain qui sans' style
et sans méthode, prétendrait y trouver un public et des lecteurs. Le Nouveau Testament n'a ni méthode ni style, et cependant il règne avec plus d'empire sur* notre âge que sur les; générations précédentes. En un-mot, au bout de dixhuit siècles ce livre est aussi applicable, aussS" important, aussi respecté qu'au premier jour. II Test même davantage, parce qu'étant contenlplé de plus loin, et par des spectateurs plus éclairé^ , son ensemble et ses traits caractéristique^ sont mieux saisis.. Ses contemporains l'ont appelé un livre inspiré; dés lorsj soixante générations ont passé, et les sociétés civilisées lui donnent encore le même> nom. Les penseurs profond^ et impartiaux le déclarent même, de tous les livrée existants, celui qui renferme le plus de vérités utiles et de vraie philosophie. — Je qé sais, pour ma partj exjrfiquer ce phénomène que par Tinspi-
ration divine , et celte seule preuve pourrait me suffire. Quand j« n'aurais pas en fevcur de ce grand dogme, et les miracles, et les prédictions) et les rapides succès de la doctrine, et te caractère de Christ, et celai des Apôtres ^ et leurs déclarations à tous", et leur martyre, ce fait des destinées du livre, de son excellence intellectuelle et morale, rapprochée de Tincapacité de ses auteurs, nïe convaincrait seut Je sais par qui ce livre a été fait, je sais aussi ce que pouvaient faire les Juife de Fépoque; j'étudie ce livre, et je le vois en rapport avec les besoins de notre siècle savant et habile, je le vois en -tête de la civilisation, serviawt encore de jalon au genre humain qui .avance et le $uit , quelquefois sans ïe;savoir. Je vols qu'au lieu de tendre à me ramener en arrière vers les siècles ignorants ou il a été écrit, il me pousse en avant , vers un progrès'indéfini de lu-
( 357 ) niières, de vertus, de philantropfite. En un mot, je le vois iiori pas juif comme ses auteuris, mais universel, mai^ éternel , mais cëleste» Dès lors ma conviction est entière, et je le nomme- avec respect la Parole de Dieu.
Un autre fait analogue, augmente encore '•cette conviction. Ce livre n'est pas seuleitient le plus extraordinaire par sa nature et -ses succès, il est encore celui qui a répandu le plus .de bienfaits sur la terre. Depuis dix-huit siècles, partout où il a été porté, c'est-à-dire^ au sein de priesque toutes les sociétés civilisées, il.soulage les inquiétudes, il rouvre les cœurs . à Tespérance , il prévient les malheurs et les crimes, il fait naître les vertus chesf tous ceux qui Técoutent Cachots ou. palais, capitales ou. déserts, demeure de Finnocence oU asile du re^ pentir, partout il console et il sanctifie; à Theure du péril €t de la mort, toq6
ceux qui lui ont ëtë fidèles éprouvent ^a puissance, et leur amèrtùnae.ôe change en joie* On a -vu le matelot prêt à s'enfoncer dans l'abîme , le voyageur expir rant sur ,utf sable meurtrier, le soldat sommé' de s'immpjer pour son. pays , en rappeler quelques lignes à leur souvenir, et achever kuir sacrifice avec espérance et sérénité. Bàurhe de toutes les pkies, dès qu'une larme €;3t versée, il est là pour l'essuyer, dès que la tentation agite un cœu]^, il est là pour la vaincre , et dès qull y a du bien à faire , il est là pour le produire et Tassurér.— Et qu'on le remarque : c'est sur Jes pauvres surtout, sur les petits dédaignés et opprimés de leurs frères, sur les nndsérable^ sans ressK)urce,, qu'il a répandu ses bien^ faits. U est le |)remiei: livre qui se soit décidément et principalement occupé d'eux.
Le Maître l'a dit, et en a fait le caractère saillant dé sa religion nouvelle : Allez et
(359) . rapportez ceci : L'^Évangilè est annoncé au^ pcmçres.^ Ah!- qu'avant d'insulter à ceJivTç, l'incrédule oii le rationaliste nous montrent quelque bienfait du même genre, *fruit de leurs écrits oïl de' leur / doctrine ! Et s'ils ont une âme pour sen- Hrj qu'avant de publier leqrs doutes;, leurs sophistnes , ou leurs subtilités, ils reportenf leurs regards sur cette masse infinie de consolatîofis , de vertus, d'espérances, répandues par ce livre depuis tant de siècles , sur des rarilliers d'êtres infortunés et faibles que les hommes abandonnaient; puis, qu'ils rougissent de se lever non poui^ bénip, mais poiir -maudire , et de se constituer en quelque sorte les représentants de toute i'ingratitqde idu genre humain 1 ." '
Et qu'on ne s'y trompe pas. Les«odétês n'ont pas mdinë d'obligation à ce livre
♦ MatUï.XI,4,5. , •
. ( 36o ) que les individus. Il a prêché aux sociétés la paix, Fégalité des ib^its, le respect pour.rhomme^ Tamour d'autrui , le zèle .
pour le bonheur général. 11 y a introduit, et ces vérités fécondes qui tôt ou tard sortent <lu germe, poussent des racine^ et portent des fruits , et ces ferments d'esprit public et d'humanité^ qui ont excité de simples particuliers a dévouer leur vie , pour diminua les souffirances de la g^ancfe famille des hommes. Ghoise admirable ! Point d*abus dans les sociétés humaines, que ce livre n'ait condamnés d'avance par ^on esprit ! Point d'amélioration réelle qu'il n-'ait appelée par ses tendances et ses effets! Il a été la soiurce la plus puissante et la plus saine de cette large et belle philosophie sociale, qui dlois* l'homme, respecte ce qu'il a droit d'être et ce qu'il peut devenir, qui réclame pour tous le plqs de lumières, de bonheur et de perfection possible. La
( 36i ) religion , il est vrai , a été accusée de grands maux, mais il se trouve que le livre, loin d'en être complice, avait travaillé à les prévenir. C'est seulement quand il était oublié ou travesti , que la religion s'est égarée.
Et ce livre prodige iserait simplement l'ouvrage de quelques montagnards galiléens !* Quand Soorate et Platon n'ont rien fait et rien pu! En vérité, pour se contenter dételles solutions, il faut être, je ne dis p^. bien sceptique, mais au contraire bien crédule î Quelle idée se fait^on du bon sens du genre humain, quand on veut que de si pauvres instru^ ments aient exercé sur lui une telle influence!
SECTION TROISIÈME
Triomphes du^re, rapprochés des probabiliûs humaines.
J'ai en vue deux époques diverses , où <:e livre a remporté d'étonnantes victoires, malgré Ténergie des résilstances ou Timprobabilité du succès.
La première est celle de la réforma-* tion. ^ -
A une époque où Fig^iorance était universelle, la religion était pervertie et ce livre méconnu. Dès qu'un retour de lumières le fait étudier de nouveau , cette seule circonstance produit une révolution qui change la face du monde chrétien. Des forces et des intérêts multipliés résistent au torrent et entreprennent de le contenir. Pouvoir des prêtres, intérêt du despotisme, terreur des iimovations, superstition de la .multitude y.
habitudes invétérées , protégées à la fois par la violence, par l'ignorance et par la passion ;^ue d'obstacles! Mais le liyre est plus puissant que tout. Il est connu et il est mis sur le trône.
Depuis rétablissement du Gbristia* nisme, jamais pareille révolution n'avait eu lieu dans les idées, et lun et lautre événement sont dus à la même cause : à un livre! Livre étrange! D'où lui est venu cette force^ et quelle main lui conserve ce pouvoir ?
Ce triomphe a été remporté sur un siècle d'ignorance. En voici un autre, moins éclatant, sans doute, mais toutefois digne d'attention , remporté de nos jours sur un siècle d'incrédulité. .
Je ne veux point parler du mouvement pieux qui travaille profondément le& sociétés irréligieuses, et les ramène de fait au pied de la croix. C'est un seul des incidents de ce réveil ^> que je veux
( 364 ) rappeler, cdui qui tient de plus près au Kvre même : le succès des sociétés bi* bliques. Ce n'est là, sans doute , ni précisément une victoire, ni un prodige, ce n'est pas même une preuve; mais c'est un événement cjui suppose une action particulière de la Providence, et qui semble indiquer une bénédiction visible sur le livre de son choix*
Il y a dix-huit ans que quelques amis religieux font, en dînant, le projet d'envoyer des Bibles à un pauvre pays. Cette idée s'exécute, s'étend, et la société biblique est fondée. Faible dans ses commencements^ modeste dans sa marche, cette obscure association se trouve active, étendue^ puissante, avant d'y avoir songé» Ses pas sont , dès le début, entourés d'obstacles. Au premier bruit de son existence, mille voix s'écrient de concert que l'entreprise est inutile , bizarre , absurde ou funeste, mais ces objections
( 365 ) universelleâ viennent mourir devant les faits* On résiste à la société nouvelle > indirectement par des répugnances et des prétextes , directement par des refus et des attaques» L'incrédule la regarde en pitié , la foule des chrétiens ne peut s'élever à-sa hauteur, les conducteurs de l'Église redoutent sa marche envahissante et les fausses vues de plusieurs de ses amis. Cependant elle pouprsuit sa route, grandissant à chaque pas, comme l'ombre au soleil couchant. Partout où elle arrive, sans forces extérieures et sans autre puissance que son livre, les mêmes obstacles se présentent, et de semblables succès en triomphent. Les fautes même et les étroites vues de quelques défenseurs, ne peuvent lui nuire; ils lui don-lient une couleur de parti , mais en dépit d'eux , et par l'essence de sa nature, elle se montre éclairée et tolérante. En moins de dix ans , sa cause est gagnée j elle s'as-
( 366 ) sied k Fombre des trônes, elle étend ses Inras dans les deux mondes, elle lie FEu^ ropëen à Tlndou et le Lapon à TOtahitîen , ses revenus sont ceux d'un empire , ses pacifiques armées ont parcouru l'Église chrétienne, et marchent encore.
Voilà certes à quoi personne ne pouvait s attendre ; pas plus les fondateurs dé la société, que ses enneinis. ^—Habiles du siècle, où est le mot de Fénigme?
Suivant nous, comme au temps de la réformatiôn , il est dans le livre et dans la Providence; dans la puissance prodigieuse de ce livre auquel le monde a foi , et dans la volonté de Dieu de le conserver et de le bénir.
La Société biblique a tiré sa force d'un seul principe, celui de n'ajouter à la Bible aucune explication humaine , et de laisser ce livre faire son œuvre à lui seul. Ce principe lie intimement Fassociation au livre et au livre seul ; il Fi- .
(367) sdle des passions humaines pour Fappuyer sur Christ et sur son livre. De là résulte que la force de Tassociation n'est autre chose que celle du Livre Saint, et qu'il faut rapporter à celui-ci, les triomphes de celle-là. Ce principe n*a pas encore porté tous ses fruits. Il n'a p^ même été compris généralement Ses conséquences semblait souvent à peine entrevues par les défenseurs comme par les ennemis de la cause biblique. Un jour, j'en ai l'espérance, elles se déploieront tout entières sur la face du monde chrétien, car ce principe n^est pas de ceux qui reculent, et il n'est aucune barrière de secte qu'il ne doive nécessairement briser. Mais remettons cet avenir à la Providence, et pour le moment conténtons-neus d'admirer ce qu'elle accomplit sous nos yeux.
Souvent méconnu j quelquefois démenti , ce principe n'en a pas moins efficacement et constamment agi pour
rapprocher en frères des hommes qui^ sans cela, se fussent fait une guerre acharnée. Il a mis en rapport les croyants de tous les pays et de toutes les communions 9 et les a réunis dans une même action, j'ai presque dit dans un même sanctuaire, étonaés, émus de s'entr'aider au lieu de se combattre. De là la victoire !
Dans ce principe était le gage nécessaire et instrument réel du succès. Les seuls obstacles un peu redoutables qu'ait rencontrés laSociété biblique, les seuls échecs réels qu'elle ait éprouvés> les seuls dangers qui la menacent encore , sont venus d'atteintes , réelles ou présumées , portées au principe dont elle tirait sa grandeur et sa vie. Les membres de la société n'étaient qu^des hommes, mais le principe et le livre étaient divins.
De là découle une conséquence nouvelle.
Avec les imperfections inévitables de
ceux qui propageaient au loin les sociétës bibliques, avec la tiédeur et Fincrëdulité des peuples chez lesquels ils les fondaient, il faut, pour expliquer un si rapide et si prodigieux succès, quelque chose de plus enoore que la divinité du principe et du livré. U fallait une intervention spéciale de la Providence en faveur de ce.
livre , dont elle a fait pour le genre humain, le dépôt de la grâce salutaire à tous les hommes* Sans cette interventi<Hi, le problème ne peut être entièrement résolu. Dans une œuvre si belle, qui, il y a trente ans, eût semblé si étrange, le chrétien ne peut méconnaître Traction divine ; Thomme indifférent ne peut s'empêcher d'en être frappé, et l'incrédule doit au moins s étonner de voir les probabilités humaines ainsi confondues.
Les considérations développées dans, ce chapitre, ne sont pas, je l'avoue , des démonstrations rigoureuses. Cependant,
( 370 ) est-il un homme sensé , un homme impartial , qui puisse mécomiaitre la force de ces rapprochements? Serait-il digne, du nom de philosophe, celui qui s'obstinerait à ne rien voir que d'accidentel et d'humain, dans l'origine, l'esprit, la destinée et les triomphes du Nouveau Testament?