‹ De l'origine du théatre à Paris. Avec un frontispice à l'eau-forteChapitre 2 sur 12 · DU THÉÂTRE EN GÉNÉRAL AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

DU THÉÂTRE EN GÉNÉRAL AU MOYEN AGE

§ i. Il y a eu scission entre le théâtre romain et le théâtre des mystères.

Ç^^^^^ ujourdh'ui que le doute n'est plus 'ff^Ly^ permis sur les commencements de g4S^E^ lancien théâtre français, aujourd'hui que des travaux pleins d'érudition, sans manquer de clarté, ont enfin déterminé le jugement sur les mystères, il n'est point dé-

placé de traiter avec connaissance de cause des premiers vagissements de l'art dramatique en France. Les savantes recherches de M. Magnin sont restées dans la mémoire des bibliophiles, non sans prendre le second rang devant les précieuses études de MM. Édélestand du Méril et Moland. Cette grande discussion de l'origine du théâtre doit avoir son terme pour ne plus laisser les esprits des chercheurs inquiets d'être assurés que le théâtre a été abandonné dans une période de temps qui ne se termine guère qu'au XU* siècle.

M. Foumel commence sa dissertation sur \,\ littérature indépendante en disant : « Rien ne commence, tout recommence. » Je ne crois pas que le dicton populaire puisse être dûment appliqué au moyen âge, où je vois moins un réveil de l'intelligence qu'un esprit tout nouveau bien marqué dans les productions du temps. Le réveil intimerait une liaison entre l'époque où nous nous reportons et ce qui l'a précédée. Mais sans élever de controverse à ce sujet, on peut admettre que les

idées assoupies devaient infailliblement avoir un parfum de vétusté qui nécessitait leur remplacement immédiat. Si, au XI I^ siècle, le goût pour les représentations scéniques avait découlé d'une suite de pièces latines qui elles-mêmes étaient au bout des monuments que les Grecs et les Romains avaient eu la gloire d'élever, un raisonnement judicieux nous conduirait à cet argument : les premières actions produites par les monastères seraient comme un rejaillissement des grands tragiques grecs, qui n'étaient certes pas oubliés dans ces collèges; et au lieu d'analyser des actes diffus, agités d'un souffle malsain, on aurait devant soi une inspiration des sujets de Sophocle et d'Euripide.

Les mystères ont bien été enfantés, au contraire, par l'époque ; le trouble et l'ignorance ont bien mis sur les parvis ces chroniques abstruses au dialogue à la fois naïf et effréné,

M. Viollet-Le-Duc père a expliqué la responsabilité qu'il faut laisser tout entière au moyen âge, en disant qu'on ne peut pas re-

constituer une société morte de décrépitude. « Il fallut bien en former une autre, imparfaite d'abord, mais qui se perfectionna avec le temps. Et puis le ciel sous lequel se reformait celte société n'était plus le même. Ce n'était plus l'Inde, l'Egypte, la Grèce, l'Italie; c'était la Gaule avec une autre religion, d'autres habitants. »

Les vestiges de faculté dramatique, comme dit Sainte-Beuve, ainsi que quelques pièces latines composées dans les monastères du nord de l'Allemagne et citées par M. Magnin, ne sont que des pièces informes dont rien n'atteste d'ailleurs la représentation. M. Moland les considère comme de simples e.xercices de rhétorique, et l'illustre auteur des Lundis lui-même affirme : " En fait, les théâtres littéraires étaient, il y avait beau jeu, fermés au X' siècle. » C'est péremptoire.

Je crois donc qu'il est superflu de remonter à Thespis et à son chariot, aux tréteaux d'Eschine ou au premier théâtre de bois d'Athènes pour trouver la naissance du goût pour les mystères; et ceux-ci forment la

première partie du théâtre français (du XII' au XV 1*= siècle). Boileau, à mon avis, n'était pas si mal renseigné quand il écrivait ces vers critiqués encore récemment :

chez nos dévots aïeux le théâtre abhorré,

Fut longtemps dans la France un spectacle ignoré...

Quant aux pèlerins dont parle le poète satirique,

De pèlerins, dit-on, une troupe grossière En public à Paris y monta la première.

ils sont mentionnés dans le Dictionnaire de M. de Léris. (i) Us revenaient de terre sainte, et dans des solennités locales représentaient — mimaient est plus juste — les diverses phases de la vie du Christ. D'autres, « à leur retour, firent à leurs concitoyens des tableaux si enchanteurs des solennités pom-

(i) « La carrière où Corneille, Racine et Molière firent l'admiration de Louis XIV leur avait été ouverte par quelques hommes du peuple qui , revenant de terre sainte , s'en allaient dans les carrefours , le bourdon à la main, jouant les Saints, la Vierge et Dieu par pitié. »

Page 1