INTRODUCTION
Les résultats surprenants fournis par l'emploi méthodique du pansement de Lister tendent à modifer de plus en plus la thérapeutique chirurgicale. Nombre de lésions ou d'opérations regardées autrefois comme extrêmement graves sont devenues, les premières, d’une bénignité relative, les secondes, d’une pratique usuelle. Il nous paraît logique de ranger parmi ces dernières celles qui se rapportent à la chirurgie des os et des articulations. Tel chirurgien interviendra activement aujourd’hui, qui, hier, aurait hésité à cause de la fréquence des complica-
tions des plaies. Les succès d’une méthode, justifiant
jusqu’à un certain point son emploi, on a vu les procédés sanglants devenir d’un usage de plus en plus fréquent, et si, en France, on conserve une réserve prudente, à l'étranger, on intervient plus hardiment et plus facilement. Cette remarque s'applique surtout à une méthode opératoire, l’ostéotomie, fréquemment employée en Angleterre et en Allemagne, dans la thérapeutique des difformités du membre inférieur, qu’il s'agisse de genu
valgum, de pieds bots, ou d’ankyloses, etc.
De nombreux travaux ont fait connaître les résultats fournis par l’ostéotomie appliquée à ces différentes variétés de déviations ; il n'existe aucune étude synthétique sur l'emploi de l’ostéotomie dans le traitement des cals vicieux. [1 nous à paru utile de réunir dans un même travail tous les faits publiés jusqu'ici, de les étudier et d’en tirer un enseignement profitable, surtout au point de vue des indications opératoires. Notre intention n'a pas été d'établir un parallèle entre l’ostéotomie et l'ostéoclasie ; ces deux méthodes nous paraissent avoir également droit d'existence. Il appartient à la clinique d'établir des limites de plus en plus tranchées entre les
indications de chacune de ces deux opérations.
Notre travail repose sur l'étude analytique de 183 ob-
servations de cals vicieux, sur lesquels 67 ont été cor-
RS rigés par l'ostéotomie, et 116 par la méthode non sanglante. Tous ces faits se rapportent à des cals vicieux par déplacement, déterminant une difformité et une impotence fonctionnelle plus ou moins marquée du membre lésé. Nous avons cru nécessaire, pour être complet, d'ajouter à cette étude l’examen sommaire d’un. certain nombre de faits dans lesquels le cal blessant par irritation ou compression les parties molles avoisinantes (téguments, nerfs, vaisseaux), on avait pratiqué une sorte d'ostéotomie en enlevant une portion plus ou
moins étendue de tissu osseux.
Nous avons divisé notre mémoire en quatre chapitres. Dans le premier, nous rappelons les phénomènes qui accompagnent la formation du cal, et nous insistons sur les consolidations vicieuses des fractures. Dans le second, nous étudions les résultats fournis par l’ostéoclasie. Le troisième contient l'étude de l'ostéotomie spécialement appliquée au traitement des cals vicieux (historique, manuel opératoire, pièces justificatives, observations, indications). Nous avons enfin rangé dans un quatrième chapitre les faits d’ablation de tissu osseux pratiquée pour des cals vicieux par lésion des parties
molles.
Nous prions Messieurs les professeurs Ollier et Poncet
ST de vouloir accepter ici le témoignage de notre vive reconnaissance pour les précieuses observations qu’ils ont eu l’obligeance de mettre à notre disposition. Que M. le professeur agrégé Vincent reçoive également l’expression de notre gratitude pour les renseignements qu’il
a bien voulu nous fournir.