INTRODUCTION
Les complications osseuses de la fièvre typhoïde sont aujourd'hui bien connues. De nombreuses observations publiées par des médecins et surtout par des chirurgiens ont permis d'établir que le bacille d'Eberth seul ou associé pouvait se fixer sur un os et déterminer soit une ostéomyélite, soit une simple périostite. L'ostéomyélite éberthienne a des caractères qui tiennent au faible pouvoir pyogène du bacille typhique : presque toujours limitée, elle ne frappe pas une épiphyse en totalité, comme l’ostéomyélite des adolescents; elle est, si lon peut dire, parcellaire et la zone osseuse touchée est souvent celle qui est sous-cutanée, c'est-à-dire la plus superficielle et la plus sujette aux traumatismes. ,
De plus, le caractère important de cette ostéite est de ne pas aboutir souvent à l’abeès et par suite à la nécrose. Près des deux tiers descas se terminent sans suppuration outout
au moins sans qu'il soit besoin d'évacuer le pus. Souvent,
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l'os revient à l’état primitif, gardant en souvenir de son atteinte éberthienne, un léger épaississement que le palper seul permet de reconnaître.
Mais dans quelques cas, surtout quand au bacille d'Eberth se sont joints des staphylocoques ou d’autres agents infectieux, la suppuration se fait, et si on n'intervient pas, une fistule interminable s'établit avec élimination de petits séquestres. Ou bien, le pus se résorbe, la peau ne s'uicère pas et il se produit une zone d'ostéile condensante, véritable incrustation d'ivoire plus ou moins volumineuse et saillante sous le périoste, qui oblitère le canal médullaire et détermine des douleurs plus ou moins vives.
C’est ce qui était arrivé à une jeune fille observée et opérée en janvier dernier par M. Jeanbrau. Cette malade avait eu, au tibia droit, deux mois après une dothiénentérie légère, une tuméfaction aiguë et très douloureuse : en quelques jours, celle-ci avait atteint le volume d'un œuf ; la peau, à sa surface, était rouge violacé et menaçait de s'ulcérer. Brusquement, les phénomènes tournèrent court et spontanément — les pommades résolutives appliquées sur la région ne pouvant avoir qu'une action morale — la tuméfaction diminua, la peau redevint normale. Mais il persista une hypérostose de la largeur du tibia, de cinq centimètres de hauteur, douloureuse seulement à la pression. La jeune fille désirait instamment
être débarrassée de cette saillie, non par coquetterie mais
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parce que cette grosseur constituait pour elle une cause de véritable obsession. M. Jeanbrau consentit à l'opérer, après avoir averti la famille que la guérison définitive demanderait environ deux mois. [l mit à nu l’exostose et trouva au-dessous une éburnation de los qui comblait presque complètement le canal médullaire. Tout le tissu éburné fut enlevé et la cavité rigoureusement curettée. Il en résulta une cavité spacieuse où on aurait pu loger deux noix. Elle fut tamponnée à la gaze stérilisée pendant trois jours, puis on l’abandonna à elle-même. Contrairement aux prévisions, quinze jours après, la guérison était complète et une légère dépression témoignait seulement que l'os avait été touché. |
Cette variété d'évolution — car il ne s’agit pas d'une variété d’ostéite éberthienne — n’est pas nettement indiquée par les classiques. Elle a cependant certaines particularités qui ont quelque intérêt en pratique chirurgicale.
D'abord elle est presque indolore et ne gêne pas beaucoup la marche, n1 la station debout. Les articulations voisines sont en général laissées indemnes. Cette latence tient à ce que les foyers d’ostéites sont en général stérilisés au bout d’un certain temps par la mort des microbes» comme il arrive dans les vieux abcès enkystés par des parois imperméables (abeès du foie à coque épaisse, pyosalpinx à parois scléreuses). Dans l'observation de
M. Jeanbrau, l'ensemencement de quelques gouttes de
VII CAE pus, fait au cours de l'opération sur plusieurs tubes de bouillon et de gélose, fut négatif.
Mais s'il n’y a pas de douleurs spontanées, la pression n'en est pas moins douloureuse.
En second lieu, cette évolalion ne s'accompagne pas de séquestres. Au lieu d’un processus de mortification, il y a condensation du tissu osseux.
Enfin et surtout, ces foyers peuvent être évidés par des trépanations larges et la guérison survient rapidement, si l'intervention a élé rigoureusement aseptique. La brèche se comble probablement par le processus qui soude . les fractures fermées, c’est-à-dire conjonctivo-embryonnaire, puis carbilagineux et enfin osseux. Mais il faut que le périoste n’ait pas été enlevé et que nulle infection n'ait été faite au cours de l'opération. Sans ces conditions parfaitement remplies, il en résulte une ostéomyélite secondaire dont la guérison demandera des mois et même des années.
Sur le conseil de M. Jeanbrau, nous avons cherché, dans la lhitlérature médicale, des observations semblables à la sienne pour faire une rapide étude d'ensemble de lostéite typhique éburnée. Le temps dont nous disposons, {malheureusement très restreint, ne nous a pas permis de faire de longues recherches bibliographiques. Cependant nous avons lu les principaux travaux publiés en France sur l’ostéite éberthienne. EL si celte thèse ne
contient qu'un petit nombre de faits, c’est que beaucoup
d'auteurs ont publié le résultat de leur expérience sur ce sujet, sans détailler leurs observations, et qu'une classification rigoureuse n’est guère possible. Toutefois nous en avons retrouvé assez pour pouvoir en lirer quelques conclusions intéressantes pour le chirurgien et le praticien.
Nous avons choisi volontairement un sujet étroit, sachant bien qu’à l'heure actuelle, il est impossible de faire un travail scientifique et personnel, quand on ne dispose que de quelques jours.
Dans ce modeste travail, nous avons seulement cherché à ne rien écrire qui ne soit indiscutable, et nous nous sommes bornés à commenter quelques observations soigneusement recueillies. Si nos juges n'y trouvent pas d'erreur d'interprétation, nous nous estimerons satisfait.
Mais avant d'entrer en matière, nous tenons à remercier vivement M. le professeur Forgue, pour le grand honneur qu'il nous a fait, en acceptant la présidence de notre thèse.
M. le D' Jeanbrau, professeur agrégé, nous à inspiré l'idée de cette étude. Il n’a pas cessé de nous prodiguer ses conseils éclairés ; il nous a toujours accueilli avec bienveillance, bien que son temps fût pris par des labeurs incessants. Que ce maître, estimé de tous, daigne agréer l'expression de notre profonde gratitude.
Nous n'aurons garde d'oublier le Corps médical de
l'hôpital de Grasse, qui nous à donné d'excellents conseils pratiques, et nous a permis d'acquérir une certaine habitude des malades par la grande initiative qu'il nous a laissée, dans l'exercice de nos fonctions. Nous conserverons toujours un bon souvenir de nos quatorze mois d'internat.
Enfin, que tous ceux qui se sont intéressés à nous dans le cours de nos études médicales, reçoivent l’expression de notre reconnaissance et de nos remerciements.
Notre plan est ainsi conçu :