CIL IL — ACE DES PEUPLES : FAUSSES CONSÉQUENCES
sou boulon. Pendant cette première pliaso, en effet, les individus se multiplient, les familles se développent : et la tribu ressemble à l'enfant qui commence à grandir corporellement.
On peut aussi appeler enfant un peuple qui n'a pas encore cultivé les sciences et les arts. Il est pareil à un enfant dépourvu des connaissances qu'il acquerra plus tard par une bonne éducation.
Enfin on peut qualifier du même nom un peuple qui, comme les petits cantons de la Suisse, se contente d'un gouvernement patriarcal aux mains d'hommes honnêtes et qui ignore ces institutions administratives par lesquelles nous nous efforçons de suppléer (Dieu sait avec quel bonheur!) à la conscience douteuse de nos gouvernants.
C'est à ces trois sens que se réduit d'ordinaire cette appellation métaphorique : Un peuple enfant !
243. — Or cette analogie équivaut-elle à une identité ou à une parité parfaite de façon que vous deviez raisonner de l'enfance d'un peuple comme de l'enfance d'un individu? S'il est question d'un individu, voici les conséquences que j'en tirerai : le petit enfant naît dans la société où les adultes, et surtout les plus proches parents sont obligés d'aimer et de secourir leurs semblables... Ce petit enfant vient au monde par la volonté de Dieu et sans l'usage libre de ses facultés. La volonté de Dieu est donc que ses parents, et, à leur défaut, d'autres adultes l'aident dans le développement relatif de ses facultés naissantes jusqu'à ce qu'il arrive non seulement à connaître la vérité, mais encore à tendre
au bien par ses propres forces. Ce raisonnement me démontre que l'adulte a le droit et le devoir de suppléer aux facultés non encore cultivées de ce petit enfant. Et ce droit est précisément fondé sur son défaut de maturité : l'enfant ignore encore son bien, ses intérêts. Voilà pourquoi Dieu le confie à la société; et celui qui, même par pure bienveillance, assume la charge de l'élever, a le droit de la remplir.
244. — Mais pouvez-vous en dire autant des peuples enfants s quel que soit celui des trois sens expliqués plus haut que vous attachiez à cette expression? Commençons par le premier.
245. — Un peuple enfant, avons-nous dit d'abord, est celui qui, sortant peu à peu des limites de la famille, se transforme en tribu ou en commune. Or croyez-vous vraiment que dans ce peuple les intelligences, les volontés, les forces soient, aux yeux de la raison, pareilles à un bien inoccupé et qu'on puisse par conséquent soumettre à la tutelle d'un ou de plusieurs maîtres? Quel est l'homme qui, en voyant une famille grandir et donner naissance à d'autres familles, bâtir de nouvelles maisons et se transformer en commune, penserait sérieusement à réunir tous les membres de cette société, et à leur tenir ce langage : « Mes chers amis, je vous ai « convoqués pour vous faire observer que la famille, « lorsqu'elle a procréé déjà d'autres familles, s'appelle, « d'après les règles de la rhétorique, un peuple enfant. « Or, vous ne l'ignorez pas, les enfants ne savent ni « parler, ni raisonner; ils ne connaissent pas leurs « intérêts; ils ne recherchent pas leur véritable bien.
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« C'est donc un droit et un devoir de tout homme adulte « de les prendre sous sa tutelle et de les diriger dans « leur éducation. Or, ce devoir, je veux l'accomplir à « votre égard, puisque vous n'êtes encore qu'un peuple « enfant... En conséquence, nous avons décrété et dé- « crétons ce qui suit... »
246. — Je le crois; notre bienveillant tuteur n'aurait pas le temps de dérouler le code de ses lois protectrices : il serait interrompu de suite par les risées plus encore que par les cris d'indignation de ses braves auditeurs. Ils lui répondraient probablement en ces termes : « Savez-vous, Seigneur, qu'un peuple enfant « pourrait aussi bien s'appeler, selon les mêmes règles « de la rhétorique, une famille parfaite et arrivée à sa « maturité. D'où il suit que si, comme enfants, nous « avons besoin d'un maître, comme adultes nous avons « le droit de nous gouverner par nous-mêmes. Si nous « n'avons pas l'intelligence d'un grand peuple, nous « avons l'intelligence de toute famille adulte. La nature « nous l'a donnée proportionnée à notre être : avec elle « nous connaissons à merveille nos vrais biens et nos « vrais intérêts. Et ils seraient probablement plus obs- « curs dans votre esprit que dans le nôtre. Vouspréten- « dez avoir le droit d'en assumer la défense et la geste tion. C'est là, nous vous le déclarons, une grave vio- « lation de notre droit à jouir de la liberté. Ce juste « ressentiment doit vous faire comprendre, même « d'après vos principes, que nous sommes un peuple « mûr pour obtenir la liberté, si nous ne l'avions pas, et « non pour la perdre, quand nous la possédons.
247. — «La connaissance que nous avons de notre « véritable bien pourra sans doute, comme ce bienlui- « même, se développer et se perfectionner. Mais pour « cela quel besoin avons-nous de perdre notre liberté, « ce bien dont nous jouissons aujourd'hui, et qui est la « fin même où vous voudriez nous conduire? La nature « dirige avec un ordre parfait toutes les évolutions qui « se font en ce monde. Elle donne une science moins a parfaite aux peuples encore jeunes : cette science <( leur suffit pour atteindre un bien moins parfait. Avec a ces lumières et stimulés par cet aiguillon qui excite a à chercher le mieux, au moins dans l'ordre matériel, « nous parviendrons par degrés, n'en doutez pas, jusce qu'à ce point de civilisation qui convient à notre tem- « pérament, à notre climat, nos habitudes, nos insti- « tutions, nos traditions... en un mot à tous nos antécé- « dents. Ainsi, quittez ce souci de vouloir briser toutes « les fibres de notre cœur et enchaîner nos tendances « naturelles, afin d'implanter au milieu de nous une « civilisation exotique. Elle serait probablement inca- « pable de croître sur une terre qui n'est pas faite pour
« elle. )•
248. — Que répondre à un raisonnement si juste et si plein de dignité? Je nelevoispas.il a toute sa force dans la distinction du sens propre et du sens métaphorique. On ne peut dire d'un peuple qu'il a une intelligence, une volonté qu'autant qu'il est obligé de faire sienne la volonté de ses chefs. Mais lorsque, pour l'affranchir de l'obéissance, vous opposez au supérieur l'intelligence et la volonté de la nation, alors vous partagez la société
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réelle en deux êtres, l'un physique et réel, Je supérieur, l'autre imaginaire ou tout au plus idéal : l'unité des intelligences et des volontés du peuple. Et cet être contradictoire qui, séparé de son supérieur, perd son unité et par conséquent sa réalité, vous l'opposez au chef même de la société. Or, comment, de prémisses aussi imaginaires et aussi contradictoires, faire sortir des conséquences raisonnables et pratiques?
240. — Oui, vous trouverez un être réel à mettre en opposition avec l'être du prince ou du supérieur de la société : ce sont les intelligences et les volontés individuelles. Mais celles-ci, même dans un peuple enfant, sont des volontés adultes et mûries souvent par de longues années. Il est donc faux de dire que ce sont des facultés encore dans l'enfance; et absurde de vouloir revendiquer sur ces facultés un droit de tutelle.
2o0. — Entendons l'enfance des peuples dans le second sens, et disons : les peuples enfants sont ceux qui sont encore grossiers et n'ont aucune teinture des arts et des sciences. Eh bien 1 quelle force aura ici le raisonnement de l'auteur pris dans son sens propre ? « Vous ne connaissez pas, dirons-nous à ces peuples, les fruits de cet arbre de la science planté dans l'humanité par Bacon, cultivé par les Encyclopédistes, puis par les Ampère, les Gioberti, etc.; vous ne connaissez pas les orbites des nouvelles planètes, les télescopes avec lesquels nous les contemplons, les calculs de la mécanique céleste, les découvertes de l'électricité, les chiffres de la statistique; vous ignorez ces démonstrations de tout Tordre moral déduites des idées transcendantales de
l'impératif, du catégorique, de l'être, de l'absolu... et de mille autres merveilles qui excitent ; l'admiration de l'Europe... Donc, il est clair que vous ne pouvez pas connaître davantage la véritable félicité et vos vrais intérêts. Voilà pourquoi, émus de compassion pour vous, nous allons vous prendre sous notre tutelle bienfaisante... Nous allons vous donner des leçons sur le bonheur. Vous les paierez, il est vrai, quatre ou cinq millions. Mais elles vous prépareront peu à peu au bienfait de l'émancipation; et un jour vous secouerez ce joug que nous vous imposons aujourd'hui pour vous rendre heureux. »
251. — Ce discours n'est point une parabole, mais de l'histoire : le lecteur l'a compris. Usait que, depuis nombre d'années, on tient pareil langage aux peuples ignorants, afin, dit-on, d'en faire des peuples éclairés et parla dignes d'être émancipés... Il sait que certains peuples acceptent volontiers, quand il s'agit d'avantages matériels, cette lumière avec laquelle on achète la liberté à si bon marché... Mais seraient-ils également disposés à accepter toutes les conséquences de ce système, c'est-à-dire le titre de peuples enfants et les liens avec lesquels on voudrait les enchaîner en raison même de ce titre? Du reste, ces conséquences seraient-elles raisonnables? Étaient-ils raisonnables ces radicaux de la Suisse qui voulaient enlever leur droit de Souveraineté aux montagnards d'Uri, d'Unterwald et du Valais : et cela, sous prétexte qu'ils n'étaient pas civilisés ?
252. — Les vaillants et nobles héritiers des vainqueurs de Sempach auraient pu répondre à ces partisans effré-
nés d'une civilisation fardée : « Messieurs, toutes vos <( inventions sont sans doute admirables. Et elles doi- « vent procurer au peuple qui en sent le besoin beau- « coup de lustre, des occupations pleines de charmes « et des plaisirs exquis. Mais ce n'est point là la civile lisation essentielle qui convient à la nature humaine « et constitue la base solide de la félicité sociale. Celle- <( ci en effet est très peu exigeante : la liberté de gagner <( notre vie, liberté assurée par une éducation qui for- « me des citoyens honnêtes et par une justice qui fasse « trembler les coupables, voilà tout le fond de notre « gouvernement civil. Et il suffit à faire de nous un « peuple vaillant, honnête, heureux. Le surplus peut « faire plaisir à ceux qui en ont contracté lebesoin; mais <( il n'est certainement pas nécessaire à une nation qui « ne s'est point asservie à tous ces usages. Permettez- « nous donc de ne pas sacrifier notre liberté plusieurs « fois séculaire à un luxe de science et de bien-être « dont nous n'avons pas souci. »
Qui donc oserait contredire à des raisons et à un droit aussi évident? Qui oserait charger de liens ce peuple enfant, afin de le corrompre par les excès de la civilisation, et de briser ensuite ses chaînes lorsque, amolli par les commodités de la vie et dépourvu des vrais principes, il serait devenu incapable de jouir de la liberté politique ?
253. — Finalement certains auteurs appellent enfants les peuples dont le gouvernement très simple se passe de code écrit, de contrôle, de chambres, de budget, etc. Si, l'absence de ces institutions rendait chez eux l'admi-
nistration moins juste, l'esprit public moins soumis, la famille moins libre, les citoyens moins dévoués à la patrie, les coutumes moins honnêtes, on pourrait peutêtre traiter ces peuples comme des enfants. Mais si un peuple, avec un gouvernement simple et patriarcal, inculque à tous la sainteté du devoir, s'il fait en sorte que l'union de tous soit pour chacun la meilleure défense de ses droits et qu'il n'ait point besoin de recourir à des institutions artificielles, si ce peuple a une idée plus obscure du droit mais une conscience plus délicate, prétendre que c'est un peuple enfant, parce qu'il gère ses intérêts sans parlement, se gouverne sans démêlés, administre ses affaires avec justice, mais sans contrôle, et vit en paix sans force armée ; — oui, prétendre que ce peuple n'est pas encore mûr pour la liberté, et que chez lui le gouvernement est un bien sans maître et de bonne prise pour le premier occupant, ce serait certainement aller contre toute raison et contre toute justice. Matt. Ricci revendique pour les nations capables de se gouverner par elles-mêmes le droit de conserver leurs privilèges, bien qu'elles en abusent. Comment consentirait-il à enlever à des peuples moins corrompus cette liberté politique dont ils font un usage beaucoup plus modéré ?
254. — On peut conclure de ces raisonnements que l'enfance des peuples n'a rien à voir avec l'enfance des individus. Car, au point de vue de la liberté, on ne peut appliquer à celle-là ce qu'on dit de celle-ci. L'iJlustre auteur en sera convaincu, s'il réfléchit sur le caractère qu'il a donné lui-même, afin de distinguer un
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peuple adulte d'un peuple enfant. — «Le premier, dit-il, est celui qui a le sentiment du droit parce qu'il a conscience de sa propre personnalité.» Or, qui ne sait par l'histoire que les peuples enfants ont toujours, je dirai le mérite, d'autres diront le défaut de ressentir vivement la violation de leurs droits? Par exemple, qu'un seul homme, dans une trihu sauvage, dans une horde de barbares, soit outragé. Yoilà une guerre acharnée qui éclate immédiatement entre deux nations. — Ne saiton pas enfin que plus est profond chez un peuple rattachement à la commune, et plus aussi est vif chez lui le sentiment du droit; témoins les insulaires eux-mêmes en qui l'amour de la patrie croît en raison de leur isolement.
Si donc le sentiment du droit est le signe caractéristique d'un peuple mûr pour la liberté, les peuples enfants sont, sous ce rapport, au moins égaux aux nations adultes et aux nations qui ont le plus vieilli. Jamais par conséquent il ne se rencontrera dans la vie d'un peuple un seul jour où l'on pourra dire que son intelligence, sa volonté, ses forces sont un bien inoccupé et appartenant légitimement à qui s'en emparera le premier.
255. — Dans tout ce que nous venons de dire, nous avons pris cette expression : le sentiment du droit, t/ dans le même sens que Matth. Ricci. — Mais ce sentiment est-il véritablement le signe distinctif d'un peuple mûr pour la liberté politique ? — Qu'est-ce que ce sentiment ? Un effet, une manifestation accidentelle de l'unité nationale. C'est l'unité nationale qui fait de plu-
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sieurs familles et de plusieurs provinces un seul peuple... Et, on ne peut le nier, le sentiment du droit est en réalité un signe de la maturité de ce peuple, parce qu'il le fait voir avec évidence en possession de l'unité nationale.
256. — Celle-ci consiste dans l'unité d'intelligence, de volonté, d'intérêts, de territoire, de langue, de régime. Le peuple qui est un par l'intelligence et la volonté a l'esprit national; un par les intérêts et par le territoire, il a l'unité matérielle ; un par la langue et le gouvernement, il a l'unité civile et politique. Or, quand le faisceau de ces unités relie toutes les parties d'un peuple, il y a dans les citoyens communautéde pensées, d'attachements, d'intérêts. D'où il suit que remuer l'une quelconque des fibres qui composent ces différentes unités, c'est faire vibrer toutes les autres. Un droit blessé dans un seul membre de la nation émeut dans tous les autres le sentiment du droit; la vue d'un bien qui commence à poindre excite l'espérance de tous; la crainte d'une ruine fait trembler tous les intérêts et l'erreur qui vient ébranler un principe social trouble toutes les intelligences.
257. — En généralisant et en simplifiant la théorie de Ricci, nous pourrons donc dire qu'un peuple est mûr et capable de se gouverner quand il a acquis l'unité nationale: assertion qui exprime une vérité reçue communément, à la condition qu'on l'entende dans son vrai sens; à savoir : que tous les peuples ou tous les États « sont naturellement autonomes ». Mais, qu'on le remarque bien, cela ne signifie pas que dans
tous les États les citoyens doivent se gouverner par eux-mêmes. Car autonomie d'un peuple et gouvernement républicain sont deux choses fort différentes. Un peuple est une société; et toute société est essentiellementeomposée d'une multitude et d'un supérieur. Peuple autonome veut donc dire une multitude et son supérieur indépendants d'une multitude étrangère commandée par un supérieur également étranger; mais cela ne veut pas dire « peuple qui n'aurait point de supérieur propre» ; car, dans ce dernier sens, une multitude n'est plus un peuple mais un rassemblement d'individus. Si donc un peuple adroit d'être autonome parce qu'il a l'unité nationale, il ne s'ensuit pas que chez lui tous aient droit au gouvernement. La détermination de la forme du gouvernement dépend d'autres principes que nous avons développés dans le chapitre précédent, en traitant de la possession de l'autorité. Le principe de l'unité nationale se traduisant par le sentiment du droit national peut bien montrer que le gouvernement d'un peuple a le droit d'être autonome, mais non qu'il doit être nécessairement républicain.
258. — Nous nous sommes appliqué à établir en droit la parfaite égalité politique des peuples enfants avec les peuples adultes. Elle est attaquée aujourd'hui, illogiquement, croyons-nous, par certains philosophes et philanthropes qui défendent ensuite, presque l'épée à la main, la liberté et l'égalité individuelles, et qui sont si admirateurs de notre civilisation qu'ils voudraient la rendre maîtresse de tous les peuples barbares.
Ricci n'irait pas volontiers jusque-là: mais sa doctrine
y conduirait facilement; car il s'appuie sur l'enfance des peuples pour établir qu'ils ont besoin d'être gouvernés, et sur la conscience plus éclairée qu'ils acquièrent de leurs forces sociales pour prouver leur droit à être émancipés.
259. — Après ces raisonnements, consultons l'histoire. Facilement nous nous convaincrons que les faits sont conformes à notre théorie et contraires à celle de notre illustre contradicteur. En effet, quels peuples, d'après les documents historiques, ont joui d'une plus grande liberté? Ce sont les peuples enfants; et presque tous l'ont connue dans sa plénitude. Cette proposition paraîtra étrange à de grands publicistes qui nous montrent la plupart des peuples naissant et se développant à l'ombre de la monarchie. Pourtant, ils verront bien vite qu'elle est d'accord avec leur opinion, s'ils réfléchissent à la nature des souverainetés primitives. Car elles étaient, en réalité, mélangées de démocratie, d'aristocratie et même de théocratie. Nous en trouvons des preuves manifestes clans les annales les plus reculées de Rome, de la Grèce, de la Germanie et de la Gaule; aujourd'hui encore, chez nombre de nations barbares, et enfin jusque dans les vieux royaumes despotiques de l'Orient où l'absolutisme des monarques n'empêchait pas leurs satrapes de les enlacer dans un réseau de lois qu'ils devaient observer, selon la juste remarque de Cantù à propos de Darius et de Daniel.
260. — Or, si l'histoire nous montre l'arbre de la liberté ombrageant le berceau des peuples et arrosé par des eaux qui découlent naturellement des hauteurs de
la raison, nous pouvons conclure sans crainte de nous tromper que le droit de gouverner et la nécessité d'être gouverné ne dépend point de l'enfance des peuples, mais bien d'autres principes que nous avons développés ailleurs. L'âge d'un peuple n'a donc pas de rapport avec la question de son émancipation.