‹ De l'ozoneChapitre 8 sur 28 · COMBINAISON DE L’OXYGÈNE ACTIF · texte numérisé non relu

COMBINAISON DE L’OXYGÈNE ACTIF

Que devient l’oxygène actif lorsqu’il s’est combiné à un corps? Gardet-il quelque chose de ses propriétés actives ou bien les perd-il complètement?*

Il est probable que, dans les différents composés oxygénés, ce gaz se trouve à des degrés d’activité très-variables. On peut prouver que dans un certain nombre de corps, l’oxygène n’a rien perdu de ses propriétés actives: tels sont la plupart des bioxydes ou suroxydes. En effet, ils possèdent un grand nombre de réactions de l’ozone; ils bleuissent la teinture de gayac, décomposent l’iodure potassique, décolorent l’in-

digo, etc. Mais il a y plus; on peut, de certains peroxydes, retirer l’oxygène à l’état actif.

Ainsi, M. Schœnbein a trouvé, depuis longtemps, que le bioxyde d’argent projeté dans l’acide sulfurique dégageait un gaz identique avec l’ozone.

M. Houzeau a trouvé de son côté, que le bioxyde de barium avait la même propriété; il appelle oxygène naissant le gaz ainsi obtenu.

Si l’oxygène qu’on prépare au moyen des autres peroxydes n’appartient pas à la variété active, cela tient uniquement à ce qu’on emploie la chaleur pour produire la décomposition, et la chaleur désozonise l’oxygène à mesure qu’il est mis en liberté.

Nous donnons ici une liste de corps dans lesquels M. Schœnbein suppose que l’oxygène est actif, au moins en partie, et la manière dont te savant professeur écrit leurs formules.

Sesquioxyde d’or .

Bioxyde de platine .

d’argent

Au2 03=Au2 Ô3 Pt 02=PtÔ2 Ag O2— Ag O2 Mn 02rrMn O + O Pb 02=Pb O-f-Ô Ba 02=Ba 0 +0

» de manganèse. .

» de plomb . . .

» de barium . . .

» d’hydrogène ou eau oxigénée H02=H0+0

Acide h/poazotique NO^NoM-O2, etc.

(Yoy. Mc ni. de la Soc. d'hist. nat. de Bâle , 1852 -1854.)

Nous ne pouvons pas entrer ici dans les considérations qui ont engagé M. Sctiœxbein à adopter cette manière de voir, cela nous entraînerait trop loin de notre sujet et n’aurait que peu d'intérêt pour le médecin.

Nous ajouterons ici quelques considérations générales sur la combinaison de l’ozone avec les autres corps.

Après avoir passé en revue la liste nombreuse des corps excitateurs

de l’oxygène et étudié la manière dont ils se comportent avec ce gaz, il ne nous semble pas téméraire de soutenir avec M. Schœnbein :

i° Que l’oxygène ordinaire est inerte, incapable d’entrer en combinaison.

2° Que la combinaison d’un corps quelconque avec l’oxygène n’est possible que si ce dernier a été préalablement excité , soit par le corps oxydable lui-même, soit par un autre agent excitateur.

Les corps les plus oxydables restent inaltérés dans l’oxygène, du moment qu’on empêche l’excitation de ce gaz (voy. paragraphe De l'ozonisation par le phosphore).

Ces faits étant admis, il nous semble que les théories sur la combinaison chimique doivent être modifiées, du moins celles qui ont pour objet les phénomènes d’oxydation. Jusqu’à présent, la combinaison était regardée comme une juxtaposition de molécules dans des proportions définies, juxtaposition déterminée et maintenue par une force particulière appelée affinité.

Cette explication devient insuffisante, lorsqu’on essaie de l’appliquer aux faits que nous avons cités dans le courant de ce travail. En effet, que voyons-nous se passer, par exemple, dans la combinaison du phosphore avec l’oxygène,? Les deux corps commencent par réagir l’un sur l’autre; l’oxygène excité subit un changement complet dans ses propriétés chimiques et physiques, son activité est poussée à la dernière limite et alors seulement l’oxydation a lieu. La combinaison devient ainsi une sorte de copulation, suivie, si je puis m’exprimer ainsi, de la génération d’un nouveau corps.

En appliquant les mêmes idées à la décomposition des corps oxygénés, on arrive encore à des vues nouvelles et dignes de quelque intérêt.

S’il est vrai que dans certains composés, tels que les peroxydes métalliques, les acides du manganèse, du chrome, etc., une partie de l’oxygène soit à l’état actif, il en résulte que tout ce qui ramènera cet oxygène à l’état inactif devra détruire la combinaison. C’est ainsi que l’on peut envisager le mode d’action de la chaleur, qui désozonise l’oxy-

gène et décompose les suroxydes. Il est vrai que la température à laquelle se font ces différentes décompositions est très -variable ; mais on peut l’attribuer à l’influence du métal.

De même, on pourrait peut-être admettre que le carbone doitune partie de ses propriétés désoxydantes à son pouvoir désozonisant.

En exposant ici ces idées hypothétiques sur le rôle de l’ozone, nous ne nous abusons pas sur leur valeur ; mais nous voulions au moins indiquer quelques-unes des questions si graves que soulève l’introduction de cet agent dans le domaine scientifique.

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