‹ De l'ozoneChapitre 20 sur 28 · MALADIES DES VOIES RESPIRATOIRES · texte numérisé non relu

MALADIES DES VOIES RESPIRATOIRES

Nous commencerons par rapporter les expériences faites sur les animaux. En 1850, le docteur Schwartzenbach communiqua un mémoire très-intéressant sur ce sujet à la Société médicale de Würlzbourg. Il fit ses expériences en plaçant des lapins dans de grands cylindres en verre, dont l’air avait été préalablement ozonisé au moyen du

phosphore et puis agité avec de l’eau pour enlever les vapeurs d’acide phosphorique qui auraient pu s’y trouver. Un papier ozonoscope plongé dans les vases bleuissait presque instantanément.

Les lapins furent laissés en général pendant deux heures dans les cylindres, qu’on remplaçait à mesure que l’ozone y était épuisé, et ils consommèrent ainsi de 50 à 60 litres d’air ozonisé. Ils moururent soit immédiatement après, soit dans la journée. Les symptômes observés pendant l’expérience furent une dyspnée très-forte, qui se montra au bout d’un temps fort court; de la toux ou plutôt des expirations brusques, comme destinées à chasser un oorps étranger; puis delà faiblesse dans les jambes et une espèce d'ivresse; enfin, du refroidissement, des râles trachéaux , de l’écume à la bouche et la mort avec des mouvements convulsifs.

A l’autopsie, on trouva régulièrement un engouement séroso-sanguin des poumons très-considérable. Ceux-ci étaient un peu emphysémateux sur les bords et d’un rouge foncé. Bronches remplies d’une grande quantité de sérosité spumeuse. Veines fortement gorgées d’un sang noir.

Une dizaine de lapins furent tués de cette façon et présentèrent tous les mêmes lésions.

Dans une autre expérience, on laissa un lapin pendant une heure seulement dans le vase de verre ozonisé. Au bout de ce temps , il montra de la dyspnée; mais se remit bientôt. — Le surlendemain, on replaça le même animal pendant une heure dans de l’air ozonisé. Dyspnée forte. Respiration puérile à l’auscultation. Pas de râles. Ivresse. Perte de la sensibilité. L’animal se rétablit en partie. — Deux jours plus tard, nouvelle ozonisation pendant une heure. Dyspnée extrême. Râles trachéaux. Mort quelque temps après l’expérience. L’autopsie donna les mêmes résultats que pour les autres.

Un pigeon mourut de même par l’ozone, mais après avoir résisté plus longtemps à l’action délétère de ce gaz. De petits mammifères, tels que des souris , etc., succombèrent au contraire en quelques minutes.

M. Schwartzenbach chercha à savoir quelle était la quantité d’ozone contenue dans les 60 litres d’air nécessaires pour tuer un lapin. Il fit un grand nombre d’analyses et trouva qu’en moyenne 60 litres d’air fortement ozonisé transformaient Ogr,47 d’argent en peroxyde, c’est-à-dire produisaient 0gr,20 de peroxyde d’argent. Or, 0gr,20 de peroxyde contiennent 0gr,03 d’oxygène. Il suffit donc de 0gr,03 d’ozone mêlés à 60 litres d’air, ou , pour exprimer le rapport en fraction , il suffit que l’air contienne à peu près 1/2000 de son poids d’ozone pour tuer un lapin en deux heures.

Ce procédé d’analyse au moyen de l’argent donne un chiffre qui nous semble trop faible; mais le résultat prouve toujours qu’une quantité très-minime d’ozone peut produire des effets mortels.

Les professeurs Schœnbein et Miescher de Bâle ont fait des expériences semblables sur les animaux et sont arrivés aux mêmes résultats que M. Schwartzenbach. Leurs observations n’ont pas encore été publiées, mais ils ont eu la bonté de nous les communiquer.

Sans avoir encore connaissance de ces travaux, nous avions entrepris, de notre côté, d’expérimenter l’action de l’ozone sur l’organisme animal, mais en suivant une voie un peu différente, comme on va en juger: nous nous servîmes d’une cage en bois ayant 150 décimètres cubes. Le plancher de l’appareil est formé par une espèce de tiroir en zinc, destiné à recevoir les excréments des animaux et à permettre un nettoyage facile. L'une des parois est vitrée et les trois autres percées d’ouvertures d’un décimètre carré. Celles-ci conduisent sur de petites consoles, placées à l’intérieur de la cage et protégées par un treillage en fil de fer. On peut y placer des soucoupes avec du phosphore et de l’eau. De cette façon l’air qui entre dans la .cage se charge d’ozone en passant sur le phosphore, et l’on peut diminuer ou augmenter l’ozonisation en mettant plus ou moins d’eau dans les soucoupes. Tout l’acide phosphorique qui se forme , se dissout dans cette eau; au moins l’air de la cage n’a jamais rougi le papier de tournesol. Nous nous sommes aussi assuré à différentes reprises, au moyen d’une bougie enflammée,

que le phosphore n’enlevait à l’air que de petites quantités d’oxygène.

Expérience Ire. Nous mettons, le 17 juin 1855, dans la matinée, deux lapins demi-adultes dans la cage sans phosphore. Ils mangent avec avidité dans la journée et sont très-vifs.

Le 18 juin, on garnit les rayons de phosphore. Ils ne mangent plus pendant le reste de la journée et se tiennent blottis dans un coin. Un papier ozonoscope bleuit au maximum en trois heures.

Le 19 juin. Ozonisation très-forte; un papier bleuit en un quart d’heure. L’un des lapins, gris de couleur , se tient dans un coin la tête fortement renversée sur le dos, les paupières à demi-closes; dyspnée extrême; de temps à autre il titube, tombe sur le côté, puis se remet dans sa première posture. Mort à deux heures après midi. — Son camarade, de couleur noire, moins malade le matin , succombe dans la soirée avec les mêmes symptômes.

Autopsie. Chez les deux animaux, on trouve à peu près les mêmes lésions : veines et cavités droites du cœur remplies de caillots noirs très-consistants ; le centre des caillots commence déjà à se décolorer. Trachée fortement injectée, violacée, remplie de sérosité spumeuse. Dans les bronches, la sérosité est mêlée de quelques stries mucoso-purulentes. Poumons emphysémateux , d’un rouge vif, offrant beaucoup de plaques brunes privées d’air. A l’incision, il s’écoule beaucoup de sang et de sérosité. Des petites bronches , il sort une gouttelette blanchâtre de muco-pus. Bronchite. Engouement sanguin. Œdème pulmonaire intense.

Expérience II. Un autre lapin, soumis le 21 juin à une atmosphère fortement ozonisée, périt en 24 heures. A l’autopsie, on trouve un engouement séroso-sanguin , de la sérosité spumeuse dans les bronches, mais pas de trace de bronchite.

Expérience III. Le 30 juin, un lapin adulte très-vigoureux est mis dans la cage sans phosphore.

Le 2 juillet, il se porte très-bien; alors on commence à établir une ozonisation assez-faible. Pendant la journée il ne paraît pas souffrir beaucoup et mange plusieurs fois.

3 juillet, au matin. Inquiétude, abattement. Respiration un peu accélérée, thoracique.

4 juillet, à midi. Depuis vingt-quatre heures l’animal n’a plus mangé. Dyspnée très-forte, anxiété. Faiblesse. Peau complètement froide. Un papier ozonoscope bleuit en quatre heures. — On enlève le phosphore qui a séjourné cinquante heures dans la cage, et on renouvelle l’air.

5 juillet. Le lapin ne se réchauffe pas. Toujours de la dyspnée. Mort à trois heures après midi.

Autopsie. Veines et cavités droites du cœur distendues par des caillots sanguins très-consistants, d’un noir foncé dans les veines et complètement décolorés dans le cœur. — Trachée vivement injectée, violacée à partir de la glotte, contenant un exsudât blanc jaunâtre, assez mou , semblable à du fromage blanc. Cet exsudât forme un cylindre plein, peu cohérent, d’un diamètre moins considérable que la trachée et s’étendant jusque dans les plus petites bronches. Mais dans ces dernières il est plus blanc, plus liquide et renferme quelques bulles d’air. Examiné au microscope, il se présente sous forme d’une masse finement granulée, sans structure apparente, dans laquelle se trouvent enchâssés des globules muqueux et des cylindres d’épithélium. La masse ne se dissout ni dans l’acide acétique, ni dans la potasse, et parait être de la fibrine. — Le pharynx et les narines ne sont pas injectés, mais renferment un mucus hyalin très-abondant et dans lequel nagent des flocons arborisés de l’exsudât bronchique. — Les poumons sont emphysémateux et œdématiés ; on y voit de larges marbrures brunes , indiquant une stase sanguine. Emphysème. Œdème pulmonaire. Bronchite fibrineuse générale. Sang très-plastique.

Expérience IV. Deux pigeons sont enfermés le 15 juillet dans la cage, munie de phosphore, mais dont la porte reste entr’ouverte , de façon que l’air pur ait accès.

Jusqu’au 22 , les pigeons ne paraissent pas incommodés par l’ozone; ils mangent avec avidité. Alors on ferme complètement la porte de la cage pour rendre l’ozonisation plus complète.

25 juillet. Depuis la 'veille, le pigeon blanc éprouve de la dyspnée. Respiration accélérée, thoracique. Prostration ; il ne mange plus. Le noir ne paraît pas souffrir, mais il mange beaucoup moins que précédemment. Un papier ozonoscope bleuit au maximum en quatre heures.

Le 27 , on trouve le pigeon blanc couché dans un coin , ne pouvant plus se tenir sur ses jambes. Cinquante à soixante inspirations par minute. Le soir, on le tue.

Le pigeon noir a également une respiration très-fréquente; depuis deux jours il n’a plus touché à sa nourriture. On enlève le phosphore et l’on aère largement la cage pour voir si l’animal pourra se remettre.

Autopsie du pigeon blanc. — Les deux poumons sont complètement adhérents aux parois thoraciques, d’une couleur rouge brun , trèsfoncée, sauf les parties antérieures et supérieures, qui sont restées d’un rose vif. Ces dernières parties crépitent encore à la pression ; tout le reste ne contient plus d’air et tombe au fond de l’eau. A la section , il s’en écoule une grande quantité de sang et un peu de sérosité. Les bronches laissent échapper des gouttelettes de pus. Engouement pulmonaire. Bronchite.

29 juillet. Le pigeon noir a repris sa vivacité; il respire facilement et mange bien. Pas de phosphore.

4 août. On remet du phosphore dans les soucoupes.

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