‹ De l'ovariotomie. Avec six planches lithographiéesChapitre 6 sur 29 · CHAPITRE HL · texte numérisé non relu

CHAPITRE HL

OBJECTIONS CONTRE l'oVÂRIOTOMIE.

Les objections que Ton a faites contre l'extirpation des tumeurs ovariques sont de diverses sortes.

A. On a dit que c'était une opération barbare, effroyable, inhumaine.

— Celte objection ne laissait pas que d'être trèsspécieuse avant 18A6, époque de la découverte par Jackson des merveilleuses propriétés anesthésiques de l'éther, bientôt remplacé, en 18/t7, par le chloroforme. Jusque-là les pauvres malades étaient obligées d'assister vivantes en quelque sorte à leur autopsie, et l'on comprend aisément tout ce qu'une pareille situalion présentait do cruel et exigeait de résolution dans le cours d'une opération souvent si longue et si difficile. La chloroformisalion de la malade, en anéantis-

56 • i)i: i.'ovAHioTOMii:.

sant [vassagèreiiient la l'aciilléde sentir, la conscience de soi et la perception des objets qui nous entourent, fait rentrer l'ovariotomie dans le cas des opérations ordinaires.

B. L'extirpation des tumeurs abdominales (tumeurs des ovaires, tumeurs fibreuses de la matrice, etc.) a été condamnée, repoussée, déclarée impraticable ou trop dangereuse par des chirurgiens célèbres.

— Ce qui prouve le peu de fondement do cette objec-' tion, c'est que J'ovariotomie, l'extirpalion des tumeurs fibreuses interstitielles et sous-périlonéaies de la matrice, etc., ont été <léjà pratiipiées un très-grand nombre de fois, avec des résultats de plus en plus favorables et encourageants.

Les ovariotomisles sont déjà j)arvenus :> triompher en Angleterre, à la suite des remarquables résultats obtenus piir MiM. C. Clay, S. Wells, B. Brown, Walnc, Bird, Lane, Keith, ï. Smith, après nombre d'années de lutte contre les préventions et le découragement provenant des opérateurs malheureux dans leurs tentatives.

C'est surtout depuis 1859 que l'ovariotomie a été activement pratiijuée en Angleterre. M. S. Wells n'a commencé ses opérations qu'en 1858; M. T. Smith ne s'est engagé dans le camp des ovariotomisles qu'en 1860, après avoir été pendant vingt ans l'adversaire de l'ovariotomie. D'un autre côté, M. Simpson (1),

{!) Simpson, The obalet. mein, and contribua. Edimbourg, 1855, t. I,p. 2Go.

ubjec;tions contre lovarioto.mie. o/

quoiqu'il ii ait pratiqué pour la première fois l'extirpation dune tumeur ovarique qu'en 1863, s'était déclaré partisan de l'opération dès 1846.

En France, les préventions qui existaient contre les témérités de la chirurgie américaine étaient si grandes qu'elles nous avaient rendus incrédules aux statistiques, lorsque déjà des chirurgiens considérables de Londres et de Manchester étaient arrivés à faire admettre l'ovariotomie au nombre des opérations courantes. Cependant, en 1861, le professeur Nélalon, dont l'opinion avait été jusqu'alors défavorable à l'ovariotomie, concluait, au retour de son voyage à Londres, qu'il y avait lieu d'encourager au lieu de blâmer les chirurgiens disposés à pratiquer Tovariotomie quand ils le jugeraient nécessaire. Malheureusement, les insuccès de ce célèbre chirurgien, et ceux d'autres chirurgiens de Paris ne tardèrent pas à l'aire retomber momentanément l'opération dans la défaveur.

De même en Allemagne, la pratique de l'ovariotomie , longtemps repoussée , irrésolue dans son essor, f)uis encouragée par les paroles et par l'exemple de V. Riwisch, retomba dans un complet discrédit, à la suite des tentatives malheureuses des chirurgiens allemands.

M. V. Scanzoni «considère celle opération coinme une témérité chirurgicale. Lors même que les statistiques que l'on a publiées const;itent un nombre assez considérable de guérisons, et démontrent ainsi que l'issue do Topération n'est pas nécessairennjit mor-

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telle, lemineiit gynécologisle ne peut cepeiidanl pas se prononcer en faveur d'une môlhode qui a enlevé à un Langenbeck cinq malades sur six, et à Kiwisch quatre sur cinq. Si des opérateurs si distingués que ceux qui viennent d'élre nommés doivent publier des résultats si défavorables , comment des chirurgiens moins habiles pourraient-ils ne pas perdre courage (1)?»

Ces arguments ont une apparence de vérité, mais ils n'engagent pas l'avenir. Des circonstances particulières n'onl-elles pas influé sur les résultais? Les indications ont-elles été comprises de la même manière par des chirurgiens plus heureux? Ne faut-il pas rechercher dans les indications et dans les circonstances particulières de l'opération, du traitement consécutif, l'explication des succès et des revers, au lieu d'attribuer au hasard, ainsi que beaucoup le supposent, le secret de la réussite? Quoi qu'il en soit, il y a lieu d'espérer que l'extirpation des tumeurs abdominales sera reprise en Allemagne dans des conditions meilleures , et qu'elle finira par s'acclimater en France ainsi que partout ailleurs.

C. On a émis l'idée que le succès qu'obtiennent en Angleterre les grandes opérations est une question de race, et que les Anglais sont plus réfractaires aux accidents qui les suivent, par une sorte de privilège physiologique. On a été jusqu'à prétendre « que les

(1) Scanzoni, Traité pratique des maladies des organes sexuels de la femme, trad. franc. Paris, 1858, p. Û06.

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Anglais opérés en France guériraient avec le même bonheur que chez eux, et que les Français opérés en Angleterre trouveraient les mêmes funestes accidents, qui viennent compromettre pour nous et anéantir le succès des opérations les mieux conduites (1). »

— Les succès obtenus en France, en province, dans ces derniers temps, réfutent suffisamment ces assertions malencontreuses. Sur 26 opérations qui ont été pratiquées en province, depuis 1860, il y a eu 10 cas de mort dont plusieurs sont restés inédits, et 15 guérisons , c'est-à-dire une proportion de succès plus forte que celle qui a été obtenue par la moyenne des chirurgiens anglais, tandis que sur 16 ou 17 opérations pratiquées à Paris et dans les environs, on ne compte que o succès. Ces chiffres sont , je pense, suffisamment convaincants. Malheureusement , les insuccès si déplorables des chirurgiens de Paris discréditent l'opération, et renouvellent les anciennes préventions contre Fovariotomie , dans l'esprit du public et de beaucoup de médecins, qui ne se rendent pas exactement compte des conditions dans lesquelles les opérations ont été pratiquées.

D. Envisagée à un point de vue général , l'ovariulomie a offert jusqu'ici une mortalité considérable.

^- La mortalité dans l'ovariolomie n'est pas inhérente à l'opération en elle-même, lorsqu'elle est pratiquée dans des conditions convenables, elle est en

(i) Cliaulfard, Considérations touchant l'influence des races sur le résultat des opérations chirurgicales, dans Gaz. hebd. de méd. et de rhirurff., 1863, p. 71/i.

60 DE LOVARIOTOMIE.

général le fait des opérateurs et des circonstances dans lesquelles elle a été entreprise et pratiquée.

Indépendamment des opéralions malheureuses pratiquées par des chirurgiens renommés, et dont les malades ont succombé par suite de circonstances indépendantes du plus ou moins d'habileté avec laquelle elles ont été faites, un grand nombre ont été entreprises par des opérateurs léméraires, inexpérimentés ou même ineptes, La pratique de l'ovariolomie, si formidable dans certains cas, réclame, de la part du cliirurgien qni veut s'y appliquer, des qualités que l'on rencontre raiemenl. Bien des médecins, séduits par la facilité de certaines opérations, ou émerveillés par les suites parfois insignifiantes d'opérations très-graves, ont opéré d'une manière irréfléchie et sont tombés sur des cas difficiles, sans avoir d'abord mesuré

quid ferre récusent,

Quid valcant h unie ri.

On a rendu l'ovariotomie, l'extirpation de l'utérus et des tumeurs fibreuses, justiciables d'opérateurs hasardeux, d'opérations contro-iiidiquées, ou de procédés périlleux inapplicables à l'extirpation des tumeurs ovariques et utérines. C'est ainsi, par exemple, que M. Heyfelder, chirurgien des plus distingués, a perdu trois opérées par des hémorrhagies consécutives, parce qu'il s'était contenté de laire la torsion des artères. Quantité d'opérées sont mortes par délaut de soins consécutifs bien entendus, ou par suite de pro-

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