CHAPITRE PREMIER
« Nou« ne doutons pas qu’insensildemenl l'extii pation de l’ovaire ne paraisse moins dangereuse et n'entre dans la pratique. Ce n’est pas la première fois qu’on repousse en France, avec obstination, un procéilé opératoire, parce que théoriquement on croit sa réussite impossible, ou parce qu’il n’a pas réussi entre les mains de certaines personnes. <
(Stoltz, Gaa.mdd.,Strasb.,1852, p. If 5.)
hors do la discussion qui a eu lieu à l’Académie de médecine, en 1856-1857, sur les kystes de Tovaire, le Irailemenl par l’extirpation a rencontré la plus vive opposition. M. Velpeau a déclaré que « l’extirpation des ovaires malades est une opération affreuse, qui doit être proscrite quand môme les guérisons annoncées seraient réelles (1).» M. Moreau a été jusqu’à dire : «Cette opération doit être rangée parmi les
(1) Bulletin de l'Académie de médecine, iô novembre 1856, t. XXII, p. ‘200.
(i DE l’ovariotomie.
allribulions des exécuteurs des hautes œuvres (I). »En présence do la réprobation et des anathèmes fulminés par les brillants orateurs qui ont successivement pris part à la discussion, il n’y a eu que Gazeaux, de regrettable mémoire, qui ail osé se prononcer en faveur de l’extirpation des ovaires.
' « Mais enfin, a dit Gazeaux, n’y a t-il rien de mieux à faire, dans ces cas malheureux, que d’abandonner les malades à une mort certaine? Je ne veux que toucher à celle question : car je sais que ma réponse rencontrera dans cotte enceinte peu de sympathies, et que, pour la justifier, je serais obligé d’entrer dans de trop longs développements. Toutefois, je ne veux pas quitter celle tribune sans protester contre l’espece d’anathème lancé par plusieurs de nos collègues contre l'extirpation des ovaires : je crois qu’avant de proscrire, il faut examiner, et qu’on n’a pas assez sérieusement examiné. Réservée pour les kystes multiloculaires et aréolaires, pour ceux dont le liquide est albumineux ou gélatineux, je n’hésite pas à déclarer que, dans ma conviction, l’opération est pleinement justifiable. Le succès, a dit M. Gruveilhier, ne justifie pas les entreprises téméraires. Je ne suis pas de cet avis. L’histoire de la chirurgie est là tout entière pour prouver le contraire. Malgré les erreurs nombreuses de diagnostic, malgré les incertitudes, les tâtonnements que 1 encontre à son début tout procédé opératoire, près des trois quarts des femmes ont survécu à
(1) Bulletin del’Acad. de merf., 13 janvier 1857, t. XXII, p. 266.
l’opcralion cl ont guéri. Supposons qu’on ait dissimulé la rnoilié des cas malheureux, il n’en restera pas moins un cliil’rrc incontestable, c’est que la moitié de ces femmes ont survécu à l’extirpation. Or, n’oublions pas qu’il s’agit ici d’un kyste de l’ovaire et d’un kyste de la pire espèce; que lorsque ces tumeurs ont acquis un volume considérable, elles tuent les malades dans un temps très court, cl, avant de les tuer, elles déterminent des souffrances telles, qu’à plusieurs de ces malheureuses la mort semble préférable à la vie. Eh bien! dans ces conditions, on vient proposer une opération qui jusqu’à présent a donné 50 pour 100 de succès, et vous la rejetez avec dédain ! Eh bien ! je dis que votre indignation n’est pas légitime et que vous n’avez pas le droit de ne pas instruire la famille des ressources qu’elle offre à la malade. Je dis que tous les jours les chirurgiens pratiquent des opérations tout aussi graves pour des maladies dont les indications ne sont pas plus pressantes (1). »
Déjà, avant ces mémorables discussions académiques, l’ovariotomie avait rencontré peu d’adhérents auprès des chirurgiens français, quoique depuis plus d’un siècle, en 1753, Delaporte (2) eût proposé celle
(1) Bulletin de l’ Académie de médecine, 18 novembre 1856, t. XXII,
(2) Ne serait-il pas possible d’entreprendre d’emporter le foyer de la
maladie, je veux dire la lumeur formée par l’ovaire, quand la cause ne dépend que d’un vice idiopathique et que l’on a pu reconnaître dés le commencement que c’est l’ovaire môme et l’ovaire seul qui est malade? » Mém. de l'Acad, royale de chir,, 1758, t. II, p. f|55.) f
DE l’ovariotomie.
opération à l’Académie de chirurgie, el que Morand (1) lui eût prêté l’appiii de sa parole autorisée.
C’est surtout de Haen (2) qui paraît avoir détourné de l’idée de l’extirpation des tumeurs ovariques , en cherchant à démontrer longuement 'les difficultés d’exécution et les dangers de l’opération, ainsi que les incertitudes du diagnostic. La plupart des chirurgiens de celte époque, ainsi que ceux du commencement de CO siècle, se sont alors prononcés contre cette opération; et même Boyer (3), alors qu’elle avait déjà été [)raliquée à plusieurs rejirises , disait encore : « La moindre réflexion suffit pour montrer les dangers et l’impossibilité de cette opération, qui n’a pas été pratiquée et qui ne le sera vraisemblablement jamais. »
Antérieurement, à diverses époques, l’extraction des ovaires sains et l’extirpation des tumeurs ovariquos avaient été mises en question. S’il faut en croire les historiens, la castration chez les femelles d’animau.\ domestiques et même chez la femme remonte à une époque très-reculée.
Déjà, dans l’antiquité, en Asie, au rapport de Galien, on pratiquait la castration des truies (4). Aris-
(1) « Je crois qu’on doit louer M. Delaporte d’avoir osé le premier faiie la question : si l’on ne pouvait point extirper l’ovaire avec la maladie, surtout lorsque l’hydropisie de l'ovaire est compliquée de masses squirrheuses en dedans. » [Mém. de VAcad. royale de chir., 1753, t. Il, p. Zi59.)
(2) De Haen, Ratio medendi. Paris, 1761, t. II. p. 73.
(3) Boyer, Traité des maladies chirur., chap. XXXVI, art. li. Paris, 18/i9, p. 489.
ih) « Suesquidem fœminas apud nos non in Asia tantum, sed in supe-
tote (\) fait mention de la castration des chamelles et Varron de celle des vaches. Depuis» on a aussi prati- (]ué avec succès la castration des chiennes, des juments, des brebis, de différentes espèces d’oiseaux, et môme de poissons.
.Athénée ('2) rapporte, d’après Xanlhus, qu’Andrainystès, roi de Lydie, avait fait pratiquer la castration n des femmes destinées à remplacer les eunuques dans le service de son palais. D’après Hésychius et Suidas, Gygès, roi de Lydie, aurait fait subir la même opération à des femmes dans le but de prolonger leur jeunesse (3).
rioribus eliam naiionibiis in Cappadociam usque exsecare coiisueveriint, quæsimiles omnes castratis evadunt, obesæ admodum, ac pingues, carnisque suaviiate aliis rœminis, quemadmodum etiam castrali marcs aliis tnaribus præslant. Non tum ita luto in fœminis leslium extraclio adminisirari polesl ob scdem in qua collocali sunl vulvarum enim laleribus ex ulraque parte adjacent ad arteriam et vcnam, quemadmodum et marium, séminale vas excipientes, quod revolutum i; sis inneclitur, at(|ue ad utrumque cornu pertendit, unde utraque ilia scindere nccesse
e. st, si quis fœminas castrare voluerit : majusque in hoc quam in niaribus pcriculum est.» (Galeni, Opéra. Venise, 1625. De semine, J. 1, c. 15,
D’après Pline {Hist. anim., lib. VIII, c. 77), il paraît que cette opération uc consistait pas toujours dans l’extirpation des ovaires : « Gastraiitursuis fœminæ quoque,sicuti cameli, postbidui inediam suspcnsæ pcrnis prioribus, vulva reeisa; celerius ita pinguescunl. »
(1) Aristote, nspiïwtüv îaTopîaç, 1. IX.
(2) Athénée, àeurvoocotoTuv bib. XII, c. 3. «Au^ct Si El’; TCdoÜTOv Tpucpïi;, û; xai irpirsi •yuvaT/.*{ eùvcuy!<rai, üç larcpel ïâvOo; 6 ).u<îo;,
VI tï; ^euTspa tüv Xu^ixxàjv, Avc^paituoTyiv (py,oi twv Au5üv ['JaotXsï i»pü>T0v *Y'Jvaty-aç euvûuy^taavra, /pTioôat aOraiî àvTi ocv^püv ^üvouy^o)v.»
(3) Voy. Fragmenta historien Grœcorum, édit, de E'. Didot, ISÜil, t. I, p. 39.
de l’ovariotomie.
"Wierus raconte qu’un porcher, en Hongrie, irrité contre les égarements de sa fille, lui extirpa les ovaires à la manière dont il le pratiquait chez les animaux, et qu’elle survécut à celte mutilation.
Plater (1), en 1680, se demandait s’il ne serait pas possible d’opérer la castration de certaines femmes dominées par un penchant excessif à la sensualité ; mais Uiolan(2), Diemerbroeck (3), ont considéré cette opération comme étant très-grave.
P. Pott, vers 1770, paraît avoir extirpé les deux ovaires à une jeune femme d’environ vingt-trois ans, bien réglée, qui était entrée à l’hôpital Saint-Barthélemy, à cause de deux petites tumeurs qu’elle avait aux aines et qui , depuis quelques mois , étaient très-douloureuses et gênantes. Ces tumeurs étaient exemptes d’inflammation , molles, inégales à leur surface, très-mobiles et placées à l’extérieur de l’ouverture tendineuse de chacun des muscles obliques, par laquelle elles paraissaient avoir passé. Elles étaient irréductibles. Comme cette femme, qui était obligée de gagner son pain, était résolue à tout souffrir pour être soulagée, on se détermina à lui faire l’opération. La peau et la membrane adipeuse ayant été divisées, on découvrit un sac membraneux et mince, où était un corps si ressemblant à un ovaire humain, qu’il était impossible de le prendre pour autre chose. On lui fit
(1) , Plateri Observ. libri très. Bâle, 1680, p. 2i8.
(2) Riolani Opéra omnia. Paris, 1610, Analome, p. l/j2.
(3) Diemerbroeck, Analome corporis humani. Lyon, 1679, l. I, c. XXIII.
une ligature tout près du tendon et on le coupa. La môme opération fut faite de l’autre côté et Lon découvrit absolument la même chose, tant en faisant l’opération, qu’en examinant les parties extirpées. Cette femme a toujours joui depuis d’une bonne santé. Son sein , qui était très-gros , s’est affaissé; et depuis l’opération, c’est-à-dire depuis quelques années, elle n’a point été réglée (1).
Lassus (2) a vu une fille, âgée de dix-huit ans, à laquelle un chirurgien avait extirpé par méprise un ovaire hernié à travers l’anneau inguinal, et qui guérit parfaitement.
En 1722, Schlenker (3), s’appuyant sur les données historiques, paraît avoir, pour la première fois, signalé timidement la possibilité de l’extirpation des ovaires malades. Après lui, Willi (â), en 1731, en relatant l’observation d’une énorme tumeur ovarique multiloculaire, du poids de 50 kilogrammes et demi, prenant en considération l’incurabilité absolue jusqu’alors
(1) P. Pou, Œuvres chirurij., IrAdact. franç. Paris, 1777, p. /j92.
(2) Lassus, Pathol, chirurg,, t. II, p. 100.
(3) « An vero per incisionem cxlrahi possiiU ovaria, prudentibus dijudicanduni relinquo.» (Schlenker, De sing. ovarii sinistri morbo. Leyde, 1722).
(i) «Si hydrops enim hic ovarii omncs occupaverit cellulas, hiimor contentus sit crassus, tenax, nulla spes superest, quæstionem exculiemus, an ovarium hoc exlirpari queat, ut radix mali et causa simut removeantur, gravia enim et permagna abdominis vulnera sanata fuisse experienlia docet, alquehinc non admoduin esse metuendain curalionem excisione ovarii instiiuendam facile quis suspicari possel?» (Willius, Specmen medicum sistem slwpenduvx abdominis iumorem. Bile, 1731, p. 35.)
10 DE l’ovariotomie.
d’une pareille al’feclion, se demande s’il ne serait pas possible d’exlirper avec l’ovaire le mal dans son principe; mais, tout en convenant que l’opération serait possible au début, alors que personne n’oserait encore la conseiller, il la rejette néanmoins, par suite du danger de mort auquel on exposerait la malade, lorsqu’une fois la tumeur a acquis un grand volume, à cause des adhérences qu’elle a [>u contracter, de l’incision de toute la longueur de la paroi abdominale qu’exigerait son extraction, de la douleur, de l’hémorrhagie , de l’exposition des viscères abdominaux à l’air et des accidents qui en résulteraient.
Do même Peyer (I), à l’occasion d’une tumeur volumineuse de l’ovaire observée chez une jeune fille morte en 1718, a soulevé la question de savoir si l’on n’aurait pu extirper cette tumeur dans les premiers temps de son évolution.
Tozzolti (’i) s’est demandé aussi s’il ne serait pas possible d’extirper les tumeurs soliiles des ovaires, mais sans o<er résoudre la question. Toutefois, il pense qu’il y aurait lieu de songer à l’extirpation de la tumeur, dès ([u’elle se montrerait rebelle aux médications ordinaires.
Theden (o) paraît avoir en jiremier lieu indiijué une méthode pour exécuter l’opération , on faisant audessus de 1 aine, du côté affecté, une incision à travers lat|ue!le on chercherait à placer une ligature sur le
(1) Acta hdvetica, t. I. Bikte, 1751, app. l.
(2) lüzzelli. Prima raccolla di osseroazioni media. Eioreiice, 1752.
(a) Nova acta nat. curios., t. V, p. 289.
pédicule de la lumour qu’on lenlerail d’exl t aire ensuite.
Ces propositions n’ont pas été considérées comme sérieuses et n’ont pas élé discutées, jusqu’à ce que Morand, en appuyant l’idée soulevée par Delaporte, leur eut donné le retentissement et l’autorité qui leur avaient manqué jusqu’alors.
De Haen, Morgagni, W. Hunter, etc., se prononcèrent contre l’opération que Van Swieten pourtant ne repoussait pas d’une manière absolue (1).
C’est Laumonier. de Rouen, qui le premier , en 1781, a pratiqué l’extirpation d’un ovaire dans un état morbide, en quelque sorte par hasard, dans un cas d’hydropisie enkystée de la trompe compliquée d’une ovarile. Cette opération ayant été diversement interprétée, j’ai cru devoir en donner une analyse succincte (2).
Une femme, âgée de vingt ei un ans, qui relevait de couches, était alTcctée depuis six à sept semaines, d’une fièvre lente, d’une diarrhée colliqualive et d’un écoulement vaginal abondant et fétide. Elle présentait dans la région hypogastrique, qui était tendue et douloureuse, une tumeur dure, dont la «pression faisait couler» une humeur puriforme par le canal vaginal. On considéra l’affection comme résultant d’un dépôt laiteux dans l’ovaire et dans la trompe, qu’on SC décida à ouvrir.
Laumonier fit une incision de 12 centimètres, parallèle au pli de l’aine, et mit à découvert une tumeur bleuâtre, fiuctuanie, adlié-
(1) « iMorbo nondum admodum proveclo, dum minor adliæsionis mctiis est cum vidnis, non lidetur impossibile lioc cum spe fclidsevenlus tentari poss«. » (Van Swieten, Comment in II. Boerhaave Aj)hor. r.iége, 1770, t. IV, § 1223.)
(2) Histoire de la Société royale de médecine, 1782, t. V, p. 296,
12 DE l’ovariotomie.
renie par sa partie inférieure, surmontée par une autre tumeur de la grosseur d’un œuf, formée par l’ovaire. La pression exercée sur la tumeur fluctuante qui étaitformée par la trompe fit sortir une petite quantité de pus parle vagin. On fendit celte poche fluctuante depuis la petite tumeur formée par l’ovaire jusqu’à l’endroit où la trompe s’unit à l’angle de la matrice, et l’on donna issue à une junte de fluide purulent, noirâtre, extraordinairement infect. L’ovaire ayant été considéré comme étant devenu squirrheux, fut détaché de la trompe, ce qui donna lieu à une hémorrhagie insignifiante.
On remplit ensuite la cavité de la tromj)e avec de la charpie imbibée d’un mélange de miel et de jaune d’œuf. L’appareil du pansement ayant été levé au troisième jour seulement, il s’échappa de la plaie cinq à six onces de matière sanieuse et infecte. Comme les intestins étaient enflammés et adhérents dans toute la circonférence de la tumeur avec la paroi abdominale, Laumonier voulut les décoller, j)our éviter, dil-il, les tiraillements douloureux que ces sortes d’adhérences occasionnent souvent après la guérison des maladies qui leur ont donné lieu; mais heureusement il éjn ouva une trop grande résistance, et la malade des douleurs trop vives, et il ne put exécuter son entreprise qui aurait été infailliblement suivie d’une péritonite mortelle.
Vers le seizième jour, la cavité de la tromjie était réduite à un volume à peu près égal à celui d’un œuf. Au bout d’un mois, la cicatrisation de la plaie était complète.
Celtoopéralion n’eut aucune perlée; elle fui classée parmi les cas curieux , et elle resta sans influence marquée sur la question de l’extirpalion des tumeurs des ovaires, car elle n’eut pas d’imitateurs.
En 1786, J. Hunier s’exprimait ainsi : « Au début de leur formation, on pourrait pratiquer l’extraction des hydalides de l’ovaire, car elles rendent la vie pénible pendant une année ou deux, et finissent par amener la mort. 11 n’y a aucune raison pour croire
que les femmes ne pourraient pas supporter l’extirpation des ovaires, aussi bien que les autres femelles d’animaux : il ne s’agirait que d’ouvrir la cavité abdominale, ce que l’on fait souvent sans inconvénient sur des sujets sains (1). »
Quelques années plus tard, Chambon (2) se montra partisan très-déclaré de l’extirpation des tumeurs ovariques. Il s’exprima même avec une étendue de vues et une conviction remarquables. « Je ne crois pas, dit cet auteur, que toute espèce d’adhérence fasse un obstacle à la castration. En considérant quelles sont les parties avec lesquelles les ovaires se réunissent d'une manière un peu fixe, on observe dans les dissections que c’est avec le péritoine, les ligaments larges, la trompe, son pavillon, le morceau frangé, quelquefois l’épiploon et les intestins. Lorsque la tumeur est immobile, on ne peut pas juger de l’étendue des adhérences et de la nature des parties ainsi agglutinées : on ne peut donc pas tenter une opération dont il a été impossible de prévoir les suites. Lorsque la tumeur est libre , l’opération ne présente pas de grandes difficultés et n’est susceptible d’aucun accident redoutable, car je suppose qu’on ne tente aucune espèce d’opération majeure dans un sujet dont le sang est vicié, la faiblesse extrême, etc. Les adhérences de la tumeur avec l’épiploon ne détruisent point sa mobilité, mais quand môme il s’en rencontrerait qu’on n’aurait
(1) Œuvres complètes, Irad. lUclielot. Paris, i839, t. I, p. 635.
(2) Chambon, Maladies des femmes. Maladies chroniquesà la cessation des régies. Paris, 1798.
pas pu jirévoir, faulG de signes cerlains pour les faire reconnaître, il n’y aurait aucun inconvénient à emporter le bord de l’épiploon, qui aurait contracté adhérence. L’union contre nature des intestins ou d’une portion d’intestin avec la tumeur ne contreindique l’opération que dans le cas où l’inflammation à la faveur de laquelle l’adhésion s’est contractée aurait été violente. Dans ce cas, la tumeur se colle fixement à toutes les parties voisines, et nous n’en proposons point l’extirpation ; car ces sortes d’adhérences sont non-seulement très-étendues, mais encore si fermes, que les organes réunis forment des productions, en quelque sorte de nouvelle création, par la consistance et l’épaississement qu’elles ac([uièrent. Il y a alors impossibilité d’enlever les parties malades; car, ou il faudiait faire la section dans la substance même de la tumeur à détruire, et, par conséquent, attendre les suites d’une su[)puration longue et périlleuse, ou emporter des organes trop adhérents à la tumeur, ce qu’on ne pourrait exécuter sans les plus grands périls pour les sujets opérés. Toutes les tumeurs des ovaires, soit squirrheuses, soit stéatornaleuses, cartilagineuses, pierreuses, charnues, les kystes contenant des liquides épais ou ténus, toutes ces tumeurs sont de nature à être opérées dans les circonstances dont j ai fait ci-dessus l’énumération. La même doctrine est applicable aux engorgements et à l’hydropisie des trompes. Il existe des tumeurs des ovaires qui, après avoir acquis un certain volume, ne prennent plus de nouvel accroissement. Quelques
squirrlies secomportenl de celle manière. Nous n’en proposons pas l’opéralion l:ml rpi’ils sont dans cel état d’inaction. Nous, sommes persuadé qu’il viendra un temps où celle opération sera étendue à des cas plus nombreux que ceux où nous i’avons pi 0[>osée, et qu’on ne fera jias de difficulté de la pratiquer (!].»
Kn 180S, d’Esclier ('2) exposa, d’après Thumin, un procédé opératoire consistant à faire une incision le long du bord externe du muscle droit, à détacher avec les doigts, ou même avec le bistouri, les adhérences qui peuvent exister, à extraire et à exciser la tumeur après avoir lié son pédicule, à placer le fil de la ligature à run des angles de la plaie dont les lèvres devaient être rapprochées et maintenues réunies par des compresses latérales et |tar un bandage de corps.
Toutes ces propositions, considérées comme téméraires par les chirurgiens renommés du commencement de ce siècle, restèrent stériles : il fallut môme attendre bien (les années encore jusqu’à ce que l’extirpation des tumeurs des ovaires, d’abord entreprise en Amérique, et déjà passée dans la pratique de quelques chirurgiens, éveillât quehpie attention en France et y rencontrât de rares imitateurs , quoique le docteur Chereau ne cessât dans ses nombreux travaux d’indiquer les résultats obtenus (3), et que dans ces derniers
(1) Chambon, loc, cit., cliap. XXXI.X, De l’exlirpalion des ovaires, passim.
(2) D'Esclier, Considérations médico-chirurgicales sur Vhydropisie enkystée des ovaires. Thèse, Monli)ellier, 1808.
(3) Voy. Journal des connaissances médico- chirurgicales , 184A ,
-16 DE l’ovariotomie.
temps le docteur Worms eût publié un mémoire très-
remarquable sur ce sujet (1).
La première extirpation d’un kyste de 1 ovaire a été entreprise par Mac Dowal (2), à Danville (Kentuky), en 1809. Ce hardi chirurgien exécuta, dit-on 13 opérations jusqu’à sa mort, en 1830, 8 fois avec succès.
Dans le premier cas, M‘Dowal fit parallèlement au muscle droit une incision qu’il fallut étendre jusqu’à 28 centimètres de longueur; mais la tumeur était si grande qu’elle ne put être extraite. Après avoir placé une ligature sur le pédicule, M‘Do’wal fendit la tumeur et en fît sortir 7 kilogrammes et demi d’une matière colloïde, puis il divisa le pédicule et put dès lors tirer du ventre une masse du poids de 3700 grammes. Pour faire écouler le sang qui s’était répandu dans l’abdomen, on inclina la patiente sur le côté, puis on plaça quelques points de suture et des bandelettes agglutinatives, après avoir disposé la ligature du pédidiculeà l’extémilé inférieure de la plaie. La guérison complète survint sans accident, quoique les intestins, qui s’étaient prolabés, fussent restés exposés pendant vingt-cinq minutes à l’air. L’opérée madame Crawford, vivait encore en 18/i5,
Quelque temps après, M‘Dowal entreprit une deuxième opération sur une négresse; mais, comme la tumeur ovarique avait contracté des adhérences
p. 228. Esquisse historique sur V ovariotomie ( Union médicale , 18Z|7), etc.
(1) VVoi’ins, De l extirpation des kystes de l’ovaire. Paris, 1860.
(2) Lizars, Observ. on êx'tract. of diseas. Ovar., 1825.
avec la vessie et l'utérus, il se contenta d’y faire une incision, qui donna issue à un liquide gélatineux. La cavité abdominale fut débarrassée d’une assez grande quantité de sang, qui s’y était écoulé malgré tous les soins; la réunion fut opérée comme dans le premier cas, et la plaie ne tarda pas à guérir. Au bout de six ans, la tumeur reprit son volume primitif, et la malade succomba aux suites de l’affection.
En 1816, M‘Dowal pratiqua encore une fois l’extirpation d’une tumeur ovarique très-mobile, du poids de 3 kilogrammes, chez une négresse. 11 fallut faire une incision étendue du pubis à 6 centimètres audessus de l’ombilic. Il réussit à extraire ainsi une tumeur en grande partie compacte « squirrheuse » de l’ovaire gauche, dont le pédicule avait été lié préalablement comme dans le premier cas, La tumeur fut excisée. La ligature tomba seulement cinq semaines après, et l’opérée put reprendre ses travaux habituels.
Dans une quatrième opération, en 1817, la ligature du pédicule s’échappa, et il en résulta une hémorrhagie grave, dont les suites devinrent mortelles.
Dans un cinquième cas, en 1818, il existait des adhérences étendues qui rendirent l’opération trèslaborieuse. L’opérée mourut le troisième jour de péritonite.
Ces résultats attirèrent l’attention, et bientôt d’autres chirurgiens américains tentèrent la môme voie. En 1822 , N. Smith (Ij du Connecticut , réussit à
(1) Case of ovarian dropsy successfully removed by a surgical operation, dans The Edinburgh med. and surg. Juurn., 1822 ; id. , dans
The Amer ic. med, recorder., Philadelphie, t. V, 1822, n. 17.
KŒBERLÉ. 2
-J 8 de l’ovariotomie.
oxtrsirOj 3U tnoyon d uog incision do 12 conlimètros, un kyste qui avait contracté des adhérences à la paroi abdominale et à Tépiploon, et qui contenait trois litres et demi de liquide brunâtre. N. Smith se contenta de maintenir la réunion avec des bandelettes agglutinatives et un bandage de corps. Aucun symptôme défavorable ne se produisit après l’opération; mais, après la chute de la ligature, il se forma un abcès que l’on ouvrit. Au bout de trois semaines, l’opérée, âgée de trente-trois ans, était capable de se tenir debout et de marcher; depuis, la guérison s’est confirmée.
Dans une autre opération, N. Smith, ayant rencontré de fortes adhérences, se contenta de vider le kyste. La malade se rétablit, mais le kyste se remplit de nouveau (1).
En 1823, G. Smith opéra une négresse. On fit une incision étendue du pubis à l’ombilic. Le kyste ayant été ouvert, son contenu fut évacué, la tumeur fut excisée après la ligature du pédicule. L’opérée était en voie de guérison le vingt-cinquième jour (2).
Pendant une vingtaine d’années encore, peu d’opérations de ce genre paraissent avoir été entreprises; mais vers 18i0, leur nombre augmenta rapidement.
MM. Atlee, Peaslee, Duulap sont les chirurgiens qui ont fait le plus grand nombre d’opérations et avec le plus de succès.
(1) N. Smith, JUed. and turg. Memoirs, p. 231.
(2) North Americ. med. and. surg. Journal, Jantier 1826.
APBRÇU HISTORIQUE, 19
C’est on 18»23, que Lizars (1), professeur d’anatomie et de physiologie à Édiinbourg, tenta d’introduire la pratique de l ovariotoinie en Angleterre ; mais ses débuts ont été malheureux.
Dans le premier cas, il y eut une erreur de diagnostic : il n’existait pas de tumeur. Une femme, âgée de vingt-sept ans, dont le ventre était Irès-tuméflé, éprouvait des douleurs très-vives dans le côté gauche, où l’on avait ouvert avec la lancette, deux mois et demi auparavant , une petite tumeur mobile considérée comme un abcès lombaire : l’incision avait donné issue à une grande quantité de sérosité, sans que toutefois le volume du ventre eut diminué. Depuis, elle avait été ponctionnée deux fois, par deux des médecins les plus habiles d’Édimbourg, qui croyaient à une affection ovarique. Lizars entreprit la gastrotomie dans le but d’extirper la tumeur supposée : il fit une incision étendue depuis 6 centimètres de l’appendice xiphoïde jusqu’au pubis, dans toute l’éppisseur de la paroi abdominale, tandis que l’on cherchait en vain à maintenir les intestins qui firent irruption au dehors. A son grand étonnement Lizars ne trouva pas de tumeur, mais seulement une petite saillie molle, d’un très-petit volume, à côté de la symphyse sacro-iliaque. La matrice et les ovaires étaient parfaitement sains. On se hâta de faire rentrer les intestins et d’opérer la réunion
(l) Lizars, Observations on Extraction of diseaded avaria, 1825, in-fol.; id., dans The Edinburgh med. and surg. Journ., n°LXXXI, 1825; R. Lee, Med. chir. Transact. t. XXXIV, p. lü.
20 DE l’ovariotomie,
de l’énome incision qui avait été pratiquée, à l’aide de points de suture et de bandelettes agfjlutinatives. L’opérée se rétablit rapidement. Lizars explique son erreur par l’obésité, par la dilatation des intestins sous l’influence des gaz, et par la saillie prononcée de la partie lombaire de la colonne vertébrale que présentait la femme opérée (1).
En 1825, dans le deuxième cas, les deux ovaires étaient malades et Lizars ne put en enlever qu’un seul; il existait de l’ascite; la malade, âgée de trentesix ans, se rétablit aussi au bout de trois mois.
Dans le troisième cas, une tumeur du poids de sept livres, très-adhérente, put être extraite, mais l’opérée, âgée de vingt-cinq ans, succomba.
Enfin, dans une quatrième opération, il existait une tumeur fibreuse de la matrice, très-vasculaire, adhérente à l’épiploon. Cette tumeur ne fut pas enlevée; la malade se rétablit et vécut encore vingt-cinq ans.
Vers la même époque, Granville fit aussi deux tentatives malheureuses, et l’on opéra à Guy’s Hospital une jeune femme qui n’offrait aucune tumeur, mais qui se rétablit heureusement. Ces résultats ne pouvaient guère encourager les chirurgiens anglais. Cependant, en 1835, Jeaffreson, de Framlingham, plus heureux, réussit à pratiquer avec succès l’extirpation d’un kyste à deux loges, contenant environ six litres de liquide, au moyen d’une incision de dix à douze lignes (3 centimètres) seulement. Néanmoins on con-
(1) Edinburghmedic.and surg. /ournoi. octobre 1824.
APERÇU HISTOKKU'E.
linua a resier dans une réserve prudenlc jusqu’en l8/i0. A partir de celle époque, MM. C. Clay, Bird, Walne, I.ane, etc., oblinrenl des succès remarquables, et parvinrent à fixer l’attenlioti par leurs tentatives hardies. Depuis, MM. B. Brown, S. Wells, J. Clay, T. Smith, Humphray, Fergusson, Keith, Hutcbinson, Simpson, etc., pour ne citer que les noms les plus connus, sont successivement venus renforcer leurs rangs et concourir avec eux, après bien des luttes, à faire adopter en Angleterre l'ovariotomie au nombre des opérations légitimes. C’est surtout depuis 1858, époque à laquelle l’ovariotomie a été proscrite en France à l’Académie de médecine, que cette opération est devenue de plus en plus populaire en Angleterre. Dès lors, la proportion des succès tend beaucoup à augmenter, parce que les indications de l’opération sont mieux comprises; les malades s’y soumettent plus volontiers et n’attendent plus à la dernière extrémité ; enfin le manuel opératoire et le traitement consécutif ont reçu des perfectionnements importants.
Fn Allemagne, de même qu’en France, l'ovariotomie a été longtemps repoussée par les chirurgiens en renom, quoique du reste elle ait été pratiquée dès 1819. Poursuivie par les sarcasmes de Dieffenbach, à la suite des échecs de ce chirurgien, elle fut plus lard pratiquée assez activement, puis elle tomba en discrédit complet.
Chrysmar (1 j, d’Isny (Wurtemberg), opéra en 1819
(1) Journ. der Chir. und Augenheilkunde, de Hopfer, v. Græfe, Walter, t. XII, p. 62 et suiv.
DE l’oVAKIOTOMIE.
une femme âgée de quarante-sept ans, qui était affectée d’une tumeur de Tovaire gauche, compliquée d’ascite. Cette tumeur pesait près de â kilogrammes, elle avait contracté des adhérences avec la grande courbure de Testomac et avec le côlon transverse^ Il fallut faire . une incision étendue du pubis à l’appendice xiplioïde. L’opérée succomba trente-six heures après l’opération, à une gangrène de l’intestin.
En 1820, Chrysmar extirpa, chez Une femme âgée de trente-huit ans, une tumeur ovarique d’un poids de li kilogrammes, sans aucune adhérence. L’opérée guérit au bout de sept semaines; elle devint grosse deux ans après et accoucha heureusement à terme. La même année, Chrysmar opéra une malade âgée de trente-huit ans, d’une faible constitution et affectée d’une maladie chronique du foie avec de l’ascite. Quoique le pronostic fut très-défaVorable, il finit par céder aux instances de la malade pour la débarrasser d’une tumeur ovarique du poids de 3 kilogrammes, qui avait un pédicule très'-épais. Des lipothymies répétées eurent lieu après l’opération, et la malade expira trente-six heures après , par suite d’une péritonite gangréneuse.
En 1821, Dzondi (1) entreprit une gastrolomiô, au moyen d une incision de la ligne blanche, dans un cas de tumeur abdominale mobile; mais il laissa cette tumeur intacte en s’apercevant qu’elle dépendait de
(1) Âesculap, Zeitschrift der Vervollk. der Heilki geiüidm. v. Prof. Dzondi^ Leipzig, 1821, 11, 1,
l’ovaire. La plaie guérit par première intention. La malade ayant succombé à une entérite, Dzondi put constater à l’autopsie que la tumeur qui provenait de rovaire avait un pédicule à peine gros comme le pouce, et qu’il aurait été facile de le lier et de le sec tionner.
En 1824, un chirurgien dont le nom est resté inconnu, fit encore une tentative malheureuse sur une femme âgée de quarante ans, malade depuis cinq mois, affectée depuis cette époque d’une tumeur qui avait pris un' accroissement très-rapide, et qu’on avait été obligé de ponctionner à plusieurs reprises. Le pédicule était épais, et l’on ne put extraire que partiellement le kyste. L’opérée succomba le sixième jour après l’opération (1).
Dieffenbach (2), en 1826, tenta l’extraction d’une tumeur abdominale très-mobile supposée ovarique, chez une femme polonaise âgéedequarante-quatreans. Il pratiqua sur la ligne blanche une incision étendue depuis 9 centimètres au-dessus de l’ombilic jusqu’à 15 centimètres au-dessus du pubis. La tumeur offrait une base très-large ; elle fut incisée; il en résulta une hémorrhagie très-forte, qu’on eut beaucoup de difficultés à arrêter. La plaie fut fermée par six points
(1) Voy. Froriep’s, Notizen, t. XIV, n® l^i.
(2) IXüsVa, Magazin fur die gesammte Ueilk., t. XXV, I. 2, p. 349. — Sacclii a (lil de celte opération, d’après le compte rendu des ^rcA. gén. de'méd., t. XX, p. 92: «Ildottore Dieffenbach di Berlino eslirpo un’ovaja con felicissimo esito in una donna di 40 anni.» (Omodei, Annali univ. di med.^ t. LXIll, p. 326.)
24 DK l’ovariotomie.
de suture. Quelques semaines après, la malade était
rétablie.
En 1828, Martini tenta encore une opération qu’il laissa inachevée, et aux suites de laquelle la malade succomba, par hémorrhagie, au bout de trente-six heures. La tumeur contenait un litre de sérosité et avait le volume d’une tête d’homme (1).
Enfin llitter opéra, en 1828, une femme âgée de trente et un ans, trois mois et demi après sa cinquième couche. Il existait de l’ascite. La tumeur avait contracté de nombreuses adhérences. La ' réunion fut opérée au moyen d’un bandage. La plaie donna issue, après l’opération, à beaucoup de sérosité sanguinolente. Il survint du délire qui se prolongea pendant huit jours, jusqu’au moment où il se vida tout à coup par la plaie une collection purulente. A partir de là, la fièvre tomba. La guérison de la malade marcha rapidement ; elle était complète au bout de deux mois (2).
Jusqu’en 1850, sur environ vingt cas d’opérations terminées, on ne compte guère que trois guérisons ; et, sur huit tentatives d’opérations qui restèrent inachevées, cinq opérées succombèrent.
Langenbeck, Knorre, v. Kiwisch, Heyfelder, v. Siebohl, V. Scanzoni, donnèrent momentanément une certaine impulsion à l’ovariolomie, mais les déplorables résultats de leurs opérations découragèrent tellement
(1) Rusi’s, Magaz. fur die gesammte lleilk. Berlin, 1828, l. XXVII, n» 3.
(2) llauplsanüœtsbericht von Tyrolu .Vorarlberg, 1828; id., Neue med. Jahrb. des K. h. OEstereich. Staates, t. XL
les médecins allemands que , depuis 1856, aucune opération ne paraît plus avoir été pratiquée jusqu’à présent en Allemagne.
De huit opérations connues du professeur Langenbeck, de Berlin, deux seulement ont été suivies de succès, et encore, dans l’un des cas (5 novembre 1852), il y avait encore de la suppuration au bout de deux mois. La seule des cinq opérées de v. Kiwisch, qui échappa à la mort, guérit malgré les circonstances les plus étranges. C’était une jeune fille de dix-neuf ans (28 juillet 1850), à laquelle V. Kiwisch fit une incision de 2/t centimètres de longueur. Le kyste était multiloculaire , sans adhérence et contenait 7 kilogrammes de liquide. Les intestins firent hernie à plusieurs reprises; il s’écoula une assez grande quantité de sang et de liquide dans la cavité abdominale, en même temps qu’il y pénétra de l’air. Un liquide, d’apparence purulente, pénétra dans le bassin. La patiente fut tournée sur le ventre pour faire écouler les liquides. Tous les intestins sortirent alors. Néanmoins, l’opérée guérit au bout de cinquante-neuf jours.
C’est en \8lill seulement que l’ovariotomie reparut en France, encore en quelque sorte par hasard, dans un cas de tumeur abdominale compliquée d’ascite. L’extirpation de la tumeur, dont le diagnostic n’avait pu être déterminé, a été entreprise témérairement à la demande de la malade par un simple médecin de campagne, le docteur Woyeikowski , de Quingey iDoubs). La réussite de cette opération démontre une fois de plus que le succès favorise quelquefois les
26 DK l’ovariotomie.
entreprises RudaciGUses : Audaces foî'tuuajuvat, timidosque repellil. La même année, le professeur Rigaud tentait à Strasbourg une opération laissée inachevée; quoique le cas, très-analogue au précédent, paraisse avoir présenté des conditions beaucoup plus favorables, la malade succomba. L’intérêt qui s’attache à ces premières tentatives m’engage à les rapporterai extenso.
Voici l’observation de M. Woyeikowski ;
Le 27 avril iStik, je fus appelé à Monlforl pour accoucher madame Replumard. La sage-femme me donna les renseignements suivants : après quelques douleurs, les eaux s’élaient écoulées en petite quantité; aussitôt après, issue par les parties génitales d’une tumeur charnue assez volumineuse, remplissant le vagin, et empêchant de reconnaître la position de l’enfant. Les douleurs maintenant étaient très-faibles et irrégulières. Je questionnai à mon tour la malade : elle était âgée de quarante ans, mère de trois enfants; les règles sont supprimées depuis quinze mois; dès cette époque, envie de vomir, dégoût pour les aliments, et, en un mot, mômes symptômes que dans les grossesses précédentes. Le neuvième mois n’ayant rien amené, deux médecins lurent consultés ; ils pensèrent à la possibilité d’une grossesse extra-utérine , mais sans se prononcer et sans rien prescrire. J’examinai alors les parties génitales: la tumeur annoncée par la sage-fémnie n’étalt autre que la matrice triplée de volume et dont l’orlfice admettait le doigt. Je ne puis la réduire. Abdomen très-distendu par un amas considérable de liquide et très-sensible au toucher, La paracentèse, pratiquée aussitôt, donna issue à 35 litres d’un liquide jaunâtre, transparent, inodore; je découvris alors une tumeur grosse comme une tête d’adulte, arrondie, bosselée, flottant au-dessus du détroit supérieur et parfaitement indolente. La malade demandait qu’on l’en débarrassât. Tous les autres organes étaient sains.
Réduction facile de l’utérus ; itipos au lit; diète sévère jusqu’au
lendemain. Consultation avec les deux confrères qui avaient vu madame Replumard au neuvième mois. Le diagnostic était embarrassant; mais, considérant la rapidité de la marche du mal et l’imminence d’une terminaison funeste, n’ayant d’ailleurs aucune ressource à proposer, nous pratiquâmes sur-le-champ la gasiroloraie, le 1" mai.
La malade, étendue dans un fauteuil, je me mis à sa droite, un genou en terre, mes aides convenablement placés; avec un bistouri convexe j’incisai la peau depuis trois travers de doigt au-dessus de l’ombilic jusqu’au pubis.
incision des couches sous-cutanées jusqu’au péritoine exclusivement, ce qui fut facile.
Ponction du péritoine à l’angle supérieur de la plaie; intCoduction du doigt, puis d’un bistouri boutonné, et division de la séreuse de bas en haut. Aussitôt issue d’au moins 30 (?) litres (l) d’uii liquide transparent, jaunâtre, inodore.
Le grand épiploon et l’intestin grêle s’échappent jusque sur les cuisses de la malade; ils sont réduits et maintenus à l’aide d’une serviette enduite de cérat. On voit alors un corps arrondi, bosselé, dur au toucher, flottant dans le grand bassin, adhérent au côté droit de l’utérus, près de son fond, par un pédicule d’un demi-pouce de diamètre et de trois pouces de longueur. Ponction exploratrice ; sensation analogue à celle que donnerait une incision dans du vieux lard. Il s’agissait donc d’une tumeur ovarique squirrheuse. Un des aides la saisissant à deux mains la souleva, et je portai une ligature" sur le pédicule, le plus près possible de la matrice. Le fil, ramené à l’intérieur, le pédicule fut tranché d’un coup de bistouri.
Réunion de la plaie par six points de suture enchevillée; la malade replacée au lit, sur le dos, jambes etcuis.ses fléchies. Embrocations d’eau froide renouvelées toutes les cinq minutes ; diète sévère; limonade. L’opération avait duré huit minutes (?). La tumeur pesait six livres et demie ; elle était régulière, bosselée à l’extérieur ; la trompe et son pavillon y adhéraient. Tissu lardacé, jaune, très-
(1) Il se serait ainsi reproduit près de 30 litres en quatre jours (?).
28 DE l’ovariotomie.
rési.stant; dans son intérieur quelques pelüs foyers de suppuration (?).
Le lendemain 2 mai, apyrexie; point de douleurs abdominales; légère tuméfaction autour de la plaie. Mêmes prescriptions. Le 3, état général tout aussi satisfaisant; augmentation du gonflement des lèvres de la plaie ; sommeil paisible. La malade demande quelques aliments qui sont refusés. Le k, suppuration de bonne nature; bientôt, la ligature du pédicule tombe, la plaie se cicatrise, et, le vingt-cinquième jour, l’opérée se promène dans le village avec une ceinture comme en portent les femmes enceintes. Quatre mois après, grossesse et accouchement à terme d’un garçon qui vient fort bien. Nouvelle grossesse en 18ô6, et nouvel accouchement heureux d’un enfant mâle (1). »
L'opération, pratiquée par M. Rigaud, a eu lieu le 23 juillet ISkk chez une femme âgée de trente-deu.v ans, qui présentait une quantité de sérosité assez •considérable dans la cavité péritonéale, où se trouvait en même temps une tumeur ronde, globuleuse, étendue du pubis à l’ombilic, et que l’on pouvait facilement déplacer en entier.
« M. Rigaud s’arrêta à l’idée opératoire suivante : Une incision d’une petite étendue sera faite sur la ligne blanche, à partir de quelques centimètres au-dessus du pubis. Le péritoine ouvert, le doigt sera porté dans la cavité abdominale pour reconnaître si la tumeur est ou non pédiculée. Dans le premier cas, l’incision sera prolongée jusqu’à 1 ombilic; dans le second, on se contentera, après avoir laissé couler le liquide de l’ascite, de ponctionner le kyste.
» Incision de 5 centimètres. Une grande quantité de liquide incolore s échappe, en même temps qu’une membrane, en forme de poche remplie de liquide incolore, se présente entre les lèvres de la plaie. Le doigt ne pouvant passer entre la tumeur et le pubis, fait
(1) Revue médico-chirurgicale. Paris, 1847, t. 1, p. 359.
croire à la posssibilité d’adhérences à ce point. Il n’y a donc plus lieu de penser à l’extirpation. Le kyste multiloculaire est ponctionné; il s’écoule par la canule un liquide incolore, fdant, semblable à du blanc d’oeuf.
» La canule est laissée en place ; la plaie est nettoyée et soutenue par un bandage de corps, et la malade est -reportée dans son lit. Le lendemain, soif, pouls d’abord subfréquent, puis très-fréquent.
a Le troisième jour, vomissements, pouls fréquent, soif ; ventre peu douloureux.
» Le quatrième jour, pouls presque insensible, extrémités froides, ventre indolore. Mort. — Autopsie. Péritonite. Tumeur développée dans l’ovaire gauche, libre de toute adhérence, du poids de U kilogrammes environ. Le pédicule de la tumeur est long de 12 à 15 centimètres, peu épais, formé par deux lames péritonéales adossées, contenant dans leur épaisseur la trompe de Falloppe, quelques vaisseaux et le ligament rond (?). Il eût donc été possible de l’étreindre par deux ou trois ligatures. A la lame postérieure de ce pédicule adhérait, dans la fosse iliaque gauche, une anse intestinale (1). »
L’opération suivante, due à M. Vaullegeard, de Condé-sur-Noireau (Calvados), exécutée avec une habileté remarquable et avec un courage étonnant pour l’époque, dans un cas de kyste multiloculaire compliqué d’une ascite très-grave, est des plus intéressantes par ses résultats,. Les circonstances se prêtaient heureusement à une réunion immédiate; l’ascite ne se reproduisit pas et la guérison survint d’une manière rapide.
« Une fille, âgée de vingt-cinq ans, s’était aperçue depuis cinq ans de l’augmentation du volume de son ventre. Menstruation d’abord irrégulière, puis supprimée. Ponctionnée la quatrième année
(1) Gazette médicale. Strasbourg, 1852, p.û22.
30 DE l’ovariotomie.
de la maladie, l’asclte donna issue à 25 litres de sérosité ascitique, et l’on constata, dans la fosse iliaque gauche, une tumeur ovarique de la grosseur du poing. Les moyens nombreux et variés employés pour combattre l’ascite échouent; environ vingt jours après la première ponction, il fallut en pratiquer une seconde, et cette ponction devint bientôt nécessaire tous les dix-huit à vingt jours, et même plus tard tous les quinze jours. Pendant près de trois ans, l’état de la malade, supportable encore, n’avait pas exercé une grande influence sur le reste de l’économie; mais, depuis deux ou trois mois surtout, la tumeur qui, après chaque ponction se manifestait plus volumineuse, avait pris un développement plus rapide, en même temps qu’elle était devenue douloureuse et s'étendait de la fosse iliaque gauche ù l’hypochondre droit ; les forces déclinaient et l’émaciation allait en augmentant. L’exhalation séreuse était telle, que le volume du liquide obtenu par chaque ponction équivalait régulièrement à 2 litres par vingt-quatre heures. On avait pratiqué, jusqu’au moment de l’extirpation de la tumeur, 52 ponctions, chacune ayant fourni 25 à 30 litres de sérosité. Soif ardente; urine de plus en plus rare.
Le 15 septembre 1847, la malade ayaqt été éthérisée, M. Vaullegeard pratiqua une incision de 12 centimètres de longueur de l’ombilic vers le pubis, et, après l’évacuation d’une grande quantité de sérosité ascitique, reconnut que la tumeur dépendait de l’ovaire, qu’elle était libre d’adhérence et qu’elle offrait un pédicule de 10 à 12 centimètres de longueur. La tumeur n’ayant donné issue qu’à une petite quantité de liquide à travers une ponction faite au moyeu d’un trocart, elle fut incisée et vidée à pleine main d’unp partie des kystes innombrables qu’elle contenait, et put dès lors être extraite à travers l’incision de la paroi abdominale qui, néanmoins, dut être prolongée de 4 centimètres au-dessus de l’ombilic.
Le pédicule ayant été entouré d’une double ligature, fut eqsuite divisé. L’opération fut alors interrompue pendant vingt minutes, parce que la malade se trouvait dans un grand état de faiblesse; mais elle se remit promptement après qu’on lui eut fait prendre quelques cuillerées de vin chaud et sucré. On réunit la plaie au
moyen de deux points de suture encjievillée, et l’on disposa les ligatures du pédicule à l’angle inférieur de la plaie laissée ouverte sur une longueur d’un centimètre.
La tumeur, avec les parties qui en avaient été extraites, pesait environ 8 kilogrammes.
Dès le jour même de l'opération, la soif cesse et l’urine devient plus abondante. Il ne survient aucune réaction fébrile. La nuit est bonne et accompagnée de quelques heures d’un sommeil calme. Les jours suivants, étal aussi satisfaisant; urines plus abondantes. Aucun symptôme de péritonite ni d’épanchement. Évacuations alvines régulières après le quatrième jour. Les jours suivants, amélioration du pouls, à 102. L’appareil est levé le septième jour seulement, et l’on trouve la plaie abdominale cicatrisée de la manière la plus complète et la plus régulière. La partie inférieure de la plaie laisse sortir un liquide séro-purulent, assez fétide, qui s’était accumulé autour des ligatures. La lièvre disparaît complètement et le pouls retombe à 70 pulsations. La suppuration ne tarda pas à diminuer et à être remplacée par un pus louable, peu abondant, et fétide seulement par intervalle. Le vingt-cinquième jour après l’opération, la guérison pouvait être considérée comme complète » (1).
La menstruation reparut quelques mois après l’opération, et la jeune fdle recouvra une santé Qorissante: elle mourut cinq ans plus tard d’une lièvre miliaire (2).
Avant ma première opération d’ovariotomie (juin 1862), l’extirpation des kystes de l’ovaire était retombée dans un discrédit complet, que les malheureuses et nombreuses tentatives du professeur Nélaton auraient certainement augmenté encore depuis, ainsi qu’il en est advenu en Allemagne, à la suite des déplo-
(1) Résumé d’après le Journal des connaissances méd.-chir,, 18/i8, p, 22Z».
■(2) Communication manuscrite de M.le docteur Vaullegeard.
32 DE l’ovariotomie.
râbles opérations du professeur Langenbeck, de
Kiwisch, etc.
Depuis le remarquable succès obtenu par M. Vaullegeard, sur huit opérations consécutives on n’a plus enregistré que des insuccès, quoiqu’elles aient été pratiquées par MM. Bach(l), Maisonneuve (2), Herrgott et Michel (3), Jobert (/i), Boinet (5), Kichard (6), Demarquay (7) et Sédillot(8).
« Au point où en sont les choses, a dit M. Ollier, il ne faut pas s’engager sans mûres réflexions dans une pareille entreprise. Deux insuccès récents, les opérations de MM. Richard et Demarquay, paraîtront aux indifférents, et surtout aux adversaires de Tovariotomie, de mauvais arguments en faveur de cette opération. Un nouvel échec pourrait rejeter bien loin le triomphe des partisans de l’ovariotomie. Ils obtiendraient même plus difficilement cette attention bienveillante que le public médical leur accorde aujourd’hui. Ils risqueraient enfin de succomber encore une fois devant ces oppositions plus sentimentales que
(1) Gaz. méd. de Strasbourg, 1852, p. Zi2üi.
(2) Mai.sonneuve, Des opérations applicables aux maladies de l ovaire. Thèse, Paris, 1850, ex Bulletins de la Soc. de chir. de Paris, t. I, 1851, séance du 20 décembre 1848.
(3) Gaz. méd. de Strasbourg, 1859, p. 31.
(Zi) Bull, de l’Acad. de méd., 18 novembre 1856, t. XXII, p. 142.
(5) Gaz. hebd. de méd. et de chir. (Soc. de chir., 27 novembre 1861), 1861, p. 787.
(6) Gaz. hebd., 1862, p. 105.
(7) Gaz. méd. de Paris, 1862, p. 529.
(8) Fingaud, Des indications et contre-indications de l’ovariotomie. Strasbourg, 1863.
rationnelles, qui se sont produites il y a six ans. Il y a donc de graves intérêts engagés dans la prochaine tentative qui se fera, l.e chirurgien ne devra pas oublier qu’il y va non-seulement de la vie de la malade, mais de l’adoption ou du rejet momentané de la méthode, et, par suite, delà vie d’un grand nombre de malades pour lesquelles l’art ne peut rien aujourd’hui (l).»
Depuis, un grand nombre d’opérations ont été entreprises , mais malheureusement sans beaucoup plus de succès, surtout à Paris, où l’on n’a obtenu qu’une guérison sur environ six cas, tandis qu’en province le nombre des guérisons a été égal à la moitié des opérations entreprises, et que mes opérations ont fourni trois quarts de guérisons. Aujourd’hui , ceux qui étaient systématiquement opposés à l’ovariotomie se targuent des revers accidentels et des maladresses de quelques chirurgiens, pour condamner de nouveau l’opération, au lieu de s’en prendre aux opérateurs et aux conditions dans lesquelles se trouvaient les malades. Tel était aussi l’état des esprits en Angleterre avant IS^iO; mais, «dans ces derniers temps, a dit M. B. Brown, les hommes (jui s’étaient le plus opposés à cette opération, comme étant à leurs yeux quelque chose de barbare et qu’on no devrait pas permettre, en sont soudainement devenus les plus chauds partisans. Ceci m’encourage à espérer que ceux aussi qui sont encore opposés à l’opération deviendront convaincus de sa nécessité et de sa haute importance par
(1) Ollier, De l’ovariotomie. Paris, 1862.
KOEBERLÉ. 3
,'i/l ÜK l’ovariotomie.
îes efforts des praticiens qui exécutent rovariotomie, et qui soumettent avec franchise et sans réserve leur entière expérience à l’appréciation des hommes de l’art (1). »
Dans rinde, une ovariotomie a été pratiquée avec succès en 18G0 sur une femme âgée de vingt-quatre ans, des côtes de Malabar, par Mootoosawmy Moodelly, à Tanjore, dans un cas de kyste multiloculaire volumineux, ayant exigé une incision de 18 centimètres de longueur. L’opérée guérit malgré une dysenterie grave dont elle fut affectée dans le cours de la convalescence (2).
Le professeur Krassowski (de Saint-Pétersbourg) a pratiqué avec succès, en 1863, la première opération d’ovariotomie exécutée en Russie, chez une fille âgée de vingt-cinq ans, affectée d’un kyste multiloculaire, sans adhérences, au moyen d’une incision de 12 centimètres (3).
Ces opérations, pratiquées dans des conditions et dans des climats les plus variables, démontrent que le traitement des tumeurs des ovaires par l’extirpation mérite d’étrc pris en sérieuse considération.
Les insuccès et les opérations inconsidérées ou témérairement entreprises, ne sauraient faire rejeter un procédé opératoire, qui est un des plus beaux titres de gloire de notre époque chirurgicale.
(1) Labalbary, Des kystes de l'ovaire. Paris, 1862.
(2) Medical Times and Gaz., 1861, 1. 1, p. /i50.
(3) Detersbiirger med. Zeitschrift. 1863.
STATISTK>UK-