‹ De l'unanimité morale nécessaireChapitre 1 sur 4 · MAS EUR · texte numérisé non relu

MAS EUR

premeretur ; » et que la plus grave atteinte serait portée à l’autorité du Concile.

Cent Evêques, parmi lesquels on compte des hommes d’une science éminente, et tous d’une vertu incontestée, ne parlent pas ainsi à la légère, et ne disent pas, à la face du monde catholique, des choses d’une telle gravité, sans les raisons les plus fortes: ce sont ces raisons, telles que nous croyons les com prendre, que nous voudrions exposer, avec clarté et briéveté , dans cet écrit.

Tout le monde est d'accord que la question ne se pose pas pour la discipline comme pour les dogmes. Rien n'empêche, en principe, qu’il n’en soit des lois disciplinaires ordinaires, qu'un concile peut étabhr et un autre concile abroger, comme de toutes les lois, et qu’ elles ne puissent être décretées par uñe majo= rité qui soit plus ou moins grande, sans arriver à l'unanimité morale. C’ est ainsi qu'au Concile de Trente furent décrétées plusieurs des lois disciph= naires. L’empêchement de clandestinité dans les mariages, fut établi nonobstant les votes contraires de cinquante membres de l'assemblée. L'histoire remarque que c’est là l'opposition la plus forte qu aucun décret de ce concile ait rencontrée.

Il faut observer cependant que, bien qu'en général l'unanimité morale ne soit pas requise pour les lois disciplinaires, il est des cas où le droit canon ne se contente pas de la majorité simple, mais exige une majorité plus ou moins forte selon l'importance des matières. Ainsi pour l'élection d’un Pape, le Droit

PS

exige les deux tiers des suffrages. Et le droit canonique serait plus exigeant encore, s’il s’ agissait de lois disciplinaires fondamentales (1). De même, dans l’ordre politique, il est des lois constitutives qui ne pourraient être modifiées par un parlement à la simple majorité.

À plus forte raison quand il est question de définitions dogmatiques, sur lesquelles l'Eglise ne revient Jamais, qui n’admettent, d'aucune façon, aucune dispense, qui sont absolument irréformables et irrévocables, et qui imposent non seulement l’obéissance, mais l’assentiment intime et complet de l’âme, et cela, sous peine d’ éternelle damnation ; dans des questions de cette nature, les Conciles ne peuvent agir comme en matière disciplinaire, ou à la façon des parlements humains, et faire des dogmes com me généralement on fait des lois. Il ÿ faut lunanimité morale. L'histoire, la tradition, et la raison théologique, le démontrent.

(1) Voici quelques maximes communément admises par les canonistes.

Quando agitur de rebus arduis, non sufficerent duae partes ( les deux tiers). (Jacobatius).

Si agitur -de impediendo ne actus fiat per vniversitatem, tunc quantum ad impediendum sufficit contradictio mainoris partis.

| (Jacobatius).

Major pars universitatis non potest per impositionem oneris gravare sinquios de universitate (Barti, Imola, Felinus, Iacobatius: Celui-ci va jusqu’ à conclure que le Concile de Nicée n’aurait pu imposer la continence à l’Eglise orientale que de son con-

sentement).

Ubicumque universitas vult facere statutum derogans juri singularum personarum, requiritur consensus omnium; et non Sufficit consensus majoris partis.

JRÇR Et fe Interrogeons d’abord l'Histoire.

La vérité est que jamais une autre doctrine wa été pratiquée dans l Eglise; jamais un Concile quelconque n’a défini un dogme par voie de simple ma jorité ; toujours les définitions dogmatiques ont été ajournées et suspendues, tant que l’unanimité morale de l'assemblée œcuménique ne leur était pas acquise; il n’y a pas dans les dix-huit siècles de l'histoire de l'Eglise, et dans les dix-neuf Conciles oecuméniques, un seul exemple du contraire. On a sur ce point avancé des assertions que les faits démentent absolument.

Parcourons rapidement, l’un après l’autre, tous les Conciles.

Au Concile de Nicée, en 325, sur 318 Evèques as— semblés, les partisans plus ou moins déclarés de l’Arianisme, au nombre de 17 d’abord, se réduisirent à cing pendant la discussion, et deuæ seulement ne souscrivirent pas les décrets (1). Lt

Il y eut donc au Concile de Nicée l’unanimité presque absolue. Les Actes du Concile en font foi, et Théodoret en témoigne expressément. Fidei formula , dit-il, COMMUNI CONSENSU composila, concilium dimisere. Ce qui a pu se passer après Je

(1) On peut voir dans le Spicilegium Solesmiense , publié par le cardinal Pitra, la liste, telle qu’elle nous reste, des Evêques signataires du Concile de Nicée, t. I, p. 516.

LRU

Coneile et en dehors du Concile, est en dehors de la question. Nous n'avons pas à le discuter.

Au second Concile œcuménique, premier de Constantinople, en 381, la divinité du Saint Esprit fut proclamée contre Macédonius à l’unanimité absolue des Péres. Si 36 Evêques macédoniens, venus d abord, se mirent eux-mêmes en dehors du Concile , et de |’ Eglise, s’obstinant à repousser le symbole de Nicée (1), se constituant manifestement hérétiques opiniâtres , il est absolument certain que la formule de foi, le Symbole, fut décrété à l'unanimité absolue de tous les Evêques Catholiques, composant le Concile.

Le 3.°% Concile æcuménique, réuni à Ephèse, en 431, contre Nestorius, qui niait F union personnelle du Verbe avec l'humanité en Jèsus Christ, condamna de même,dès sa première session, l’herésie nestorienne, et proclama Marie mère de Dieu, à l'unanimité de tous les Pères presents; 274, selon, Mgr Tizzani (2).

Sans doute, il y eut aussi une opposition à Ephèse, et même deux ; mais toutes deux irrégulières et extraconciliaires, et ne prouvant rien par conséquent contre notre thèse. Nestorius , avec seize adhérents, refusa d'assister au Concile; ce refus, évidemment, ne pouvait pas arrêter les Pères; les Pères déposérent très justement ce rebelle opmiâtre.

Arriva ensuite, avec les Evêques de son patriarchat, (3) Jean, patriarche d’Antioche, ami particulier

(1) Mer Héfélé, Histoire des Conciles t. 2. p. 195.

(2) Histoire des Conciles, t. I, p. 152.

(3) Mgr Tizzani donne les chiffres suivants : 10 Evêques Nestoriens, et 27 avec Jean d’Antioche.

Vers

de Nestorius, et toutefois non partisan de sa doctrine; ceux-ci refusèrent aussi de se joindre à lassem- . blée, et il y eut en présence l’un de l’autre un Concile et un Conciliabule. Mais le Concile d’Ephèse , quoique les Pères se fussent separés après la septième session, par suite de ces dissentiments, ne termina véritablement son œuvre qu'au bout de deux ans, en 433; alors, après des échanges non interrom-— “pus de lettres et d’ambassades , entre Cyrille et la majorité, Jean et la minorité, l’union se fit; et il y eut même cela de tout-à-fait remarquable , que ce fut la minorité, c’est-à-dire le Patriarche dAntioche et les Evêques ses partisans, qui composèrent le symbole d'union, auquel Cyrille et tous les autres Evêques souscrivirent (1). Ce fut seulement après cette union que le , Concile d'Ephèse fut reçu universellement, et par l'Orient tout entier, et par l'Occident : saut quelques Nestoriens et Monophysites déclarés.

Au 4% Concile œcuménique , celui de Chalcédoine, où environ six cents Evêques étaient réunis, en 451, pour condamner Eutychès, qui confondait les Fe natures, divine et humaine, en Jésus- Christ, le Socise qui domina encore toute la conduite des Pères, fut comme tojours, le respect de la minorité, la nécessité de l'unanimité. Nous en avons de très forts témoignages.

@ Hard. t. 1, p. 1691 — Mansi, t. V, p. 289 — Mer .Héfélé, t. 2, p. 450: « Après que tu as accepté cette profession de foi, nous avons résolu, pour unir toutes les Eglises de la terre et terminer tout scandale, de reconnaître la déposition de Nestorius , ete.— Lettre du Patriarche d'Antioche à St. Cyrille.

À la deuxième session du Concile, après que lecture eût été faite aux Pères de divers documents considérables, à savoir les Symboles de Nicée et de Constantinople, deux lettres de S' Cyrille , l'une à Nestorius, l autre au patriarche d’Antioche, et que les Pères eurent accueilli la lecture de ces documents par d’unanimes acclamations, on lut aussi la lettre de S'Leon à Flavien, et les Pères, y reconnaissant la doctrine apostolique, s écrièrent : « C’est la foi des Pères ! c’est la foi des apôtres! « nous croyons tous ainsi! Léon à enseigné sélon la « vérité et la piété. Cyrille a enseigné de même. Léon « et Cyrille ont enseigné la même doctrine. »

Pie etvere Leo docuit. Cyrillus ita docuit. Leo et Cyrillus similiter docuerunt.

Cependant, les Evêques d’Illyrie et de Palestine élevèrent des objections, et craignirent qu’en certains passages la lettre du Pape, en condamnant Eutychés, ne favorisät Nestorius.

Cela prouve-t-il que ces Evêques ne regardaient pas une décision dogmatique pontificale comme immédiatement irréformable, et se considéraient eux-mêmes comme de vrais juges, ayant le droit de porter un jugement qui ne fut pas une simple déclaration d’ adhérence? Nous n’examinons pas cette question.

Mais que fit le Concile ? Passa-t-il outre à cette “opposition? Dédaigna-t-il cette minorité? Nullement. Il s'arrêta; des conférences eurent lieu entre les Légats du Pape Léon, des evêques de la majorité, et ceux de la minorité: et ces conférences ayant éclairci tous les doutes, dans la 4° session du Concile, la

Lettre de saint Léon fut acceptée, à l'unanimité mo-

rale des Pères: car il n’y eut plus que 13 opposants, sur près de six cents Evêques, et ces opposants étaient les Evêques d'Egypte qui simplement ajournaient leur vote jusqu'à ce qu'un successeur eut été donné au patriarche d'Alexandrie, Dioscore, déposé à la session précédente (1).Les actes du Concile témoignent expressément de cette unanimité, (8) et aussi saint Léon, qui dans sa lettre à Théodoret constate trois choses: le dissentiment, l’examen et l’accord définitif sur sa lettre à Flavien: Ipsa quoque veritas et clarius renituit, et fortius retinetur, dum quae fides prius docuerat, haec po= stea exmaminatio confirmavit. Et encore: quae no stro (Deus) prius ministerio definierat, UNIVERSÆ fraternitatis firmavit ASSENSU.

A la session suivante, le respect du Concile pour le principe de lunanimité se manifesta avec non moins d'éclat. Il s'agissait à cette 5° session d’une formule de foi, qu'avait dressée une commission nommée par le Concile. La majorité acceptait la formule; la minorité ne l’acceptait pas. La formule ne passa point. Le Concile nomma une nouvelle com— mission, qui travailla et chercha une nouvelle formule ; laquelle ayant réuni enfin l'unanimité des suffrages, fut proclamée (3).

(1) « Quant à la lettre du Pape Léon, disaient ces Evêques, nous ne pouvons pas nous prononcer, car vous savez tous que d’après l'ordonnance de Nicée (canon 6), nous devons attendre le jugement de l'archevêque d’ Alexandrie (le successeur futur de Dioscore). » Le Concile n'obligea pas ces 13 Evêques à souscrire à la lettre de St Léon, et ne les anathématisa pas pour ce refus.

(2) Mansi, t. VII, p. 34-47. Hard. t. II. p. 403-414, — Héfélé, t. 3, p. 47.

(3) Mansi, t. VI, p. 111-118; Hards t. II, p. 455.—Héfélé, Zhid. p. 07-65,

Etenfin à la session suivante plus solennelle encore que les précédentes , car l Empereur Marcien et l Impératrice Pulchérie y assistérent avec un grand cortège, l'Empereur, afin qu’il n’y eut aucun doute sur l’autorité du Concile, prit soin de faire con— stater cette unanimité : « Il demanda si la formule signée à la cinquième session, et qu'on venait de lire, eæprimait les opinions de tous ; et les Evêques répondirent: Nous croyons fous ainsi; nous avons tous signé à l'unanimité. » (1)

Telle fut la règle suivie dans ces grands Conciles des premiers siècles; et S. Grégoire le grand, qui déclare les vénérer à l’égal des Evangiles, fait consister leur autorité précisément dans cette una-— nimité : quia, dit-il, UNIVERSALI Stñt CONSENSU COnstituta.

On a senti la force de ces témoignages, et. pour les infirmer, on a eu recours à un argument toutà=fait inattendu, et qui est bien un des plus ètranges sophismes qui se soit jamais imaginé.

La question de savoir si les Conciles œcuméniques ont rendu leurs décrets de foi à l’unanimité * morale, est un fait conciliaire. Pour l’établir ou le hier il s’agit simplement de constater ce qui s’est passé dans les Conciles à cet egard ; comment ils ont rendu leurs décisions dogmatiques; quelle ré gle ils ont suivie dans l'émission de leurs suffrages; quel principe a dominé leur conduite.

Or, pour nier ce fait de l’unanimité morale dans les Conciles , qu'est venue dire la Cioiltà Cattolrca? Elle à allégué ce qui s’est passé ex dehors des Conciles, et après les Conciles; des faits étrangers

(1) Met Héfélé, Ibid. p. 68, 69.

No

à la tenue des conciles, et aux votes émis dans les conciles.

On ne peut pas oublier plus manifestement les règles de la plus élémentaire logique.

C’est ainsi que la revue romaine prétend nier l’unanimité avec laquelle les Pères du cinquième Concile œcuménique, comme ceux des quatre premiers Conciles, ont rendu leurs dècrets de foi, par cette raison qu'il s’est produit, après le Concile, et en dehors du Concile, des rèsistances et des schismes!

Voyons donc ici de prés ce qui s’est passé à ce V:° Concile œcuménique , second de Constantinople, tenu un siècle après le Concile de Chalcédoine ; car ceci mérite une particulière attention.

Le Nestorianisme , qui divisait la personne de Jésus-Christ, et | Eutychianisme , qui confondait en lui les deux natures, avaient été condamnés, lun à Ephèse, autre à Chalcédoine. Cependant, certains écrits , favorables au Nestorianisme , mais dont les auteurs toutefois n'avaient pas été censurés par les Pères de Chalcédoine, circulaient en Orient, et y faisaient revivre les erreurs de Nestorius. Les auteurs de ces écrits étaient Théodore, Evêque de Mopsueste, Théodoret, Evêque de Cyr, et Ibas, puite d'Edesse. Théodore de Mopsueste étant mort

à l'époque du Concile de Calcédoine, les Pères n’a— vaient point porté de condamnation contre lui. Mais Théodoret et Ibas avaient été accusés devant le Con= cile; toutefois comme tous les deux avaient anathématisé Nestorius , le Concile, sans approuver leurs écrits antérieurs, s’ était abstenu de les frapper eux-mêmes. Longtemps après, Justinien , voyant que certains écrits de ces trois Evêques troublaient

Ce ES

la paix religieuse , voulut les faire condamner : ces trois chefs de condamnation furent ce qu’ on appela les trois chapitres , rpia weporaua.

La question était délicate : condamner des écrits dont les auteurs ne l’ avaient pas été à Chalcédoine, n’était-ce pas porter atteinte à l'autorité de ce grand Concile, particulièrement cher à l Occident, qui, par la bouche de S. Léon, y avait illuminé l'Orient? Le Pape Vigile le craignait.

Appelè par Justinien à Constantinople, le Pape Vigile posa , comme Pape, trois grands actes dans cette affaire des trois chapitres , avant, pendant et aprés le Concile : un Judicatum d’abord; puis un premier et un second Constitutum.

Le Judicatum (548) était une pièce doctrinale, où le Pape s’expliquait sur les trois chapitres, c’està-dire , sur les écrits mis en cause; et par conséquent sur ce que la théologie appelle des faits dogmatiques, et où 1l déclarait la foi. Les trois chapitres y étaient condamnés. Mais qu'arriva-t-il? « Une « très vive opposition se produisit immédiatement « contre le Judicatum... Dans bien des provinces « éclatèrent des divisions pour et contre, et par- « fois on alla jusqu’ à verser le sang dans les « Eglises. »'(1)

L'acte du Pape n'ayant donc abouti qu’ à susciter de longues et vives discussions dans le monde * chrétien, Justinien convoque un grand Concile à Constantinople. Le Pape, présent, refuse d’ y assister. Mais tandis que le Concile, pendant déjà six sessions, étudiait activement l'affaire des trois chapitres , le Pape publie un nouvel acte, son célèbre

(1) Héfélé, Tom. 3. p. 436—439.

— lL4 —

Constitutum, dans lequel, revenant sur ce qu'il avait fait dans le Judicatum , 11 défendait de condamner les trois chapitres. L’ acte se terminait par ces paroles : « Nous ordonnons qu’il soit défendu à toute « personne ecclésiastique d’entreprendre ou d’ensei- « gner quelque chose de contraire au présent Con- « stitutum, au sujet des Trois chapitres. » (1)

Nonobstant ce grand acte pontifical , le Concile passe outre, et dans la huitréme et dernière session, condamne solennellement les Trois chapitres.

Nous n’entrons pas dans l’examen des graves questions théologiques que ces faits ont soulevées : Mais nous constatons que cette condamnation fut portée à l’unanimité des Pères du Concile. « Tous les Evêques présents signérent les 14 anathèmes. » (2)

Quelque temps aprés, le Pape, retirant par un se— cond Constitutum le premier, comme par le pre— mier il avait retiré le Judicatum, confirma le Con— cile. Mais qu’arriva-t-il encore? C’est que ce second Constitutum fut aussi suivi, pendant des années, de troubles profonds, dans tout l’ Occident.

Voilà les faits.

Comment la Civiltà peut-elle se prévaloir de ces résistances opposées à un Concile confirmé par un Pape, pour nier l’unanimité des suffrages des Pères à ce Concile, quand, d’une part , il est évident que ces résistances sont étrangères au Concile, et quand , de l’autre , l’histoire atteste formellement que Tous les Pères du Concile signèrent les décrets de foi?

Il y eut des résistances aux décrets du second

(1) Zbid, p. 502. — (2) Zbid. p. 519.

are és

Concile de Constantinople ; oui; mais ce que l’on contestait alors , en ‘Gaule, en Italie, en Illyrie, en Afrique, ce n’était pas le principe de l’ autorité des Conciles œcuméniques, puisque précisément on ne résistait à l'assemblée, non œcuménique d’abord de Constantinople, et à deux actes Ex Cathedra d’un Pape, au Judicatum et au second Constitulum , que par respect pour le Concile de Chalcédoine. Est-ce-là, pour le dire en passant, une preuve qu'en ce temps on croyoit à l’immédiate irréformabilité des jugements pontificaux ? Quoi qu’il en soit, il est évident que le fait de l'unanimité des Pères de Constantinople ne peut en rien être atteint par ce qui a pu se passer ultérieurement, et en dehors de ce Concile.

La Civilià n essaie même pas de nier l’eclatante unanimité attestée par les actes du VI Concile. -L° Empereur Constantin Pogonat en effet, prit soin, à l'exemple de l Empereur Marcien, de faire constater cette unanimité; les Legats et les Pères lui attestèrent «que la définition de foi avait été rendue «de leur plein et unanime consentement. » (1) Mais elle retombe dans son sophisme au sujet du VIT, tenue à Nicée en 787, contre les Iconoclastes. — La frémissante minorité dont elle parle se rencontra au dehors, non au sein du Concile lui-même.

* Au sein du Concile, voici ce qui se passa : A la deuxième session, deux lettres du Pape Adrien sont lues devant les Pères, et, « interpellés « par les légats de déclarer s’ils recevaient les let-

(1) Somme des Conciles, par l’abbé Guyot, t. 1, p. 321.

«tres du Très Saint Pape de l’ancienne Rome : « Nous les approuvons, les recevons, les suivons, : « répéta fout le Concile ; et tous les Evéêques les « souscrivirent l’un après l’autre. »

A la 4* session, une profession de foi est lue devant le Concile : « Cette définition fut souscrite « par les deux légats, les premiers, ensuite par le « Patriarche de Constantinople, par plus de trois- « cents Evêques : » et de plus par les abhés. et procureurs des Evêques absents ; c’est-à-dire par tout le Concile unanimement. | |

A la 7* session , le décret sur les saintes images « fut souscrit par TOUS LES ÉVÊQUES, au nom «bre de trois cent cinq, y compris les procureurs «d'Evêques absents. »

Enfin , à la session huitième et dernière , tenue en présence de l'Empereur, de |’ Imperatrice et de toute la cour , « la définition dogmatique fut lue, « et après que les Pères, sur la demande de l'Em- « pereur , eurent wnanimement proclamé qu'elle « était l'expression de la foi orthodoxe , Iréne et « Constantin y apposérent leur signature. » (1)

Peut-on nier une unanimité ainsi attestée par l’histoire, sous prétexte qu’en dehors du Concile il y avait une munorité frémissante ?

Pour ce qui est du VIII. Concile, l unanimité avec laquelle ont été rendus les décrets de foi, n’est pas contestée par la Civiltà, et est en effet incon-

testable.

Voilà pour les Conciles tenus en Orient.

(1) Ibid., T. L. p. 437-457.

Quant à ceux célèbrés en Occident, au moyen âge, sur lesquels se tait la Croiltà, il est également incontestable que tout ce qui a été dècrété sur la foi, par les Pères des Conciles de Lyon, de Vienne;

de Latran, l'a été d’un consentement unanime :

L'histoire n° a gardé la trace d’aucun dissentiment.

. De même, à Constance, en 1414, il ÿ eut, on le - sait, d’ardents débats. Mais tout ce qui s’est fait là, conciliairement, conciliariter, en matière de foi, la été encore à l’unanimité.

Au Concile de Florence, tenu en 1439, dans le

but de réunir l'Orient à l’Occident, le respect de la minorité, le principe de l’unanimité morale nécessaire aux décrets de foi, fut posé explicitement et doctrinalement. Les Grecs en effet, c’est-à-dire la minorité, ne pouvaient pas s engager dans la discussion, avant d’avoir éclairci ce point capital. Tout le monde connait les célébres paroles de Bessarion dans le discours dogmatique qu’il prononça en plein Concile : « Debere Ecclesiam Dei unum in locum «congregatam de rebus dubiis judicare, ac secun- . © dum præcepta divinæ legis COMMUNI OMNIUM CON=- & SENSU jerre sententiam. »

Et encore: « Assucverant dem majores nostri communiter hæc agi debere,et QUAE COMMUNIA SUNT. COMMUNI CONSENSU oportere terminari. »

Telle fut la doctrine proclamée, approuvée et pratiquée au Concile de Florence.

Le décret d'union qui débutait par ce cri de joie:

Lætentur cœæli et eæultet terra! fut débattu article

par article, phrase par phrase, mot par mot; et ce n’est que quand on fut tombé d’accord, qu'il fut publié solennellement. 3

HT Ab

Au V.° Concile de Latran, la plus forte opposition compta cing votes, le vingtième du chiffre total.

Nous arrivons au Concile de Trente. Là, le principe de l'unanimité morale en matière de définition dogmatique a été proclamé et appliqué avec encore plus d'éclat. Sur ce pointles renseignements abondent.

Trois fois, en effet, le Concile de Trente s’arrêta devant le principe de l’unanimité ; sur trois points des plus graves, longtemps et ardemment débattus, le Concile se refusa à faire des définitions, par respect pour la minorité; ce sont les questions de la résidence, de la juridiction épiscopale, et du pouvoir pontifical.

La résidence est-elle obligatoire de droit divin? Une majorité des trois quarts des voix était acquise, le 20 avril 1562, aux partisans du droit divin: cette majorité se refusa à écraser la minorité.

Le Pape Pie IV lui-même s’y opposa formelle ment, et ce fut alors, au temoignage d’un des Pè— res du Concile, Mgr l'archevêque de Zara, qu'il écrivit à quelques Pères du Concile cette parole célé— bre, plusieurs fois redites par lui à ses Légats dans ce Concile: Il ne faut pas faire de définition, à moins d’un accord unanime entre les Pères (1).

(1) Lettre de l’ Archevêque de Zara, 20 juillet 1562. — Muzius Calini, Archevêque de Zara, un des Pères du Concile de Trente, nous a laissé une correspondance très précieuse, cent trente trois lettres, adressées par lui de Trente (du 3 octobre 1561 au 6 décembre 1563) au Cardinal Cornara, Camerlingue de sa sainteté a Rome, et qui contiennent l’histoire quotidienne et détaillée de tout ce qui se passait au Concile. Ces lettres étaient immédiatement communiquées a S. Charles Borromée.— Mansi les a publiées.

AOL

La juridiction épiscopale est-elle tout entière dans le Pape, comme dans sa source, d’où elle émane sur les autres prélats inférieurs ? La question, dit Pallavicini, fut souvent remise en délibération, mais l'accord n'ayant jamais pu s'établir sur ce point, le Concile s’abstint de faire, soit une définition formelle, soit un de ces actes ambigus et douteux, qui ne concilient, ni ne décident rien. C’était encore ce que le Pape avait voulu formellement : « Le Pape empêcha qu'on ne fit, par un « désir aveugle de la paix, un décret équivoque, qui « aurait renfermé un germe de sédition et de guerre. « Sa volonté était que l’on définit clairement et « sans ambiquilé CE SUR QUOI ON ETAIT D ACCORD , « mas qu on ne touchât pas aux articles SUR LES- @ QUELS IL Y AVAIT DISSIDENCE D’ OPINION. C” est ce « qu on fit. » (1)

Enfin, sur la question des prérogatives pontificales, on sait les vives discussions qui agitèrent, à plusieurs reprises , l’auguste assemblée. On peut dire en toute vérité que nos controverses d’aujourd’hui ne sont rien à coté de celles-là. Et les débats de Trente sur ce point ne sont eux-mêmes rien a Côté de ceux de Constance et de Bâle. En sorte que les raisons qu’ on allégue aujourd’ hui, pour prouver la prétendue nécessité, d’une définition, ne sont rien elles-mêmes 4 côté de celles qu’ on eût pu alléguer à Trente. Aussi, les Légats, perdant patience, eurent un moment la tentation d'en finir par un coup de majorité. Mais le Cardinal de Lorraine leur fit en— tendre, que cette manière d’en finir, ne finirait rien;

Le)

(A) Pallavicini Liv. xxiv. Cap. x1v. N. 12.

dr ght

au contraire. « Le Cardinal de Lorraine, prévenu de « ce qui s’était passé, écrit l'archevêque de Zara, (1) « à dit que si on songeait à faire passer le canon « à la simple majorité, nous. verrions uné grande « scission dans l Eglise de Dieu. Vous le voyez, « poursuit l'archevêque de Zara, la question est sé— « rieuse. Voilà où nous en sommes réduits, en grande « partie par l’imprudence, pour ne pas dire la malice « de certaines gens, qui s affichent comme les « champions du Saint Siège. »

Mais le Saint Siège eut plus de sagesse que ces ardents champions. Voici, en effet, ce que nous raconte encore Pallavicini: « Les NEUF pIXIÈMES de l’as— «semblée, s’accordaient pour la confirmation de ce «fameux décret, qui établissait la superiorité du Pa- «pe sur le concile (c’est ainsi que Pallavicini inter- « prète le decret de Florence). Le Pape cependant, « voyant que cela répugnait à plusieurs français,'et à «un petit nombre d’autres, accédant aux prières du … « Cardinal de Lorraine, qui lui représenta les trou- . «bles qui en résulteraient, consentit à mettre en— «core cette proposition de côté. » (2)

Qui n’ admirerait, avec Pallavicini, la sagesse de ce grand Pape, et « son amour de la concorde?» Qui peut dire en effet ce qui serait résulté, pour Pavenir de ce concile, dont la discipline malheureusement ne put pas même être reçue partout, si, dans une aussi grave définition dogmatique, il eut voulu passer par— dessus des résistances plus fortes encore par la valeur, que par le nombre des opposants? C’est dans‘de pa-

(1) Avenir Catholique , 21 avril 1870 — (2) Pallavicini, Liv. Xix. Cap. xv. N. 3, — Ibid. 1. xx1v, c. x1v, n° 12.

mt 2 reilles questions surtout qu'il faut peser les voix, et non pas seulement les compter.

Que l’on prenne tous les décrets dogmatiques de Frente, V un après l’autre, et l’on verra que tous ontété rendus à l'unanimité morale. Ainsi les décrets sur la justification , aprés des débats de six mois, ainsi les fameux canons sur l'Ordre, ainsi toutes les définitions dogmatiques.

On nous oppose ici deux décrets, celui sur le Ca-

non des Livres Sacrés, et la clause sur lImmaculeé Conception.

Mais quant au décret sur les livres saints, la Ci viltà ést tombée dans une complète erreur. Elle a confondu les divergences qui se sont produites pendant les discussions préparatoires, avec l’incontestable unanimité obtenue par le décret, dans le vote. définitif, en session publique, le 8 avril, 1546. Or toute la question est là.

Et même, dans les discussions préparatoires, ce nest pas sur le décret en lui-même, mais sur la question de savoir si on frapperait d’ anathème et d’excommunication quiconque rejetterait quelqu'un des livres canoniques, que les divergences d’ opinion se produisirent.

L’ Immaculée Conception , n’est pas citée avec plus de bonheur par la revue romaine : car cet exemple loin de prouver pour sa thèse, prouve contre elle. La clause en effet n’était pas une définition de foi; mais une clause purement négative, qui ne définissait rien.

La définition cependant avait été vivement réclamée. Elle n’eut pas lieu, et pourquoi ?

Précisément par respect pour la minorité, et pour

| Dos le principe de lunanimité. La doctrine de l’Imma-

culée Conception rencontrait encore à cette épo— que dans l’ Eglise une contradiction ; contradiction bien faible, pourtant, et à peu près de la seule école dominicaine. C’en fut assez pour que les Pères de Trente s’abstinssentde faire la définition, que Pie IX fit plus tard, mais dans les conditions d’unanimité quo nous dirons tout à l’heure.

Ainsi donc, voici la pratique certaine du Concile de Trente : il ne rend ses définitions dogmatiques qu’ à |’ unanimité; quand il n'arrive pas à cette una— nimité, il s’abstient de définir.

Comment, après des faits aussi certains, aussi notoires, la Civiltà a-t-elle pu dire, que la règle tracée par le Pape Pie IV au Concile , ne definirentur, nist ea, de quibus inter patres unanimi consensu constaret, le fut à titre d'exception? Pie IV au contraire se fondait sur la pratique constante et inviolable des Conciles, et nous le savons positivement; car c’est ce qu’ a déclaré expressément aux Pères de Trente qui avaient écrit à Pie IV,lors des débats sur la résidence, le prélat chargé de leur porter la lettre du Pape, Mgr de Lanciano. C’est encore l’archevêque de Zara qui l’atteste: « En terminant'sa lettre, raconte « cet archevêque, le Saint-Père s’en référe à ce que « Mgr de Lanciano nous dira en son nom.» Or, que dit aux Pères Mgr de Lanciano, au nom du Pape? «Il « nous confirma, continue l’Archevêque de Zara, la ré- « solution du Saint Père, qu’il ne fût plus question de « la résidence, à moins d’un accord commun : ATTEN- {€ DU QUE DANS AUCUN CONCILE On n'était arrivé À UNE & DEFINITION DOGMATIQUE, Si Ce n’est DANS CES CON— « DITIONS ; ou du moins avec une majorité telle,

Le ae rue

« qu’elle permettait de ne pas tenir compte de quel- «ques dissidents trop peu nombreux pour fournir «un chiffre notable.» (1)

Voilà la vérité sur la pensée du Pape Pie IV, et relativement à la tradition des Conciles œcuméniques.

elle est donc, attestée par l’histoire de tous les Conciles œcuméniques, la constante pratique de l’Eglise dans ces grandes assemblées.

Cette pratique est conforme à l’essence meme des jugèemens dogmatiques : elle n°’ est que la mise en œuvre d’une loi que les conciles devaient necessairement suivre ; car c’est à l’unanimité, à l’universalité d’une doctrine, que les Péres, que les Papes, que les grands théologiens , que les témoins les plus autorisés de la tradition reconnaissent cette doctrine comme catholique ; et dès lors, pour la proclamer telle dans un Concile, pour la définir, c’ est à son universalité, et par conséquent à l’unanimité de leurs suffrages sur cette question, que les Pères d’un Concile doivent regarder.

Quelques grands noms, pris à toutes les époques; Vincent de Lérins etS. Augustin; les Papes S. Leon, Vigile et S. Grégoire le Grand, et même Justinien, pour l'antiquité; parmi les modernes, le Cardinal de Cuza, Melchior Cano, Diego Payva, théologien du roi de Portugal, et Laynez, théologien du Pape au Concile

de Trente; le Concile de Trente luimème; et dans les

(1) Lettre du 20 Juillet 1562.

temps plus récents, Tournély, Muzzarelli, le Cardinal

Vizzardelli; nous nous bornerons 4 citer ces autorités, elles suffisent.

Quod ubique, quod semper, quod ab omnibus , ce qui à été cru de tous, toujours, partout, Selon l’admirable formule de Vincent de Lérins, voilà ce qui est vraiment êt proprement catholique: Hoc est vere proprieque Catholicum ; ainsi, dit il, que lindique le sens et la force de ce mot, quod 1psa vis nominis ratioque declarat. Donc l’universalité, c’esta-dire l’unanimité, telestle principe catholique. (1)

Mais, dit {a Civiltà, ce principe est positif, et ne doit pas être pris dans un sens négatif et exclusif; c'est-à-dire , cela est sans doute catholique guod ubique, quod semper, quod ab omnibus ; mais non pas uniquement et exclusivement cela.

Nous prions la Civiltà de vouloir bien lire et citer le texte de Vincent de Lérins tout entier, et de méditer surtout ces paroles :

« Nous suivrons l’universalité en confessant que € l’'UNIQUE et VRAIE FOI, c’est la foi que conjfesse par : « le monde l'Eglise Tour ENTIÈRE: Sequemur autem « universitatem:Aoc modo, si hanc uNAM fidem veram « esse faleamur, quam TOTA per orbem terrarum « confitetur Ecclesia. » Voilà donc exclu de lPumi= que foi, de ce qui est certainement la foi, ce qui n'est pas la foi de TOUTE L'EGLISE, Ce qui n'est pas umiversel, c’est à dire unanime; et la pensée de Vincent de Lérins doit s’entendre dans un sens aussi bien négatif que positif.

Donc, concluons-nous, pour définir la foi Catho-

* (1) Commonitorium,

= 25 — lique, les Pères d’un Concile doivent représenter la foique confesse, non pas une partie plus ou moins grande de l'Eglise, mais TouTe L’EGLise : c’est à dire être unanimes.

On a dit encore, car l’autorité de Vincent de Lerins est si haute ici, qu'on a fait de grands, mais très vains efforts, pour l’écarter, on a dit: Vincent de Lérins expose les conditions du dogme catholique ; mais non pas les conditions de la définition de ce dogme.

Nous répondons : En exposant directement les unes , Vincent de Lérins expose indirectement les autres, par voie de conséquence nécessaire; car les conditions de la définition du dogme résultent évidemment des conditions mêmes du dogme, et par conséquent ce qui ne serait pas dans les conditions d’un dogme de foi, ne pourrait pas être defini comme dogme de foi: c’est du bon sens.

Puis donc que, selon Vincent de Lérins, la condition essentielle d’un dogme catholique, c’est la catholicité, c’ est-a-dire l universalité, l'unanimité, il s ensuit evidemment, selon Vincent de Lérins, que la condition d’une définition dogmatique, c’est aussi la catholicité, | unanimité, et que cela ne pourrait être défini comme dogme catholique , qui ne serait pas cru à l’unanimité.

Lobjection, nous en demandons bien pardon, n’est vraiment qu'une argutie.

Mais, insiste-t-on, Vincent de Lérins n’admet-il pas lui-même le cas où l’antiquité d’une doctrine et son universalité seraient séparées?

Oui sans doute, àun moment donné: mais qu’ impor-

te? Un 4 ment peut se produire sur un point de.

foi, et l’unanimité de la croyance être un moment rompue: Vincent de Lérins ne l’ignore pas. Mais alors, que dit-il? 11 dit: Laissez le dissentiment d’ aujourd’ hui, et cherchez l’unanimité d’autrefois. Ce que vous trouverez avoir été cru autrefois, unanimement, voilà ‘la foi de l Eglise : « Tunc operam dabit, ut collatas inter se majorum consulat interrogetque sontentias … Et quidquid NON UNUS AUT Duo tantum, sect OMNES partter UNO EODEMQUE CONSENSU aperte , Jrequenter, perseveranter tenuisse , scripsisse, do— cuisse cognoverit , 1d sibi quoque ‘intelligat absque ulla dubitatione esse credendum. » C'est-à-dire, quand un dissentiment s’ élève, et que l’unanimité de la croyance est rompue , pour connaître ce qui est la foi de l'Eglise, cherchez ce quiakététeru anciennement, et non par un ou deux docteurs, mais par tous, omnes, unanimement, cherchez l'antiquité et l'unanimité: toujours l’unanimité.

Saint Augustin professe expressément la même doctrine. Nous en pourrions citer bien des témoignages; le suivant suffira. Le saint docteur parle de la va dde du baptème donné par les hérétiques, validité que saint Cyprien avait méconnue. « Pour « nous, dit Saint Augustin, nous n’oserions pas .« affirmer cette validité, si nous ne nous appuyons « pas sur l autorité très concordante, c’est-à-dire « très unanime, de l'Eglise universelle. Et lui mêè- « me Cyprien, sans aucun doute, s’y rendrait, »

Nec nos ipsi tale aliquid auderemus asserere,#Nisi UNIVERSAE ECCLESIAE CONCORDISSIMA auctoritate firma— ti; cui et ipse (Cyprianus) sine dubio cederet. (1)

(1) De Bapt. L. II, C. IV, n. 5.

Peut-on exprimer plus énergiquement la nécessité dé Punanimité dans ce qui doit être Ja foi? Car àl est bien évident que Ià où il n’y a pas l’unanimité, Pautorilé TRÈS CONCORDANTE DE L’ EGLISE UNIVERSELLE ne se-{trouve pas.

Nous avons cité plus haut Saint Léon constatant le consentement unanime avec lequel les Pères de

Chalcédoine avoient approuvé sa lettre à Flavien: ses paroles ne constatent pas seulement un fait, mais une doctrine ; relisons les : « Ce que Dieu, dit-il, avait d'abord défini par notre Ministère, il Va « confirmé par /’assentiment unanime de tous les « Evêques nos frères.. Et la vérité brilla avec plus « da éclat lorsque ce que la foi avait d’abord ensei- « gné, l'examen dans la suite le confirma.

Quaë nostro (Deus) prius ministerio definierat , UNIVERSE /raternitatis frmavit ASSENSU... Ipsa quoque veritas et clarius renituit, et fortius retinetur, dum quae fides prius docuerat, haec postea examunatio confirmant.

Et le Pape Vigile, dans la formule de foi placée par lui en tête de son celébre Constitutum , où voit-il précisément la force des décisions dogmatiques des grands Conciles? Dans le consentement unanime des Pères: « Tout ce qui, dit-il des quatre « premiers Conciles, y a été décidé d’un commun .« consentement, avec les Vicaires du Siège Aposto- «lique, voilà ce que nous vénérons comme ortho- .« doxe, et ce que nous acceptons. »

D que COMMUNI CONSENSU, Cum legatis dau Vicariis Sedis Apostolicæ orthodoxe ibidem dicta sunt, ea orthodoæa veneramuratque suscipimus (4).

(Hard, t. 2, p. 11:

Page 1