‹ De l'ostéomyélite aiguë pendant la croissanceChapitre 17 sur 22 · IG · texte numérisé non relu

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pus existe entre elle et l'os. La coupe nous montre tout d’abord que le corps de la troisième vertèbre lombaire est séparé partiellement, en haut et en bas, de ses disques intervertébraux : en plein milieu du corps, comme nous l’avons dit plus haut, la séparation gagne la l’ace latérale gauche. Mais en avant et en arrière, le disque conserve scs adhérences et possède des dimensions comparables à celles des autres articulations. La coupe du corps de la troisième vertèbre lombaire présente tout d’abord une coloration très frappante, après avoir été nettoyée par des lavages.

Cette coloration consiste en une grande tache absolument noire, occupant 1 centimètre en hauteur dans ce corps vertébral : elle est placée à la face postérieure du corps de la vertèbre, et avance de 1 centimètre dans ce corps, puis se bifurque en deux branches qui s’écartent et aboutissent à la face antérieure du corps vertébral. Les branches de bifurcation dessinent un V ouvert en avant; chacune d’elles est constituée par une zone noirâtre de 2 millimètres de hauteur. La tache noire d’où elles partent est en réalité une cavité creusée en plein corps de la vertèbre et remplie par une substance noire, de la couleur de l’encre de Chine forte : les zones noirâtres, qui en partent, correspondent à des aréoles dilatées du tissu spongieux pleines de la même substance. Cette substance noire tache un peu en rouge le linge.

En réalité, la tache n’est qu’une apparence, car elle disparaît par le lavage ainsi que la coloration dont je parle ; la coloration du reste du tissu spongieux est rosée.

Les orifices de la surface du corps de la vertèbre dénudée aboutissent dans les aréoles noires du V dont je viens de parler. On peut déjà expliquer ce qu’est cette cavité noire et ce que sont ces zones : la cavité noire correspond au confluent des veines du corps de la vertèbre qui se jettent dans le plexus veineux rachidien latéral.

La substance osseuse a disparu au niveau de ce confluent ; la paroi môme des veines du sinus a disparu aussi et on a une cavité osseuse, pleine à la fois de cette matière noire, qui n’est autre que du sang d’abord coagulé, et plus tard diffluent, mêlé à du pus.

Cette destruction des veines à la sortie des os est là ce qu’elle était à la surface; on en a la preuve dans ce qui se passe au-dessus et au-dessous de la vertèbre affectée, dans les plexus intra-rachidiens et les veines rachidiennes.

En effet, partant de la cavité noire et remontant un peu au-dessus, on trouve les veines de ce plexus coagulées, offrant contre le corps de la deuxième et de la première vertèbre le même aspect : les petites veines transversales sont même oblitérées. Le caillot qu’elles renferment est noir, adhérent, on ne peut le séparer de sa mince paroi.

A côté, dans une veine intra-rachidienne d’un plus gros calibre, on trouve un caillot avec un point jaune au centre, point ramolli qui s’écoule comme une goutte de pus.

De même, à la surface des corps vertébraux, on voit plusieurs veines nées du corps de la vertèbre, oblitérées, suivre leur trajet parallèlement au corps et aboutir à un tronc présentant le même état : ainsi les plexus intra-rachidiens sont enflammés et les veines extra-rachidiennes ont subi la même inflammation. En quelques points, autour de ces veines, on trouve un peu de pus verdâtre et la paroi veineuse est détruite en regard.

Nous n avons pas suivi ces veines jusque dans la veine cave, avec laquelle elles commnniquent, mais nous avons vu que celle-ci présentait un caillot

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ilans les mûmes conditions. La phlébite intra-rachidiennc remontait dans la région dorsale de la colonne vertébrale.

Articulation tibio-tarsienne droite. — Celte articulation contient du pus, on en trouve aussi dans l’articulation péronéo-tibiale, et ce pus communique avec la gaine des tendons fléchisseurs.

Les surfaces articulaires tibio-tarsiennes paraissent altérées; ainsi, le cartilage qui recouvre la face articulaire de l’astragale est aminci, et disparaît sur la ligne médiane de la poulie en avant; dans les autres points, pourtant, il est blanc et très élastique ; sur le milieu, il est très aminci et comme résorbé. De même sur la surface inférieure du tibia, le cartilage est aminci, mais sans ulcération. La synoviale présente dans ses culs de-sac, autour des surfaces articulaires, un gonflement qui forme de petits bourrelets rouges et vasculaires : c’est un commencement de fongosités.

Tibia droit. Sur la diaphyse, au-dessus du cartilage épiphvsaire, à environ 1 centimètre, se trouve, au niveau de la face externe de cet os, dans l’étendue de 1 centimètre carré, une dénudation de l’os ; par une coupe à ce niveau on arrive à une portion de l’épiphyse adjacente infiltrée de pus.

Il y a donc eu là une ostéomyélite concomitante, comme la clinique semblait l’indiquer : le périoste a disparu sur la partie dénudée ; partout, à côté, il est sain et le tissu osseux normal. Le reste du tissu de l’épiphyse est aussi intact, n’est pas rouge, et le cartilage conjugal est normal.

Le tibia, coupé longitudinalement, montre que la moelle n’est pas atteinte, mais elle a plutôt une couleur jaune anémique : le tissu compact est absolument sain et a la couleur de l’ivoire.

Articulation du genou droit. — Elle est pleine de pus jaune verdâtre, mais les cartilages n’ont rien ; ce pus s’échappe en haut, sous les parties molles de la cuisse, par une grande ouverture, et vient former une collection considérable.

Les cartilages articulaires sont parfaitement sains; quant à la synoviale, elle est recouverte d’une couche grisâtre, fongueuse dans toute son étendue, ce qui augmente son épaisseur; elle n’est pas vascularisée, et les os qui forment l’articulation n’ont rien.

Péroné. — A l’extrémité inférieure, la partie renflée de la diaphyse est absolument dépourvue de son périoste à sa partie interne, dans une étendue d’un centimètre, en dedans et un peu en arrière ; en ce point, l’os a une apparence inégale, érodée. Les canaux osseux du tissu spongieux arrivent à sa surface ; ils sont rouges, vasculaires, ettoulel’épiphjsea une coloration rosée ; cette lésion approche de très près du cartilage épiphvsaire, mais celui-ci est pourtant sain et, quand on sépare la diaphyse de l’épiphyse, il reste une couche de tissu adhérent. La lésion est donc très près du cartilage épiphysaire, mais ne l’atteint pas ; elle siège dans l’articulation péronéo-tibiale et, comme la synoviale de l’articulation tibio-tarsienne remonte au-dessus du cartilage pour communiquer avec la péronéo-tibiale, il en résulte que la lésion de l’os s’est ouverte dans celte dernière, et par suite dans l'articulation tibiotarsienne. Le cartilage articulaire du péroné qui correspond à l’articulation péronéo-tibiale a disparu; on sait que ce cartilage est au-dessus du cartilage épiphysaire. Ainsi, il y a eu une ostéite de l’extrémité inférieure du péroné, au-dessus de l’articulation péronéo-tibiale. En sciant le péroné dans sa longueur, on voit que cette ostéite remonte vers la diaphyse, et s'arrête à peu près à un centimètre du canal médullaire; la moelle dans ce canal a une couleur pâle.

SUR L’OSTÉOMYÉLITE.

Radius gauche. — A sa partie inférieure, dénudation limitée de 2 centimtères de longueur dans -la partie de la diaphyse qui se renfle; le tissu spongieux correspondant est infiltré de pus. Le cartilage épiphysaire est sain.

L’articulation du poignet ne renferme pas de pus.

Examen des urines durant la maladie. A aucune époque, on n’a constaté la

présence d’albumine dans les urines.

Observation XXII. — Ostéomyélite de l'os iliaque. — Mort.

Résumé. — Fille de onze ans. — Pas d’antécédents scrofuleux ou rhumatismaux. En apprentissage depuis deux mois. Travaille debout et se fatigue. Début de la maladie le 18 septembre, sans cause, par douleurs vives à la fesse gauche. Le lendemain 19, accroissement de la douleur et fièvre violente. Entre à l’hôpital le 2octobre. Abcès sous-périostique considérable delà fesse gauche, ouvert le 14 octobre. Ier novembre, perforation spontanée de l’os iliaque reconnue, permettant d’arriver avec un stylet dans la fosse iliaque interne où existait un second abcès sous-périostique. Pus tard, phlébite dans la veine iliaque remontant jusqu’à la veine cave, œdème considérable des membres inférieurs. Frissons répétés ; mort le 20 décembre.

Autopsie. — Dénudation de l’os iliaque dans la partie correspondante aux deux fosses, trépanation spontanée et infiltration purulente du tissu spongieux de cet os ; pus et lésions secondaires dans l’articulation sacro- iliaque.

Observation. — Fromont (Louise-Pauline), âgée de onze ans, salle Sainte- Eugénie, n° 28, entrée le 2 octobre 1877, hôpital Sainte-Eugénie.

Cette enfant a joui de la meilleure santé, durant sa première enfance, et n’a eu aucune des affections éruptives ou scrofuleuses de cet âge. Elle habite avec ses parents un logement sain, et n’a jamais eu d’affections rhumatismales. Elle travaille depuis six mois dans une fabrique de chocolat, et depuis quelque temps elle se plaint de fatigue assez grande, après sa journée de travail. Le 10 septembre au soir, elle rentra chez sa mère en accusant une douleur assez vive à la fesse du côté gauche, douleur qui la faisait boiter depuis quelques heures; aucune blessure ne pouvait expliquer son apparition : le repos de la nuit atténua un peu cette douleur, et l’enfant se leva le lendemain, mais elle dut garder le lit dans la soirée du 19, la douleur ayant reparu avec une grande violence ; elle avait en outre de la fièvre, et la nuit suivante fut très agitée. On la soigna chez elle pour un rhumatisme jusqu’au 2 octobre, jour de son entrée à l’hôpital. Le 21 septembre, un gonflement s’était produit à la fesse où la douleur avait été ressentie tout d’abord.

A son entrée à l’hôpital, cette enfant présente un visage abattu, d’une pâleur extrême, malgré l’existence d’une température élevée, 40°. Elle s’est plainte toute la nuit de douleurs excessives.

Couchée sur le côté droit, elle pousse des cris aflreux, toutes les fois qu’on l’approche. Néanmoins, avec beaucoup de précautions, on arrive à reconnaître que le membre inférieur gauche avec la hanche sont parfaitement sains. La douleur occupe la région de l’os iliaque qui avoisine la partie supérieure delà fesse, près de la partie la plus reculée de la crête iliaque, elle est, au toucher, excessive. Un gonflement limité à la partie postérieure de la fosse iliaque existe à ce niveau, et s’étend du côté de la symphyse

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sacro-iliaque, jusqu’il la ligne médiane. Ce gonflement fait corps avec l’os ■ il est très œdémateux au niveau de la symphyse, et à la surface de la peau on voit quelques veines dilatées qui se dirigent vers la ligne médiane postérieure du corps.

L’idée d’une arthrite suraiguü de la jointure sacro-iliaque fut celle qui se présentait tout naturellement à l’esprit ; la douleur avait son maximum à ce niveau ; de plus, en rapprochant les surfaces du bassin et du sacrum, on développait encore une douleur excessive, qui suivait un trajet descendant le long du nerf sciatique.

Depuis l’entrée de l’enfant jusqu’au 14 octobre, la température est toujours très élevée, oscillant entre 39“ et 40°, et les douleurs intolérables.

Une vaste collection purulente, étant alors manifeste, fut ouverte, et l’on reconnut que l’os iliaque était à nu dans une assez grande portion de son étendue avoisinant la partie postérieure de la crête. Malgré cette incision l’état général ne fut pas amélioré. Reprenant mon service, le 1er novembre, je constatai l’existence d’une communication entre la fesse et la cavité abdominale par une perforation de la fosse iliaque interne, où le pus s’amassait comme il l’avait fait primitivement à la fesse. De plus, l’articulation sacroiliaque était complètement désunie, et l’on déterminait un très grand jeu de l'os iliaque sur le sacrum ; la suppuration était excessive, et le pus mélangé à de petites parcelles osseuses.

Le 2 novembre, la perforation spontanée fut agrandie de manière à permettre plus facilement l’évacuation du pus, et un gros drain fut introduit dans le trajet ; des lavages phéniqués bi-quotidiens furent pratiqués. Mais l’enfant s’affaiblissait chaque jour, elle était couchée sur le côté droit, les cuisses fléchies sur le ventre, ne pouvant supporter aucune autre position. Cet état dura jusqu’au 2b novembre.

2b novembre. — Je remarque que la suppuration a beaucoup diminué ; les plaies sont sèches ; en même temps, depuis hier, un œdème considérable s’est développé dans les membres inférieurs, moins considérable cependant du côté gauche. Pas d’œdème facial, un peu de diarrhée, pas de vomissements.

2!) novembre. — L’œdème a gagné le membre du côté sain, depuis le pied jusqu’à la fesse. La cause de cet œdème se trouve probablement dans une oblitération qui s’est étendue à la veine cave inférieure. Pas d’albuminurie. La suppuration est très abondante et fétide.

8 décembre. — Aujourd’hui, il existe un œdème de la paroi abdominale qui s'explique par la position de l’enfant, toujours couchée sur le ventre. De la diarrhée de temps en temps, pas de vomissements, mais très peu d’appétit.

10 décembre. — A la partie superficielle de la peau des jambes, des cuisses, on aperçoit de petits points noirs, formant comme un piqueté, avec des plaques plus grandes ; c’est du •purpura. En même temps, la peau présente sous le pied de petites vergetures.

1 1 décembre. — Hier l’enfant a eu un frisson qui a duré presque une heure. Pas d’albuminurie.

13 décembre. — Suppuration abondante, des eschares multiples se forment au niveau des saillies osseuses qui portent sur le lit ; à la jambe, là où il y avait dos plaques hémorrhagiques, se trouvent de grandes phlyctènes rougeâtres. Hier l’enfant a eu un frisson d’une demi-heure suivi de chaleur.

lb décembre. — Hier, trois ou quatre frissons dans la journée, d un quart d’heure ou d’une demi-heure ; diarrhée.

SUR L’OSTÉOMYÉLITE.

17 décembre. Du 17 au 20 décembre, nouveaux frissons, diarrhée colli-

quative jusqu’à la mort qui a lieu le 20.

20 décembre. — Mort.

L’autopsie n’a pu être faite à cause d’une opposition ; mais nous avons pu examiner l’os iliaque en incisant les parties molles à l’amphithéâtre et nous avons reconnu : 1° une dénudation de la moitié postérieure de la fosse iliaque avec légères érosions de l’os ; à deux travers de doigt de la crête iliaque et à un pouce environ de l’articulation existe une perforation irrégulière de l’os ayant les dimensions d’une pièce de cinquante centimes. A côté, l’os présente des irrégularités et de petites ouvertures par lesquelles le pus suinte. Vers la partie la plus épaisse de la crête iliaque, existe une petite esquille détachée. En coupant l’os dénudé avec un fort scalpel, on fait sortir du pus infiltré entre les deux lames près de la crête iliaque. Enfin, l’articulation sacro-iliaque est désunie, et les surfaces de la symphyse dépourvues, dans presque toute leur étendue, de leur tissu unissant.

Observation XXIII. — Ostéomyélite ancienne du tibia droit; nécrose tardive d'une grande partie de la diaphyse de cet os.

Résumé. — Garçon, huit ans et demi. Entré à l’hôpital le 16 janvier 1878 pour une nécrose du tibia, déterminée par une ostéomyélite ancienne remontant à dix-huit mois. Le séquestre comprend une bonne partie de la diaphyse du tibia. Un os nouveau l’a recouvert en partie; de plus l’os ancien, par le fait du développement de haut en bas de l’os nouveau, a suivi un déplacement analogue de haut en bas. — L’os nouveau est plus long, plus volumineux que son congénère; le péroné, sans avoir été atteint, a subi un développement plus considérable. — Modifications qui en résultent dans la forme et l’attitude du membre. 23 mars, extraction du séquestre, c’est-à-dire de l’os ancien. — La guérison fut rapide et terminée définitivement le 1er mai.

Masurier (Émile), âgé de huit ans et demi, salle Napoléon, n° -io, entré à l’hôpital Sainte-Eugénie le 16 janvier 1878.

Père et mère bien portants; grand-père maternel mort à soixante-dix ans et grand’mère maternelle à plus de quatre-vingts ans.

Grand-père et grand’mère paternels bien portants.

Il y a dix-huit mois, l’enfant était sur des planches, lorsque le maître de ces planches le chassa; il tomba, se releva et rentra chez lui sans souffrir. Dans la nuit, il eut des souffrances assez vives, sa jambe gonfla. Un médecin appelé trois jours après l’apparition des douleurs constate un gonflement qui part du genou et descend jusqu’à la partie moyenne de la jambe. 11 crut à une fracture et mit un appareil qu’il fut obligé d’enlever le lendemain à cause de l’intensité des douleurs. La fièvre était très forte et l’enfant délirait la nuit. En huit jours un abcès volumineux se forma et fut ouvert. D’autres s’ouvrirent spontanément plus tard, delà été le début, et depuis lors l’enfant a toujours gardé le lit ou la chambre avec des fistules qui ont suppuré.

18 janvier. Liât actuel. — Membre inférieur. — Jambe droite. — Sur toute la partie de la jambe correspondant à la face interne de la diaphyse du tibia, entre les épiphyses supérieure et inférieure de cet os, qui sont intactes.

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existent des fistules en rapport avec un os nécrosé, au nombre de cinq.

Par l’une de ces fistules, l’inférieure, sort une portion du tibia longue de 5 centimètres ; c’est la partie inférieure de la diaphyse du tibia. Cette partie est mobile, quoique pourtant elle tienne encore par sa partie supérieure; elle est couchée sur la face externe de la jambe, vers la partie postérieure qu’elle ulcère. Autour de ces fistules, les téguments superficiels épaissis, indurés, reposent sur le squelette nouveau, auquel elles adhèrent complètement. C’est l’étude de ce squelette nouveau qu’il est intéressant de faire.

Disons d’abord que l’articulation du genou est absolument saine et jouit de tous ses mouvements. La portion articulaire de l’épiphyse supérieure du tibia paraît donc n’avoir subi aucune atteinte ; il n’en est pas de même de la partie inférieure de ce renflement; on en juge par un accroissement considérable de son épaisseur ; le diamètre antéro-postérieur de la tubérosité interne est au moins d’un tiers plus long que l’autre.

A cette hvpérostose succède la. diaphyse de l’os nouveau d’un volume considérable.

Cet os nouveau x’emplace la diaphyse ancienne : celle-ci est la portion d’os nécrosé sortant par la plaie. Elle est reçue en partie dans l’os nouveau, mais en sort en partie. L’os nouveau a ceci de particulier qu’il est énorme, sa face interne a 6 centimètres à la partie moyenne de la jambe au lieu de 2 ou 3 qu’elle devrait avoir : d’où, une circonférence de la jambe de 20 centimètres du côté malade, et de 17 du côté sain. En même temps qu’il est plus épais, l’os nouveau est plus long : je trouve o centimètres de longueur de différence.

Quant à la résistance, celle de l’os nouveau est très grande. Sa surface est unie, le bord antérieur régulier.

Cette plus grande longueur du tibia a amené des changements dans les rapports des os voisins avec lui : le péroné mesuré avec soin a 2 centimètres au moins de plus en longueur que son congénère. Celte augmentation était nécessaire, sous peine de dislocation, dans les jointures péronéo-tibiales et tibio-tarsiennes. Pourtant l’allongement du péroné n’est pas en.rapport avec celui de l’os nouveau ; on en a la preuve en ce qu’à l’état normal, la pointe de la malléole interne est placée plus haut que la malléole externe : or dans le membre malade, la malléole interne descend plus bas que l’externe. U en résulte de nouveaux rapports du pied avec la jambe : le pied a été chassé par la jambe en dehors ; son axe et celui de la jambe forment un angle vers la malléole interne. Cet angle est ouvert en dehors. Par suite l’enfant a un pied valgus très prononcé, sans être pied plat.

Parlerai-je de quelques modifications des parties molles, qui ne sont pas le propre du mal, mais de toutes les altérations chroniques de longue durée? Ce sont: une augmentation considérable des poils, augmentés en nombre, en volume, en épaisseur; la face antérieure et la face interne de la jambe ont des poils de 1 centimètre: un réseau veineux superficiel dessinant de grands espaces polygonaux, occupant toute la face externe de la jambe ainsi que le côté externe du genou, une partie du creux poplité et disparaissant dans la cuisse au niveau du quart inférieur. De même, en dedans, on voit la veine saphène interne très dilatée : de la racine du membre au genou, et à partir du genou dans la jambe, elle est entourée d'un réseau veineux volumineux, constitué par des veines grosses comme des plumes de pigeon.

23 mars 1878. — En incisant le pont intermédiaire qui recouvre la partie moyenne du séquestre, j’ai rendu celui-ci complètement mobile; ce pont in-

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termédiaire est d’ailleurs constitué pur des parties molles, et aussi par une lame osseuse nouvelle. Le séquestre a 12 centimètres de longueur; il comprend tout le corps du tibia, sauf une partie superficielle de la face postérieure. Les trois faces en sont lisses et unies, mais immédiatement au-dessous de la surface le tissu compact est transformé en tissu spongieux.

Le séquestre comprend donc tout le cylindre du tibia, avec les particularités que j’indique; il existe encore un canal médullaire, mais qui paraît plus petit. Il a une couleur jaune-feuille morte; en certains points, on voit un piqueté noir; les parties centrales sont d’un jaune plus clair. Les portions qui sont spongieuses et qui étaient en contact avec les bourgeons charnus du nouvel os sont remplies par ces bourgeons qui montent dans leurs anlractuosités.

Le corps de ce séquestre est élargi à son extrémité supérieure, il correspondait à la portion de la diaphyse qui se continue avec la portion épiphysaire : mais ce séquestre était descendu par le fait de l’hypérostose supérieure. On en a la preuve par cette remarque que les cicatrices de l’incision antérieure sont situées plus haut que ne l’était le séquestre.

Ainsi, l’une d’elles occupe le côté interne sous la tubérosité interne du tibia; elle est placée un pouce plus haut que ne l’était la diaphyse du tibia enlevé.

2o mars. — La grande gouttière qui a succédé à l’extraction du séquestre se recouvre aujourd’hui de bourgeons charnus qui commencent déjà à se réunir pour la combler.

1er mai. — La cicatrice est complète, et l’enfant est aujourd’hui guéri.

Observation XXIV. — Ostéomyélite du fémur droit. — Fracture spontanée

de cet os. — Guérison.

Résumé. — Fille de trois ans, a eu à l’âge de dix mois une atteinte d’ostéomyélite, caractérisée par fièvre violente, douleurs très vives et abcès souspériostique qui se forma à la partie supérieure et moyenne de la cuisse droite, en cinq ou six jours. — Elle en avait conservé un trajet fistuleux. — Le 10 juillet, 1877, dans son lit, elle a eu une fracture spontanée de la cuisse. Elle entre à l’hôpital le 11 ; on constate une hypérostose de la partie supérieure du fémur, avec signes certains de la fracture : mobilité anormale. — Existence de deux trajets fistuleux communiquant, l’un à une surface dénudée, l’autre avec le foyer de la fracture. — Pas de séquestres mobiles ; peut-être séquestres invaginés. — La consolidation de la fracture a eu lieu, mais les trajets fistuleux subsistaient quand l’enfant a quitté l’hôpital.

Gérard (Lucie), âgée de trois ans, salle Sainte-Eugénie, n° 15, entrée le II juillet 1877 à l’hôpital Sainte-Eugénie.

Père et mère bien portants : voici les renseignements que nous donne la mère sur cette petite fille: jusqu’à l’âge de dix mois, l’enfant, que la mère allaitait, n’avait rien eu, et se portait assez bien : à ce moment, la mère essayait de la faire marcher, lorsque tout à coup, sans cause, l’enfant se mit à pousser des cris lorsqu’on la touchait, elle eut quelques nuits agitées, des vomissements, une forte fièvre, et en cinq à six jours se forma un abcès considérable à la partie moyenne et supérieure de la cuisse droite ; cet abcès fut ouvert

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environ huit jours apres le début ; depuis, il est resté une fistule qui ne s’est plus fermée.

Cinq à six mois plus lard, un second abcès se forma à côté du trajet fistuleux, ainsi que plusieurs autres consécutifs au premier: au moment où les abcès se formaient, l’enfant avait de nouveaux phénomènes fébriles, et ses nuits étaient sans sommeil.

Depuis, l’enfant n’a jamais marché, et la mère ne l’a d’ailleurs jamais tenté; la petite fille était au lit, et remuait bien les jambes.

Le 10 juillet 1877, à la suite d’un mouvement, elle poussa des cris et la mère reconnut que la jambe droite était inerte ; un médecin appelé constata l’existence d’une fracture de cuisse, et l'enfant fut amenée à l’hôpital.

A l’examen, on remarque au premier abord que le membre inférieur est dans la rotation en dehors, et immobile dans cette attitude ; en prenant le segment inférieur de la cuisse, on détermine manifestement une mobilité anormale un peu au-dessus de la partie moyenne, et on développe une crépitation rude et sèche.

11 existe donc une fracture spontanée de cuisse ; cette fracture s’est opérée dans ce membre dont les parties molles ainsi que le squelette sont profondément modifiés.

A partir du milieu de la cuisse, en se dirigeant vers la racine du membre, les parties molles sont en effet indurées, et font corps avec le fémur sur lequel elles ne glissent plus.

Sur la face externe de la partie moyenne de la cuisse, la peau présente un enfoncement avec un bourgeon charnu au centre, et un orifice dans le bourgeon. Au même niveau, sur la face antérieure, se trouve un second orifice communiquant avec le premier par un trajet fistuleux.

L’examen du squelette montre que le fémur est gonflé à partir du grand trochanter: ce gonflement atteint son maximum vers l’union du tiers supérieur avec le tiers moyen de la cuisse, et il disparaît avec le gonflement des parties molles. On sent à travers les téguments que l’os est irrégulier, inégal et d'un très gros volume jusqu’au lieu de fa fracture.

Dans l’exploration du premier trajet fistuleux, le stylet pénètre sur une surface osseuse dénudée dans une assez grande étendue. Comme on tombe obliquement sur cette surface, on ne se rend pas bien compte du fait de savoir si le stylet pénètre dans l’intérieur du fémur. L’exploration du trajetantérieur est plus instructive, en ce qu’ici on tombe perpendiculairement sur la face antérieure de l’os, et le stylet s’engage dans un orifice creusé à travers le fémur qu’il parcourt dans une assez grande étendue et qui correspond au foyer de la fracture. On ne trouve pas de séquestre mobile par 1 exploration avec deux stylets qui se rencontrent à la surface de l’os. Néanmoins, tout porte à croire à l’existence d’une nécrose invaginée consécutive à 1 ostéomyélite du début; c’est à elle qu’il faut rapporter la persistance de la suppuration d’une part ; en second lieu l’affaiblissement progressif du tissu compacte au niveau de cette nécrose a favorisé la production de la fracture qui a été déterminée sous l’influence de l’action musculaire.

Dans cette pensée qu’on aurait tôt ou tard à retirer un fragment osseux frappé de mort, le membre fut placé dans des attelles plâtrées, disposées en gouttière, de manière à pouvoir surveiller le foyer de la fracture.

Aucun accident n’est survenu, la consolidation de la fracture s est produite, mais elle a été vicieuse en ce sens que le membre est resté dans une rotation en dehors assez prononcée. Après deux mois de traitement, la consolidation

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est suffisante, mais les trajets fistuleux ont persisté depuis, laissant écouler une suppuration peu abondante.

En vue de suivre ultérieurement la marche de l’affection, j’ai conservé cette enfant dans mon service : il n’est jamais sorti d’esquilles, le cathétérisme d’un trajet arrive sur une surface dénudée aujourd’hui petite. L’enfant quitte l’hôpital dans cet état le 15 novembre.

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