CIL V. — CONCLUSION
nos gouvernants et qui no devrait se dire que dans le secret d'un cabinet et en tête à tête avec un ministre, afin que les rétrogrades n'en abusent pas. » Contenez vos rires, si vous le pouvez I Voilà les hommes qui ne cessent d'exalter le gouvernement constitutionnel, parce que, grâce à la publicité de son administration , il rend les abus impossibles à ceux qui commandent. — Et ces mêmes hommes, une fois au pouvoir, poussent l'incohérence jusqu'à se plaindre de la publicité.
...L'incohérence !... Je pourrais dire bien plus, si la politesse ne me retenait... Au moins ne me défend-eJle pas de dire qu'ils veulent soutenir leur gouvernement parla dissimulation, la contradiction et la violence ! Et un régime qui a besoin de pareils étais serait aimé des peuples? Pouvait-on avouer plus naïvement qu'il ne s'appuie que sur la violence? — Ce qui débute par la violence se maintient rarement par la douceur... Le gouvernement représentatif compte en Espagne 40 années de vie et autant de dissensions civiles; en France, soixante années de vie, et soixante années de discordes; enPrusse, trois ans de vie et trois ans de discordes... Partout ailleurs, en Europe, les constitutions sont un héritage antique, et elles n'ont rien à voir dans notre question; ou bien elles ont été octroyées par quelque prince, ou conquises par la nation. Et, dans ces deux cas, elles sont en général le tourment des monarques et un acheminement vers la république. Ici, plusieurs de mes lecteurs me tourneront le dos, et me taxeront d'exagération... Je demande donc la permission de faire lire la môme appréciation tracée par une plume dont on ne
contestera ni la science historique, ni l'expérience, ni l'attachement au gouvernement représentatif. Cette appréciation est de César Balbo, et elle m'est tombée sous les yeux pendant que je corrigeais les épreuves de mon ouvrage : « A peu d'exceptions près, dit-il, sur tout le continent, les gouvernements représentatifs ont été atteints, dès leur enfance et leur adolescence, d'un vice capital qui dure encore: la division et la subdivision des partis... Et de tous les vices que nous déplorons et déplorerons chez les peuples encore imparfaits, celuilà est peut-être le plus grand : c'est celui qui perpétue dans leur sein les révolutions périodiques, et les empêche de contracter l'habitude de l'obéissance aux lois; c'est le mal de la France depuis soixante ans, de l'Espagne depuis quarante ans, sans citer d'autres nations moins importantes. »
Vous le voyez : ce grand publiciste ne trouve pas, sur tout le continent, un seul gouvernement représentatif qui soit encore parvenu à son état normal! Quoi d'étonnant si de pareils régimes sont tombés ou inclinent à la ruine? En Italie, le Piémont est seul à se maintenir; mais on dirait que ce royaume, en luttant contre le principe catholique, a entrepris de démontrer que les gouvernements représentatifs sont inconciliables avec la religion et la justice.
Je suis loin de vouloir tirer une pareille conséquence? Le tableau sombre et sévère, mais trop vrai, que je viens de tracer n'a eu qu'un seul but : montrer combien l'histoire est loin de sanctionner la proposition nette et absolue de Matthieu Ricci sur l'unique gouver-
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urinent possible. Un régime établi par la conspiration, soutenu par la violence, et, après quelques années, mort ou mourant pourra peut-être, plus tard, nous fournir d'autres titres en sa faveur. Mais, à cette heure, il n'en a aucun pour s'appeler « la forme de gouvernement, uniquement juste, uniquement possible ».
324. — « On me dit, vous réprouvez donc tout gouvernement tempéré, toute forme du régime représentatif ? »
J'ai déjà répondu que non... Et il serait vraiment déloyal de me proclamer l'ennemi des régimes tempérés, des garanties publiques et de la juste influence du peuple au moment même où je démontre que tout gouvernement est naturellement tempéré. Pour ma part, je suivrai le plus tôt possible le sage conseil de l'auteur : je rechercherai les défauts intrinsèques des constitutions modernes sans vouloir couper l'arbre par la racine. Mais les publicistes italiens voudront-ils en faire autant, par rapport à toutes les formes de gouvernements légitimes ? Moi aussi je reprendrai pour eux l'avis donné dans la lettre venue de Bologne. Je leur dirai, comme Ricci, en changeant quelques mots : « Ne vous élevez plus autant contre les autres formes légitimes de gouvernement (toutes justes, toutes possibles aujourd'hui comme dans le passé), par cette seule raison que quelques-uns de ces régimes ne sont pas sans inconvénient et sans tache. Faites plutôt une œuvre sage et chrétienne en recherchant quels vices les travaillent et quels seraient les remèdes pleins de sagesse (1)
(1) Notez ces mots: « remèdes pleins de sagesse.» Ils sont de Ricci
auxquels ils devraientrecourir. » Enfin je les engagerai à se désister une bonne fois de vouloir malhonnêtement déraciner Parbre parce que se sont attachées à son écorce quelques plantes parasites.
325. — Seule, cette étude sérieuse, impartiale, éclairée parla foi, animée par la charité, guidée par le respect de l'Église catholique, accompagnée de cet humble sentiment que l'infaillibilité et l'impeccabilité ne sont point le privilège de l'homme privé, seule, cette étude, disons-nous, est capable de nous amener à réaliser dans toute leur plénitude les grandes institutions de la nature. Seule elle nous apprendra à les compléter par des institutions positives, qui, découlant de faits, lois ou coutumes antécédentes, non seulement ne contrarieront pas, mais aideront l'œuvre de la divine Providence dans l'ordre social.
lui-même. Il ne veut point pousser les hommes droits et honnêtes à lancer contre les gouvernants des Philippiques démagogiques. Elles sont entremêlées de protestations de respect et d'amour du bien public... Mais elles enflamment la fureur des sujets, effrayent le pouvoir et contribuent ainsi non au vrai progrès, mais à la ruine des Etats!...