CHAPITRE VL
Méthode pour conduire la raison.
Dangers de poursuivre la certitude absolue. — Probabilisme et Probabilités. — Les casuîstes. — Le R. P. de RaTÎgnan. — ' Le R. P. Thyrsus Gonzalez. — Bossuet et le clergé de France, 60)1700. — Règle, des partis; formule du bon sens et loi générale du mouvement des êtres libres. — Application générale à la conduite de la vie. — Application particulière à la question de l'existence de Dieu. — Sagesse de cette méthode. — Craig — Objections de Laplace. — Réfutation. — Objections de Fontenelle. — Réfutation.
L'honorable désir, le décevant espoir de faire reposer la morale sur d'inébranlables fondenaents, a trop souvent peut-être fait oublier aux philosophes un principe que Pascal a voulu remettre en lumière r c'est qu'on doit agir « pour l'incertain ^ » que Tincertitude^ si elle diminue notre force pour faire le bien, ne diminue en rien l'obligation morale 3 qu'elle ne fait qu'aiouter au mérite du devoir^ sans rienôter à la conscience de sa sainte autorité. Qu'arrive-t-il à ceux qui se sont bercés de la chimérique espérance de régler la conduite de leur vie sur des principes de morale dont la vérité démontrée ne laissera aucune place au doute? Il leur arrive infailliblement ce malheursi déplorable etsicommun,qu'au moindre souffle de scepticisme , devoirs , vertus ^ tout s'écroule, tout disparait. C'est ainsi que nous voyons, dans la vie?
tant d'hommes^ habitués par leur éducation à faire reposer toute la morale sur les principes de la religion révélée ^ comme sur sa seule et inébranlable base^ oublier tous les devoirs ^ même les plus naturels, le jour où ce vent funeste vient éteindre le flambeau de leur foi. '
Faire planer sur la morale tout entière cette certitude absolue que la philosophie promet^ n'est-ce point d'ailleurs enlever aux actions humaines le mérite qui les ennoblit^ et ramener cette identité delà science et de la vertu , dont nous voyons que Platon et tous les grands philosophes de Tantiquité furent si fort préoccupés ? Qu'y aura-t-il, en effet, que des fous à contrevenir sciemment à des lois dont la sanction est inévitable et terrible ? Parmi les voleurs , il s*en rencontre qui connaissent la loi aussi bien que leurs juges y et qui savent fort bien que, s'ils sont surpris, ils expieront leurs crimes 3 mais ils espèrent n'être point découverts, ou donner le change à la justice humaine.
Otez aux méchants Tespérançe de l'impunité^ donnez-leur la certitude absolue de ces formidables peines que la justice de Dieu leur réserve : vous allez faire disparaître de la terre tous les crimes. Mais est-ce à dire que vous y ferez descendre, du même coup, toutes les vertus ? Se peiit-il que le juge suprême dû bien et du mal tienne grand compte à rhomme de ce qui n'a que le seul mérite de n'être pas la plus absurde des folies?
Pascal semble l'avoir senti : aussi,dansla religion,
comme dam la morale, renonçant à la poarsnite de la oertitade, il ne recherohe fue de$ raUam dé croire (1). Bien plus, il paraît quelquefois se féliciter de ce que la yérité n'est pas trop facilement recon^ naissable , et s'applaudir des obscurités qui la tdilent (2>
Si les philosophes moralistes ont en général trop peu remarqué que, parmi les hommes qui pensent, bien peu agissent pour le certain, ce fait si grave n'a pas échappé aux docteurs d'une société célèbre, qui a su, avec plus d'audace et d'habileté que de bonne foi et de droiture , l'exploiter au profit de son influence. Vous êtes incertains si la voix qui vous dé-^ tourne d^une action, ou qui vous invite à la foiré^ est ceHe du préjugé , ou celle du devoir ; vous hésftez ; votre coDScienee n'est cependant pas muette; mais sa voix est couverte par les clameurs des passions. fent-èWe sentez^^ous chanceler votre foi en Dieu et
(1 ) S'il n'y air«ii paùi»t de fiiioc miractes, il j aurait e^rtilwie. S'il d'j ATBit point de rè^es pour les discerner, les miracles seraient inutiles, et il n'j aurait pa^ de raison de croire* Or, il n'y a pas humùnement de certitude humaine, mais rai3on. 1P. n, p,$27.
(2) V y a de IViHHlôDoe et de l'obscurité pour éclairer les uns
0t rotisinucBr les auli»& Maïs féndenœ est telle qu'/dlè iurpasse
jou égale, pour le moms, i^pdenee du oontmire; de «orte ^|i»e
ioe n'est pas la raison qui puisse détenpûner à ne pas la simre
1. (la reKgion}; et ainsi ce ne peut être que la concupiscence «t
I. la maËce du cœur. Et, par cf moyen, il y a assez d'évidence
li pour condamner et pas assez pour convaincre, etc. T. ii, p. 264.
I tflf* |i. S87, etc.
6& la verto; mate vùvls ^vez' le bonheur d'avoir conservé la foi en de oertains livred et en de certains docteurs. Tout est réparé : Tauteritè d^un auteur grave^ fùt-il seuld» son avis^ et eût41 contre lui tous les hommes de Men^ eùt-ii contre lui les pressentimenfs de votre eonscienee et la conscience éa genre humain tout entier, suffira pour mettre votre âme en repos et votre oond!:ute en liberté.
Quand il reneontra dans les livres des jésuites cette immorale doctrine^ perversion abominable de la nottott du bien , quelle bonne fortune c'eût été pom* Pascal ^ si , cofiame tant d'autres^ par son tempérament^ son éducation , ou ses principes ^ il eût été porté aux plaisirs et à la licence ! Mais, au contraire, son esprit juste et pénétré du sentiment du devoir put-il n'être pas révolté? Et , après le livre des Provinciales., destiiÉé à signaler les sources empoisonnées, n'était-9 point naturel qu'il songeât à nous indiquer, dans son ouvrage contre les athées , le seul remède capable de neutraliser les effets d'un aussi funeste poison ?
Les jésuites établissent que , quand il y a deux cpiaioQS p(nahabks «or nae mÂm^ iquestloo» il jest permis de suivre celle ^ui nous^igpèe le flns^ akiis même qu-efle est la moins probable.
i[ Probabilis sententia, uti communiter accipitur, y> îta definiri potest : quae ci»*titudinem non babens^ y> tamea vel gravi auctoritate, vel non modici mois meiili ralione ftititnr.^.
4ualnfs probabiltbus partibus qoeatianicf,,
— on —
^ Hetlum est eam sequi qu« minus tuta est^ id est, » îninus quam ejus opposita remota videtur ab om- » ni peccati specie (I). » — LAYMANfr.
^ Quando opiniones sunt aeque probabiles, possu- » mas minus tutam in agendo praeferre, imo etiam* ^ si qu® minus tuta est ^ minus probabilis habea- » tup (2). )> — Azoa.
<( Num licet opinionem probabilem sequi relicta :» probabiIiori7Licet^ imo et tutiori...
1» Possum probabili aliorum sententiae aptare » mea , probabiliori et tutiore relicta ? Ita plane , V nec sic operans contra conscientiam agam, modo )> existimem alienam opinionem quam sequor esse » probabilem (3). » — Escobab.
(1) Liyre i, 1 1, ch. v, S 2i P*^ et 6, du livre dont voici le titre : R. P. Paoli Lajmanni, e sodetate Jesu, SS. theologi» dûo* torisy etc., Theologîa moralisa in quinque libros distributa; editio sexta, ab auctore recogoila, etc. Bambergœ, anno mbclxix. Un vol. in-folio. Se trouve à Paris, k la bibliothèque nationale.
(2) Lnr. ii, ch. xvi, p. 157, l^ vol., de Touvrage dont voîd le titre ; Institntionnm moralium, in quibus universœ quaestiones ad conscientiam recte, etc., breviter tractantur. Auetore Joanne Azorio Leoràtano, societatis Jesu, presbytère theologo. Cum privilegio. Romae, apud Aloyzium Zannetum, uoc, superiorum permissu. 2 vol. m-'U" de la bibliothèque\iationale.
(3) Proœmium : Exam.iii.Gircaniateriamdeconsdentiâ,cap.3, de oonsdentià probabili, p. 2/|, dn livre dont void le titre : Liber fheologiffi moralisa vigmti quatuor sodetatis Jesu doctoribus reseratus, quem R. P. Antonius de Esoobar et Me&doza Tallis Oletanus e sodetate Jesu, theologus, in examen Confisssariorum
fit qu'on ne pense pas que nous aHons exhunief des doctrines enseyelies aujourd'hui dans Toubti avec les révérends pères Laymann ou Azor. Le plus illustre des membres do cette société qui vivent aujourd'hui en France^ a éérit enlS&ft^ dans un livre qui a ea<dèjà*d«puis^ un grand nombre d'éditions, les lignes suivantes^ pour rappeler et justifier la doctrine du probabîli9fBe.
(a L'homme est libre ^. la loi du devoir ne peut en- 1» chaîner la liberté , qu'autant que l'obligattofi est ^ certaine* Une loi incertaine ou inconnue n^est pas » une loi 3 elle ti'enlève pas à l'homme le droit » certain de )a liberté de ses actes. Quand donc , 'p pour la conscience^ il y a doute prudent et fondée 9 touchant l'existence de la loi ou du devoir; quand il » se présente de graves motifs et de graves auloritésy » qui sont de nalure à persuader un homme sage et T> qui tendent à établir qpe l'obligation n'existe pas, » qu'elle est au moins douteuse et incertaine/ alors 9 il y a , en faveur de la liberté y ce qu'on nomme 9 l'opinion probable. Ainsi, dans le doute, et après
digessit, addidit, illustravit, ulûma editio. Lugduoi, sumpl. Ph. ik»de, etc.; gros iA^8% 1659.
Lai ocNivertore porte les sept sceaux de l'apocalypse^ dont il est question dans Pascal. — Se trouye à Paris, bibliothftque'de laSorbonne.
Le même ouvrage se trouve à Paris, à la bibliothèque de l'école normale supérteure, avec la date de 1656, année où les Provfncitfies ont commencé de paraître^ et avec l'estampille de la bibliothèque des jé^ites du cdllége de Clermon t.
» im eumea raisonnable^ et dans ces eoMèqaentei^ » éloignées et obscures de la loi première, où Tobli- » gation n'est pas suffisamment certaine et définie « » l'homme est libre^ et n'est point lié par le précepte. » Ce précepte n'est pas loi^ il est véritablement pro^ 9 bable qa'il n'existe pas; la liberté dure encore^ et » n'est point restreinte. Yoilà le probabilisme saine- 1» ment entendu. Il ne fait qu'énoncer un principe » profondément philosophique et moral ; c'est que » toute loi certaine oblige^ mais qu'une loi iDcer» » taine n'oblige pas |(l). }>
Une loi incertaine^ un devoir douteux n'obligent pas! Quoi donc? S'il me parait qu'en cherchant mes intérêts > je vais porter une atteinte grave aux inlé-* vêts d'autrui, peut-être à sa santé^ à sa vie même; si les avis sont partagés sur le mal qui peut résulter pour le prochain de mon action^ vous m'autoriserez^ mes révérends pères^ à profiter du bénéfice de cette incertitude et à passer outre! S'il me parait proha* ble que mon père n'a point payé une dette ou resti* tué un dépôts et que le contraire me paraisse probable aossii vous me délivrerez de mes scrupules^ et vous mettrez ma conscience en repos !
Et c'est au milieu d'une société qui n'a plus, vous le saveai bien^ mes révérends pères^ ni foi solide ^ ni priaiHpM certains; c'es4 au nom de la liberté^ de la
(1) De I^xisteace et de PlDititut des Jésmtes, par le E. P. de Kayif^aii, de la compagnie de Jésus, Qfi édition , in^8\ Paris^ Poussielgtte-lluaaiid^ t84/ii,p.l18et II 9.
philosophie et de la morale, c'est avec t'autoritè de la religion , que vous propagez de sembidbtest doc«trities^ que vous répandes de si pernicieux véûinsî VdUs êtes cependant habitués à scruter dans les ftmeS) et vous savez^ mieux que personne^ qu'il est i^atie qu'Un homme fasse le mal, sans s'être persuadé d abùf d que la loi est incertaine et le devoir douteux. Et c'est vous qui venez en aide à ces capitulations àVeô la cofidcîence, devenues aujourd'hui, plus en- <;0rè que jamais/la source de tant de crimes!
Mais si vous avez tant à cœur de justifier les doctëiii*s de votre compagnie , osez donc alors défendre fl^Uchement et jusqu'au bout Laymann, Azor et E^ci^^ar^ et, pour donner du Crédit à leur doctrine, pour témoigner de la confiance qu'elle vous inspirée, choisissez vous-^mêmes , pour le soin de votre corps , un médecin qui croira pouvoir, en sûreté de conscience, laisser de côté les i^emèdes les raeil^ leurs et donner à se? malades tes plus incertains et les pkis faiMes.
Un devoir probable est un devoir sur lequel se taisent peut-être les codes humains, mais qui a sa place dans le Code divin de la conscience. Ëst-il besoin d'^autre chose? Quelle nécessité pour l'homme d'aU 1er toir dans un livre ou demander à un docteur SI raeUoD qu'il a faite ou celle quil va faire est bonne ou mauvaliïe? Ne porfe-t^il pas avec lui-m^me tM juge naturel 4t an vie plus compétent que tou^ Um dodeuîsPQue leë docteurs parlent ou se taisent, approuvent ou condamnent, iM>tre conscience n'est
jamais tellement indifférente qu'elle approuve èg)^> lement Tun et l'autre parti. Infaillible pierre de touche du bien et du mal moral^ elle est toujours sous la main^ toujours prête à servir celui qui la con* suite. Qui ne sent pas que le mal moral n'est que dans le mépris qu'on fait d'elle y soit qu'elle donne des ordres^ au nom de la certitude^ soit quelle offre des conseils^ au nom de la probabilité?
Si j'avais pour but de combattre un homme ou d'attaquer une compagnie , je pourrais contester, en m'appuyant des paroles de Bossuet^ et de l'autorité non suspecte du père Thyrsus Gonzalez^ que le pro^ babilisme (né en 1577) fût <c une doctrine commuao> nément enseignée^ avant que les jésuites existas^ » sent. »
Si je me proposais de défendre l'auteur des Provinciales^ a dont les lignes railleuses /nous dit-on, » ne sauraient soutenir une discussion sérieuse, » je pourrais aisément montrer que Pascal a trouvé dans le probabilisme autre chose « qu'un épouvan- » tail pour les consciences mal éclairées 3» autre chose « qu'un cri de guerre pour allumer les pas- "» sionsj » qu'il y a trouvé et qu'il a signalé au mé** pris, comme c'était son devoir, la plus scandaleuse atteinte portée aux droits de la conscience. ^t-ce au^si sous l'empire d'une aveugle passion que Bossuet^ plus que septuagénaire, en 1700, signalait cette même doctrine à l'indignation et à l'anathème du clergé de France? « Hue accedit alia nota 3 quod » ille fons sit corruptelarum omnium quae in mo*
>ràtidm theologiam invecto sunt.^ Est-ce la pas-^ sion qui a dicté le solennel jugeaient des èvèques assemblés (1)?
Un général des jésuites, le père Thyrsus Gonzalez^ a écrit contre cette doctrine^ et prêté à Bossuet ses plus forts arguments. Il allait à la politique de la eompagnie qu'ils eussent des docteurs sévères, pour les forts , et des docteurs relâchés , pour les faibles. Mais a-t-elle renié Escobar et tout son cortège de docteurs? À-t-elle condamné^ ou seulement abandonné, leurs livres et leurs doctrines? Voyez plutôt : malgré Pascal qui les a démasqués^ malgré Bossuet qui les a>. confondus , malgré le clergé de France qui les â oensurés^ malgré la philosophie qui a passé Hws- doctrines à son creuset, malgré Yol taire, malgré les révolutions ^ malgré la conscience publique^ au 19® siècle^ et en France^ les jésuites avouent^ proclament, défendent, enseignent, et apparemment aussi mettent en pratique l'immoral principe des opinions probables et toutes ses conséquences. Mais pourquoi nous plaindre ? Ingrats que nous sommes! Me devrions-nous pas dire avec ce général des char- ^ treux^ cité par Gonzalez : <( O apostolorum tempera » infelicissima! O viros omni misera tione dignissiy> mes, qui hœc nostra compendia nesciebant! »
Mais, pour la réfutation complète du probabilisme^ je ne puis mieux faire que de renvoyer aux quatre dissertations adressées par Bossuet aux représen^»-^
(l)BossiJiT*.— Déclaration du clergé de France, en 1700..
tants de TËgUtie gallicane (t)^ ft au traKé de Gomà'^ lez (2),PQur iQoi^toutmoa dessein était ici dedooq«ir une idée de la doctrijïe contre laquelle le système de* Pascal fut une trop impuissante réaction ^ et desi-^ gnaler le précipice ou aboutit le doute i s'il ne suit pas^ la voie que Piiscal lui a^ tracée^
Quand Pascal dit et répète ^'on doit €tgiir pmr Vincerlainj il établit u& priœîpe directement eoi^ traire à celui qu'il avait si vigoureusement attaqjuè dans la cinquième Provinciale-, et q:u'il poursuit eb core^ avec tant d'ardeur> dans les PenséeSt IL est Irak que le doute détruise le devoir; C'e&t^ au contraire^ une vérité de toute évidence pour UD esprit droite et de la plu& haute importance dans la conduite da la vie, que, non-seiilement rincertitude n'dte pas^ à une action son caractère de moralité , mais^en* oore qufellç ne lui ôte pas son caractère d'obliga^ tionj qu'à défaut d'un^ lumière plus parfaite, la pro^ babilité nous impose encore des devoirs.
La règle di^s partis (3) est ce que Pascal oppose
(I) BossuET; — DissertatîunculaelV adversus Probabilit^tem ^ éd. Lebel. Tersailles, v. xxx , p. 699.
(Z) T^aGtatU6 ds reota usu opiniènuin probabilium, a E. P» f hyrso ConaaleZé
(3) Af. CSMisin, dan^ 600 rapport reniiHK|iiable lu h VAttuiénûe fraoçaise^ sur la oécessité d'une nauvdle éditioii des^eoséesy tout en relevant un si grand nombre d'iafidéUtés du texte de Pascal, a appuyé cependant luî-nxémc de l'autorité de son savoir une erreur fort commune, et qu'il importe de faire disparaître. Il consacre le nom de règle des farts, que quelques éditeurs ignorants avaient substitué à ce que Pascal avait ap-
à ee point fondamental de la morale des easoiistttsr^. c)tte je vie»» de signaler. Non, il n'est p^s vrai que le doote aplanisse la route du ciel. La règle des partis établit qu'on doit agir pour rincertain. Une fois Thomme poussé au scepticisme , cette régie est le pîTot sur lequel tourne tout le système; c'est la partie originale de la doctrine ; c'est^ pour ainsi dire, la clef de la méthode nouvelle que Pascal enseigne pour conduire la raison.
« St Augustin» dit-*il, a vu qu'on traratUe pour Tim » certain, sur mer^ en bataille, etc.; il n'a pas vu la » règle des partis, qui démontre qu'on le doit (1). 3»
<L Quand on travaille pour demain et pour Tin^ » certain, on agit avec raison; car on doit agir pour St l'incertain par la règ^ dea^partis,. qnt est d<mon«>s^trée(2). ^
Ce mot departUy qui sert même de titre (5), dans le manuscrit, à quelques, fragments , se rencontre souvent sous la plume de Pascal : «c Cela est tout parti (4). » « Dix ans, c'est le parti (i)*^ ^ P^r les^ partis^ vous devez vous mettre en peine de recherche» la vérité (6). » a Le parti est de croire,- etc. (7). »
Qu'est-ce donc que le parti et la règle des partis? Ces mots sont empruntés au langage scientifique.de Pascal; et c'est dans le traité du Triangle aiithmé^
feU la rètl$ du partie. '^Ywi. Goisur. Des Pensées dePaacaJ^^
Bouvelle éditioa , 1 844, avant-propos , ii . (I) T. I, p. 217. — (2) T. u, p. 173. — (3) T. ii, p. |72- (4) T. II, p. 167. — (5) T. II, p. 174. — (6) T. ii, p. 173. (7) T. II, p. 276.
tique qu'il en faut aller chercher rexptication. Une futile questioDf avait mis Pascal sur la V^ie des plu$> importautes découvertes. Il s'agissait de savoir 1^ moyen de faire ua partage équitable de Tenjeu, entre des joueurs^ dont la partie vient à être inteiv i:ompue. Ce problème est iresté dans la sdence >: sous le nom de problème de» partU. Pascal en donna la solution^ par plusieurs méthodes. La plus originale^ abandonnée aujourd'hm) est celle du trian* gle arithmétique. Voici ce que nous ^t Pascal dans le Traité du Triangle arithmétique r « Poureiiten« y> dre les règles des partis^ la. première chose qu'il: ^ faut considérer^ estqoe l'argent que lesjouenrs y> ont mis au jeu ne leur appartient plus ; car il» }> en ont quitté la. propriété} mais Us ont reçu en ^ revanche le droit d'attendre ce que le hasard » leur en peut donneii, suivant les eonditions d^nt >! ils sont convenus d'abord; Mais^ comme c'est unat i> loi volontaire > ils la peuvent romp«^ de gré k ^ gré> et ^ainsi^ eoi cpidique terme que le jeu -se » trouve^, ils peuvent le quitter^ et, au coirtrMM )ir dece qu'ilS) ont fait: en y entrantjTenonceràl'at* ]^; tente do^ hasard, et rentrer ehacun en la prolà j^iété de quelque: cib^se. Et eu: ce cas , le règle^ )^ meut de ce qui doit leur appartenir doit èfara » tellement proportionné à ce qu'ils avaient droit :» d'espérer de la fortune, queehacun d'eux^nouve :^ entièrement égal de prendre ce qu'on lui assigne> y> ou de continuer l'aventure du jeu; et cette justeyt distribution s'appelle le parti. »
Ld règle des partis ayant donc poor objet d'étaw ]bHr les droite de chacun des joueurs^ à un instant donoé d^une partie commencée^ Ton conçoit aisément qu^à cet iiisfant donnée si la partie se continue^ eattte même règle pourra servir à déterminer pour lequel des deux joueurs il serait sage et raisonnable de parier.
Cette règte des partis , née sous la main de Pas* cal/ était ^ en germe ^ tout le calcul des probabilités. C'était la première application scientifique du prîn-^ cipe: que l'on doit agir pour Tincfertain. Aussi ne faut»il pas s'étonner de voir Pascal en appeler à la r^le des partis^ comme à la règle unique et souveraine^ qui détermine ce qu'un homme raisonnable doit faire dans les choses -douteuses.
Calculer et choiâir^ dans l'incertain^ ce qui offre le plus^ de chances favorables , c'est le précepte de la sagesse la plus vulgaire. Savons*nQus de science certaine que la maisou où nous entrons ne va pas s'écrouler sur nos tètes; que l'aliment que nous prenons^ ne va pas se changer pour nous en un poisonmortel; que la terre où nous nous appuyons ne va pas s'entr'ouvrir? Nous arrêtons-nous devant ces doutes? Il faut 9 pour éviter un détour de quelques pas, passer sur une planche : ne se brisera-t-elle pas sous notre poids? ou ne serons-nous pas surpris d'un éblouissêmenfr soudain qui nous fera choir au fond dtt précipice? Qui nous l'assure? Et pourtant nous n'hésitons pas. Nous faisons la guerre : sommesnous sûrs de ne pas trouver la mort où nous aHons
chercher 1& victoire? Nirais montens sur im vais-*seau poar aller à la fortune : sommee^oue sùrg de ne pas courir à notre perte? Notre vie entière est donc livrée an hasard des probabilités. Bien Imn que l'incertitude nous condamne à linaetion , ou nous laisse indifférents et absolument libres, nons^ agissons presque toujours pour l'incertain; et Im raison^ non moins que la conscience^ nous en fait un devoir. La règle des partis nous domine toujours^ et partout^ à notre insçu, et malgré nous*
« Le peuple a les opinions très^saines; dit Pascal^ »de travailler pour l'incertain (1). v Et Laplace^ dans l(a remarquable. Introduction philosophique ^^ observe que (2) : « La théorie des probabilités n'est » au fond que le bon sens réduit au calcul. ^
Cette science, en effet, si riche aujourd'hui enb applications^ n'était, avant Pascal, que ce principe si évident et si simple, puisé à la source du sen» commun et qui sert de règle à tous tes hommes* Pascal y découvrit le germe d'une de ces théories sublimes qui semblent agrandir la raison de l'hom» me, en même temps qu'elles ajoutent à sa puissance. Parti, comme Newton, de la notion la plus simple et la plus vulgaire, il entreprit, lui aussi, d'assigner les lois à un monde.
Est«il bien difficile de voir comment Pascal , une (ois en possession de la règle des partis , en a pré-» tendu faire, pour ainsi dire, la loi universelle dtt
(I) T. 1 , p. 179 et 180. — (2) IntroduetioD, p. cxiii.
mouvement des ôtres libres? Au milieu da ce scepticisme , œuTre inévitable de la philosophie et du temps y la yie humaine^ incertaine dans son but c<Ma« jne dans sa durée ^ est^elle autre chose qu\in jeu de hasard ? n'est-elle pas un jeu dans lequel le dernier Mup de dé, celui qui décide de tout le reste ^nous est inconnu. Quand est venu le moment suprême ^ quand Thomme cesse d'espérer ou de craindre^ qu'il mitre dans la propriété de ce qui lui appartient y peines ou récompenses, immortalité ou néant, déjà \\ ne peut plus nous informer de son sort et nous aver^ ttr dé celui qui nous attend, nous qui sommes inté-' ressés à la même partie. Le jeu s'achève loin de no» yeux; nous sommes réduits à en conjecturer l'issue d'après l'état de la partie, au> moment où elle échap* pe à nos regards : car, pour hasardeux que soit ce jeu terrible, ce n'est point à dire que les chances se balancent, dans un parfait équilibre, entre le néant et l'immortalité. De même, quand, avant la fin d'une partie , nous quittons le salon où deux joueurs tentent les chances du hasard , chacun de nous conjee» ture, mais nul ne peut dire avec certitude leq^iel ga« gnera, si la partie s'achève.
Je suppose que la question ait été, entre deux joueurs, de savoir qui des deux, sur douze coups, amènera le plus^ souvent l'as avec un seul dé; que einq coups aient déjà été joués, de part et d'autre } que run ait amené l'as cinq fois» et que l'autre ne Tait pas amené encore 3 si, à ce moment, on règle le parti, le dernier devra-t-il renoncer à tous Ses droits.
sur les enjeux? Non : car qui sait si la fortune ne de** vait pas le favoriser^ à tous cbups^ dans la suite, et , abandonner tout à fait scm adversaire? Mais, qu'en cet état des choses^ d'autres joueurs surviennent^ et qu'ils soient forées de prendre parti pour Tun des deux^ à leur choix : celui qui en a cinq à points ne yerra-t*il pas se ranger de son côté tous les hommes sages? La règle des partis, qui détermine à ce mo^. ment les droits précis de chacun, si le jeu cessait) ne leur trace*t-eUe pas leur devoir? H est incertain, sans doute, s'ils gagneront; mais, puisqu'ils sont for«^ ces de parier, il ne parait pas incertain de quel côté ils doivent se ranger.
Or, n'est-ce pas bien exactement l'image de notre, vie? Nous sommes jetés dans un monde où la partie est engagée entre ceux qui espèrent l'immortalité et ceux qui n'attendent que le néant; et notre condi-^ tion est telle, qu'il nous faut prendre un parti. L'is-^ sue est incertaine; cependant nous ne sommes pas sans quelques données, qui puissent servir à nous guider; nous savons, au moment d'entrer au jeu, de quel côté est l'avantage. Et, quoique cet avantage ne soit encore rien de définitif et d'assuré, puisque le jeu dure encore, notre raison nous dit que nous serions fous, et notre conscience nous crie que nous serions coupables, si nous négligions de profiter des avantages qu'un des. partis a déjà acquis sur l'autrOi
Mais comment juger de ces avantages? Qui nous apprendra si nous devons prendre parti pour Téteruité ou pour le néant?
Un dogmatiàte^ qui a une entière confiance en ses divers moyens de connaître^ ne sera pas reçu à refuser à Pascal le droit d'accepter, à titre de renseignements^ les informations de la raison, du sens commun, de la tradition même. Ces facultés, qu'une philosophie plus superbe déclare infaillibles dans leur légitime exercice, n'établissent pour nous que des probabilités^ des chances de rencontrer le yrair Là Où le dogmatiste s'abandonne sans crainte^ Pascal ne cherche qu'un léger appui 3 direz-vous que sa prétention est téméraire?
Mais quel est l'avantage de cette position^ en apparence équivoque, entre la certitude et le doute? En face des terribles objections du scepticisme^ le dogmàtiste résiste^ mais il est brisé 3 au contraire^ Pas- -cal plie et ne rompt pas. N'est-ce rien que de sauver la morale de l'écueil où tous les autres systèmes la mènent échouer?
Quant à la vaine objection des purs pyrrhoniens^ qui voudraient empêcher Pascal de prendre un parti, il leur répond par l'usage constant de la vie, par la nécessité même. Que de choses ne fait-on pas pour l'incertain?
Longtemps avant que saint Augustin eh fit la remarque, Gicéron l'avait observé. Il soutenait, contre les disciples de Carnéade, qu'à défaut de ces vérités qui ont le cachet de la science, cognitionts notanij rhomme sage doit se conduire d'après les probabi' lités : Quam quoniam non habetj utitur probabUibus.Et il répondait à leurs instances absolument comme
Pascal : Jam istuc te quoque impedietj in namgàhàQ et tu cws&rmdo, in woore ducendd, in Ubêris prooreavh dis, plurimisque in rébus, in quibm nihU tequere^ prœ^ ter probaUle (1). Quelque profonde que soit rincer'^ Utnde, elle n'efface jamais toutes les apparences du vrai) la probabilité nous reste. Le ciel est trop ëloi* gné de la terre pour que nous puissions y rien dis* tinguer^ maïs pas assez pour que nous ne puissions j rien entrevoir.
Je suppose une urne où s'agiterait notre destinéoi avec des boules blanches et des noires. Je ne sais U-* quelle doit sortir : mai» il me suffit de savoir que les blanches sont en nombre double ou triple des noires^ pour que, si je suis obligé de parier^ je parie sans hésiter que ce sera une blanehe. Je puis être malheureux^ mais au moins je ne cours pas le danger d'ajouter à mon malheur le regret d'avoir agi en in^ sensé.
Mais il y a encore autre chose à considérer que le nombre des chances favorables et défavorables. A égalité de chances, je serais encore un insensé de ne pas parier un, pour avoir trois. Pour régler équi* tablement le partie il faut tenir compte à la fois et du rapport des chances de gain aux chances de perte, et du rapport de la chose qu'on hasarde à celle qu'on peut gagner. Ainsi^ il pourrait arriver qu'avee une seule chance de gain contre un millier de chaA^ ces de perte^ il fût encore sage^ il fût encore de notre
(1) CicBROH.«— Academicarum Quœstionam libre quarto, S).
devoir de nous exposer à perdre presque certaine^ ment, s'il s'agit, par exemple^ de hasarder un rien contre un infini.
Mais j'ai hâte de laisser parler Pasoal> on verra^ par l'application qu'il fait lui-même de sa nouvelle méthode au problème de Texistenee de Dieu , si^ dans tout ce qui précède^ nous avons été fidèles à sa pensée; si nous avons prêté à la règle des partis une portée que Pascal né lui accordait pas (1)»
« Dieu est ou il n'est pas> dit-iL Mais de quel e6tè » peneherons^nous ? La raison n'y peut rien dèter- 9 minen U y a un chaos infini qui nous sépare* Il se 9 joue on jeu à rextrèmitè de cette distance infinie » où il arrivera croix ou pile* Que gagerez-vous? » Par raison^ vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre; s» par raison^ vous ne pouvez défendre nul des deux*
» Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont y^ pris un choix : car vous n'en savez rien. — Non ; » mais je les blâmerai d'avoir fait, non ce choix, » mais un choix : car, encore que cçlui qui prend » croix et l'autre (ne) soient (pas) [2] en pareille
(1) Od peut vonr, dans les' fragments langés par le deroîer ^teur sous le titre de PréCioe de la seconde partie, t. ii , p. 1 1 3 à 118, le cas que Pascal fait des autres preares de Dieu, physiques ou métaphysiques.
(2) Le manuscrit et les éditions ne portent pas la négation* iSIe est Sidlspensâble pour donner un sans à la phraas. La suite éa raisonomeat an peut laisser aaoun doute que oa n'edt 1^ 4itt'^ne erreur d'écritare.
> hQle^ ils sont tous deux en faute : le jtistie est dé ^ ne point parier.
V Oui 3 mais il faut parier : cela n'est point volon-
V taire; vous êtes embarîqué* Lequel prendrea>vous i> donc? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce » qui vous intéresse le moinis y vous avez deux choses
V à perdre : le vrai et le bien^ et deux choses à enga- ^ ger : votre raison et votre volonté, votre connais* y> sance et votre béatitude 3 et votre nature a deux » choses à fuir : l'erreur et la misère. Votre raison » n'est pas plus blessée, puisqu'il faut nécessaire* )> ment choisir, en choisissant l'un que l'autre. Voilà » un point vidé 3 mais vôtre béatitude? Pesons le gain » et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons » ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout; si » vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il » est, sans hésiter. — Cela est admirable : oui, il faut » gager; mais je gage peut-être trop.-^ Voyons. Puis- » qu'il y a pareil hasard de gain et de perte, si vous » n'aviez qu'à gagner deux vies pour une, vous » pourriez encore gager. Mais, s'il y en avait trois à » gagner, il faudrait jouer ( puisque vous êtes dans » la nécessité de jouer), et vous seriez imprudent, » lorsque vous êtes forcés à jouer, de ne pas hasar- » dér votre vie, pour en gagner trois, à un jeu où il y » a pareil hasard de perte et de gain.
» Mais il y a une éternité de vie et de, bonheur. Et, » cela étant, quand il y aurait une infinité de hasards, » dont un seul serait pour vous, vous auriez encore » raison de gager un pour avoir deux; et vous agi-
i» riez de mauvais sens^ étant obligé à jouer, de refu* ^ ser de jouer une vie^ contre trois ^ à un jeu où, T» d'une in&nité de hasards ^ il y en a un po«r vous , y> s'il j avait une infinité de vie infininent benreuse )» à ^gner.
» Mais il y a ici une infinité de vie infimmcait heu- » reuse à gagtier, un hasard de gain conb^e un nom*t bre fini de hasards de perte, et ce que vous jouez T> est fini. Cela est tout parti : partout où est rinfini 9 et oè il n'y a pas infinité de hasards de perte contre ^ celui de gain, il n'y a point à balancer : il iaut » tout donner. Et ainsi, quand on est forcé à jouer, r> il feut renoncer à la raison pour garder la vie, pluj> tôt que de la hasarder pour le gain infini, aussi T> prêt à aprriver que la perte du néant.
i> Car il ne sert de rien de dire qu'il est ifl^ctatn ^ si on gagnera, et quHl est certain qu'on haswde^et y> que l'infinie distance qui est entre la certiftuée de » ç^ qu'on s'expose et l'incertitude de ce qu^'on ga- 1^ gnera, égale le biMi fini qu'on expose «wtainOBMnt, I» à l'infini, qui est incertain. Cela n'est pis ahisi : n^ tout joueur hasarde avec certitude, pour yigoer » avec incwtitude ; et^ BèaBmoins, il basât de oertai» V nament le fini, p<^w gagner ineeriBiAfiaiettt k fini, » SUIS pécher «mrtee la rais«« U n'y a pas inimité j> de dista»(}e méw cette eertitvde de ce <fu'ûii s'ex* ^ pose et l'IncertM^de du gain j cela eal &uft« Il f a, )» à la vérité, infinité ^ntre la certUnde deugagmr et » la «ertitode de petdre. Maïs l'inceriitods db gagner y^ est proportionnée à la certitiide de ce qu'on ha«
^ sarde , selon la proportion des hasards de gain » et de pertes et de là vient que^ s'il y a autant » de hasards d'un côté qne de l'autre , le parti » est à jouer égal contre égal ; et alors la certitude 9 de ce qu'on s'expose est égale à ia certitude du '» gain : tant s'en £aut qu'elle en soit infiniment dis- 9 tantew Et ainsi notre proposition est dans une force V inAnie, quand il y a le fini à hasarder à un jeu où )» il y a pareils hasards de gain que de perte et Tin* » fini à gagner. Gela est démonstratif 3 et, si les hom- )» mes sont capables de quelques vérités^ celle-là » Test-. »
Qu'ajouter à ces paroles de Pascal? Qui oserait prétendre leur donner plus de rigueur ou de conséqM&ce? quel commentaire en pourrait faire ressorte la force ou la clarté? Que nous reste«t-il donc à fUbre qoe de suivre encore notre auteur et de con- /dtan avec lui?
« Or, quel mal vous arrivera-l-il en prenant ce > parti? Vous serez fidèle , humble^ reconnaissant, » bienfaisant , sincère ami , véritable. A la vérité , » vooi ne serez point dans les plaisirs empestés, m dans la ^oire , dans les délices. Mais n'en aurez- » votts point d'autres? Je vous dis que vous y gagnet ftien cette vie 5 et, qu'à chaque pas que vous fe- 3 rei dam ce cheoun, vous verrez tant de certitude » de gain et tant de néant de ce que vous hasardez, ^ que TOUS if^connaltrez à la fin que vous avez parie >pour une ehese certaine, infinie, pour laquelle y> vous n'avez non donné. » Tel est le plos conaidé-
rable et le plus original des fragments destinés par Pascal à composer son ouvrage contre tes athées. Remarquons bien le caractère parttcuKer 4e ce itior«ceau : à la différence des ouvrages écrits par certains théologiens, le livre de Pascal aurait pa être hi jiis^ qu'au bout par d'autres que des fidèles ou des booi« mes déjà convertis. On n'y eût point rencontré de ces cercles vicieux qui font jeter le livre dès la seconde page. Ce n'est point, quoi qu'on ait pu dire ^ par Jésus-€hrist que Pascal prouve Dieu. Pasoal a réduit la philosophie au scepticisme. Il entreprend de donner une règle de vie au sceptique, et, pour commencer cette restauration inespérée de ki no-* raie, il montre le moyen de se rattacher à Dieu dans un système de ddvkte aniverseL
Si ce fragment était isolé et sass anonn rapport à tout le reste , il pourrait paraître téméraire d Wfir«« mer que Pascal n'est reixfaré en possession des vérités pratiques de la morale et de la religioû que par un calcul de probabilités. Mais nous avons vu partout l'importance qu'il donne à la règle des partis. Toute la sagesse , pour lui ^ se réduit à la prudence^ 4( J'aurais bien plus de peur, dit-il, de me tromper ]» et de trouver que la religion chrétienne soit vraie^ » que non pas de nie tromper, en la croyant vraie (1).)»^
Ses efforts constants pour prou ver qji»e la reHfl^oo est au nombre des choses qui sont reçues potir le plus indubitables , mais mm pas absolument cwtaÎMS ,
(l)T.it,p.«87.
son insistance à établir que Tiacertitude ne détruit pas le devoir;8a manière d'envisager l'homme^ corn* me forcé de prendre on partie qui ne laisse pas d'of^ ftrir quelques hasards de perte ^ et^ pardessus tont^ Mtte apparente contradietion ^ inexplicable autrement^ qui fait agir toujours et parler quelquefois Pascal en dogmatiste^ malgré son incontestable sceptîetsme : tout cela ne nous démontre-t-il point que TinTenteur du calcul des probabilités a jugé qu'en tontes choses^ an défaut d'une assurance qu'il ne «lOQS est point donné d'atteindre^ la probabilité eeule slifGt pour déterminer l'adhésion de l'esprit^ et ponr régler la conduite de la vie?
Nous regarderons donc comme établi que Pascal a prétendu substituer à cette méthode de né point erre.r, si vainement cherchée par Descartes et tous les philosophes^ une médiode nouvelle moins ab-
' soiue^ moins superbe dans les résultats, mais plus
^ sMiple^ et qni plie, au Vetn de rompre^ dans la tem^
ipftte.
. Bst-U vrai, cepe«dant^ qu'entre le do^ati^me, que
^cMfeUd la raison^ et le pjrrrhonisme ^ que confond la iMliii^e , la règle des partis nous ouvre une voie qalne «mis soit barrée ni par la future, ni par la raisc^n? AcArenieDt^ la méthode de Pascal doif-elle (Mre appfrouvèe?
' n est de resaenee du scepticisme de ne pas se démontrer kn[*mème. S^étabiir par une démonstration directe , ce serait se détruire. Les différentes sectes des dogmatistes^ dans leurs luttes entre elles^
travaill^Dt pMt lai/fl font «sanbUn sm aflUiPèsi pour qu'il fi 'ail point à s'e» tiéter. C'est d^s là nort û^éÉÊîe des autres qu'il tMuve la vie.
Insensé Uhcntnn qiri Nvendiquérttitlë scéfrtrc^èfiië eemiaè im drrà ! Le Meptieiwie , hèlaà f est- plus fii'an difoit: .c'est un fait C'est an de ces failâ^ qi/aii^ eon sjstànie dogmatique n'est admis â liiér/sans lier son propre principe , «fi Ml p&ydhologique.
Le malade 9 qu^on tm vvelént dè^ore> B-t4ll>e-» soin d'autres titres à notre compassion qùé lés cris mêmes que lui arracke la douteur? !N'esi««ce pas lui, et lui éeul, qui est fiige db sa souifiHmce? Sera- IMI permis au médedin de nier te mat? Assurément o serait pkis commode que de le détruire.
Bt qurt nom donnerbnsHious à ce mèdedn , sH esait prétendre, ^ans être prêt à en fournir ioftoi^ diatement la preuve , que le mal n'a pas le étoit dé césister à ses efforts? Ne rappellerons-nous pas un ebarlatan? Pour prouver la toute-puissance de sân art et l'infaillibilité de son talent^ n'aura-t^il qu'à raisonner? Le doginatiste est da^s la position d'uft médecin au chevet du sceptique. Faudra-t-il le coii|parer au charlatan qui affirme avec impudence qne le malade est guéri ^ ou tout au moins que c'est luimême gui ne veut point guérir, et qu'il a p^du tè^ droit d'être malade?
Pour le scepticisme, vivre ^ c'est vaincre. Et la présence d'un seul sceptiqiie dans le monde m^t à néant tous les beaux raisonnements des dogmatistes« N'est-il pas facile^ d'ailleurs , d'aperoeToir:
q«if i f^v «a plêee intaie^ en dtbora «le tout les sys^ tomes poftitib et de tous tes priiic^>És aibsolas^ H S9 trouve à. l'abri de toutes les attaques. Toutes Im armes dont on prétend se senrir Mntre lui, il les a brisées par avance. L'ai^ment même que Sganaip* relie emploie avec Marphurios , quoique fort oo»» oluant contre l'apathie pjrrbonienne^ est sans force contre le scaptidsme sérient et réel ^ eontre oe miA funeste qui y en dépit des dogmatistes ^ envahit le inonde, et fait^ chaque jour, sous nos yem, tomber les institutions en débris et la société en ruines.
Ce scepticisme sert d'introduction à la méthode de Pascal* Cette méthode peut donc être dédaignée par tous les esprits bienheureux, s'il y en a , qui obI fil parvenir dans cet asile^ à l'abri de toutes les attaques, construit par la science des philosophes :
Edita doetrina sapientiiin templa serena (1 ).
Ceux-là, retranchés dans leur inexpugnable forteresse, du haut de laquelle ils voient les mortels, errants à l'aventure, chercher le chemin de la vie; ceux-là seuls , pourront prendre Pascal en pitié , Combattre et rejeter sa méthode. Mais tous ceux, au contraire , et le nombre en est grand aujourd'hui ^ qui n'ont trouvé dans aucun système le calme et la paix de la certitude, doivent accepter avec bonheur et reconnaissance le refuge que leur ouvre Pascal. Hélas ! pourquoi faut-il que Pascal n'ait point achevé son œuvre, et qu'il ne se soit point levé, après lul^
(1) Lvcftic9. De Natura rerum, liv. n^ vers 8.
é'ihoiiine de gèfûf peur eostumer sanMCttM^Mffèir des malheureux qui elierdieat en gèu^îsunt?
Peu^ètre, m nom du sceptieiime mèiaei ee^iyiHre^ t'Ott de contester eu sceptique le droit de se reposer dJMAs la prd>abilitè. Votre principe lui-méiae> lui dirt-t'On^ est ineertaini eomme tout lé reste*
Sai»3 doute, il n'est pas certain de k œrtitudeabsolift; mats que m'importe? il est de Tordre dee principes qui m^'inspirent le plus de oeofiànoe , el au-dessus desquels je ne vois rten^ — Mais le dog» matiste ira peut-être jusqu/À prétendre qoms wlt^ ver le pouToiY même d& diUtnguer et de chiHsir m^ tre les principes.~-Eh! qu'importent les décrets du dogmatisme? Le sc^tique , éerasant^le droit sous le kit^ n'aura qu'à marcher-pour prouver qu'il a le pouvoir de marcher. II n'a pas plus besoin de Tau*^ torisation du dogmatisme pour choisir 16 probable, que pour demeurer sceptique. Le malade a-t-il de* mandée la faculté le droit d'être malade? Pto peut*U être soulagé que la faculté n'y consente?
Bien des savants avaient vu dans Pascal le seeprr ticisme^ quelques-uns avaient soupçonné ce hardi calcul que nous avons signalé partout dans les Pensées y personne n'avait cru y rencontrer une méthode suivie et rigoureuse. Presque tous avaient passé légèrement sur ce qui nous semble si considé*^ sable, comme sur une de ces petitesses des grands^ génies, qu'il faut laisser dans un pieux oubli , der* rière leurs chefs-d'œuvre.
Cependant , on ne put laisser inaperçu ce nmar-
fciâMe fêagOÊAûty ôùimmib srvoM Pu PbMaléttdUir,. avec tant de vigueur de legiq«e/la nèoesfitè de lift* Mfd6r ce neii de la vie^ pour tlnftri du réteruitè*
Ud mAthémaCleieti anglais > nomiiè Gnig , a aw Targumeiit de Pascal sou» nue forane géométrique. Il n'a pas pu, ceBime on le pense bien^ lui donuer^. par cet artifice d'exposition ^ plus de foroe démonstrative. H n'a fait que lui èter le fondement dont it a besoin dans le scepticisme , et ksi donner une. finisse apparence de rigueur et de priciston ^ que Pascal atait sagement jugées imposables «n de p4^ reilles matières. D'ailleurs, Craig, au Meu de laisser à la démonstration de Pascal toute sa portée , l'enferme dans un étroit système , et réduit les motifs que nous avons de croire à rexistence de Dieu à nos raisons de croire à la tradition chrétienne. On peut juger de l'esprit 'systématique de Craig, par sa singulière prétention- d'assigner pour demiève limite à la probabilité de la révélation, et, par suite, pour la fin du monde > l'année Hbk après la publi* cation de son livre (1699).
Laplace^ le plus illustre' des savants modernes qui aient attaché l^ir nom au calcul des probable' Htés, acru,enréfutaat'Craig, réfuter Pascal.
« Ici se présente naturellement, dit Laptace, la
Y discussion d'un argument fameux de î^ascaL. . . 9 Des témoins attestent qu'ils tiennent de la divi-^
Y nitè même qu'en se conformant à telle chose , on y> jouira, non pas d'une ou de deux, mais d'une in- > finité de vies heureuses. Quelque faible que soit
jf lii liff^baUlitèdés tèinotgMgbsy pMUrrii qu'Ole ne > sdt pâS ififiBinkenJ; piefUte^ il êstdaîr qiite IV » Tantagé 4!^ éèi» qCn se conformMl à la chiAe 9 piteserite ért luftn, puisqu'il est le pnémt de j^ Mttè pf^àbiiHé par un iiien kifini : ola né doit » donc point balancer à se procurer Mt avaètagt» -
p <2#t argtaiefit est ftindè sur le néniire infini de y ^ee hei:#eu(Ai8 promises^ au ném de la Arinitéy » par les tèmeins. Il faudrait denc faim ce qu 'ib 9 premrweiit; ptècîitfffieuA.pâEee qu'îfe eisafèrattf » leurs promesses au-delà de toutes limites^ consé'^ p qAèfice qui r^ùgne au bon sens (!)• y»
Laplae# montee ensuite, j^mr le eakmi ^ qu'en et* Cet la probabltitè de Iràr tènieif niagè devient infini- B»nt p^te; et il conclut que^ « en fai muMpfiant 3 par te âôttbre infini de vies heureuses prîmris^ , n Fiftfini ^parait du produit qui exprime ràvan^ » tage résultant de cette promeesej ce qui dèfrint » l'argumeat de Pasiral. s^
OhiOT<eiwi ÉiiliQrd qvie l'argument de LâptMe : ne porte nullement contre Pascal. Pascal ne part point delà probalniitè du témoignage de ceux qui nous *asi«* nofieent IHèuet le bonlieur infitn d'une aiitrè vie. La simple possibilité de Bien et de cette autre yie^ au milïiitB^de Pinoeititnde universelle^ suffit pour mèttoe sa pMpwUion, eoume' il le dit , déns une forée tn^ fii^. En effet y Mtte seule possibilité admiseV cons^
(I) LifJ^ÂGc. Thème Mafytiqee des Probiftbi)it#s,fiitrodu6lion f p. Lxxix. Paris f 1820, in-fto.
titoe mie dmee qui ne peut poiht èbre tmmiêk^ rèe comme ininiment petite, et qui, moltiplièe, soiviiit le ealeiri de Laplace, par Tii^ité de vie idimméDt heureuse , donne bien en réalité un pro^ duil infini^ pour exprimer l'avantage réiuUant pour na«f du parti propesé.
Ce qu'il faudrait démontrer, pour ÔAer sa forcer au raisonnement de Pascal , ce seraiti ou bten^ <|ue la suppositimi de eetle vie future est absurde , ou bien qu'elle est combattue par quelque vérité tn^^ dubitable et certaine.
Remarquons, d'ailleurs, que rargumentalkm dier Laplace repose sur des principes pour le ummos con*testables. Quand bien même la croyance à une autre vie ne reposerait que sur les témoignages de la tra« ditien ehréitenne, ce qu'il dit de l'intérêt que les témoins ont pu avoir pour accréditer un mensonge eet-tl absolument sans réplique ?
Laplace, considérant l'argument dePftseal comme purement théologique, devait en ètare fort médioœinent touehé, lui qui rangeait les miracles et, par conséquent, la religion chrétienne parmi les choses tellement extraordinaires, que rien ne peut en balancer l'in^Taisemblance. Mais, sans nier qu'il serait abusif d'appliquer à l'examen des témo^a* ges, concernant les miracles, les règles ordinaires de la critique, ne peut-on pas concevoir un ensemble de témoignages assez imposant, tant par l'autorité que par le nombre ^ pour nous autoriser à admettre^.
A9S hm de la nature?
Plui Iftfd Pttcdi abordM'a la ipiieetiofi: tlièel^gfrfoe; d«ii la secotkéê pdrtie de aon oiKrrage, it èla^r blira que la retigfou^ elvrèttenue^ avec ses aoiraelesy n'est pas moins vraisemblable que les choses qui passent dans le monde pour le plus certaines. Suivre^ jusqu'au bout^ Pascal dans cette voie^ et le Justifier^ ce sera aussi pour nous l'objet d'une seconde étude ; mais il ne s'agit jusqu'id qw des athées , et nos des mcrédoies. PaseaU atant de faire or<»ce ea. la nriigioiit veut fiûre croire en Dieu, Il ne met poini la M en la vie future à la merci d'un simple té« mo^nage; il compte pour quelque ciiose toutes let preuves que donnât les philôsopliai) quoiqu'il no les apprécie pas comme eux. Ce no swa paa^ sans doute ^ ceux qui donnent à ces preuves une a«to» fité absolue^ qui vimdront lui contestw le droit de les considérer comme établissant soulemont une chuiee de probabilité.
Fontanelle^ dam un article spiiitael (1) ^ a bêU.* que Mim ce fammix argummit de PMoaK Les at«toques sont plus directe» que colles de Laplaee, ot porteraient avec force eoiitre la tbèorie que nous défmdofns j si cotte âiéorie admettait «no autre hoM que le scepticisme universoi
Il M s'agit plus ici du degré de créance à ^oi|ter à dos témoins : la queetioA est entendue don
(t) Yoir £nof clopédi« mélhedîque, art. Pascal
le sens pttrMMM phUotàpliiqQe. Et vQk& la ripMse que rincrëdule ami de Fontenelle ftiit à rarpnbenl de Paecal : « Pre{)»sez d*Mhéter «i deiiôr «be éter» » nitë btoidieiiMMe^ et. d'èvilnr un malkeiir sanfr » in ^ à u A homme qui pente eonuiie Virgile :.
« FeKx qui potuit rerum oogaosoere causas.
» Atque melus omnes et inexorabile fatum
» Subjecit pedibusy strepîtumque Àcheroatis avariT»-
> el qai croit être certam qa'il p'y a point d^aillre' » vie apràt cellefdj à prendre la diose a là ri- » gnetr philosophique} il vous dica que^ quoique, t veue ne lui demandiez qu'un^uier^ c'est acheter » trop: cher eacofe le néant, ou Qoe chimère; et qu'il » jr>a mftma mains de comi^amison et de propor^ a . tkm entre un deïiier et un être non existas^ qu'il » ji'y «n A «ntaro' un point et VJnfini. »
Ûui^ sans dente^ TargumBut dé Pascal ^si shii pdrise sur qûieenque est certain qu'il n^ a m DieUi ni autre vie. Reste à savoir si cette centilude tiendrait bmàxentre les attaques des pyrcboniens; omiîs Pascal n'offire le secours da la Jtè^ desfiartis qu'à emx qui doutent Lé missioanaire chi^èiien qui voudrait cqqwrlir le phiAoèophe ohincis ^ suivant la médtode que tteubdèfondoBs^ devra d'abord le. travailler par Ite réflexions du pyrrtionisme^ et le faire douter de touli fMn^g^s, r^igiom^ ptûlbsophia La pcèCaice de 1669 •0M laisse voir ckirementy en. ce points le plan d'attaque de Pascal^ et les Pensées nous le montrent de la manière la plus irrécusable* l^ailleurs > suppose-
i*ions«*n0os Pascal assèï iiumisé poif fie ' s'étt e pas ït>érçu qnfl n'y a p\m lien h caiocil lîi à paifti^ dès i'in^tatit qilHiy a eéMUndi? Si, laUié au secret tfé Dieii , |e sain; eertàlnemetit qfudle sera Tiseue d*aDê |>aytie qui se joue, pois^je^ saM folie^ parier poQf celui qoi doit perdre ? Pais-je /saiis nwofvaise foi; papier pour celui qui ^dôH gagner? Que dïs^je? y a-t-il Mie«k. de parier? C'eet^ en i^érl^; puètev k Pascal trop de sottise!
Etrange desânée que la sienne I Ses amis veulent qu'il parie pour un objet dont il est ceMaiiL Sst^ce là un pari ? Ses ennemis prétendent qu'il i»aéie pour un objet évidemment inirpossible. Isl^eelefoit d\iB hbliime raisonnable? te le répète^ tout se tienti dims Pascal : le doute appelle ta probbbiliiè^ et la proba*- MIM suppose le doute. Otez laprdi>abffitâ^ et le doute ti'est pltis qu^n stupide^pyrrbunisDte; Ote^le doufe ; et la probàMMté n'est plus rien qu'iHte absurdité grossière.
lia tilïèse vraie de PMeal^ Icrin tf èfere dètrdie par ceux qui rattaquent^ trosuve , au tpn^mée^ unie éfila* tanAe feonfirmation dans te calcul appr<miiè par La* placci et dans les aveux du pbilesopte dûron ée Fouteftellê. 4i Suppose;? ^11 n'y eût dans ime loterie » qu'un seul biHetuoir^ dit41,niais qui vaudrait netfee > empire de la Cbme , ebnlœ^ cent mittiolis âb biilett f blanos : un homme à qui bu offrirait de tirée gvn^ » tutteméntr m» HHeC^sersât feu e^'il le «eiilMit par 9 la raiedn du pèuf «d'appavenm qu'il y -a qoi'iî tirera » précisément le billet noir. j>
~ m -rr
Et ^uê Imi : « Sice méekant croit à la vérité de vo* » Ire sjsfème; s'H l6 cnit possible^ ou s'il en doute » tffrienient, eu passant pour principe qu'un bonheur T excèllenft et infini poimra èàx^ la suite de la bonme i> yne qu'on aura menée fiur la terre, ou qu'un état Y cappoêëf c'est-à-dire un malheur infini^ peut être le îi> ôhfttim^il d'une conduite déréglée^ il doit coove* t WÊt nécessairement, je l'avoue^ qu'il jugsrait ti^s- » mal y s'il ne concluait pas de là qu'une bonne yie» ^ jéiBte à l'atteiate d'utie étemelle félicité qui peut >>atiiver, est préférable à une mauvaise vie ^ aceom* > pi^gnée de la crainte de cette affreuse misère dans # laquelle, suivant la supposition, il croit fort pos* » Alte que le méchant se trouve un jour enveloppé, ^} pour le ehàfiment de ses crimes. »
Le Cbinots avoue que l'argument de Pascal porte contre celui qui vit dans un état d'incertitude et de crainte. Pascal ne demande rien de plus : c'est pour ceux qui doutent et qui cherchent en gémtosaiit, t'est pour ses anciens compi^notfs d'infortune qu'il éôni; c'est à eux qu'il s'adresse; c'est eux qu'il veut apt^ter à sa suite dans utie vie meilleure et ikiM lés espérances d'un bien infini.
Et d'aiUemrs, cet état d'incertitude et de eminte^ «l'èit-ce pas nécessairement le premier degré de IHiîitiation à toute espèce de sjrstème? Pour bâtir îHie maison, ne but-il pas d'abord déblaya la place? Celui qm entreprend de me convertir à son état de vie, n'a«t-il pas à me mcmtrer d'abord que,
dans le mien^ j'ai quelque ohose à oratiKhre et que je n'ai pas tout lieu d'en Mre conteat?
Pascal n'a donc pas cmpmis la faute d'offrir naladroitement ses remèdes à ceux dont la santé flo^ Tissante n'a que foire des re^ources de l'art ^ ni à ceux qui^ ignorant ^ix-nsémes l'état de leur santé débile , rejetteraient bien lœn d'eux ^ avec dédain^ la main qui les yai»lrait guérir. Il s'adresse à ceux qui «ouffrent et qui l'appellenL Mais sa sympathie ingé^ nieuse a 4M>ngé aussi aux moyens de faire connaître lews maux à mux qui s'abusent^ et de les disposa à accueillir les bienfaits qu'il leur prépare. Tel de«vait être l'effet de cet admirable préambule^ destiné à faire réfléchir les athées sur le malheur de vivre sans Dieu^ et sur le péril de l'indifférence dans les questions qui touchent au salut de notre àme. « Je » trouve bon ; dit-il ^ qu'on n'approfondisse pas l'o- » (Huion de Copernic ^ mais ceci : il importe à toute » la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immor-^ » telle (1). »
« Un bomme dans un cachot, ne sachant si sdn » arrêt est donné , n'ayant plus qu'une heure pour » l'apprendre^ cette heure suffisant ^ s'il sait qu'il est 1» donné; pour le faire révoquer^ il est contre nature » qu'il emploie cette heure-là , non k s'informer si 3^ cet arrêt est donnée mais à jouer au piquet (9). }>
On peut voir dans l'édition de M. P. Faugère tout le chapitre intitulé préface générale : il y a réun) *
(1) T. H, p. 18;;cf.t. II, p.94. — (2)T. u,p. 18, .
les fragfMiils notalnreuic destîiiës à tirer les indÀfèrents de lear périlleux deioBieil.
~ Pour les stimuler 9 Piiseal les a^esse d'aberd aux )> philosophes , pyrrheiiieiis et dogHiatiBles^ qtà tra- T> vaillent celui qui les recherche (1). » ^ e'est ielH lement après qu'il les a eontrafinfai 4*oôvrir les yeux, quand ils se sont vus suspendiis sur rs^^tiie, quand ils appellent à leur see<»irs et songmt ^Sn t s'accrocher qiïelque part^ pour ne pas rouler a« plus profond du précipice, fiae Pascal leur offre le sensonrs du calcul , de la règle despwlis^ de ee ^ti*Si appelle quelquefois la géométrie.
CHAPimE VIL
lléllMidi» pour coQdiiire le oœnr. -^ Coiicte»
sion.
VhiÊUioêB, po«r veoir M seoDari de la Fai90o,iHMi pour la dé- . tniif^**— Q^e fitut^il entendre |ar abêtissement — - Amulette de Pascal. •— Discours de la maâiine. — Puissance de l'habitude. — Laplace. — M. P.Faugère. —Un mot de inspiration et de la grâce. — Bniploi qne l^scala^nt deeetle m^ . tlieiB..«-TSôniiin|ip]lpnceact0eUfi.-^Copdufti^^
Celui qui a des intérêts engagés dans une partie ne cesse jamais ^ tant qu elle dure ^ d'espérçr ou de
(1) T. Il, p. S90* eu « Le pjrrihoniane sert i la reijgioD. » T. Il, p. 100.
craindre^ Celui qui a parie pour Dieu etpourl'ku"^ mortalité de Tàme, quelque bonne raison quil ait eue de parier, n'échappe pas à cette condition^ et n'atteindm jamais la parfaite certitude. 1^ y cependant, forcés par la loi même de notre nature, de prendre un parti, nous avons interrogé la raison, suivi les conseils de la conscience, et pris la route du devoir, que nous reste^-tp-il à faire que de marché droit dans cette route, fermant notre cœur aux alarmes, et nous aveuglant à dessein siir le mécompte possible de Taveair? Nous reviendra*t-il quelque profit de trembler? Sera-t-il d'un homme sérieux et grave, de passer mille fois en un instant, et, au moindre signe de la fortune, d'un parti à l'autre! Sera-t-il d'un honnête et loyal joueur de venir, à chaque redoublement de nos craintes , tout brouiller et rompre la partie? Ne devons'-noas pas savoir que ce que nous avons mis au jeu ne nous appartient plus? — ^Mais, direz-vous, es^ce si peu de chose, qu'on puisse l'abandonner ainsi sans retour, sans regrets ? — La raison ne nous a-t-elle pas montré que c'était notre intérêt lé mieux entendu, notre devoir? — Oui^ mais ce calcul^ qui nous a déteiininés à pren* dre parti , ne peut pas être sans cesse présent à notre pensée, et, sans cesse, soutenir notre courage. — Il est yrai y mais n'y a-t«il aucun moyen de Qous donner des forces et de la mémoire? Ecoutons celui que Pascal nous propose à la fin de ce fameux fragment sur la règle des partis. Il s'adresse à ceux qu'il a laissés après lui dans les ténèbres du doute :
<« Vous voulez aller à la foi, leur ditril, et vous n'en «> savez pas le chemin^ vous voulez guérir de Tinfi- » délité, et vous en demandez les remèdes. Apprenez » de ceux qui ont été liés comme vous^ et qui parient ^» maintenant tout leur bien: ce sont gens qui savent » ce chemin que vous voudriez suivre , et guéris » d'un maldont vous voutezguérin Suivez la manière » par où ils ont commencé : c'est en faisant tout » comme s'ils croyaient; en prenant de Teau bénite, »en faisant dire des messes, etc. Naturellement » même, cela vous fera croire, et vous abêtira (1)... »
Ce dernier mot, d'une énergie si étrange, et qui ne semble guère moins injurieux à la religion nième>, qu'il ne parait dur à notre raison, comment faiit-il l'entendre? Pascal conseille-t-il donc à l'homme de renoncer « à cette chose admirable et incomparable i> par sa nature (2)y qui fait toute notre dignité (3), » tout notre mérite, tout notre être; (4) y> k cette pensée, de laquelle il nous conseille ailleurs <k de nous » relever, comme'd« notre plus beau titre de grano> deur(5). »
Pascal ne se dénient pas ; mais il veut Aiéttre la raison "à l'abri des assauts ide la raison même. Une fois que Thomme s'est déâdé, avec réflexion et maturité, pour un parti, s^il est encore disposé à prêter Toreille aux éternelles objections- qu'un certain mau* vais génie, fort de l'appui de ses passions, lui sug-
(1).T. II, p. t68. — (2) T. Il, p. 85. — (8) T. ii, p. 84 et «5. (4) T. II ,\f. TU et 83. — (5) T, ii , p. 81 -84.
Igère^ c'en est fait de son repos et de son liuûiieur. Résister à des espérances reconnues insensées, ètm^ fermes contre les séductions de cet esprit d'erreur et de tromperie qui nous leurre, à chaque instant, d'une vaine apparence de vérités absolues } être inébranlable dans le parti où nous a une fois établi la raison j fortifier cette raison de toute la puissance de l'habitude ; opposer, s'il le faut , la régularité de la machine (1) aux intempérances de l'esprit, voilà ce que Pascal appelle s'abêtir.
L'homme sa compose de la raison , qui veut êti:e convaincne^ et du cœur, qui veut être persuadé. Le secret^ pour arriver à la sécurité, est de faire croire à la fois nos deux pièces ^ mais c'est la raison qui doit entratner le cœur. Vainement nous dit-on: « IneUfiez votre cœur à la foi , ^ si Ton n'a donné d^abord à la raison des motifs de se rendre. Pascal l'a bien senti : aussi il ne demande pas à l'homme le sàcri* fice de la raison; il commence, au contraire^ par convertir la raison^ avant d'entreprendre la conversion du cœur.
La plupart des directmirs de conscience donnent à ceux qu'ils ne pouvait convaincre, par des arguments, le conseil défaire marcher le cœur, sans la raison. Cest là^ pour rax, le dernier^ le suprême remède* Pascal en essaya sans doute, en 1 656, quand il se jeta, pour la première fois, entre les bras de M. de Singlin^ mais il en eut bientôt reconnu l'inef-
(1) T. II, p. 390. T. II, p. 391. T. i , p. 182.
-fioacUè;et c'est sans doute pour répondre àM. deSin^ : glin, qui luiconseillait de ne pas songer àses doutes , qu'il a écrit ces mots : <cll y en a qui n'ont pas le y> pouvoir de s'empêcher de songer, et qui songent :» d'autant plus qu'on le leur défend (1). » Et ailleurs 9 enviant le bonheur de ceux en qui le sentiment du cœur peut prévaloir sur la raison , il s'écrie : ^ Ceux à qui Dieu a donné la religion par ï> sentiment de cœur sont bien heureux et bien per- » suadés (3) ! »
£q 1651^ Pascal, déjà fatigué de la vaine poursuite de la certitude, désespérait delà philosophie; mais ses études mathématiques ne lui avaient pas encore procuré le remède; il n'avait pas encore réfléchi 9ur cette règle des partis^ qui démonlre qn'on 4oit agir pour l'incertain. Enfin , par une de ces tristes nuits de veille que le scepticisme lui avait faites, sans doute le lundi 33 novembre 165a, après une journée où U s'était délassé à oJoserver les règles d'après lesquelles doit se faire le partage de l'enjeu entre des joueurs dont la partie se trouve interrompue, il entrevoit la lumière; il reconnaît que ce même chemin > où il avait essayé de se jeter par. désespoir, il devait s'y jeter par raison. U croit voir apparaître, au bout de oe chemin^ le fantàme évanoui de ses anciens rêves, la certitade> et, avec elle , la joie et la paix; et il s'écrie :
,(1) T. I , p. 228.— (2) T. II, p. 352.
— lOfl —
« Dieu d'Abraham^ Dieu d'Isaac^ Dieu de JacoK; )> Non des philosophes et des savants!
7> Certitude* Certitude. Sentiment^ joie, paix. • • » Joie, joie, joîe> pleurs de joie (1)! ...»
Dès lors sa conversion est accomplie ^ la rai- son a pris les devants ^ et dirige le cœur^ sa foi n'est plus cette foi déraisonnable et malheureuse^ qui inspire de la pitié à nos philosophes. Ce n*est peut-être pas encercla foi qui transporte les montegnes3 ^^^^ c'est une foi qui^ pour n'être pas à Tabti de quelques troubles et de quelques alarmes, n'est pas sans charme et sans bonheur. Au milieu même des rigueurs de Tascètisme, il trouve d'ineffables jouissances. Et c'est à une vie plus heureuse que celle des mondains, qu'il nous appelle de toutes les forces de son âme si sympathique pour ses sem^^ blables.
Pascal savait bien que la règle des partis, après quoi la raison n'a plus rien à nous offrir, ne suffit pBÈ cependant pour donner la foi , et surtout cette foi que la religion demande (9); mais, dès que le
(2) « Um lettre d'éxhortatioii à un ami pour le portera cher- » cher^et il répondra : Mais à quw me servira 4e «kierchdfP Bien » ne paratt. —Et lui répondre : Ne désespérez pas. Et il me ré- » pondrait qu'il serait heureux de trouver quelqqe lumière; » mais que, selon cette religion même, quand il croirait ainsi, » cela ne lui servirait de rien^ et qu'ainsi il aime autant ne » poiat cherdier. «^ Bt à œlaiui répondre: La machiné. • • • .» T. II, p. 590.
parti est fait et la raison satisfaite, alors tombent tous les motife du superi)e dédain dont les philosophes poursuivent cette sublime folie de la foi y cet aveuglement volontaire^ et ce savant abêtissement que Pascal nous conseille.
Oter les obstacles^ incliner Tautomate^ plier et préparer les machines y enfin , pour me sefvir do mot de Pascal^ dans toute sa scandaleuse énergie , s'abêtir : telle est la dernière règle de la méthode de Pascal. Voyons quelle en est la parfaite sagesse et la merveilleuse profondeur:
Nul, peut*ètre, n'a mieux vu que Pascal; nul^ assurément, n'a mieux senti et plus vivement ex^ primé que lut les incroyables effets de l'imagination sur la raison. Il suffit de jeter les yeux sur les matériaux destinés à son chapitre des Puistances tron^ peu$e$, pour apercevoir par quelle filière Pascal arrive à eette pensée, que: l'homme peut se refaire, eii quelque sorte, à lui-m^e sa nature (1). De même qu'il n'y a naturel qu'on ne fasse perdre, aussi il n'y a rien, dit-il, qu'on ne rende naturel.
<c Qu'est-ce que nos principes naturels , sinon nos
» principes accoutumés? Une. différente cou-
)^tume donnera d'autres principes naturels ^ etc. »
« Il ne faut pas nous méconnaître : nous sommes ^ automate autant qu'esprit; et de là vient que l'ins-
(1) « La coutume est notre nature : qui s'aocoùtume à la foi » la croit, et ne peut plus ne pas craindre l'enfer, et ne croit » autre chose. » T. u, p. 169.
^ trumeat) par lequel la persuasion se fait, n'est- pas' » la seule démonstration. Combien y a-tril peu de )^ choses démontrées! Les preuves ne convainquent y> que l'esprit. La coutume fait nos preuves les plu» y> fortes et les plus crues; elle incline l'automate, qui 3 entraîne l^esprit^ sans qu'il y pense. Qui a dènfon- ^ tré qu'il sera demain jour, et que nous mourrons? )> et qu'y a-t»il de plus cru?v C'est donc la coutume "» qui nous en persuade; c'est elle-qui^iiftU tant de i> chrétiens ; c'est elle qui fait les Turcs , les païens^ »les métiers, les soldats, etc. Enfin, il faut avoir )> recours à elle quand une fois V esprit a mtoù est la 1» vérité^ afin de nous abreuver et nous teindre de )> cette créance qui uoi|s échappe à toute heure: » car, d'en avoir toujours les preuves présentes, c'est vtrop d'affaire. Il faut acquérir une créance plus » facile^ qui est celle de l'habitude, qui, sans vio- ^ lence, sans art, sans argument, nous fait croire » les choses, et incline toutes nos puissances à cette 1» croyance : en sorte que notre âme y tombe natu- » rellement. Quand on ne croit que par la force de » la conviction, et que l'automate est incliné à croire ^le contraire, ce n'est pas assez. Il faut donc faire » croire nos deux pièces : l'esprit, par les raisons, i> qu'il suffit d'avoir vues une fois en sa vie; et l'au- 0» tomate, par la coutume, et en ne lui permettant y> pas de s'incliner au contraire (1). »
Après cet exposé si clair et si précis, fait par Pas^
(1) T. H, p. 174 et 175.
cal lui-même^ (Je toutes les raisans qui fondent^ ei« pliqueot et légitiment cette règle de sa méthode ^ je devrais peut-être me taire; mais je ne puis laisser, sans y répondre^ en quelques mots , deux observa*-» tiens auxquelles adonné lieu ce passage. L'une est de rillustre savaat que j'ai déjà cité, de Laplace; Tau*' tre est de l'éditeur moderne qui a si bien mérité de tous les amis de Pascal et de la haute littérature, M, Faugère>
Laplace a remarqué que nous agissons souvent en vertu de notre croyance, sans avoir besoin d'en rappeler les preuves. Il a observé combien notre croyance dépend de nos habitudes ; mais, pour éta<^ blir cette vérité , il ne croit pouvoir mieux faire que d'emprunter à Pascal et son merveilleux style et son imposante autorité. Il cite donc plusieurs frag* ments cousus ensemble, d'après les anciennes édi* tiens > et particulièrement le dernier que je viens de reproduire.
Mais, au milieu de nombreuses altérations du texte et de la pensée^ quand il arrive à ces mots : « C'est }> elle qui fait les métiers, les soldats, etc. 3 ti^ est vrai » q^'il ne faut pas commencer par Me pour tramer lu )> vérité; mais il faut avoir recours à elle quand une y> fois l'esprit a vu où est la vérité, etc.; :» il fait re^^ marquer une prétendue contradiction de Pascal : « Pascal perd ici de yue^ dit-il> ce quil vient de rei* y> commander pour acquérir la foi, savoir, de corn* î>^mencerpar les actes extérieurs (1). » Laplace n'eût
(1) LjirLÀGE. — Introduclion philos., p. cxxv.
point eu le petit plaisir de relever cette apparente contradiction^ s'il eût observé que le conseil de commencer par les actes extérieurs ne vient qu'après le fameux règlement du parti 5 en un mot^ s'il eût corn-* pris Tensemble de la méthode de Pascal. La remar^ que de Laplaee ne prouve qu'une chose : c'est que nous avons raison d'attacher de la valeur à ces mots qui l'ont arrêté^ à cette phrase qui lui a paru en contradiction avec le système vulgaire de tant d'esprits sans philosophie^ qu'on prête commuAémeiit à Pascal ! N'oublions pas que dans Pascal tous les mots ont un sens; Il est un géomètre.
AL Faugère, dans son édition si excellente k tant d'égards, nous montre qu'ail n'a pas mieux saisi la puissante originalité de la méthode de Pascal, «c Cette y> méthode d'agir sur l'esprit par l'automate, diMU T> c'est-à-dire d'arriver à la foi par les pratiques éx^ y> térieures^ n'est pas nouvelle, et se trouve recom- 9^ mandée par les maîtres de la théologie morale. » Quelle diflférence, cependant, entre la méthode dePascal et celle des vulgaires directeurs de consciences! celle-ci, qui prête le flanc à toutes les réclamations de la raison, à toutes les objections dés philosophes, à toutes les dérisions des esprits légers ^ celle*là^ au contraire^ qui résiste à tous les doutes, qui s'élève sur les débris de tous les systèmes; qui^ par la ré« serve modeste de ses prétentions et l'autorité de ses droits» prévient les censures et se fait accepter des hommes, même à leur insu ! Combien de gens^ en effet; se rangent aux grandes vérités de la morale et
de lareligioii; par ce seul pressentiment confas qu'il y a là plus de sécurité qu'ailleurs! La méthode de Pascal est aussi ancienne/en pratique/ qu'elle est nouvelle/ en théorie. Depuis que la philosophie a amené avec elle le scepticisme sur la terre^ en prétendant y apporter la certitude; depuis que le doute a pénétré dans des esprits graves^ prudents et courageux, il s'est tlrouvé des hommes dociles à la voix de la conscience, qui ont pris le probable pour la règle de leur vie, et se sont efforcés d'éloigner d'eux de trop superbes et trop chimériques espérances. Mais Pascal^ le premier, s*étudiant lui-même comme un vrai philosophe, et devançant son siècle par la réalité et la profondeur de ses doutes^ a eu le mérite de trouver la formule de la méthode dont sa vie, au resté y tout entière, n'est que là plus parfaite appli-» cation. Nous avons assisté au naufrage de ses croyances ; nous lavons vu jeter l'ancre dans le probable ; nous pouvons nous rendre témoins de ses efforts pour y retrouver la sécurité pleine et entière. ' Rigoureuses pratiques, dévotion minutieuse, mystiques extases dont le souvenir est précieusement conservé; le miracle de la sainte Epine reçu sans hésitation et sans examen^ comme l'œuvré manifeste de la main divine; la défense de Por^Royal entrei^ise et poursuivie avec tant de dévouement et de courage; l'oubli du monde^ la soumission totale à Jésus-Christ^ l'humilité de sa vie, la mortification de .sa chair^ et jusqu'à un cilice dont les pointes pénè-^ trent dans son corps : tels sont pour Pascal, une
fois qu'il s'est démontré que le parti est de croire à l'existence de Dieu^ à une autre vie et à la religion tout entière^ les moyens énergiques qu'il emploie pour préparer la machine^ pour incliner l'automate^ pour revenir à la foi et se rapprocher delà certitude. rjA-t41 atteint ce but suprême de tant d'efforts? Il serait téméraire de penser que le doute n est jamais venu l'assailHr^ au pied des autels protecteurs qu'il tenait embrassés } mais il faudrait bien peu. connaître la nature de l'homme pour hésiter à penser que de pareilles habitudes de piété et de religion ne l'aient ramené bien souvent^ par intervalles du moins^ à la foi candide, à la ferveur naïve de son enfance.
Nous ne demandons point, d'ailleurs^ à Pascal de nous conduire à cette certitude parfaite et absolue^ qui n'aboutirait qu'à enlever à l'homme le mérite de la moralité : il nous a désabusés de cette chimère. Nous n'aspirons plus, aveclui^ qu'à une certitude pratique, bien différente de cette certitude idéale qui ne peut être que le 'partage des esprits bienheureux d'un autre monde. Pascal arrive et nous mène à la foi, cette image terrestre 4'un,bien qui n'existe qu'au ciel et dans notre pensée, à une foi qui ne fait de nous ni des anges ni des bêtes (1), mais qui nous maintient dans notre nature d'hom* mes, entre la béatitude des êtres qui contemplent lu vérité d'une vue claire et sans voile, et la condition misérable de ceux qui sont faits pour les ténèbres 3
(1) « L'homme n'est ni ange ni béte, et le malheur veut que' » qui veut faire l'ange fiut la bêle. « T. i/p. 183.
dans le demi-jour des probabilités, d'ans le dïemw bonheur de l'espérance-
Je ne prétends pas que Pascal n'ait pas cru à Tintervention d*un principe tout impersonnel sans le-quel la machine serait impuissante à donner la foi que la religion exige (1). S'il nous reste le loiàir et la force de compléter par un second travail nos étu-^ des sur les Pensées, nous examinerons le rôle réservé à la grâce dans le hardi système de Pascal. Mais jusqu'ici^ suivant le plan même de Tauteur^ nous sommes restés au point de vue purement phi-** losophique. Négligeant celles des pensées de Pascal qui n'ont trait qu'à l'inspiration et aux moyens d'ar* river à la foi chrétienne^ nous ne nous sommes occupés que des moyens de remplacer la certitude philosophique à l'aide de la raison et de la coutume.
Ainsi entendue et dans ces limites^ la méthode de Pascal peut s'appliquer à tous les points de la mo« raie et de la religion naturelle. On peut ne pas approuver les conclusions de Pascal, ne pas être sensible aux raisons qui agissent sur lui; on peut trouver la probabilité ailleurs que dans la foi chré*
(I) « il j a trois moyens de croire : la raison , la coutumèy 9 l'inspiration. La religîoa chrétienne , qui seule a la raison^ » n'admet pas pour ses ei^nts ceux qni eroieat saoë inspifiH » tion. Ce n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume; au » contraire ; mais il faut ouvrir son esprit aux preuves, s'y cpn- » firmer par la coutume; mais s'offrir par les humiliations aux » inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : » ne evacuetur crux Christi. « T* ii, p. 177.
liennc; et cependant ne pas mépriser sa mètbodeu Cette méthode^ remarquons-le bien^ ne tend à autre chose qu'à organiser un système qu'on croyait condamné à tout jamais au désordre et au chaos. En réduisant à une juste mesure les prétentions de la raison^ elle respecte tous ses droits } elle arrête à leur source ce désespoir de la vérité^ ce dégoût de la vie où nous voyons s'abandonner souvent de généreux esprits fatigués de se voir toujours les dupes des vaines promesses de la philosophie^ et les jouets ^'un mirage éternel.
Pascal a découvert ce que les pbilosopbesMogma* tistes mettent tous les jours les sceptiques au défi de trouver : une méthode sceptique de penser et de vivre ; une sAgesse du scepticisme.
Qui que Ton soi^ il est difficile d'avoir fait un long tsbemia dans le xn^ siècle sans avoir senti chanceler autour de soi, sans avoir vu sombrer dans le doute quelqu'une de ces croyances importantes d'où dépend la conduite de la vie. La méthode de Pascal ne s'adresse pas seulement aux esprits dans lesquels le doute a tout renversé, sans laisser pierre sur pierre : elle peut servir à réparer même les moindres brèches. Partout où la certitude fait défaut, l'homme trouve à son service la règle des partis et les res- «oorees de la machine*
Aujourd'hui que tous les principes sont ébranlés; qu'en politique rien ne tient plus^ que la morale, pour bien des hommes, n'est plus qu'une convenance 3 que, pour la plupart des habiles, la
religion n'est plus qu'uii grand nom^ un respectable débris des vieux àges^ un frein aux passions de la multitude ignorante ; qu'aux yeux des esprits les plus clairvoyants^ rien ne semble capable d'arrêter la ruine imminente des sociétés civilisées; que le besoin d'une perfection impossible , alimenté dans les esprits par une philosophie généreuse, mais imprudente^ parait nous pousser iQvinciblement à un abîme, n'y aurait-il point, dans la philosophie de Pascal, le germe fécond de doctrines salutaires qui , passant dans les mœurs , raffermiraient ce monde prêt à crouler? Quand elle n'aurait d'autre effet que de rendre les hommçs moins exigeants en matière de preuves; moins prompts à rejeter le bien qu'ils tiennent, pour l'ombre confiise du mieux; moins impatients d'arriver à la perfection, cette ennemie éternelle du bien , ne serait-il pas à désirer qu'un de ces hommes puissants à la fois par l'esprit et par la pa<role^ qui font pénétrer leurs idées dans le vulgaire et sont capables de changer le monde, reprit en soosœuvre le travail de Pascal, et rompit une bonne fois avec l'usage introduit par la philosophie^ et universellement accepté aujourd'hui, de prétencfare. mettre
les principes au-dessus des moindres atteintes du doute, et de ne se rendre qu'à une évidence impôtsible? Ah! quand tant de choses nous font sentir que nous ne sommes capables ni du vrai, ni du bien (1), pourquoi donc, sans cesse mécontents, sommes-nous
(1) T. II, p. 88.
toujours prêts à repousser tout ce qui ne nous parah pas le vrai et le bien absolus? •
Mais si; en signalant à l'attention des penseurs la méthode de Pascal, comme la vraie mè.tiiode de penser et de vivre^ nous n'avons pas fait une bonne action ; avons-nous au moins réussi à montrer com* ment s'unissent^ dans l'auteur des Pensées^ l'homme et l'écrivain y le mathématicien et le philosophe^ l'impitoyable ennemi de l'orgueil de notre raison et le solide défenseur de ses droits^ le sceptique et le chrétien^ la foi elles alarmes?
Pascal s'est défini lui-même^ en même temps qu'il a résumé sa méthode^ en trois mots : pyrrhonien^ géomètre 9 chrétien soumis (!)•
Nous avons vu le pyrrhonien , dans cet audacieux esprit; qui établit dès l'abord que rien^ pas plus la religion que le reste^n'est certain de certitude absolue.
Nous avons vu le géomètre^ dans ce puissant génie qui; au milieu de l'incertitude universelle ^ soumet tout aux lois d'un hardi calcul ^ et, s'aidant de la règle des partis ^ nous rend; entières et vivantes ; la morale et toutes les croyances pratiques qui semblaient à jamais ensevelies sous la cendre du scepticisme.
Enfin; s'il nous reste à voir comment Pascal est i^hrétien , nous avons vu au moins comment il e9t soumis : soumis jusqu'à vouloir n'être plus qu'un automate ; jusqu'à vouloir s'abêtir.
(J) T. II, p. 347.
Le doute, la règle des partis^ la machiae, voilà Pascal^ et voilà sa méthode philosophique. Et, puisque rhomme est condamné à la philosophie , je ne vois pas où il trouverait une doctrine qui s'accommodât, mieux que celle de Pascal, aux exigences de sa raison et aux besoins de sa nature.
DIJON, IMPBlHSaiE Dl 00UIU.1BR.
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