PRÉFACE
Le mot osieoc/flsie signifie étymologiquement brisement d'os (ocrréov, os; xAeaiv, brise}-) et sert à désigner une opération chirurgicale, qui consiste essentiellement dans la division artificielle du squelette. Il est une autre opération de la chirurgie, qui s'attaque également aux os pour les diviser, c'est V ostéotomie (ôaTc'ov, os et rop, section).
L'ostéoclasie et l'ostéotomie constituent deux opérations à' anaplastie par rfierèse des parties dures, dont l'ohjet est de redresser les difformités du squelette.
Si leur but est commun, les moyens qu'elles mettent en œuvre pour l'atteindre sont absolument différents. L'une, l'ostéotomie, agit directement, à ciel ouvert sur les os; l'autre, l'ostéoclasie, détermine leur solution de continuité à travers la peau et les parties molles. La première réalise une fracture ouverte, la seconde une fracture fermée.
On comprend, à ce simple énoncé de leurs moyens, la lutte qui, de tout temps, s'est élevée entre ces deux méthodes, qu'on a peut-être eu le tort de considérer toujours et partout comme rivales. En effets! en consultant leur passé, et pour ce faire, point n'est besoin de remonter bien
Pousson. i
haut dans la littérature médicale, on constate qu'à un moment donné l'une ou l'autre a pu, grâce à quelque avantage particulier, conquérir la faveur du chirurgien, l'étude impartiale de leur présent montre qu'aujourd'hui les deux méthodes méritent également sa confiance. L'ostéotomie antiseptique n'a presque plus rien à envier à l'ostéoclasie sous le rapport de la léthalité, et, cette dernière, par la perfection de sa méthode et de ses procédés, atteint, au point de vue de la diérèse osseuse, un degré sensihlement égal de précision et d'innocuité.
Cette conviction, à laquelle je suis arrivé après avoir pris connaissance des travaux sur ces deux méthodes de division artificielle des os, a dicté l'esprit et le plan de mon travail. J'avais d'abord songé à comparer la méthode ostéoclasique en général à la méthode ostéotomique, mais je me suis bien vite aperçu que toutes deux étaient excellentes, que leur valeur respective s'affirmait seulement dans les détails, qu'elles avaient, en un mot, l'une et l'autre leurs indications. Dès lors, j'ai modifié mou plan et c'est à la solution délicate du problème des indications, qu'est consacrée la seconde partie de mon travail. Je me suis attaché, par une analyse aussi complète que possible des observations, que j'ai lues, à formuler des règles nettes et précises sur les indications et les contreindications de l'ostéoclasie dans les cals vicieux, les courbures rachitiques, les déviations latérales du genou et les ankyloses, déformations cardinales du squelette, que le chirurgien est appelé à redresser. J'ai ensuite, dans chacun des chapitres relatifs à ces difformités, comparé les résultats de l'ostéoclasie à ceux de l'ostéotomie et essayé d'en dégager quelques conclusions aussi claires que possible.
Mais ayant à traiter de Vosléoclasie, mon travail n'aurait pas été complet si, dans une première partie, je n'avais étudié la méthode en elle-même, si je n'avais
traçc son histoire, ses principes, ses procèdes et ses suites opératoires. La première partie de ce mémoire est donc consacrée à cette étude.
J'ai dù, pour appuyer mon travail sur des bases solides, recueillir un grand nombre de matériaux; le dévouement de mes amis Louis, Ouslaniol, Couderc, Delaunay, ne m'a pas plus fait défaut dans cette circonstance, que dans beaucoup d'autres, et, je suis heureux de les en remercier publiquement. Je ne saurais oublier ici mon compatriote et ami le D'' Fcrrier, qui a mis à ma disposition sa connaissance de la langue allemande.
M. le D'' Victor Robin (de Lyon) a bien voulu rédiger à mon intention quelques notes sur sa méthode opératoire, dont il agrandit de jour en jour le domaine, et m'envoyer en même temps un grand nombre de matériaux inédits. Qu'il me permette de lui en témoigner toute ma reconnaissance.
Je dois aussi tous mes remerciements à mon maître €t ami M. Démons (de Bordeaux), qui s'est obligeamment mis à ma disposition pour me donner des renseignements expérimentaux et cliniques fort précieux sur la question.