CHAPITRE VII
Les contre-indications de l'ovariotomie résultent de l'état général de la malade, des circonstances locales de l'organe dégénéré, de l'âge, des circonstances particulières.
1» D'une manière générale, toute affection concomitante, mortelle dans un temps rapproché, et tout état pouvant avoir une influence défavorable sur la marche de la guérison, sont contraires à l'opération.
Les affections qui contre-indiquent d'une manière absolue l'ovariotomie, sont: les affections cancéreuses, tuberculeuses, syphilitiques, scrofuleuses ; les affections du cœur, du système nerveux, du foie, des reins, de la raie, des poumons, etc.; les lésions graves de l'utérus et de ses annexes, de la vessie, du tube digestif; l'ascite consécutive à une maladie du foie, du cœur, des reins, à une péritonite chronique, à un engorgement des glandes lymphatiques abdominales, etc.; le défaut de plasticité du sang, l'état scorbutique, la bronchite, le catarrhe pulmonaire, la dyspepsie consécutive à une affection gastrique, hépa-
lique; lorsqu'il existe de l'anémie, de la chlorose, de la fièvre hectique, etc., à un degré prononcé ; lorsque la faiblesse, la maigreur sont extrêmes.
On doit surtout tenir grand compte de l'état général au delà de l'âge moyen et lorsque l'âge de la malade est avancé.
2" Les kystes ou les tumeurs ovariques qui ne donnent pas lieu à un trouble fonctionnel, qui ne s'accroissent point, ou qui ne s'accroissent que très-lentement, ne doivent pas être opérés: l'opération doit être réservée jusqu'au moment où ils tendent à occasionner des accidents, ou bien jusqu'au moment où elle devient opportune.
3° L'opération doit être rejetée si Ton soupçonne que la tumeur est do nature cancéreuse. Les dégénérescences cancéreuses des ovaires (cysto-carcinome, cyslo-épithéliome) s'observent surtout à l'époque de la ménopause, vers quarante à cinquante ans ; le sarcome et le cysto-sarcome peuvent prendre quelquefois un développement énorme sans devenir cancéreux.
Les tumeurs qui ont subi la dégénérescence cancéreuse, laquelle ne se traduit parfois par aucun symptôme bien appréciable, ont ordinairement contracté des adhérences étendues, ou sont fusionnées avec les organes voisins-, elles sont complètement inextirpables ou ne peuvent pas être extirpées intégralement. Les malades peuvent se rétablir de l'opération, mais elles ne tardent pas à succomber aux suites de la récidive de l'affection cancéreuse. Les affections cancéreuses des ovaires sont généralement accompagnées d'ascile
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et on les observe très-fréquemment des deux côtés.
k" L'opération est conlre-indiquéo lorsqu'il existe des adhérences étendues, anciennes et parlant trèsvasculaires, surtout si l'état général de la malade laisse à désirer.
Les adhérences même générales ne sont pas contraires à l'extirpation lorsqu'elles sont récentes, lorsqu'elles ne sonl pas très-iutimes et fortement vasculaires, si les malades sont peu affaiblies, jouissent d'une bonne constitulion et sont encore jeunes.
Les traitements antérieurs, les ponctions, les injections iodées, même une ovariotomie antérieure, ne contre- indiquent pas l'ovariotomie d'une manière absolue.
C" U est imprudent d'opérer les tumeurs et les kystes volumineux, même dépourvus d'adhérences, lorsque les malades sonl Irès-afTaiblies, lorsque l'anémie est prononcée, parce qu'elles tombent facilement dans un état d'affaissement nerveux et n'offrent aucune réaction. A plus forte raison doit-on s'abstenir, lorsque l'hémorrhagie consécutive à l'opération menace d'être abondante.
6° L'ascite necontre-indique pas l'extirpation de la tumeur, lorsqu'elle est uniquement le résullal de la transsudalionou de l'exhalation séreuse qui s'opère à la surface de la tumeur, ou qu'elle est consécutive à la présence de la tumeur dans la cavité abdominale. , Il faut s'abstenir d'opérer lorsqu'il existe de la fièvre (fièvre hectique, fièvre symptomalique d'une périlonite), surtout a la suiled'uneponction pratiquée récem-
ment : les femmes opérées meurent, en général, à la suite de rovariolomie pratiquée dans ces conditions.
7° La docilité de la malade doit être prise en considération. Les malades indociles compromettent le succès de l'opération, lorsqu'on ne peut obtenir d'elles pendant les premiers jours l'immobilité nécessairt» à la cicatrisation, ou lorsqu'elles n'obéissent pas aux prescriptions.
8° Les malades chez lesquelles les éructations s'opèrent difficilement, ne sont pas des sujets favorables à l'extirpation des tumeurs abdominales, parce qu'elles sont sujettes à des lympanites qui entravent la marche de la cicatrisation.
9° Lorsque l'affection est ancienne et que la malade a éprouvé de longues souffrances, a été sujette à des péritonites, à des douleurs locales, les adhérences sont ordinairement très-étendues. On doit s'attendre à une opération de longue durée, compliquée, chanceuse.
Si la maladie se déclare à un âge avancé et affecte une marche lente, il faut s'abstenir d'en opérer l'extirpation ; mais si l'on diffère trop longtemps d'opérer Texlirpation des tumeurs déjà volumineuses que l'on observe chez les jeunes femmes, quand même l'évolution de la maladie n'est pas encore rapide, on sexpose à compromettre le succès d'une opération ultérieure.
a Pour moi, dit M. Brown, j'accepte celle dernière opinion, car je crois que les risques de l'opération deviennent plus grands, chaque année, à mesure que la
malade vieillit. La tumeur, ses enveloppes, son pédicule grossissent toujours. Les chances de la voir contracter des adhérences se multiplient ; la malade poursuit sa pénible existence, et devient de moins en moins capable de supporter le choc de l'opération à mesure qu'elle avance en âge. De même que je ne différerai pas l'opération de la hernie étranglée jusqu'à ce que les symptômes de la gangrène deviennent menaçants, de même, je n'hésiterai pas à extirper un kyste ovarique lorsque je serai une fois décidé à le faire. Je crois que si l'affection est récente, la mortalité sera trèsfaible (1).»
10° Lorsque le col de la matrice est élevé, surtout lorsqu'en même temps, la tumeur remplit l'excavation pelvienne, il existe le plus souvent des adhérences intimes dans le cul-de-sac recto-vaginal et avec la matrice, qui rendent l'extirpation très-laborieuse ou impraticable (2).
On peut encore soupçonner des adhérences dans le cul-de-sac recto-vaginal, chez les femmes restées stériles pendant plusieurs années et chez lesquelles la tumeur ne s'est développée que depuis peu de temps.
(1) Labalbary, Des kystes de l'ovaire et de l'ovariotomie. Paris, 1862,
p. 6Zi.
(2) C'est ainsi que j'ai vu succomber Uès-rapidcraent une jeune femme atteinte de kystes muliiloculaires des deux ovaires, formant ensemble une seule masse adhérant intimement à la mnirice et aux organes du cul-de-sac recto- vaginal et que je n'ai pas cru devoir opérer. L'autopsie a justilié mon abstention, car la tumeur qui offrait à peine la grosseur d'une tète d'adulte eût été inextirpable, même si l'on avait cheiché à l'enlever avec l'utérus.