NATURE DE L’OZONE
L’ozone est une modification allotropique de l’oxygène, c’est-à-dire de l’oxygène ayant des propriétés différentes de l’oxygène ordinaire, de celui , par exemple , qui fait partie de l’atmosphère terrestre.
Cependant la nature intime des deux corps est la même. Le fait est facile à prouver. Enfermez dans un tube soudé à la lampe de l’oxygène parfaitement pur et sec, obtenu d’une façon quelconque; faites passer à travers cet oxygène une série d’étincelles électriques; au bout d’un certain temps, vous pourrez constater qu’une grande partie de l’oxygène a changé de propriétés. D’inodore il est devenu très-odorant; il oxyde les métaux précieux à froid, décompose les iodures alcalins, etc. Chauffez à 250° ce gaz si actif et il redeviendra de l’oxygène ordinaire; sauf à reprendre ses propriétés actives par une nouvelle électrisation (voy. Mém. de Becquerel et Frémy).
Ou bien introduisez dans cet oxygène électrisé une lame d’argent pur. Elle noircira promptement, se couvrira d’une couche de suroxyde et, par l’analyse, on lui trouvera absolument la même composition qu’au suroxyde préparé de toute autre façon.
L’ozone n’est donc autre chose que de l’oxygène; mais de l’oxygène dans un état particulier, jouissant de propriétés plus actives.
Ce fait, d’ailleurs, n’est pas isolé; d’autres corps simples présentent des modifications analogues. Nous connaissons un carbone noir, amorphe, friable, et un carbone éminemment dur, transparent, cristallin ; un phosphore incolore , s’enflammant spontanément à l’air, et un phosphore rouge , inaltérable dans l’air.
Enfin , le chlore , sous l’influence des rayons solaires , prend des propriétés nouvelles.
La nature de l’ozone étant connue, on peut se demander, quel est le nom le plus convenable à lui imposer. M. Schœnbein l’avait appelé ozone, terme qui rappelle, en effet, une de ses propriétés les plus saillantes. Depuis, il lui a donné un autre nom ( erregter Sauerstoff) , qui signifie littéralement oxygène excité et qu’on pourrait traduire \)d>r oxygène actif.
Les substances capables d’agir sur l’oxygène et de lui donner des propriétés actives, sont appelées substances excitatrices de l’oxygène
( Sauerstoff erregende Kœrper). Le signe de l’ozone est =0 (Schœnbein).
Le nom d’oxygène électrisé, que MM. Becquerel etFRËMY ont adopté, est impropre ; car il ne rappelle qu’un seul mode de production de l’ozone. On pourrait, avec la même raison, appéler oxygène phosphorisé l’ozone produit par le phosphore, etc.
Le nom d’oxygène naissant est encore moins acceptable par des motifs faciles à comprendre.
Dans le courant de ce travail , nous nous servirons indifféremment des termes ozone, oxygène excité et oxygène actif. Nous conservons le mot ozone, parce qu’il est court et qu’il permet la formation de dérivés.