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EXCITATION DE L’OXYGÈNE OU MODE DE PRODUCTION DE L’OZONE

L’oxygène peut être ozonisé ou excité par des agents très-variés, qu’on peut diviser en trois classes : 1° par les agents impondérables (électricité, lumière, chaleur); 2° par un certain nombre de corps simples; 3° par des corps composés , soit inorganiques, soit organiques. Nous allons exposer successivement ces différentes manières d'exciter l’oxygène.

§ 1er. Ozonisation par les agents impondérables.

A. PAR l’électricité.

L’électricité sous toutes ses formes a la propriété de rendre l’oxygène actif. Une expérience des plus simples consiste à armer d’une pointe le conducteur d’une machine électrique. En tournant le plateau, l’électricité s’échappe par la pointe et dégage une odeur particulière qui n’est autre que celle de l’ozone. Pour s’en assurer, on n’a qu’à approcher de l’aigrette électrique un papier réactif de l’ozone (ioduré et amidonné) préalablement humecté, et il bleuira immédiatement.

En effet, l’odeur particulière attribuée à l’électricité provient uniquement de l’ozone qu’elle produit dans l’air.

Si l’on veut procéder d’une façon plus rigoureuse, on se sert d’un tube de verre fermé d’un côté, étiré de l’autre, et dans les parois duquel sont soudés deux pointes de platine (Expérience de Becquerel et Frémy). On le remplit d’oxygène pur et on le ferme à la lampe, après y avoir introduit une bande de papier réactif. Puis on fait passer une série d’étincelles électriques à travers les fils de platine, et bientôt le papier prend une couleur bleue qui devient de plus en plus foncée, à mesure que l’on continue l’expérience. En cassant la pointe du tube sous l’eau , on peut d’ailleurs constater toutes les réactions de l’oxygène actif.

De quelque façon qu’on produise l’étincelle électrique, qu’on se serve de la machine électrique, d’un courant d’induction interrompu, etc., le résultat est toujours le môme. Cependant l’arc voltaïque, qui se manifeste lors de la rupture du courant d’une pile très-énergique , ne produit aucun effet d’ozonisation. Cela tient probablement à ce que la température élevée qui se produit détruit l’ozone.

Une expérience des plus curieuses, faite par MM. Becquerel et Frémy, démontre que l’électricité peut même ozoniser l’oxygène par influence. Ces savants introduisirent une bande de papier réactif dans un tube de verre, le remplirent d’oxygène pur et sec et le fermèrent à la lampe. Ils placèrent alors deux fils de métal, traversés par un courant électrique, de telle façon que l’étincelle vint lécher la surface externe du verre, vis-à-vis du papier, et ce dernier se colora en bleu.

Ce phénomène se produit quelquefois en grand dans l’atmosphère, quand la foudre tombe. M. Schœnrein a eu l’occasion de l’observer deux fois. La foudre ayant frappé , il y a quelques années , un édifice de Bâle, il vit qua une centaine de pas à la ronde, toutes les chambres, mêmes celles qui étaient bien closes, étaient remplies d’ozone, reconnaissable par son odeur et sa réaction sur le papier ioduré. Déjà alors M. Schœnrein attribua cette ozonisation à l’électricité par influence.

Au moyen de X électricité statique , on peut donc produire de l’ozone ; mais il est remarquable qu’on ne parvienne jamais à transformer complètement un volume donné d’oxygène en ozone , à moins de faire absorber ce gaz au fur et à mesure de s,a production par une lame d’argent ou par une solution d’iodure potassique.

MM. Becquerel et Frémy, en recherchant la loi qui préside à l’ozonisation , ont trouvé : que pendant plusieurs heures la quantité d’ozone produite est proportionnelle au nombre d’étincelles employées; mais qu’en continuant à faire passer des étincelles au delà de ce temps, la quantité d’ozone commence à diminuer. Il paraît donc que l’électricité détruit de nouveau l'ozone qu’elle avait produit; de même que la chaleur oxyde et désoxyde le mercure, etc.

Il n’est nullement nécessaire que l'oxygène soit pur pour être ozonisé. Aussi l’air atmosphérique contenant de l’oxygène et étant traversé par des étincelles électriques , doit nécessairement renfermer de l’ozone. C’est ce que démontre un papier réactif exposé pendant quelque temps à l’air libre.

Nous reviendrons plus tard sur cette question de météorologie.

L 'électricité dynamique , dans certaines circonstances, peut également produire de l’oxygène actif.

En faisant passer un courant voltaïque énergique à travers un mélange d’une partie d’acide sulfurique et de douze parties d’eau distillée, maintenu à une température aussi basse que possible, il se dégage, au pôle positif, de l’oxigène ayant une odeur électrique très-forte et bleuissant le papier réactif.

Il suffit que l’eau employée contienne une très-petite quantité d’une matière oxydable, telle que l’acide sulfureux, l’acide nitreux, ou un sel ferreux , pour que l’effet ne se produise plus , parce que l’ozone dégagé est immédiatement employé à oxyder ces matières.

En faisant passer le gaz odorant qui se dégage au pôle positif de la pile, à travers une solution d’iodure potassique, l’odeur et les propriétés de l’ozone disparaissent, et il ne reste plus que de l’oxygène ordinaire. C’est que l’oxygène provenant de la décomposition de l’eau n’est pas tout entier ozonisé; il ne renferme qu’une très-petite quantité de gaz actif, et celle-ci suffit pour communiquer à toute la masse son odeur et ses propriétés.

Baumert dit qu’une solution d'acide chromique , contenant un peu d’acide sulfurique et traitée par la pile, donne beaucoup plus d’ozone que le mélange indiqué plus haut. Il a analysé le gaz odorant provenant de la décomposition de l’eau et croit avoir constaté que l’ozone est un composé de deux équivalents d’oxygène actif et d’un équivalent d’eau,

c’est-à-dire un hydrate d’ozone ayant la formule HO + O-— HO3.

Voici comment il procède : il commence par déposer à la face interne d’un tube de verre une légère couche d’acide phosphorique an-

hydre. Puis il fait passer à travers ce tube un courant d’oxigène ozonisé, obtenu par électrolyse de l’eau et soigneusement desséché. Dans ces circonstances, la couche d’acide phosphorique reste intacte; mais, sitôt qu’on chauffe une partie du tube avec une lampe à alcool, la chaleur désozonise l’oxygène, la couche d’acide phosphorique en aval du point chauffé fond et disparaît, tandis que la couche en amont reste intacte.

Baumert pense que l’eau qui fait fondre l’acide phosphorique était combinée à l’ozone. Il suppose aussi que l’ozone pur et anhydre est inodore; mais qu’à une température basse, ce gaz s'hydrate et forme le composé HO3, et, d’après lui, ce serait ce nouvel oxyde d’hydrogène qui posséderait l’odeur pénétrante que nous connaissons à l’ozone.

Nous sommes plus disposé à admettre que l’eau qui se montre dans l’expérience de Baumert provient de la petite quantité de bioxyde d’hydrogène qui, d’après le travail de M. Meidinger, de Giessen, se forme toujours au pôle positif de la pile et qui serait entraînée par le courant du gaz.

En tout cas, l’existence de l’ozone anhydre est prouvée; et, comme l’ozone, préparépar électrisation de l’oxygène sec, est odorant, il faudrait admettre, dans l’hypothèse de Baumert, qu’il s’hydrate et devient odorant dans le court trajet du tube au nez de l’observateur.

B. Ozonisation par la lumière et la chaleur.

Nous n’avons pas de preuves certaines que ces deux agents impondérables excitent l’oxygène; mais il y a un certain nombre de faits qui peuvent le faire supposer.

Ainsi la lumière décolore et, par conséquent, oxyde l’indigo et les couleurs végétales. Elle transforme le sulfure de plomb en sulfate; le sulfure d’arsenic en acide arsénieux et en acide sulfurique. Toutes ces réactions se produisent dans l’oxygène soumis à l’insolation, tandis que l’oxygène non insolé est sans action sur ces substances. La teinture de gayac très-étendue, agitée avec de l’air, dans la lumière solaire, bleuit. Des

taches légères d’arsenic métallique, exposées à la lumière, disparaissent, tandis que, dans l’obscurité, elles persistent, etc.

Tout cela s’explique très-bien en admettant que la lumière est un agent excitateur de l’oxygène.

Quant à la chaleur, il est très-difficile de se rendre compte de son action sur l’oygène. Jusqu’à un certain degré , elle augmente l’affinité de la plupart des corps pour l’oxygène. Au delà de ce degré, elle détruit de nouveau un grand nombre de composés qui s’étaient formés. L’oxygène actif, libre, chauffé à 250°, devient de l'oxygène ordinaire. Mais, en présence d’un autre corps, il se comporte différemment. Prenons un exemple: en chauffant de l’oxyde de barium à 300 ou 400° dans une atmosphère d’oxygène ordinaire, un équivalent de ce dernier devient

actif et se combine à la baryte pour former du bioxyde (Ba 02=Ba O 4-0); et ce qui prouve que le second équivalent d’oxygène est devenu actif, c’est qu’on peut le retirer du suroxyde barytique dans cet état (Expér. de Houzeau). Donc la chaleur peut exciter l’oxygène et le rendre actif en présence de l’oxyde barytique. Cependant ce même suroxyde qui se forme à 300 ou 400°, se décompose à la température de 500 à 600° en oxygène et baryte.

On voit par ce seul exemple combien l’action de la chaleur sur l’oxygène varie selon la température employée et selon le corps en présence duquel on opère. Il reste toujours ce fait, que de l’oxygène ordinaire, chauffé dans de certaines conditions encore mal étudiées, devient de l'oxygène actif ou de l’ozone.

§ 2. Ozonisation par les corps simples.

On connaît jusqu’à présent un assez grand nombre de corps simples qui jouent le rôle de substances excitatrices de l’oxygène. C’est à M. Schœnbein que nous devons la connaissance de tous ces faits.

Nous sous-diviserons ce paragraphe en deux parties, l’une pour les métalloïdes, l’autre pour les métaux.

A. Ozonisation par les métalloïdes.

De tous les corps simples, le phosphore est celui qui ozonise le plus énergiquement l’oxygène.

On n’a qu’à placer un morceau de phosphore dans un vase rempli d’air et au bout de très-peu de temps on pourra y constater la présence de l’ozone.

Tout ce qui active la vaporisation et l’oxydation du phosphore, active aussi l’ozonisation. La présence de l’eau est favorable à la réaction, parce qn’elle dissout les acides produits et rétablit ainsi le contact entre l’oxygène et le phosphore.

En étudiant à fond ce phénomène , M. Schœnbein est arrivé à des conclusions très-importantes: à savoir, que le phosphore s’oxyde parce qu’il ozonise l’oxygène; que toute oxydation du phosphore est nécessairement précédée d’une formation d’ozone, et que l’oxygène ordinaire, tant qu’il ne devient pas actif, est incapable de se combiner au phosphore.

La vérité de ces propositions sera suffisamment établie si l’on parvient à prouver: 1° que le phosphore, en s’oxydant, développe toujours de l’ozone; 2° qu’en empêchant l’oxydation du phosphore, il ne se produit pas d’ozone; 3° qu’en empêchant la formation de l’ozone, le phosphore ne s’oxyde pas , et 4° que du phosphore mis dans des circonstances telles qu’il ne s’oxyde pas spontanément, s’oxyde néanmoins si l’on développe de l’ozone en sa présence.

Voici les faits : 1° Dans l’air atmosphérique le phosphore brûle spontanément et il se produit de l’ozone. Il en est de même dans un mélange d’oxygène et d’hydrogène.

2° Dans l’oxygène pur à la température et à la pression ordinaire, le phosphore ne s’altère pas et il ne produit pas d’ozone; mais lorsqu’on élève la température à 20° ou lorsqu’on diminue la pression , le phosphore commence à émettre d’abondantes vapeurs lumineuses, et bientôt on peut constater la formation d’une certaine quantité d’oxygène

actif. Le phosphore amorphe est inaltérable dans l’air, mais aussi il n’excite nullement l’oxygène.

Dans de l’air à quelques degrés au-dessous de zéro, le phosphore ne luit pas , ne s’oxyde pas , ne produit pas d’ozone. Mais si l’air refroidi a été préalablement ozonisé, un morceau de phosphore qu’on y introduit se met à luire d’une manière très-sensible.

3° Prenez de l’air à la température ordinaire, mais contenant de petites quantités d’une matière oxydable (p. ex. 1/400 de gaz oléfiant, d’huile essentielle, d’acide sulfureux), un morceau de phosphore introduit dans ce mélange ne luira pas, parce que ces matières empêchent la formation de l’ozone , ou plutôt l’absorbent à mesure qu’il se produit.

Enfin 4°, on peut faire luire le phosphore dans de l’air refroidi , en faisant passer quelques étincelles électriques à travers cet air, c’est-àdire en y développant de l’ozone.

Nous pouvons donc dire que le phosphore , en brûlant spontanément à l’air, commence par exciter l’oxygène et qu’alors seulement il s’oxyde.

M. Schœnbein a même cherché à déterminer quelle était la quantité d’oxygène qu’un poids donné de phosphore pouvait transformer en ozone. Il s’y prit de la façon suivante, en se fondant sur la propriété qu’a l’ozone de décolorer l’indigo. Il versa dans un ballon de 2 litres, 100 grammes d’une solution titrée d’indigo, 100 grammes d’eau et 1 gramme de phosphore. Le tout fut chauffé à 50° et vivement agité. Au bout de quelques minutes l’indigo fut décoloré. Il en ajouta peu à peu de nouvelles quantités jusqu’à un léger excès. En somme, il consomma 660 grammes de teinture d’indigo. Le phosphore avait complètement disparu et avait été transformé en acide phosphorique. Par différents essais préalables on avait trouvé que 60 grammes de la même teinture d’indigo étaient décolorés par 0®r,l de chlorate de potasse; 660 grammes de teinture auraient donc exigés 1,1 de chlorate. Mais 1,1 de chlorate contiennent 0,430 d’oxygène; par conséquent, 1 gramme de phosphore, pendant son oxydation, produit 0sr,430 d’ozone employés à détruire l’indigo, plus 1,290 employés à former l’acide

phosphorique; en tout, 1,720. En d’autres mots, 3 équivalents de phosphore excitent 20 équivalents d’oxygène et les transforment en ozone.

Pour terminer, disons que M. Schœnbein s’est assuré que l’ozone produit par le phosphore n’est pas hydraté.

Parmi les autres métalloïdes, nous n’en connaissons pas qui jouissent de cette propriété remarquable du phosphore. Cependant il nous paraît probable que l’arsenic, qui a tant d’analogie avec le phosphore, qui subit également une combustion lente à l’air, doit aussi exciter l’oxygène, quoique à un très-faible degré.

B. Ozonisation par les métaux.

Un certain nombre de métaux sont des corps excitateurs de l’oxygène , mais à un assez faible degré. Ce sont surtout les métaux précieux qui jouissent de cette propriété, et, parmi eux, c’est le mercure qui se prête le mieux à la démonstration, grâce à son état liquide.

Qu’on verse dans un flacon une centaine de grammes de mercure très-pur et par-dessus une couche de teinture de gayac au 1/100, qu’on agite vivement les deux liquides avec l’air, et au bout de quelques secondes la teinture aura pris une belle couleur bleue, indice d’une formation d’ozone. Si le mercure contient une petite quantité de plomb ou d’un autre métal très-oxydable, la coloration ne se produit pas, non qu’il ne se forme pas d’ozone, mais parce que l’ozone formé est employé à oxyder les métaux qui souillent le mercure.

Lorsqu’on agite ce métal avec une solution d’iodure de zinc et de l’air, il se forme un iodure double de zinc et de mercure et il se dépose de l’oxyde de zinc. Si, après quelques secousses, on laisse reposer les liquides, on voit la solution d’iodure de zinc se colorer en jaune et, par l’addition d’un peu d’amidon, elle bleuit. L’iode est donc mis en liberté, et ce n'est que consécutivement qu’il se forme un iodure double. Enfin, 200 grammes de mercure, agités dans un ballon avec une dizaine de grammes de teinture d’indigo, les décolorent rapidement, surtout si

l’on a soin de chauffer un peu le mélange. Ces effets ne peuvent être attribués qu'à l’ozone produit par le contact du mercure.

Ce que nous venons de dire du mercure s’applique en grande partie à tous les métaux précieux. Mais on conçoit facilement que la forme solide, sous laquelle on est obligé de les employer, rend leur action moins rapide et moins intense.

Les éponges d’or, d’argent et de platine colorent la teinture de gayac en bleu; déposées sur un papier ioduré et amidonné humide, elles s’entourent d’un cercle bleu; elles décolorent le papier d’indigo. Enfin, la mousse de platine, mise en contact avec du phosphore à 5° au-dessous de zéro, le fait luire et l’oxyde, et l’on sait que le phosphore ne luit pas à cette température, à moins qu’il ne soit en contact avec de l’ozone.

Nous ferons remarquer en passant, que le pouvoir catalytique de la mousse de platine s’explique facilement parla réunion de deux propriétés: celle d’ozoniser et celle de condenser les gaz.

§ 3. Ozonisation par les corps composés.

Les corps composés excitateurs de l’oxygène sont très-nombreux, et nous pouvons dire, dès à présent, que tous les corps s’oxydant spontanément à l’air doivent être rangés dans cette catégorie.

C’est encore M. Schœnbein qui a découvert tous ces faits, et nous allons rapporter brièvement ses expériences relatives à l’acide sulfureux, aux hydrogènes sulfuré, arsénié, anlimonié, aux sels ferreux, aux huiles grasses et essentielles, aux alcools et éthers, à quelques acides végétaux, etc. On ne peut pas toujours isoler l'ozone que produisent ces corps avant de s’oxyder. Pour prouver néanmoins qu’il s’en forme, M. Schœnbein s’est servi d’une substance qui n’est pas oxydée par l’oxygène ordinaire, mais qui l’est par l’oxygène actif. Cette substance est la solution d’indigo dans l’acide sulfurique, dont l’oxydation est d’autant plus facile à reconnaître qu’elle est indiquée par un changement de couleur.

Toutes les fois donc qu’un corps décolorera la solution d’indigo, en dehors de tout dégagement de chlore, de brome ou d’iode, on pourra affirmer que ce corps développe de l’ozone. La chaleur et la lumière solaire activent beaucoup cette propriété des corps.

Passons les maintenant en revue :

Acide sulfureux. Des morceaux de toile humide, colorés par l’indigo, furent suspendus dans un mélange d’acide sulfureux et d’air atmosphérique. Exposés aux rayons solaires, il ne fallut que deux heures pour une décoloration complète; dans une cave il fallut dix semaines.

Un mélange d’acide sulfureux liquide et de solution d’indigo se décolore rapidement au contact de l’air atmosphérique; hors du contact de l’air, les deux liquides restent sans action l’un sur l’autre.

Dans l’espace de six semaines, 5 grammes d’une solution saturée d’acide sulfureux décolorèrent 655 grammes de teinture d’indigo. Au bout de ce temps, tout l’acide sulfureux est changé en acide sulfurique.

L’acide sulfureux détruit de même le pigment jaune de la soie et le pigment rouge des cactées. Quant à la décoloration de la plupart des autres pigments végétaux (des roses, des dahlias, etc., etc.) par l’acide sulfureux , elle repose sur un tout autre principe; car ces pigments reprennent leur couleur primitive par l’immersion dans l'acide sulfurique, dans le chlore, dans l’ozone, etc. , et en général dans tout ce qui détruit l’acide sulfureux, ou le change en acide sulfurique. Ce n’est donc pas par oxydation que ces pigments ont été décolorés , comme le sont l’indigo ou le rouge des cactées ; autrement ils ne reprendraient pas leur couleur primitive par les agents oxydants. Nous renvoyons pour l’explication de ces phénomènes aux Mémoires de la Société d’histoire naturelle de Bâle. (Communications de M. Schœnbein du 5 juin 1851 et du 15 octobre 1853.) Nous avons seulement voulu montrer que l’acide sulfureux, qui est en général un corps réducteur , peut dans certaines circonstances devenir un oxydant énergique, grâce à son influence excitatrice sur l’oxygène.

Hydrogène sulfuré , arsénié , antimonié. Des bandes de toile teintes par l’indigo et suspendues dans un mélange d’hydrogène sulfuré et d’air, se décolorent peu à peu.

Les hydrogènes arsénié et antimonié agissent de même , mais plus lentement.

Sels ferreux. De la limaille de fer agitée avec de l’air et de l’eau ne se transforme que très-lentement en oxyde de fer. Si au lieu d’eau on emploie une solution d’un sel ferrenx, l’oxydation se fait très-rapidement, sans qu'il se dissolve des traces de sel ferrique pendant l’expérience. Il paraît donc que l’oxygène se combine plus rapidement au fer sous l’influence d’un sel ferreux qui sans doute rend l’oxygène actif.

Huiles essentielles. De toutes ces huiles , Y essence de térébenthine jouit au plus haut degré du pouvoir excitateur de l’oxygène. Elle forme avec ce corps un composé facile à détruire , une espèce de dissolution ; mais à la longue l’ozone ainsi dissout oxyde l’essence et la résinifie.

On obtient l’essence chargée d’oxygène actif, en l’exposant à la lumière diffuse dans un flacon rempli au quart, et en renouvelant l’air du flacon de temps à autre. Au bout de quelques semaines, l’essence ainsi traitée contient déjà une forte proportion d’ozone. Elle décompose alors Tiodure potassique, décolore l’indigo, transforme les sels ferreux en sel ferrique, le cyanure jaune en cyanure rouge, le sulfure de plomb en sulfate; elle oxyde l’argent en présence de l’acide acétique, etc., etc.

On peut ainsi obtenir une essence de térébenthine qui décolore deux fois autant d’indigo que le meilleur chlorure de chaux du commerce. L’essence se charge d’autant plus d’ozone que la température est plus basse , la lumière plus intense et le contact avec l’oxygène plus complet. La chaleur augmente sans aucun doute la propriété excitante de la térébenthine; mais l’ozone transforme immédiatement l’essence en résine, au lieu de rester en solution. Aussi une essence très-active perdelle une grande partie de ses propriétés par l’ébullition, en même temps qu’il s’y forme beaucoup de résine.

Dans l’obscurité, la térébenthine dissout de l’ozone, mais peu et lentement.

En se chargeant d’ozone, l'essence de térébenthine change de propriétés physiques , elle prend une saveur âcre et brûlante et une odeur très-désagréable. On a déjà proposé son emploi en thérapeutique.

Les autres huiles essentielles se comportent d’une manière toute semblable.

Huiles grasses. On sait depuis longtemps que les huiles grasses, principalement les huiles dites siccatives, absorbent de l’oxygène et s’oxydent. L’oxygène ainsi dissout est dans la modification active, car il décolore l’indigo.

Quarante grammes d’huile de lin fraîche , agitée dans un ballon à la lumière solaire, avec 1 gramme de teinture d’indigo, le décolorèrent en un jour; et dans quinze jours la même huile décolora encore 10 grammes d’indigo.

Éthers. De l’éther sulfurique pur et récemment préparé n’a aucune action oxydante. Mais au bout de quelque temps de contact avec l’air, surtout à la lumière, il se charge d’oxygène actif. Semblable à l'essence de térébenthine, il excite l’oxygène et le dissout; peu à peu cet oxygène actif, s’il n’est pas enlevé par un autre corps, oxyde l’éther et le transforme en acide acétique. Mais on peut constater la présence de l’ozone dans le liquide longtemps avant qu’on y trouve une trace d’acide. Ce fait montre une fois de plus que l’ozonisation précède l’oxydation.

L’éther ozonisé produit du reste toutes les réactions de l’essence de térébenthine ozonisée.

On conçoit facilement que presque tout l’éther du commerce contienne des proportions variables d’ozone. Il est très-facile de s’en assurer, en le laissant tomber goutte à goutte sur du papier ioduré et amidonné. Celui-ci brunit, et lorsqu’on l'humecte, il prend la couleur bleue caractéristique.

Les autres éthers et corps éthérés jouissent des mêmes propriétés.

Peut-être faudrait-il attribuer à l’ozone un certain nombre d’ac-

cidents mortels survenus pendant l’anesthésie par l’éther ou par le chloroforme. En effet, nous verrons plus bas que l’ozone est un poison très-irritant, dont l’action porte principalement sur les voies aériennes et qui y provoque rapidement des congestions et des stases sanguines. Il n’est donc pas déraisonnable de supposer que ce corps contenu dans l’éther ou le chloroforme puisse contribuer à amener un engorgement mortel des poumons. Cependant, nous n’avons aucun fait à l’appui de cette hypothèse. En tout cas, cette cause d’accidents serait facile à éviter. Il suffirait d’agiter le liquide qui devrait servir à l’anesthésie avec un peu de sulfate ferreux. Ce sel enlèverait tout l’ozone, en se transformant en sel ferrique.

Pour terminer la liste des corps excitateurs de l’oxygène , et nous sommes certain que cette liste pourrait être facilement augmentée par des recherches dirigées dans ce sens, nous n’aurons plus qu’à parler des acides tartrique , citrique et acétique.

Une dissolution de 10 grammes d’acide tartrique peut facilement décolorer en un jour 8 à 10 grammes de teinture d’indigo, sous l’influence des rayons solaires. Les deux autres acides ont un pouvoir excitateur moins énergique.

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