Dyspnée. Le pigeon refuse la nourriture
8. Le phosphore ne dépasse plus le niveau de l’eau; très-peu d’ozone. Aussi l’animal est beaucoup moins souffrant.
Le 10, il est assez bien; mais sa respiration reste fréquente. — Peu d’ozone.
Le 12, il dévore avec avidité la nourriture qu’on lui apporte ; mais il a toujours un peu de gêne dans la respiration. — On remet du phosphore, et à trois heures du soir on trouve le pigeon mort.
Autopsie. — Gésier rempli de grains. Estomac presque vide. — Trachée pâle, sans trace d’injection, ne renfermant qu’un peu de muco-
feité spumeuse. — Poumons volumineux, complètement adhérents et portant une impression profonde des côtes. A la partie supérieure, il reste quelques lobules roses et crépitants ; le reste est friable, ne renferme plus d’air et a, en général, une couleur brune, très-foncée. Quelques lobules tranchent par leur couleur rouge-brique. Toute la surface des poumons est parsemée de petits points jaunes, faisant relief; en les incisant, il s’en écoule un pus épais et crémeux. La section du poumon donne issue à du sang et à de la sérosité ; dans les petites bronches , on trouve un mucus blanc et spumeux. — Pneumonie lobulaire à différents degrés, en partie suppurée. Bronchite capillaire.
En somme, nos expériences montrent que l’ozone à forte dose (1/2000 peut-être) produit rapidement un engouement pulmonaire mortel. A dose plus faible, mais longtemps continuée, il provoque des bronchites intenses et des pneumonies. En graduant davantage encore son action, on arriverait sans doute à produire des tubercules pulmonaires. Le sang des animaux tués par l’ozone offre une grande richesse en fibrine, et sa couleur noire indique qu’il s’y passe une oxydation active.
La grande résistance des oiseaux à l’action délétère de l’ozone est très-remarquable ; car d’ordinaire ils succombent beaucoup plus vite dans un air vicié que les mammifères. Cela prouve une fois de plus que l’ozone 11e tue pas par privation d’oxygène, mais bien par un excès d’oxygénation. Or, chez les oiseaux cette fonction est beaucoup plus active à l’état normal que chez les mammifères; il est donc tout naturel qu’ils résistent mieux que ces derniers à l’ozone. D’ailleurs, ne sont-ils pas destinés à vivre dans les régions élevées de l’atmosphère, c’est-à-dire dans un milieu qui contient toujours une forte proportion d’ozone ? Ils ne doivent donc pas être très-sensibles à son action.
On n’a pas encore observé sur l’homme les effets d’une forte quantité d’ozone. Cependant dans les fabriques d’allumettes chimiques on en aurait sans doute l’occasion. Tous les auteurs sont d’ailleurs d’accord pour dire que les ouvriers de ces fabriques sont sujets à de fréquentes bronchites et à la phthisie, et probablement que l’ozone doit en être accusé.
M. le docteur Clemens, de Francfort ( Wirk . der das Ozon zerst. Gase, loc. cit.), a pu faire la contre-épreuve de nos expériences sur lesanimaux. Il est médecin d’une fabrique dans laquelle vingt à trente ouvriers sont occupés à distiller du goudron de houille pour en extraire de la naphtaline.
Pendant cette préparation , il s’échappe de grandes quantités d’hydrogène sulfuré, d’hydrogène carboné et d’ammoniaque, gaz qui détruisent l’ozone. Aussi, dans l’enceinte de la fabrique, il n’a jamais pu découvrir trace d’ozone dans l’air, tandis qu'au dehors il y en avait souvent beaucoup.
Les ouvriers travaillent ordinairement dans des ateliers ayant de 30 à 35° de chaleur, et sont, par conséquent, exposés à des changements de température très-brusques, surtout en hiver. Eh bien, malgré ces conditions défavorables, M. Clemens n’a eu* à traiter dans le cours de trois années (1846-1 849), en fait d’inflammations des voies respiratoires, que quatre angines catarrhales, et voici dans quelles circonstances : quatre ouvriers, après cinq semaines de séjour continu dans la fabrique, allèrent passer le dimanche à quelques lieues de là dans leur famille. 11 y avait ce jour-là beaucoup d’ozone dans l’air. Le lundi ils revinrent tous affectés d’angine.
Il paraît donc que les vapeurs de goudron, d’ammoniaque, d’hydrogène carboné, etc., quelque irritantes qu’elles soient, préservent des affections pulmonaires. Maintenant est-ce uniquement par destruction de l’ozone qu’elles préservent? C’est ce que nous ne voudrions pas affirmer.
M. Clemens rapporte encore dans son mémoire, que, vers la fin de juin 1849, onze chevaux de selle de Francfort contractèrent des pneumonies pour avoir couru contre un vent du sud très-fort et très-riche en ozone. La plupart moururent.
Le docteur Spengler (loc. cit.) a observé, en janvier 1847, une épidémie de grippe très-intense dans un village du Mecklembourg. Tous les habitants, à peu d’exceptions près, en furent affectés à des degrés
variables; un certain nombre d’enfants et de vieillards moururent. Il y avait beaucoup d’ozone dans l’air pendant la durée de l’épidémie.
D’autres auteurs parlent aussi d’épidémies de grippes coïncidant avec une forte ozonisation de l’atmosphère; mais c’est en termes trop vagues pour que nous puissions nous y arrêter.
M. Schifferdecker est le premier qui a publié une statistique de toutes les maladies d’une année, mises en regard avec l’ozone. Un certain nombre de médecins deKœnigsberg se sont entendus pour noter exactement l’époque d’invasion des maladies qu’ils étaient appelés à traiter, et c’est à l’aide de ces données que M. Schifferdecker a construit ses tableaux statistiques. On n’y trouve pas une coïncidence bien rigoureuse entre les maladies des voies respiratoires et la quantité d’ozone de l’air. Aussi, l’auteur s’est-il empressé de conclure qu’il n’y avait aucun rapport entre ces deux ordres de faits. Nous nous permettrons de trouver qu’il a été trop prompt à condamner; dans une question aussi délicate, une année de statistique ne peut pas décider, surtout si l’on ne s’occupe que des chiffres bruts , sans tenir compte des circonstances accessoires qui auraient pu les modifier.
Nous avons tâché de tenir compte de tous ces éléments dans notre propre statistique. Mais, avant d’aborder ce sujet, nous croyons nécessaire de donner quelques explications sur la manière dont nous avons recueilli nos chiffres.
En premier lieu, nous avons employé les registres d’entrées de l’hôpital civil de Strasbourg, pour opérer sur Un grand nombre de malades. Ces registres contiennent les noms des malades entrés, avec le diagnostic de l’interne de garde; nous en avons extrait mois par mois et trèssoigneusement les différentes affections, en les classant en huit catégories (voir ci-contre tabl. VI , VII).
Mais là nous rencontrons de graves objections: D'abord, nous dirat-on, les malades n’entrent presque jamais au début de leur mal. Cela est vrai, mais, pour les affections aiguës, la différence n’est que de quelques jours et elle n’altère que fort peu les résultats de tout un mois.
Pour les maladies chroniques de poitrine, l’entrée est presque toujours motivée par une recrudescence du mal, c’est-à-dire par une nouvelle invasion. Si l’ozone peut produire une pneumonie chez un individu sain , il devra , a fortiori , être accusé des recrudescences chez les sujets souffrant de bronchite chronique, d’emphysème, de tubercules, etc. Quant au diagnostic, il est quelquefois un peu superficiel, nous le savons par expérience; mais on nous accordera sans peine que les quelques erreurs échappées à l’in terne de garde ne portent guère sur les deux premières colonnes de nos tableaux et les autres ne nous occuperont pas, comme on le verra plus loin.
Un dernier reproche à faire à notre statistique d’hôpital , c’est que les affections légères n’y sont pas représentées; elle ne donne donc pas une image fidèle des maladies régnantes dans la ville.
Pour combler cette lacune, nous avons dressé un tableau des maladies de poitrine traitées par le docteur Th. Bœckel. Nous y avons fait entrer les pneumonies , pleurésies , bronchites et angines , à l’exclusion des phthisies, dont l’invasion est trop incertaine. De cette façon nous avons obtenu des chiffres peu considérables, à la vérité, mais d’une grande valeur, puisqu’ils ont été recueillies par une même personne sur un même nombre de malades à peu près.
Le tableau de mortalité (tabl. VII) ne peut pas être sujet à contestation ; car il comprend tous les décès de la ville , tels qu’on les trouve consignés dans les registres de l’hôpital et dans ceux des médecins canlonnaux. Ces messieurs les ont mis à notre disposition avec une obligeance parfaite et nous les prions ici d’agréer tous nos remercîments.
Voilà les éléments de notre statistique. Dans les tableaux VI et VII, les données sont exprimées en chiffres; dans les tableaux VI bis, VII bis, VIII et IX, on en trouve un tracé graphique, qui a l’avantage de faire ressortir les variations mensuelles (voir les tableaux à la fin de ce travail).
I. Tableau statistique des malades entrés à l’hôpital civil de Strasbourg , avec indication de l’ozone et de
la température.
MOIS