‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament: DiscoursChapitre 5 sur 33 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

CERTITUDE DE l'HISTOIRE ÉVANGÉUQUE.

Si vous voulez en juger sainement, mes Frères, transportez-vous par la pensée à la place de Théophile, ou plutôt, supposez qu'à celle où vous êtes, séparés par le temps et l'espace du berceau du

Digitizecf

Christianisme, vous n'avez cependant entendu parler que confusément du Christ et de sa religion. Tout à coup un serviteur de Jésus vous présente les Évangiles, et vous fait connaître les preuves de leur certitude. Quelles seront vos pensées en les examinant? — Voilà donc l'histoire du Christ ! Elle est authentique et date du temps même du Sauveur! Elle est l'ouvrage de ses compagnons d'oeuvre ! Mais que parlé-je d'une seule histoire? En voici dans mes mains quatre différentes, quatre parallèles, par quatre auteurs contemporains. Tous quatre rapportent les mêmes faits, mais chacun d'eux avec quelque circonstance particulière ou dans un ordre un peu différent, tels en un mot que chacun d'eux lésa vus! Où donc trouverai-je dans le monde quelque chose d'aussi bien attesté? Ai-je jamais douté de l'histoire d'Alexandre ou de celle d'Auguste? Aucun historien contemporain

( 34 ) cependant ne me Ta transmise. L'écrivain même qui rapporte Thistoirede son temps , rarement est certain de tout ce qu'il avance^ rarement il a été du secret et du conseiL Mais quatre historiens y quatre contemporains, et quatre associés du Sauveur ; des hommes qui ont tout vu de leurs yeux, et qui font eux-mêmes une partie nécessaire de ce qu'ils racontent, des écrivains qui toujours d'accord sur le fond, ne diffèrent que parles détails et la couleur du récit : non , il n'y a pas un autre exemple de faits aussi bien attestés!

Croirai-je qu'ils m'ont voulu tromper?

Eux, tromper! avec ce ton de bonne foi, avec cette simplicité naïve, cette absence d'artifice et d'ostentation! Eux pauvres, soufirants, persécutés, tromper pour obtenir la mort et le mépris!

Seraient-ils trompés eux-mêmes? Quoi, pendant soixante aimées ils ont cru faire

des miracles, TÉglise le croyait avec eux , et ils étaient trompés ! Était-il donc trompé cet impotent qui, au nom de Jésus de Nazareth , retrouve Fusage de ses membres perclus? Était-elle trompée cette mère qui voyait son fils couché dans le cercueil, et qui le serre maintenant dans ses bras, plein de vie? — Jamais histoire ne reposa sur des fondements pareils; je dis plus : il n'est pas possible que la certitude historique aille jamais plus loin!

Que sera-ce donc, mes Frères ^ quand en examinant de plus près ces livres, vous trouverez dans la nature des choses qu'ils racontent, ce qui en est à la fois un important résultat et une preuve nouvelle ?

Car enfin nous n'avons pas tout dit , et la certitude des Évangiles repose sur une plus puissante autorité. Ces choses que les ministres de la Parole racontent, ce sont des choses que l'Esprit de Dieu leur

a donné le pouvoir de faire. Ces livres renferment la déclaration positive que c'est FEsprit de Dieu qui les éclaire; ces hommes par eux-mêmes étaient ignorants et timides, l'Esprit de Dieu les a changés en docteurs et en héros! Dieu lui-même est avec eux; cette vérité est inséparable du reste de l'histoire, eu fait la base et l'essence ; et si ces choses sont certaines, si l'histoire évangélique ne repose pas sur le mensonge, il en résulte donc que Dieu s'est chargé lui-même d'instruire ces écrivains ; Dieu lui-même nous garantit leur véracité, L'inspiration divine, voilà une conséquence nécessaire quok|ue médiate, de l'authenticité des Évangiles; voilà le dogmeimportant, qui, rempart du Christianisme, base et appui de la foi protestante , forme la limite décisive èhtre toutes les classes d'incrédules d'un côté , et de l'autre toutes les nuances de chrétiens. L'inspiration divine, prouvée par

(37) renchainemeiit des faits, confirmée par les déclarations da Sauveur et de ses Apôtres, vient réagir à son tour sur cette histoire même dont elle est la consé^ quence, nous donner une foi plus ferme, une confiance encore plus entière, une plus douce et plus profonde paix! Oui, ce n'est plus sur la parole de l'homme, c'est sur la parole de Dieu même que vous croyez. Ah! bénissons-le, ce Dieu, pour avoir donné une pareille évidence à sa révélation. Il a voulu que si l'homme avait encore quelque chose à faire pour s'assurer de la divinité de cette révélation, il pût cependant la reconnaître à des traits indubitables et certains. Il l'a voulu, il l'a fait, et il nous a donné nos Évangiles. Il la voulu, il l'a fait, et nous sommes chrétiens, et nous savons avec certitude que nous sommes immortels, et que nous trouverons grâce auprès du Père. L'Évangile est certain! voilà ce qui

(38)reste au malheureux que Tunivers abandonne, ce^ qui apaise les douleurs du malade, ce qui soutient le mourant prêt à s'élancer dans les cieux. L'Évangile est certain! Ah! Théophile! heureux Théophile, qu'éprouviez- vous en lisant ces écrits divins, en contemplant l'une après l'autre ces preuves puissantes de leur certitude et de leur divinité, en découvrant ainsi tout à coup que vous étiez enfant de Dieu, sauvé par grâce, immortel?

Ne sentiez-vous pas l'étonnement et les transports d'un exilé rappelé dans sa terre natale, ou d'un souverain détrôné qui retrouve sa couronne? Votre cœur ne s'embrasait-il pas au-dedansde vous, et prosterné avec larmes devant ce Rédempteur adorable, V auteur de cotre salut ^ ne lui juriez-vous pas amour et obéissance ? Ah ! mes Frères , mes Frères ; nous aussi nous avons été déclarés par l'Évangile héritiers de Dieu et cohéritiers

(39) de Christ ! Pour nous aussi , il est la charte du salut et la bonne nouvelle ! Pour nous aussi rÉ vangile est certain ! >

Courage donc, pauvres mortels exposés à tant de maux; retenez fortement V espérance qui wus a été proposée ^ et que vos gémissements se changent en voix d'espérance et d'amour! L'Évangile est certain! Vous qu'une conscience troublée prive du repos, que votre coeur repentant s'élève avec confiance à celui qui a attaché à sa croix Vacte de notre condamnation! Infortunés qui pliez sous le fardeau de la misère, VÉmngile est an* nonce aux paui^res^ et l'Évangile est certain! Vous qui pleurez sur un tombeau , ^otre Rédempteur est i^ipcmt^ et quiconque croit en lui ne mourra point pour toujours! Esprit inquiet qui n'as point aricore su trouver aux pieds de Christ la conviction et la foi, l'Évangile est certain, et le doute n'est plus permis

( 4o ) à qui sait examiner, raisonner et sentît!

Courage, enfants de la poussière, plus de doutes sans résultat, plus de douleurs sans remède, plus de fautes sans pardon; la bonne nouvelle est proclamée et l'Évangile est certain ! — Oui , mes Frères ; comme il est certain que nous vivons, que nous mourrons, que nous avons à passer par répreuve, hélas ! et par le péché, que nous avons besoin de secours , de grâce et de paix, il est certain aussi que Christ est mort pour nos offenses ^ qu'il est ressuscité pour notre justification ; que notre Maître a souffert , nous laissant un exemple afin que nous suit^ions ses traces y qu il règne à la droite du Père, et nous prépare des places à ses côtés!

Bientôt nos yeux le verront, l'épreuve aura fini, les chrétiens fidèles l'entendront les appeler ses frères, ses amis y les bénis de son Père!

, mes Frères , mes compagnons de

(4i ) voyage et d'épreuve, il faut le conserver et le défendre comme notre plus précieux trésor, il faut l'étudier et Taimer comme notre premier titre de gloire, cet Évangile qui est le don de Dieu. Prenons garde de laisser s'affaiblir et s'éteindre en nous cette ccmfiance dans sa certitude, cette ferveur de reconnaissance et de foi, cette soumission sans bornes d'un cœur sincère et dévoué, sans les<juelles il perdrait sur nous son efficace. Comment l'Évangile nous consolera-t-il dans nos peines , s'il n'est pas pour nous un ami de tous les temps , toujours puissant sur notre cœur, toujours présent à notre pensée ? Comment nous rendra-t-il victorieux de la chair et du monde s'il ne nous a pas soumis nous-mêmes ? Il faut nous rendre ses leçons familières par l'habitude et l'expérience, y recourir de préférence et avec plaisir, lui avoir, si je puis ainsi parler, frayé dans notre cœur

une large route, pour quHl y fasse sa demeure , et y exerce son bienveillant empire. S'il n'est pour nous qu'un étranger qui conseille, au lieu d'un maître qui commande, il ne pourra lutter contre les ennemis de notre âme ; si nous ne voyons en lui qu'un indifférent, et presque un inconnu, il ne se métamorphosera pas subitement au jour du besoin , en un ami secourable, intime et puissant.

Hélas! aussi, qu'ils sont rares parmi nous ses triomphes! Qu'ils sont rares les grands sacrifices à la vertu , les intérêts immolés promptement et sans balancer à TÉvangile dé Christ!

Comment s'en étonner? où sont parmi nous les hommes qui , aimant par-dessus tout rÉvangile de Christ, y puisent leurs plus vives jouissances et leurs espérances les plus chères? L'Église compte-t-elle beaucoup de ses membres, qui, usant des choses de ce monde comme rien

(43) usant pas y appuyés sur TÉ vangile comme sur une ancre ferme et assurée ^ aient la conscience de la dignité, de la félicité, de la force garanties à ses vrais sectateurs ? Voit-on beaucoup de ces fidèles, qui, au milieu des travaux comme des loisirs, des joies comme des épreuves, les regards tournés vers le ciel , supportent tout et triomphent de tout en se disant : L'Évangile est certain, je suischré' tien et je suis immortel !

Faibles chrétiens!... // e^/ cependant, il est la puissance de Dieu pour le salut de ceux qui croient , cet Évangile qui semble pour nous une lettre inutile et sans vie! Il est toujours laperle précieuse qu'il faut acheter à tout prix, et V arbre de sénevé à l'ombre duquel se réfugient tous les peuples du monde ! Tandis que nous enfouissons ce trésor dans la terre, porté par des mains pieuses à l'orient et à l'occident, semé avec profusion partout

oïl se trouvent des hommes , il fait tous les jours par sa seule force, de nouvelle^ conquêtes à la foi. Déjà les îles éloignées se peuplent de chrétiens! Déjà reten* tissent du nom du Christ, ces rives sauvages que couvrent des frimats éternels ou que le midi brûle de ses feux ! Déjà, sur un autre hémisphère, sortent du sein de rOcéan des Églises fidèles, qui font admirer leur sainteté nouvelle au navigateur surpris. Témoin de leur charité, de leur probité, de leur pureté , de leur zèle, il pense retrouver ces premiers chrétiens qui n'étaient qu'un cœur et qu'une âme, et il se demande par quelle puissance une génération perverse , sanguinaire et débordée, est devenue en un Jour * un peuple chaste, intègre et humain. II semble que Dieu ait voulu renouveler les anciens prodiges, et donner îà sa Parole

* ÉsaïeLXVI, 8.

(45) une seconde démonstration de puissance.

— Et nous , appelés à la première heure ^ les aînés dans la foi, nouS oublierions nos privilèges, noMsnégligerionsunsigrand salut! La bonne nouvelle nous serait comme inutile, et peut-être indifférente!

O malheur! ô délire! Mon Dieu, garan* tis-npus d'un tel excès d'aveuglement!

O Seigneur, que ton Évangile reprenne aussi sur nous son empire, et soit encore notre plus chère pensée et notre première joie! Qu'il soit notre soutien dans les peines, notre force dans les tentations, le guide de notre raison , la lumière de notre vie! Que nous le lisions le jour, que nous y pensions la nuit, que noiB le méditions eh voyage, que nous l'expliquions à nos enfants, que nous lui obéissions toujours. Dieu, nous avons besoin de ta grâce , et nous l'implorons au nom de Jésus. Nous l'implorons sur nos intentions et nos faibles efforts; nous

(46) Fimplorons sur ces pieux exercices où nous avons aujourd'hui commencé l'explication de ton Évangile, sur ces fidèles qui aiment à s'y rassembler , sur tes ministres chargés de les instruire. Qu'écoutée avec piété , la sublime et touchante histoire, qui dans cette chaire va être développée tout entière et de suite, qu'écoutée comme doit l'être l'histoire du salut du genre humain, elle nous remplisse d'amour, de zèle et de foi , elle nous transforme en de nouvelles créatures, nous fasse vivre, mourir, ressusciter en chrétiens ! Amen.*

* Ce discours ëtait destine à commencer» pour le Nouveau Testament, la sërie des congélations ou sermons historiques , qui ont lieu dans TÉglise de Genève , un jour de chaque seiâaine.

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