‹ De l'origine du théatre à Paris. Avec un frontispice à l'eau-forteChapitre 1 sur 12 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

'après le curieux ouvrage d'un archidiacre, favori d'Alexandre VI, j'ai l'établi à peu près ceci : Les commencements des tragédies et des comédies, à ce que prouve Donest, sont venus des choses divines, prix des vœux que faisaient les anciens; car, autrefois, par ce mot, « tragédie », on désignait les autels où l'on sacrifiait et où l'on brûlait les boucs. Cet animal était la rémunération, le loyer de ceux qui faisaient des vers (i) en l'honneur de Bacchus;

(i) Carminé qui tragico vilem certavit ob hircum.

(Horace.)

et comme le bouc nuit aux vignes, on l'immolait au Liber patcr.

Thespis trouva ce poëme que l'on récitait en l'honneur d'un dieu, et Eschyle simula le premier l'acteur, le personnage : Primas in luctm protuUt Esch)lus {[). Mais ce n'est point de cela que nous parlerons, non plus que de Livius Andronicus, le Thespis latin, ou de Pacuvius, que Sénèque continua.

Le théâtre grec, et c'est cela seul que je veux constater, prit naissance des choses sacrées; la tragédie sortit du temple d'abord, comme dix-sept siècles plus tard les mystères de l'Église (2). La tragédie , dont Ovide dit : Omne genus scripli gravilau tragœdia vincit, la tragédie ne se retrouvet-elle pas dans le chant et les gestes de ces enfants d'Athènes célébrant les fêtes par les villages, les bourgs et les carrefours , ainsi que Varro nous l'affirme? Celte analogie existe à d'autres époques et dans d'autres ordres de faits, je le sais; mais pour le théâtre les détails sont si précis, et il y a une telle contexture entre le sacré et le profane que je ne comprends pas la barrière imaginaire qui les sépare : aujourd'hui même que les

(1) Fabius, 10.

(2) Eschyle florissait en 540 avant J.-C, et les premiers drames datent de 1380.

écarts et les excès ont amené une rupture — définitive en apparence — entre la scène et l'autel, il ne serait pas bien difficile d'établir clairement les rapports de l'un à l'autre et le but qui est semblable, en somme : de moraliser. Ce sont là des théories qui exigent des développements considérables, et il est prudent de ne pas entreprendre ce qu'on ne pourrait achever; au reste, je ne veux dans cet avant-propos que porter l'attention de mes lecteurs sur la relation que j'ai soulignée: à toutes les époques, il y a une connivence formelle entre le théâtre et le sacerdoce. Que nous prenions les mystères du fils de Jupiter et de Sémélé, que nous considérions les poèmes de Thespis, ou que nousétudions les miracles du moyen âge, nous retrouvons toujours la même connexion , et c'est de cette thèse, plus importante qu'on ne croit, que j'ai voulu être champion. En témoignant de ce principe, je demande avec une humilité qui n'a que trop de raisons pour être sincère, l'indulgence du lecteur pour l'avalanche de documents entassés dans les deux premiers chapitres; et si j'ai pu, par la suite, le distraire avec quelques anecdotes curieuses, qu'il considère ces lignes comme des matériaux que l'auteur se propose d'employer avant peu dans un travail important^ le Théâtre et la Société. J'ai voulu tracer ici une

histoire succincte, en dehors des théories, et, toutes considérations à part, il ne fallait pas qu'en dépit de l'intérêt contenu dans ces questions à traiter, on put dire : Sed non cral hic locus.

DE

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