‹ De l'union des arts et de l'industrieChapitre 26 sur 38 · MAINTIEN DU GOÛT PUBLIC PAR LES CRÉATIONS DES ARTISTES · texte numérisé non relu

MAINTIEN DU GOÛT PUBLIC PAR LES CRÉATIONS DES ARTISTES

DIRECTION SUPÉRIEURE DES ARTS. Après avoir formé des artistes nombreux dans le vaste ensemble de l'activité humaine, après avoir en même temps créé un public artiste, l'État doit aux premiers, il doit au second de les maintenir dans la voie la meilleure. Le maintien du bon goût, chez tous et en toutes choses, sera confié à une direction unique, ministère, intendance ou conservatoire, à une direction puissante par l'autorité morale du thef,

par l’étendue des attributions et par l'importance des crédits mis à sa disposilion, Sa mission se divisera en deux parts : 1° celle des artistes, à qui il donne l’occasion de produire dans les conditions les plus favorables au développement de leurs talents; 2° celle du public, auquel il donne l'occasion de se familiariser avec le bon goût, par les yeux, par les oreilles, par chaque acte de la vie, par chaque sens, et comme par tous les pores. — Considérations générales. — H istorique applicable à la France. — La liberté dans les arts, c'est l'inspiration, l'invention, l'originalité; c'est aussi l'instabilité. La règle, c’est la mesure, la tradition, l'autorité des maîtres , c'est-à-dire la stabilité. Unir et conondre ces deux principes qu'on croit à tort inconciliables, c'est fonder quelque chose de durable. — L'idéal de la perfection. — Les œuvres châtiées, les créations sévères, la poésie dans le style, l'idéal associé à la forme, sont les problèmes dont les tentatives heureuses doivent être exclusivement encouragées, dont les chefs-d'œavre seront mis sous les yeux de tous. Quant aux productions faciles de la grâce, de l’afféterie, du sensualisme, qui empruntent, pour mieux réussir, toutes les petites séductions des types à la mode, des couleurs à la mode, des attitudes et des vêtements à la mode, il n’y a pas lieu de les proscrire ni de les encourager : ce sera toujours goûté, applaudi el apprécié en France. Il n'y a pas lieu non plus de prendre souci de l'esprit dans la littérature; mais on s'inquiétera du bon sens, de la rectitude des idées et du point de vue, qui ne saurait être trop élevé. — Les principes de l'enseignement continués et développés par la direction des arts. — Les meilleures institutions ne détruiront pas le mauvais goût : comme l'ivraie, il faut l'arracher une fois et le combattre toujours; mais, unies au bon goût, les bonnes institutions dominent les mauvaises tendances. — Exemples tirés de l'histoire des arts. — Pas de camaraderie; ne pas souffrir qu'il se forme dans les régions du pouvoir une petite église, absolue, tranchante, et en même temps bien close, bien impénétrable à tout ce qui ne jure pas par tel maître et ue se soumet pas à une tyrannie subalterne. — Des bonnes intentions et des mauvais effets dans le pussé. — Une balance égale entre les arts et l'industrie. — Une seule règle : la poursuite d'un idéal de perfection, et cet idéal placé haut, — ArrriBurTioxs. Plus elles sont étendues, plus l'unité est grande et l'ensemble complet. — Tiraillements et disparates, conséquence du morcellement de l'action. — Faits nombreux. — Monuments el ouvrages d'art qui se ressentent de ce désaccord. — Bupesr. Les grandes dépenses sont : l'enseignement du dessin et de la musique dans toutes les écoles, l'organisation des écoles spéciales des beaux-arts, les publications de modèles, l'exécution des grands travaux. — Toutes ces dépenses développées progressivement ; avec une sage lenteur, sur un plan d'ensemble arrété en principe et consciencieusement SULUL. — Dépenses sous l'ancienne monarchie, sous l'Empire, la Restauration et le gouvernement du roi Louis-Philippe. — Détails sur la construction des résidences et de chacun de nos grands monuments, — Les dépenses imposées par les arts sont minimes , comparées aux autres services. — Ces dépenses sont inaperçues, sion les met en parallèle arec le mouvement d'exportation qu'elles assurent & notre commerce,

ren APPENDICES. 531

tandis que des économies sur ce point menacent de Jermer partout nos débouchés. — CHoix D'UN CHEF. Sans une tête qui dirige les efforts, sans une âme qui inspire les réformes, sans un homme qui fait de la direction des arts et de l’industrie son affaire parce qu'elle est sa passion et qu’elle sera son devoir, nous resterons dans une situalion dangereuse. Un homme considérable et considéré, puissant par le nom, l'éducation et la fortune, ami des arts et leur protecteur naturel, en rapport de longue date avec les artistes et avec l'industrie, connu par ses écrits, de manière à faire autorité par ses décisions, estimé par son impartialité comme étant étranger aux préventions d'école, aux camaraderies d'artistes, aux influences académiques. Un simple caporal est, dans cette position, préférable à un demi-savant, à un à peu près d'artiste : l’un suit la lettre et maintient l'ordre, l'autre fausse l'esprit et introduit l'anarchie. — PEnsonnez. Des hommes capables, donnant la garantie d'un esprit supérieur par leurs études spéciales. — Cinq divisions : 1° l'enseignement ; 2° les commandes ou l'art militant: 3° la littérature et les théâtres; 4° la musique; 5° l'industrie. Les chefs de division forment près du directeur ou du ministre un conseil qui donne à toutes les mesures la force de l'unité et le caractère imposant de l'ensemble. — Les inspecteurs des beaux-arts. — Leur influence. — Qualités qu'on devra exiger pour ces fonctions. — Les commissions. Laissez les artistes à leurs travaux, ne les traînez pas dans vos commissions et dans vos jurys. L’enseisnement général des arts, en multipliant les artistes de talent dans toutes les classes de la société, formera bientôt une phalange d'amateurs qui, après s'être exercés avec ardeur et s'être retirés de la lice avec modestie, abandonneront la pratique des arts pour s’en faire les juges, les critiques et les historiens. C’est 1à un personnel excellent pour former les commissions, les jurys, les conseils. — Les concours. Les arts, placés sous la direction d'un ministre politique, ont été soumis à des concours qui devaient conciier l'intérét de l'art avec les garanties administralives, mais qui n'ont jamais concilié que l’avénement des médiocrités avec l’abaissement de l’art. — Les concours seront maintenus dans les classes de l'école; les Concours ne seront appliqués ni aux travaux des artistes ni aux commandes du Gouvernement. — Cruelles déceptions des concours depuis le temple de la Gloire en 1807 Jusqu'au tombeau de l'Empereur aux Invalides en 1842. Les Grecs mettaient tout au concours, parce que la lutte avait pour Juge un peuple entier de fins connaisseurs. Les combats des athlètes, la poésie, la musique, la danse, les compositions dramatiques de la scène, étaient les sujets de concours incessamment renouvelés; on n'accordait même pas la gravure d'nne inscription, l'emploi d'un héraut ou d'un trompette, sans un concours de calligraphie, de voix et d’instrument. Toutefois, ces concours étaicnt toujours dominés par la venue d'un artiste hors ligne; les concurrents s'effaçaient, ou bien le peuple grec renonçait au concours, aussitôt que le talent incontesté entrait en lice. — Les concours on été abandonnés du moment où le public n'a plus été un bon Juge. — Après la lutte solennelle de cinq grands artistes pour faire les portes de bronze du baptis-

tère de Florence, les protecteurs des arts et les artistes se réunirent d'un commun accord pour renoncer aux concours et pour revenir à l'autorité des hommes de goût, chefs de républiques ou de royaumes, guidés par eur amour de l’art, les travaux antérieurs de l'artiste et la faveur de l'opinion publique. — En 1727, un essai de concours entre douze peintres ; Lemoine et de Troy partagèrent le prix, Coypel eut un accessit. — Inutilité de cetle tentative isolée. — Aux grandes époques, du temps de Périclès et de Léon X, quand les princes, médiocrement occupés des détails administratifs de leurs États, consacraient la meilleure part de leur journée à leurs goûts pour les œuvres de l’art et de l'esprit, s'ils concevaient l'idée de se bâtir un château de plaisance, de décorer une chapelle ou d'orner un palais, Michel-Ange, Raphaël on le Primatice eniraient dans leur tête en même temps que le projet. Alors ils disaient à ces artistes : Faites, et ils laissaient faire, au risque d’être brutalisés quand ils venaient se mêler de ce qui, jusqu'à complet achèvement, ne les regardait plus. — Les formes administratives exigent-elles qu'on mette une statue au concours, comme on met une fourniture de bois en adjudication? Oui, aussi longtemps que le ministre politique chargé de la direction des beaux-arts sera préoccupé de soins plus importants, et sentira la nécessité de mettre sa responsabilité à l'abri derrière ce genre de contrôle; mais, quand il connaîtra son personnel artiste comme le ministre de l'instruction publique connaît ses professeurs, le ministre de la guerre ses ofliciers, le général d'armée ses soldats, il saura les hommes qui conviennent à telle œuvre, comme ses confrères savent ceux qui peuvent occuper une chaire de faculté, un emploi de cnlonel, ou s'acquitter d'une expédition difficile. — Je ne voudrais pas de concours, mais j'aimerais à appeler en toutes choses le public à juger des œuvres de nos artistes, à les mettre en communication et en rapport, les uns et les autres s'instruisant dans ce contact, se polissant dans ce frottement. — Donner à lu peinture un mur de 600 mètres de long, à la sculpture une avenue de deux kilomètres, en plein air et sur le passage de la ville entière. — Économie de ces deux projets. — Contre la sale muraille qui, sur les bords de la Seine, déshonore par son délabrement le jardin des Tuileries, on élèverait un revêtement de briques enduit de ciment et de plâtre qui serait divisé en 100 cadres de 5 mètres de large sur 3 de haut. Un vitrage élégant descendrait du couronnement du mur jusqu'aux réverbères et formerait pour les promeneurs un abri assuré, en été contre Île soleil, en hiver contre la pluie et la neige. Ne pensons qu'à l'intérêt de l'art. Tous ces espaces, encadrés entre des pilastres ornés, seraient peints ou siuqués en imitation de marbre, de inanière à présenter une simple et riche ordonnance; mais d'avance on aurait arrêté les sujets historiques qui devraient les remplir, et le programme serait porté à la connaissance de toutes nos écoles. Chaque année, après l'exposition des envois de Rome, après que l'opinion publique se serait prononcée, et soit sur la proposition de l'École ou de l’Académie, soit sur le rapport d'une commission renvuvyelée tous les aus, l'Administra-

Uüon déciderait si un des élèves s'est montré digue de remplir un des encadrements avec le sujet qui a souri à son imagination, qu'il a choisi librement, qu'il a longuement préparé. Il v’y a pas là, comme on voit, un concours dans sa rigueur; c'est plutôt une source d'émulation. La sculpture aurait aussi sa carrière ouverte à l'imagination des jeunes gens. L'avenue des Champs-Elysées appelle une décoration monumentale. L’essai fait en 1840 a été satisfaisant. On construirait les piédestaux d’abord dans la partie qui s'étend de la place Louis XV au rond-point, et on les ornerait avec les plâtres des chefs-d'œuvre de la statuaire antique et moderne, et chaque année, après l'exposition des envois de Rome, un ou plusieurs des élèves seraient chargés de remplacer les plâtres par les groupes en marbre des personnages inscrits au programme. Je dis groupes et non pas figures, parce que l’espace permet de renoncer à l'alignement monotone de figures isolées et autorise à composer pour ces piédestaux des groupes de figures qui associent un personnage et une idée, un guerrier avec l’action d'éclat qui lillustre, un citoyen avec le grand acte de sa vie, un savant avec les figures qui expriment allégoriquement ses découvertes. Ayant eu la liberté dans leur choix, ayant conçu leur figure en vue de la destination projetée, ces Jeunes artistes se trouveraient dans les vraies conditions de l'art. La routine aura bien des objections, bien des quolibets contre des propositions de ce genre; mais, loin de se laisser étourdir par cette tour de Babel, qui s'appelle aujourd'hui l'epinion, dans les questions d'art, les hommes qui ort réfléchi sur l'avenir de nos artistes savent ce que valent les premiers élans d'une jeunesse aguerrie, les tendances naïves d’un talent à ses déouts : ils seraient heureux que ces galeries de la peinture et de la sculpture monumentales eussent été ouvertes quand David , Gros et Ingres revenaient de Rome ; leurs tableaux à cette date auraient valu ce que valent les juvenilia des hommes de génie , et, de même qu’on s'attache davantage aux premiers ouvrages de Raphaël, on regarderait avec une bienveillance particulière les tentatives de jeunes gens devenus de grands artistes, et dont les vingt-cinq ans sont à la fois l'excuse du présent et la promesse de l'avenir. Ces œuvres, exposées au jugement du public, comme les tableaux qu'Apelle offrait à la critique des passants, auront le double avantage d'éclairer l'artiste et d'entretenir la foule dans l'amour de l'art. Associer la population à ces discussions, donner une part de responsabilité à l'opinion, faire de l'art un intérêt public, c'est avancer l'éducation de la nation de front avec celle des artistes. Un jour on se dira dans tout Paris qu’on a placé la statue d’un tel, un jeune artiste de vingtdeux ans, sur un des piédestaux des Champs-Elysées, ou qu’on a découvert la peinture de tel autre élève le Jong du jardin des Tuïleries, et la foule de se mettre en route, de jaser pendant huit jours et de discuter sur le mérite des œuvres; cela vaut bien les conversations sur la rente et ne les empêche pas. — Les travaux d'art, — Leur importance doublée par un plan arrété d'avance et suivi lentement, de manière à proportionner les commandes au talent des artistes. — Lu hâte sera proscrite. — Pas de débordement , pas de stagnation de

travaux, — Trop de commandes dépassent lu puissance productive, trop peu l'énervent. — Les ARTISTES. Comme les enfants, ils n’ont reçu de Dieu que des qualités; leurs défauts viennent de nous. — Les artistes, disent les Anglais, ont double collection de nerfs et pas de peau pour les recouvrir. Ménagez donc ces natures susceptibles et irritables. Un saint a ses erreurs, la femme la plus pure a ses faiblesses, et vous ne voulez pas que le génie ait ses infirmités! Prenez garde de vous tromper. Vous vous offusquez du désordre de l'artiste, son assurance vous est insupportable, vous appelez orgueil le sentiment qu’il a de sa force, et entêlement, caprices, lubies, ce qui est en lui un principe arrêté après bien des combats, une conviction formée au milieu de mille incertitudes. — Un jour, dans une commission, on se plaignait d'un artiste de talent qui ne savait pas se soumettre aux formes administratives; un chef de bureau alla même jusqu'à dire qu’il serait dorénavant impossible de l'employer, que c'était un fou. À ce mot, Duban releva la tête, et, comme un lion qui secoue sa crinière, rejetant sa forêt de cheveux en arrière, il s’écria : «Oui, Monsieur, c’est un fou, car c’est un artiste; s'il n'avait pas été fou, il aurait évité la misère qui est au bout de sa carrière, et avec son intelligence, que vous ne contestez pas, il se serait enrichi à faire du sucre ou de la chandelle.» Les membres de la commission sentirent couler dans la moeile de leurs os quelque chose comme un courant électrique, divin et douloureux : l'artiste conserva ses travaux. Imitons la commission. — On me reprochera de ne pas connaître les artistes, leur fol amour-propre, leurs sentiments haineux les uns pour les autres. — Les artistes sont un sol généreux qui rend selon qu’on y sème, qui donne au centuple à celui qui sait remuer et traiter cette terre légère et féconde, à celui surtout qui ne se laisse rebuter ni par une mauvaise récolte, ni par les mille accidents, contre-temps et espérances déçues qui sont le fait de toute culture ; et combien ces contrariétés sont vite oubliées quand par un beau rayon de soleil la plante rare Iève et fleurit! Vous avez cru qu'il suflisait d'acheter de la semence, de signer une commande ou une traite sur la banque pour faire surgir le chef-d'œuvre, vous vous étiez trompé; il faut des soins de plus d’un genre, mais tous sont largement compensés par le succès. — Des égards dus au talent; des rapports avec les arlistes. — Avant tout, donnez une interprétation neuve au mot de commande, qui résonne trop comme à la caserne. Ne commandez qu'une chose à l'artiste, c'est Île respect de lui-même. Si vous lui laissez pleine liberté, dira la routine, vous verrez ce que vous obtiendrez de lui; il se moquera de vous, vous serez trompé et volé. Je ne vois pas qu’un artiste ait jamais trompé un camarade, et je suis certain qu'en lui inspirant autant d'intérêt, on sera traité de même. Suivez donc attentivement les artistes dans leur carrière, depuis les débuts dans l'école jusqu'au succès populaire des grandes expositions, connaissez le fort et le faible de leur talent, puis faites votre choix, ét, après avoir apparenté les dispositions de chaque artiste avec chacun de vos projets, confiez-leur ces travaux avec deux lignes de commentaire pour toute pres-

cription. Si pour vous décider il vous faut des esquisses, soyez persuadé que l’homme de talent, puissant pour exécuter une grande œuvre, sera malhabile à ce jeu de maquettes et de pochades; sachez aussi que le charlatan de peinture qui vous séduira par une esquisse ne sera capable que d’une grande esquisse et incapable d'exécuter un grand tableau. Soyez mieux préparé pour choisir l’homme éminent, et, le choix fait, soyez plus confiant. Appelez l'artiste près de vous, non pas comme on fait venir un tailleur pour se commander un habit à sa taille, de la forme de son goût et de la couleur de son choix, mais comme un ami avec lequel on veut discuter un intérêt commun. Vous lui direz vos projets, votre but, le sens moral ou politique que veus attachez à cette œuvre; puis, comme le Créateur, vous prononcez le fiat lux, et, si vous avez bien chois:, l'artiste doit avoir en lui une lumière dont il vous enverra un reflet pur et éclatant, car son ivspiration sera libre; elle n'aura été obscurcie, voilée, par aucune gêne intermédiaire. Ainsi vous sortirez des vieilles routines, ainsi vous rajeunirez l'art par la liberté. Trop longtemps, comme des enfants en lisières, les artistes les plus forts dans leur métier, et qui avaient déjà donné des garanties de leur talent, ont été retenus par vos programmes ; il est temps de leur donner l'essor. Qu'ils jettent leurs bourrelets par-dessus les moulins, qu'ils courent, qu'ils gambadent dans le vaste champ de l'imagination; plus d’un roulera à terre, se fera des bosses et des noirs, mais les habiles développeront leurs grâces vaturelles ou leur puissante originalité. — DR L'ASSOCIATION DANS LES TRAvaux D'ART. L'unité dans la décoration d’un monument est une qualité indispensable qu'il faut sauvegarder à tout prix; c’est une nécessité de force majeure à laquelle on sacrifera tout, et les artistes eux-mêmes. Mais est-il nécessaire de les sacrifier, de blesser leur amour-propre, de détruire les plus nobles stimulants de l'ambition? Je ne le pense pas. — Des écoles et des maîtres. — Historique des grandes œuvres. — Antiquité, moyen dge, renaissance, siècle de Louis XIV, — Avantages et abus. — L'association des artistes entre eux peut être féconde, mais elle ne se prescrit pas. — Deux talents s'associent quand deux caractères s'entendent. — Exemples nombreux pris dans l'histoire des arts. — Joseph et Carle Vernet avaient projeté de peindre exsemble la vaste scène du passage de la mer Rouge. La mort eut peur de cette vie ranimée par deux talents réunis : Joseph avait terminé sa carrière avant que le tableau fût commencé. — Talents associés de nos jours. Travaux D'ARCHITECTURE. L'État ne doit pas employer seulement ses élèves; mais comme il donnera aux plus habiles parini eux les occasions de se preduire, comme aussi il ne confiera l'exécution de ses monuments qu’aux architectes qui ont fait leurs preuves, il y a toutes chances pour l'artiste consciencieux qui aura préféré des études sérieuses et arides aux travaux faciles et lucratifs. — Aux grands architectes on donnera non pas seulement les monuments à exécuter, mais les moindres travaux d'utilité publique : il y a pour le goût public autant d'enseignement utile comme autant de fâcheuse influence dans une guérite, un poste de la ligne bien ou mal faits, que dans le plus

grand édifice, — Un habile architecte Jait grandement une petite construction ; un malhabile fait petitement un grand monument. — On ne soufrira plus ou du moins on entravera, par tous les moyens qu'un gouvernement possède, le goût vulgaire et les prétentions ridicules des constructions que les compagnies de chemins de fer exécutent aujourd'hui sans contrôle. — Avantages accordés à celles qui s'attacheront des architectes de talent et de goût, au lieu de laisser faire des ingénieurs incapables et dépourvus de tout sentiment de l'art. — Influence bienfaisante qu'auraient de bons modèles d'architecture mis ainsi sous les yeux de la France entière dans ces gares de voyageurs, où l'attente aïguise l'observation et fixe les objets dans la mémoire. — Des architectes. — Lacunes de leur éducation. — Les habituer aux devis précis, aux comptes exacts, à l'exécution consciencieuse. — Les architectes vivant davantage dans le monde pour être mieux dans l'intimité de leurs clients et connaître leurs qoûts et leurs besoins. — Des architectes tapissiers. Du corps DES ARCHITECTES. Suppression de l'ancienne Académie royale d'architecture. — Position actuelle des architectes entre les ingénieurs et les entrepreneurs maçons. — Sur 350 maisons construites en moyenne chaque année à Paris, 60 sont l'œuvre d'architectes consommés dans leur art, et 290 la besogne courante d'entrepreneurs maçons et d'ingénieurs qui ont fait des études incomplètes. — Le remède. — Éducation du public. — Donnez aux maçons un meilleur enseignement, et n’accordez aux ingénieurs leur diplôme qu'après des examens sérieux, dans lesquels ils prouveront qu'ils savent de l'architecture plus qu'on n’en apprend en trente leçons. — 4ffreuse architecture urbaine de ces cinquante années. — Mal fait à nos monuments par les ingénieurs. — Le pont Neuf à Paris. — Autres exemples désespérants. — Du DIPLÔME IMPOSÉ AUX ARCHITECTES. La raison sérieuse pour demander le diplôme est la sécurité des citoyens; mais il est facile de prouver, en premier lieu, que les entrepreneurs maçons et les ingénieurs qui manquent de talent et de goût sont des constructeurs aussi bons, sinon meilleurs, que le plus grand nombre de nos architectes; en second lieu, que des commissaires-voyers sont institués pour sauvegarder cet intérêt. Le style et le goût, compromis par les entrepreneurs maçons et par les ingénieurs, est un autre argument en faveur du dipiôme; mais il est évident que, le goût public une fois réformé, il réformera lui-même ces mauvais ouvriers. — À ce compte, on devrait imposer le diplôme aux peintres et aux sculpteurs pour s'assurer contre les laids tableaux et les vilaines sculptures; j'aime mieux m'en remettre au goût public désormais épuré, et qui empêchera de construire une désagréable maison, comme il s’offense quand on expose en public une peinture immorale.—Prendre garde, sous prétexte de diplôme, d'anéantir à la fois les inspirations libres des artistes et les derniers droits de la propriété; la loi d’expropriation qui abat notre maison est déjà bien assez arbitraire sans qu’une autre loi nous impose l'architecte qui la reconstruira. — L'architecture restera une carrière libérale et ne se courbera pas sous l'esclavage du diplôme. — L'enseignement nouveau de l'École des beaux-arts, embrassant tous les arts dans leur puissante association, nous réserve peut-

être un grand peintre ou un grand sculpteur pour notre plus éminent architecte; ne coupons pas les ailes de l’avenir.—La position est différente pour les architectes de province. —Ils sont en rivalité avec des agents-voyers ignorants, avec des ingénisurs dépourvus de goût, et les conseils municipaux donnent la préférence à ceux-ci. — Instituer un diplôme qui sera délivré aux élèves à leur sortie des écoles, et n'autoriser aucune construction a die aux frais de l'État, des départements et des communes, si elle n'est pas confiée à un architecte muni de ce titre.— Former des commissions qui délivreront le même diplôme à tous ceux qui, en dehors des écoles publiques, rempliront les conditions des mêmes examens. — Du reste, liberté pour tous de faire de l'architecture uniquement avec du goût du talent et méme avec du génie. — Scucprure. C'est le grand art, l'art vivant. — Causes qui l'ont énervé au point que des gens le croient mort. — L'habitude des artistes de travailler sans but et de créer sans destination arrêtée pour leurs œuvres leur a ravi le sentiment des proportions et des convenances. — Des œuvres de la statuaire aux grandes époques. — De nos médailles et de leur infériorité. — Des pierres gravées. — Des matières. — La statuaire d'un grand pays, d'une belle capitale, doit proscrire les matières qui n'offrent pas les conditions de durée et qui ne gagnent pas en beauté avec le temps. — De la fonte qui rougit, de la pierre qui verdit, des compositions qui se délitent. — Les belles matières sont le bronze et le marbre, à la condition de bien allier l'un, de bien choisir l'autre, — Peinrure. Sa grande mission populaire à toutes les époques. Afin qu'elle réponde aux grands sacrifices faits pour l'enseignement général, on entourera les artistes de toutes les facilités qui élèvent d'autant plus le talent

qu'il est moins enchainé à terre. — Ressources offertes par les collections de l'État. — Musées d'objets d'art. — Bibliothèques d'ouvrages à figures et de livres hisloriques. — Musée de costumes à l'Opéra. — Le bon et le mau-

vais de ces arsenaux. Des MonÈLes. J'ai dit comment la Grèce accourait aux jeux d'Olympie pour voir les plus beaux athlètes, comment, dans son enthousiasme, elle demandait leurs statues à ses sculpteurs les plus renommés; J'ai dit comment la beauté était un culte dans la contrée où il était le plus facile de la rencontrer. Je ne sais quand l'enthousiasme pour l’art remontera au degré où l'avaient porté les habitants de Crotone ou d'Héraclée, lorsqu'ils ordonnèrent, par un décret public, aux cinq plus belles vierges de la ville de poser pour la figure d'Hélène devant le peintre Zeuxis. Pouvons-nous espérer revoir cette passion? Devons-nous le désirer? Sans examiner cette question, reportons notre attention sur l'importance des modèles, question vitale pour l'avenir de notre école. Une des misères de l’art à Paris est dans l'absence de bons modèles, ou, ce qui est pis, dans l'espèce de modèles qui pose devant les artistes. Les hommes sont hideux et les femmes abjectes: ceux-là quittent des loges de portier et des ateliers de cordonniers pour poser en Achilles; celles-ci ne laissent que trop percer le métier qu'elles font dans les attitudes qu’elles fournissent aux artistes, dans les inspirations comme dans les distractions qu’elles leur donnent. Aux uns et aux autres manquent la distinction native, l’aisance naturelle; ils 1cs remplacent par

l'élégance du bal Mabille et la hardiesse de poses affectées. Si la race israélite apporte aux ateliers des formes moins dégradées et un type plus caractérisé, ces formes sont grêles, ce type est juif, et ces modèles jettent sur toute l’école un ton monotone auquel il faut la soustraire. Au reste, quels qu'ils soient, tous ces modèles de métier, ne faisant de la pose qu'un accessoire de leur vie vulgaire ou désordonnée, apportent à l'atelier de l'artiste le laisser-aller et l'indifférence; il y a absence complète de communauté entre eux et l'œuvre à laquelle ils prennent part. Loin de moi l’idée de moraliser la classe des modèles, de tenter même sa réforme, c’est du ressort de la préfecture de police; mais j'ai à cœur la régénération de l’art, et malheureusement celle-là dépend en partie des modèles que nos artistes ont sous les yeux. On peut faire des phrases sur l'idéal, échafauder des sysièmes sur l'alliance de l'inspiration et de l’étude de la nature : tout cela n'avance pas beaucoup la besogne, et, quand on a tenu un pinceau ou un ébauchoir, on sait qu'il faut revenir aux pratiques matérielles et aux instruments du métier; or, le modèle est un de ces instruments, et les productions de notre école prouvent assez qu'il est mauvais. Perfectionnons-le donc. Si nos élèves de Rome et d'Athènes, si nos élèves voyageurs, travaillant dans les succursales de Damas et de Bagdad, trouvent en surabondance les occasions de former leur goût au contact des belles races , à la vue et dans l'étude des mouvements libres et des poses naturelles de peuplades qui semblent n’avoir conservé de leur antique origine que cet héritage de noblesse qu'elles se transmettent sans avoir la conscience de sa valeur, nos jeunes artistes, revenus à Paris, sentent d'autant plus vivement la privation de ces ressources. En même temps, tous les artistes qui, sans avoir obtenu les grands prix, cultivent les arts avec succès, luttent contre des difficultés insurmontables et infligent à leurs œuvres les stigmates de ressemblances trop connues. L'État doit suppléer à ce grave déficit, et voici comment il serait possible d’organiser ce service. Le directeur de l'école de Rome embaucherait une dizaine d'Italiens, hommes et femmes, moyennant 1500 francs d’appointements, avec obligation de poser quatre fois par semaine, matin et soir, dans Îles écoles du Gouvernement ou chez les maîtres dont le professorat se montrerait digne de cet encouragement. Comme ces étrangers conserveraient pour eux, c'est-à-dire pour les artistes, le reste de leur temps, il leur serait facile de gagner 3,000 francs par an, perspective séduisante pour quitter sans difliculté le pays, surtout quand on ajoutera à ces avantages le voyage gratuit à l'aller et au retour. Je ne voudrais pas qu’on engageât ces modèles pour plus de trois années, parce qu’au bout de ce temps l'influence parisienne a pris le dessus sur les habitudes primitives; mais, tandis que la moitié d’entre eux, s'étant faits à la vie de Paris, renonceront à revoir leur patrie et continueront, bien que dégénérés, à être pour les artistes des modèles infiniment supérieurs à ceux qu'ils ont maintenant, le Gouvernement renouvellerait continuellement les siens et ne les demanderait pas seulement à l'Italie; ses directeurs à Athènes, ses élèves voyageurs et ses consuls en Orient, ses gou-

verneurs en Algérie, ses agents diplomatiques aux Indes, en Espagne, en Autriche, ses prélets dans les Pyrénées et en Bretagne, seraient chargés de faire des recherches et d'envoyer à Paris quelques-uns de ces types à fleur de coins des nationalités les plus belles, et cette population nouvelle de modèles, choisis non pas au point de vue de l'étude des races, qui est un tout autre ordre d'intérêt et d'étude, mais uniquement d’après la beauté des traits, l'élégance des formes, la régularité des proportions; cette population, dis-je, sera l’un des éléments les plus curieux, les plus attrayants, les plus féconds, de l'art moderne. — Les mannequins Le Blond. — Genre de perfection dont ils sont susceptibles. — Rédaction des prix. — T ne faut pas plus chercher son idée dans son écritoire que sa composition d’après son modèle; il faut lavoir créée dans sa tête avant de la jeter sur le papier. Toutefois un modèle d’une nature élégante, aux attitudes naturellement souples et gracieuses , aux poses toujours distinguées, peut aider l'artiste à trouver mieux qu’il n’avait rêvé. Poser le modèle, c’est scabreux; mais lui expliquer la pose qu'on désire pour exprimer la situation que l’on cherche, la lui laisser prendre de manière à ce qu’il y trouve l’aisance, cette mère de toute grâce et de tout naturel, c’est une des ressources de l'atelier. — Du MATÉRIEL DES arts. La peinture à l'huile. — Son histoire. — Les Van Eyck n'ont rien inventé, mais ils ont perfectionné la peinture à l'huile en même temps qu'ils peignaient merveilleusement. — De la préparation des couleurs aux xv° et xvr° siècles. — De leur altération aux xv1r° et xv1ri", mais plus particulièrement au x1X°, — Assistance cherchée dans les ateliers des chimistes de la grande manufacture. — Des mopes DE P£INTURE. Tous les procédés sont bons dans les mains d’un homme de talent, mais il en est qui grandissent l’homme et d’autres qui l’amoindrissent : ainsi la fresque, ainsile pastel. — La fresque n’est pas seulement une peinture monumentale parce qu’elle résiste mieux que toute autre à l'influence de lair; elle a ce caractère parce qu’elle exclut les perfections d’eflet, de coloris et de détails auxquelles les artistes sacrifient ou au moins subordonnent le meilleur de leurs qualités. Quand il faut accuser des contours, on dessine; quand il faut colorer par masse, on est large; quand la simplicité des tons et l’impossibilité de revenir sur ses teintes obligent à renoncer à l'effet du trompe-l'œil et à traiter ses sujets par larges partis pris, la manière grandit, le dessin s’ennoblit, on presse sa pensée pour en exprimer l'âme, on est gagné par le grand style. La fresque est un mentor sévère qui nous avertit et ne nous passe rien; la peinture à l'œuf, à l'huile, à la cire et le pastel sont des complaisants quiencouragent toutes nos faiblesses, en nous aidant à les dissimuler. — N'autoriser dans les monuments que des peintures traitées sur le mur même. — Défauts des peintures exécutées dans l'atelier et ensuite marouflées. — Des tableaux transformés en plafonds. — Du désordre des idées à cet égard. — Plafonds plafonnant s'ussociant à l'idée d'air et de ciel. — Peintures extérieures en lave et faïence émuillées. — Des rravaux. Entretenir la grande peinture dans l'école et le goût du grand dans le public. — Continuation du musée de Versailles. — Continuation paisible, réfléchie, bien différente de la furia, peut-être

obligée, qui a présidé à l'exécution de sa première partie. — Caractère qui con: vient à la seconde partie, consacrée aux gloires pacifiques, à l'histoire cuile, aux actes mémorables des grands citoyens. La France n’est pas seulement une retentissante caserne, elle a exercé son influence sur d’autres terrains que sur les champs de bataille; ses vertus, ses grandes actions, ses actes de dévouement, pour n'être pas tous éclairés par l'éclat de la poudre, n’en sont pas moins brillants et dignes d’être représentés, n’en sont pas moins favorables à l'art qui les représentera. — Chaque monument de Paris aura son caractère particulier de peinture. — Les nouvelles galeries des musées du Louvre et du Luxembourg appellent l'antiquité dans sa poésie; le cloître des Invalides, les manéges et les grandes salles d'exercice des casernés se tiendront au courant de l’histoire militaire, et la suivront au jour le jour; la salle des Pas Perdus et les galeries du Palais de Justice montreront avec orgueil les vertus sévères de la magistrature; les galeries du musée d'histoire naturelle développeront les merveilles de la création; les salles des hôpitaux, si tristes, si monotones, offriront aux malades et aux mourants les scènes consolantes de la religion; les églises se prêtent au développement de la pensée religieuse; la galerie des Tuileries sur le bord de l'eau et les grandes gares des chemins de fer, les foyers, plafonds et rideaux des théâtres, feront lire les grandes pages de l’histoire nationale et populaire. Voilà les espaces et le livre ouverts au talent. Aussi, quand un grand artiste viendra vous dire : Telle page m'inspire; répondez: Faites, et laissez faire, car s'il est une chance d'obtenir une œuvre vraiment spontanée et vivante, c’est à ce mode de liberté que vous la devrez; autrement vous aurez de la peinture officielle, un moniteur en images. I en est du génie dans les arts comme de l'esprit dans le monde: annoncez à vos convives un homme d'esprit, il se taira; à vous la faute, vous lui avez commandé d’avoir de l'esprit. Par cette même raison vous laisserez aux artistes la liberté de renoncer à tel sujet choisi par eux et d'en prendre un autre; l’imagination est capricieuse; l’homme de génie en souffre plus que ceux qui s’en plaignent. — De la peinture topographique des batailles. — Ce genre exuct doit être encouragé pour laisser les artistes faire de l'art à propos de batailles. — Un secours du même genre sera donné aux peintres qui représentent les faits de la vie civile. On leur demandera d’associer la réalité des attitudes et la vérité des costumes à l'allégorie qui ouvre au-dessus du prosaïque comme un coin de ciel poétique. L'erreur de David et de son école a été de copier l'antiquité au leu de chercher à la comprendre, de la faire entrer violemment dans les sujets modernes au lieu de la leur associer, là où ils comportent le rapprochement. La gravure du Serment du jeu de paume ne se comprend qu’en voyant le tableau esquissé. On était étonné de ces gestes étranges, de ces poses insolites, de ces allures d’athlètes, inconciliables avec des costumes étriqués, des têtes poudrées et des jambes en culottes; mais en découvrant dans l’'esquisse du tableau les modèles nus qui ont posé au lieu des représentants des trois ordres, on s'explique comment leurs têtes ressemblantes sont placées

sur des corps qui ne pouvaient leur ressembler. LE cHo1x DES ARTISTES. Un général d'armée choisit pour chaque expédition les bataillons qui conviennent le mieux aux difficultés de l’entreprise, de même vous distribuerez les travaux suivant les aptitudes. S'agit-il des grandes pages populaires peintes en plein air sur la voie publique, vous appellerez à vous les hommes que leur talent porte à la largeur et à une certaine prestesse d'exécution; vous vous adresserez à ces fortes imaginations qui rêvent les vastes emplacements et font craquer les plus grands cadres en débordant sur les limites de la toile. Quelles mains pour couvrir les immenses espaces que celles de Vernet, de Delacroix, de Laemlein, de Janet-Lange, d’Yvon? Je voudrais qu'on continuât la rue de Rivoli rien que pour fournir à ces hommes l’occasion magnifique d'enseigner l’histoire de France aux passants, depuis le ministère de la marine jusqu'à la barrière du Trône. — Telle imagination procède par enjambées, telle autre se replie sur elle-même; sachez contenir les unes et obliger les autres à s’épandre. Orsel, Perrin, Tyr et toute une génération nouvelle de jeunes peintres convaincus sont délaissés par l’Administration, « parce qu'on n’en obtient rien.» En effet, des artistes de cette nature ne peuvent se faire aux exigences expéditives du jour : je les en félicite. Donnez-leur du temps, n’échafaudez les chapelles que lorsqu'ils seront prêts à peindre sur place. C'est la pensée qui est lente à prendre sa forme, parce qu'elle lutte avec un idéal difficile à atteindre et mille scrupules qui empêchent ces artistes de se satisfaire; mais une fois la pensée conçue et la forme arrêtée, leur exécution est aussi rapide que celle d'aucun autre. — La peinture officielle des portraits du chef de l'État ne saurait être omise dans ce tableau des influences qui agissent sur le goût public. Depuis Louis XIV, la peinture et la sculpture ont répété le portrait du souverain dans son caractère officiel, en même temps que le balancier de la Monnaie frappait l'effigie royale; mais comme, au temps du grand roi, les artistes les plus renommés étaient chargés de peindre et de modeler l'original d’après nature ; comme aussi on n'en confliait la reproduction qu'à d’autres artistes de mérite; comme enfin le plus habile graveur était chargé de reproduire ces ouvrages par le burin, les portraits officiels furent, sous ce règne, trèssatisfaisants, et ils n’ont pas peu contribué à donner, tant aux contemporains qu’à la postérité, une grande idée de la majesté royale. La peinture et la sculpture officielles furent plus lâchées sous Louis XV, et on peut suivre leur décadence en continuant l’examen des effigies royales jusqu'aux incroyables badigeonnages, jusqu'aux fabuleux bonshommes envoyés sous le titre de portraits du roi Louis-Philippe aux ministères, ambassades et préfectures. — Alexandre ne voulait être peint que par Apelle. — Les papes et les princes à l'époque de la Renaissance. — François I” et les Valois. — Henri IT ne laisse passer ses portraits qu'approuvés par François Clouet. — Réforme nécessaire. — Intérêt pour le chef de l'Etat, intérêt pour l'art. LA GRAVURE ET LA PHOTOGRAPHIE. Leur action de propagande. — Encouragements donnés libéralement à la gravure dans les siècles précédents. — La chalcographie du Louvre.

— Le prix de Rome. — Les commandes. — Rivalité de la photographie. — Progrès de cel art. — Son importance immense. — Son influence excellente. —

Son utilité pour remplacer les médiocrités en tous genres par des chefs-d'œuvre, sans faire tort aux chefs-d'œuvre de l'art. — La photographie à donné des leçons à tout le monde, aux artistes et au publie, et ce ne sont pas les artistes qui en profitent le moins. C'est à la photographie que les arts devront de rentrer dans les hautes régions de la pensée, leur vrai domaine. Quand on fera dès la première séance d'apprentissage ou quand on achètera pour quelques sous des imitations inimitables de toutes les scènes de la nature, les gens habiles, qui avaient du penchant pour le réalisme, renonceront à lutter avec la machine; ils ne lutteront plus qu'avec l'idéal. — Les procédés de la photographie sont imparfaits, ils se perfectionneront; on trouvera le moyen de transporter les épreuves sur pierre et sur métal, et ces dessins merveilleux, imprimés par les procédés ordinaires de la lithographie et de la gravure, n'étant grevés ni de droits d'auteur ni de frais de gravure, seront donnés pour presque rien et répandus dans toutes les maivs. Alant audevant de cet avenir prochain, on demandera aux grands interprètes des vieux maîtres, à Henriquel Dupont, à Calamatta, à Mercuri, à d’autres burinistes bien connus, non plus d'excellentes gravures qu'ils creusent péniblement dans le cuivre avec leurs outils d’acier (dix années de fers pour chaque gravure), mais d’admirables dessins d’après les chefs-d’œuvre des plus célèbres galeries; dessins aussi finis, aussi brillants, aussi harmouieux que leurs gravures, mais qu'ils mettront deux ou trois mois à faire en compagnie de la fraîcheur de l'inspiration. Ces dessins seront photographiés, transportés sur cuivre ou sur pierre ct donnés pour un prix modique à des milliers d'amateurs, heureux de posséder ainsi cinquante Henriquel Dupont au lieu d’un, cinquante dessins qui auront toutes les qualités éminentes de ses gravures, et, en plus, des qualités d'initiative personnelle qui percent dans la hberté de la touche, en nous délivrant des pauvretés, des minuties de pointillé, des résilles de hachures ct des difficultés mesquinement vaincues, autant de défauts inhérents à la gravure. Vous voulez donc tuer cet art admirable? Non pas, je demande seulement grâce pour quelques hommes supérieurs. — La gravure à l’eau-forte et la lithographie sont une utile propagande quand elles sont l’expression animée et spirituelle de la pensée, et elles n’ont pas besoin d'encouragement quand elles sont traitées par des peintres de talent; cependant, d’honorables distinctions doivent s'associer aux applaudissements des amateurs. La musique. Son développement et son avenir Les THÉÂTRES ET LA LITTÉRATURE. Moyens d'associer leur prospérité à celle des arts. L'INDUSTRIE. Formes diverses, généraes et particulières pour lui distribuer des encouragements. EXPOSITIONS PERMANENTES , PÉRIODIQUES, UNIVERSELLES. Elles donnent aux artistes l’occasion de se produire, au public le moyen de comparer, à l'État un contrôle de l'opinion et le diapason des progrès. ExPOsiTION PER- MANENTE. L'inconvénient de tous les modes d'exposition est, pour le jeune artiste, d’exciter le désir naturel qui le pousse à se produire avant sa ma-

turité, et pour les talents faits, pour les artistes supérieurs, de compromettre leur œuvre au milieu d'un fouillis d'œuvres disparates, sous les yeux de spectateurs distraits; mais ces incouvérients, inhérents à la chose, sont la chose même. — La permanence d’une exposition me semble utile, non pas par la raison qui fait qu’on la demande, qui fait qu'on l’accordera un jour, raison mercantile, mais par des motifs supérieurs. — Ne craignant rien de l’éclosion incessante et indéfinie des artistes, je sais cependant quelle foule de précautions et de soins, quelle charge elle impose, non pas charge d'âmes, mais charge de prétentions impuissantes, de luttes désespérées, malheurs passagers, il est vrai, et qu’on prend en patience, si l’on songe au refuge qu'offre l'industrie aux blessés des beaux-arts. — Doué de quelque facilité qu'il prend pour du talent, un jeune homme veut devenir artiste et il lutte avec les difficultés de l’art, ne pensant qu’à la difficulté de se produire, de se faire connaître, si bien qu’il croit n'avoir affaire, pour réussir, qu'à un seul obstacle : la publicité. Rendez facile cette publicité. Ouvrez des salles d'exposition permanente pour les ouvrages nouveaux ; que chacun ait le droit d'exposer pendant deux mois ce qu'il a peint, RAGE gravé ou sculpté, et quand, sans bourse délier, l'élève aura montré au public, dans les belles salles du Louvre, ce qu’il sait faire, si les tableaux et les statues lui sont renvoyés faute d’acheteur, il ne s’en prendra qu’à luimême, la leçon sera complète, et d’un médiocre artiste mourant de faim vous aurez fait un excellent ouvrier à 20 francs par jour. Les marchands de tableaux, de statues et d'objets d’art modernes, ceux qui font consciencieusement leur métier, n’ont rien à craindre de l'exposition permanente, car les peintres ct les sculpteurs dont les ouvrages se vendent couramment chez ces marchands verront bientôt qu’il leur manque au Louvre un intermédiaire intéressé à prôner leur talent, à mettre leur œuvre dans le meilleur Jour et leur réputation sur le plus haut piédestal; ils verront bientôt que leurs petits tableaux, confondus et compromis au milieu de mille tableaux, sans un interprète, sans un protecteur, n’a aucune chance d’être remarqué par l'amateur craintif, indécis, soupçonneux et incapable de se former une opinion par lui-même, qu’il a même la mauvaise chance d’être fâcheusement commenté par quelque critique autorisé; alors ils déserteront l'exposition permanente, qui restera l’utile refuge des débutants, dont le nom est pour le marchand une signature sans valeur, des talents consciencieux qui cherchent leur chemin dans le dédale des voies tracées, et enfin des artistes sérieux qui dédaignent les succès faciles et poursuivent l'idéal dans les sujets poétiques ou si et dans l’histoire. Exposirion PÉRIODIQUE. Tous les deux ans les artistes seront convoqués à une exposition de leurs œuvres, et l'hospitalité la plus accueillante sera, comme par le passé, accordée aux étrangers. Je suppose dans le Louvre, terminé d’après le plan proposé par MM. Trélat et Visconti, les expositions se faisant dans une magnifique salle parallèle à la galerie des tableaux anciens, et en communication facile avec elle. Je vois alors le public des amateurs, et les artistes eux-mêmes,

ok APPENDICES.

aflant d’un tableau d’Ingres à uu tableau de Raphaël, de l'Orgie romaine de Couture aux Noces de ce de Paul Véronèse, de l'Entrée de Trajan d'Eugène Delacroix à la galerie de Médicis de Rubens. Croit-on que le public et les artistes ne trouvent pas là le vrai critérium, la saine comparaison, un obstacle salutaire aux engouements insensés, un stimulant puissant aux efforts généreux? Est:il à craindre que cette comparaison serve l’euvie, jalouse des succès contemporains, heureuse de tout ce qui déprime et décourage? Ce serait mal connaître le vrai talent que de croire qu’on l’abat ainsi ; bien au contraire, en face d’une critique loyale il trouvera de nouvelles forces pour la lutte, et, quant à la médiocrité, bien habile celui qui la découragera. Non, cette comparaison sera salutaire pour tous, pour les hommes de talent qui marchent dans la bonne voie et auxquels elle montrera le vrai but, pour les hommes de talent envahis par le mauvais goût et auxquels elle signalera l'écueil, pour le public enfin qui aura toujours à sa disposition, et pour ainsi dire sous la main, la vraie base de la saine critique. Le choix même du local indique que l'exposition sera très-restreinte. Avec une exposition permanente pour le commerce des tableaux, on peut n'avoir en vue, dans les expositions périodiques, que les progrès séricux de l'école, son honneur et la gloire du pays. EXPOSITION UNIVERSELLE. Tous les cinq ans il y aura une exposition française des arts et de l’industrie; tous les dix ans, une exposition universelle. Dans ces solennités, et surtout dans la seconde, les arts seront associés à leur sœur l’industrie, et nous espérons voir se développer chaque jour davantage le rapprochement fraternel des arts entre eux et des nations entre elles. — Classification nouvelle. — Distribution sur un plan différent. — Exposition de l'horticulture et des animaux, combinée avec les productions des arts et de l'industrie.— Intervention de la musique et de la littérature. Du sunx, Toutes assises réclament de la justice la même protection.—On veut être jugé par ses pairs, être jugé publiquement. — Condamner un artiste à l'exil ou proscrire son œuvre est tout aussi grave aux yeux de ceux qui connaissent la susceptibilité du génie. — Dans l'impossibilité de réunir tous les artistes sur la place Louis XV, et de faire défiler devant eux plusieurs milliers d'œuvres d'art pour qu'ils décident entre eux et en commun de l’admission ou du rejet, il faut un jury. D’un autre côté, une exposition publique n’est ni un bazar de marchandises ni le tour des enfants abandonnés sans nom; c’est le complément de l'éducation des artistes et un ressort puissant pour le maintien du goût public. Il est donc bon que les professeurs de l'École et la classe des FRET de l’Institut suivent, dans les expositions, les tendances des élèves et y maintiennent l’auiorité de leurs principes, les y maintiennent toutefois sans pouvoir être excessifs dans leurs prédilections, abusifs dans leurs exclusions. Ce sont, par conséquent, deux éléments à combiner : la participation des artistes aux opérations du jury par voie d'élection, et le corps enseignant siégeant de droit; un nombre de voix égal accordé aux deux influences, — La publicité des opérations, garantie par un jury de

184 membres; ce chiffre se décomposant ainsi : 60 membres ütulaires de l'Institut, 20 membres honoraires, 12 professeurs de l'École, 92 jurés élus par les exposants. — Le président ayant voix prépondérante. — Un seul jury pour toutes les opérations, car il importe de maintenir l’unité de vue dans toutes les décisions. — Les galeries d'exposition donnant un espace limité, on procédera par admission et rejet sur l’ensemble des œuvres d'art présentées ; puis, dans une révision de celles qui auront été admises, on comptera les voix d'admission pour chaque œuvre, et, suivant que l'espace le permettra, l'Administration placera tableaux, statues et dessins, en suivant l'ordre d'admission. À la suite du catalogue sera publiée la liste des ouvrages admis ct non placés : c’est une satisfaction donnée aux artistes qui ont approché du but, et en même temps un procès-verbal des opérations du jury. Tout doit être public dans ces graves assises; on écartera ainsi ce qui sent le conciliabule, le mystère et la coterie. — Difficultés matérielles de ces votes par boules, vaincues dans notre assemblée législative. — L'obligation d'un rejet brutal fausse l'esprit de justice, l'admission conditionnelle permet l'impartialité. — Combinaisons différentes essayées. — Autres combinaisons proposées. — Leurs inconvénients. — Les membres du jury auront droit d'exposer deux ouvrages ; ils soumettront les autres au Jury. — Une commission, prise dans le jury, surveillera le placement. — Le Jury d'admission, à l'exception des membres exposants, sera chargé de décerner les récompenses , l'une des opérations étant la conséquence de l'autre. Les expositions de l'industrie ont leur jury d'hommes spéciaux pour toutes les questions de pratique, mais les œuvres de l’industrie ressortissent au jury des beaux-arts quand leur perfection les fait entrer dans ce domaine. — On s’est habitué depuis longtemps à juger les expositions des arts sans laisser trace des motifs qui ont dirigé les juges, et il s'est trouvé ainsi que les artistes, de tous les producteurs Îles plus intéressés à recevoir la direction de l'expérience, à connaître les règles qu'observent des juges compétents et qu'ils suivent dans leurs décisions, n'ont eu du jugement que l'arrêt sans connaître les considérants ni les motifs. — De même que la marche de l’industrie est signalée dans un rapport imprimé, de même aussi les tendances heureuses de l'École, ses déviations coupables devront être consignées dans l'introduction du rapport qui proclamera les récompenses. C’est une occasion naturelle pour le Gouvernement, et pour le ministre qui dirige plus spécialement les beaux-arts, de motiver son action, de justifier ses mesures, de jeter le blâme, d'accorder les éloges, de donner en un mot une signification à ces rencontres d'œuvres, à ce concours d'hommes de talent. C'est délicat et difficile, sans doute; mais une voix, que je suppose autorisée par l'expérience et l'érudition, est toujours avidement écoutée et sérieusement étudiée, quand elle porte avec elle l'initiative de toute protection. SOCIÉTÉS DES ARTS ET DE L'INDUSTRIE. Historique. — La société d'encouragement. Son origine. Ses travaux. Elle se complait dans une somnolence qui l'empêche de s'apercevoir qu'elle compte dans le mouvement général du progrès moins par son activité présente que par son an-

cienne réputation, et il n'est pas sage de vivre trop longtemps sur ce fond. — Ranimer cette institution. — Reviser ses statuts. — Renouveler ses commissions. — Chercher une combinaison pour la fondre dans le Conservatoire des arts et metiers, tout en lui conservant son principe d'association indépendante. — Utilité des associations des arts. — Leur immense développement en Allemagne et en Belgique. — La société des arts de Paris, la plus ancienne en date, a perdu son influence ; la faire revivre. — Local spécial pour ses expositions. — Encouragements aux associations formées en province. — Les ériger, par grandes régions de la France, en sociétés unies, de manière à répartir leurs expositions dans le cours de l’année et à faire circuler dans chacune d'elles les œuvres d'art qui n’ont pas trouvé leur placement. L'État conferait à ces agences régionales ses meilleures acquisitions, et ne placerait au Luxembourg, ainsi que dans les résidences, tableaux , statues, œuvres d’art et produits de l’indusirie, qu'après leur avoir fait faire leur glorieux tour de France, au grand profit du goût publie. — Ayant en vue cette marche triomphale de leurs œuvres, les artistes seront stimulés; et qu’on n'oppose pas la crainte des accidents : la Transfiguration , le Laocoon et tant d’autres chefs-d'œuvre ont voyagé de Rome à Paris et de Paris à Rome sans souflrir aucune altération. LEs INTERMÉDIAIRES DU COMMERCE. La facilité d’écouler les productions d’un art facile est un inconvénient pour les caractères faibles et pour les convictions hésitantes; c’est un avantage pour les caractères de forte trempe, car, tandis qu’elle ôte à ceux-là le goût des études sérieuses, elle offre à ceux-ci des ressources pécuniaires qui leur permettent de poursuivre les travaux sérieux, les projets de longue baleine. — Nécessité des intermédiaires pour sauvegarder la dignité de l'artiste et lui épargner des pertes de temps. — Les branches de l'industrie qui s’occupent des œuvres de l'intelligence demanderont désormais des gens intelligents et bien préparés à ces délicates transactions. On ne verra plus des Auvergnats descendre de leurs montagnes et accaparer, en dépit de leur grossièreté, le commerce des objets d’art; on ne verra plus des commerçants, quoique parfaitement illettrés, se mettre dans l'imprimerie ou trôner dans la librairie. Les arüstes de talent qui ont cessé de produire entreprendront le commerce des tableaux et objets d'art, en même temps que des littérateurs émérites se mettront à la tête de l'imprimerie et de la librairie. Déjà une amélioration est sensible dans le commerce des objets d’art. 11 manque encore à nos marchands le goût épuré qui exercera une bonne influence sur les artistes et sur leur clientèle; il manque surtout la passion, qui compatit aux insouciances financières de l'artiste, et l'honnêteté, qui ne spécule pas sur les misères du talent. Tout cela se réformera avec le temps : nous aurons non-seulement des hommes de goût parmi les marchands de tableaux, mais aussi des hommes de cœur. — L’industrie a, de son côté, ses intermédiaires, et il y aurait utilité à relever ce corps dans l'estime publique et dans sa propre estime. — Les maisons de commission et les commis-voyageurs.— Les huit cents apôtres des arts et de l'industrie parisienne vont au loin vanter notre supériorité en écoulant leurs produits , en

provoquant la demande, en étudiant les goûts, les tendances et les besoins. Sont-ils préparés à cette mission? N'y a-t1l pas une organisation à donner à ces utiles intermédiaires? — Études oblic yées. — Brevet de capacité. — Titre officiel. — Rentrés à Paris, ne pourrait-on pas leur donner un point de réunion, en facilitant l'ouverture d’un grand club du commerce où ils trouveraient, avec les avantages propres à ces établissements, une bibliothèque, des collections de modèles en tous genres, des assortiments industriels, des lectures sur l’économie politique, des cours d'histoire dans ses rapports avec les arts et avec l'industrie? — Un certuin ensemble s'établirait entre ces membres disséminés d'un même corps, notre influence s'en ressentirait au dehors, en méme temps que les influences utiles du dehors réagiraient sur notre fabrique. — Des exportations de la France. — Système douanier. — Des prohibitions. — Primes d'exportation assurées à la perfection des produits qui empruntent aux arts leur principal mérite. — Les négociants qui propagent au loin le goût français mérilent cet encouragement. —- MARQUE DE FABRIQUE, POINÇGON DE GARANTIE; TIMBRE DES IMPRIMÉES. La marque de fabrique est pour chacun la responsabilité de ses œuvres, et pour la France en pays étranger une caution de son bon goût. — Le poinçon de garantie. Son origine. — Le pour et le contre. — On main- FRET lagarantie. Qui dit bijouterie française dit, dans le monde entier, belle et bonne bijouterie. Pour ceux qui ne s'attachent qu’à l'apparence extérieure de nos modèles, faites des bijoux doublés ou en cuivre doré, et luttez ainsi loyalement contre une concurrence déloyale, — Les timbres. On n’appliquera pas aux objets d’orfévrerie ancienne de nouveaux timbres, aux journaux d’art et de littérature des timbres grossiers, aux livres destinés au colportage et aux voyageurs des timbres honteux qui les empêchent d'entrer dans toute honnête bibliothèque.-— Les bonnes manières comme le bon goût s'étendent à tout : n'ayons en rien l'air d'un peuple de sauvages. — Quand le timbre est indispensable sur nos journaux ou sur nos livres, qu'il devienne un ornement. Un dessin d'Eug. Flandrin, gravé par Depaulis, et imprimé avec soin dans une place spécialement réservée, me semble plus digne du goût français que cette tache noire qui promène indifféremment sa marque graisseuse sur tout ce qu’elle rencontre, texte ou gravure. PROPRIÉTÉ DES OEUVRES DE LA PENSÉE. LITTÉRATURE ET BEAUX-ARTS. {listoire de cette nouvelle propriété. Elle a été inconnue à toutes les grandes époques de la civilisation. — Digne fille de notre siècle, elle n’est pas née dans l'atelier d’un artiste, mais dans le cabinet d’un homme d’affaires : c'était une position à prendre. — Assimiler la propriété du génie sur ses œuvres à la propriété d’un paysan sur la récolte de son champ est une idée prosaïque qui n’avait encore traversé l'esprit de personne. L'artiste, qu’il soit poëte, peintre ou musicien, architecte, sculpteur ou mécanicien, a reçu du ciel son génie, dont vous faites une propriété; il ne l'a pas acquise, il n’en a pas hérité de son père, qui ne la possédait pas, et comment l’exploite-t-il? Au milieu des rêves de gloire les plus doux, dans une existence remplie d'illusions qui valent le bonheur, remplie aussi de luttes qui ne sont pas si pénibles, puisqu'elles restent dans les

souvenirs du vieillard comme les plus heureux jours de la vie, il crée des chefs-d'œuvre. I crée! Vous que le ciel a doués du génie, dites donc à ces gens d’affaires le bonheur qui s'attache à cette faculté émanée de Dieu, à cette puissance qui frappe du pied le néant et en fait jaïllir la pensée réalisée. L'œuvre est créée, la foule admire et bat des mains, le nom de l'artiste passe de bouche en bouche, l'artiste lui-même est acclamé, porté en triomphe, salué avec étonnement et respect partout où il se présente, décoré à légal des guerriers qui ont donné leur sang à la patrie, élevé sur les chaises curules à côté des hommes que le peuple nomme ses bienfaiteurs, et, quand l'œuvre est ainsi magnifiquement rémunérée, vous voulez la comparer à la récolte du paysan, et permettre à l'artiste d’en disposer à son gré, au même titre que le paysan dispose de son blé; mais le malheureux cultivateur, quand il a arraché à la terre, au prix de ses sueurs, une récolte précaire, quand il l’a sauvée des atteintes de la grêle, de la pluie, des rats et des insectes, quand il l'a partagée avec le percepteur des impositions, qu’ajoutera-t-1l à son gain ? Rien au monde. C’est bien sa propriété, car c’est l'unique rémunération de son labeur; la moisson du génie est tout autre, et vous le savez Lien, — Prenez-y garde, dirai-je aux artistes et aux poëtes, vous serez les premières victimes de votre mercantilisme. J'achète un tableau ou une partition, je fais faire une statue ou une maison, je souscris l'obligation de jouer sur la scène ou d'éditer, sous forme de volume, une œuvre littéraire : que l’auteur réfléchisse avant de conclure, car, puisque l’art est une marchandise, je ne veux pas qu'on me trompe sur la marchandise livrée; demain, je vous envoie un huissier, vous, le peintre, pour avoir mis dans un autre tableau un groupe de figures qui était dans le mien; vous, le musicien, pour avoir reproduit une mélodie qu'il est bien facile de retrouver dans ma partition , quelque soin que vous ayez mis à la dissimuler ; vous, l'architecte, pour avoir placé dans l’entablement de mon voisin les ornements dont vous m’aviez vanté la nouveauté en décorant ma maison; vous, enfin, le sculpteur, qui savez ce que valent les idées, puisque vous en avez si peu, pour avoir donné à une autre statue la pose que vous m'avez vendue. Vous aurez beau prétendre que l'art est libre, qu’on ne peut enchaîner votre imagination, proscrire les réminiscences, assimiler des idées semblables qui différent par le changement de la situation, j'établirai que vous tous vous m'avez trompé, et le tribunal vous condamnera comme des voleurs. — La propriété intellectuelle est un fait admis. Son extension illimitée est abus 6. — Combinaison d’une propriété intellectuelle avec facilité de rachat par l'État, après avis motivé du conseil d'E État et pour cause d'utilité publique. Récompenses. Comment les artistes ont été récompensés dans l'antiquité; — au moyen âge ; — à l'époque de la Renaissance ; — au siècle de Louis XIV. — L'artiste a besoin de la Jeuille de laurier : les uns la portent à la boutonnière, les autres devant leur nom, celui-ci la dore, celui-là la met dans son pot au feu; que tous puissent l'espérer, que les plus méritants l'obtiennent. — L'ordre de la Légion d'honneur associe les services civils aux services militaires, le talent de l'artiste à

celui de l'administrateur et du général : c'est une grande pensée. — Une seule distinction honorifique ne suffit pas; en imaginer une autre qui l'égale sans l'amoindrir. — On instituerait une croix du mérite à deux degrés: l'un, le second degré, sous forme de médaille; l'autre, le premier degré, sous forme de croix. La médaille serait donnée par le Gouvernement en nombre illimité aux artistes et aux industriels de tous Îles pays, soit directement, soil sur le rapport motivé des inspecteurs des beaux-arts, des agents diplomatiques et des consuls. La croix serait également distribuée par le Gouvernement, mais seulement jusqu’au nombre de deux cents. Ensuite, chaque extinction serait annoncée par la voie des journaux, et chaque porteur de la médaille déposerait à sa mairie, et en pays étranger chez l'agent français, un bulletin portant le nom de son candidat à la croix du mérite. L'espace de temps reconnu nécessaire pour parcourir les plus grandes distances étant écoulé, on proclamerait le résultat de ce concours universel. La croix du mérite ainsi obtenue par l’acclamation de plusieurs milliers de votants, représentant sur l'étendue du monde entier les juges compétents en matière d'art, serait certes la plus enviée des récompenses, et la seule qu'une femme püt honorablement accepter. Le ruban qui brille sur l'uniforme du soldat comme le signe de l'honneur serait trop souvent sur la robe de la femme la tache de son déshonneur; mais une faveur qu'on obtient de dix mille personnes dispersées dans le monde entier ne saurait effrayer la susceptibilité la plus ombrageuse, et honorerait aussi bien Rosa Bonheur qu'Horace Vernet. Si le caractère populaire de cette distinction en est le principal mérite, on cherchera dans ce même élément tout ce qui peut servir de stimulant pour nos artistes, tout ce qui peut rendre l'enthousiasme à nos populations et la vie à nos départements. — Ovations faites aux grands artistes. — Récompenses votées par souscription. — Statues érigées par les villes aux artistes célèbres qui y sont nés. — L'État associera son concours moral aux manifestations publiques d'un sentiment généreux. — C'est relever les arts et les artistes que de les prendre au sérieux jusque dans les ; jeux de leur imagination, jusque dans l'enfantillage de leurs enthousiasmes. On leur inspire une haute idée de leur mission, on leur donne l'ambition de bien faire en s'intéressant ou en paraissant s'intéresser à leurs projets, à leurs travaux. Mais où ils ont le plus besoin d'assistance, c’est dans leur vie privée. Comme tous les autres hommes, les artistes ont l'esprit et les tendances morales de leurs relations. L’instruction développée, les principes d'honneur et de moralité, les bonnes manières, sont le vrai cortége du talent. Is font de la vie le miroir de l’art, ils mettent au même niveau la dignité du talent et la dignité de l’homme. — Dans les arts, comme daus les lettres, la vulgarité de la pensée produit la vulgarité du style. L'art est si chaste qu'il trabit lui-même ses intentions à première vue. Comme la jeune fille qui rougit sans le vouloir, l’art accuse ses mauvaises tendances en dépit de tout ce qu'il fait pour les dissimuler. Élevez vos pensées, maintenez votre cœur dans les hautes régions, comprenez toutes les passions nobles; autrement l’âne montrera les oreilles sous

la peau du lion, la lasciveté percera sous la grâce, l’obscène sous la passion. L'histoire des peintres est remplie de ces exemples d’un art qui s'épure quand la conduite se limpidifie, d’une pensée qui s’élève quand le corps se redresse, du génie qui s’éveille quand les instincts et les passions d’en bas sommeïllent. — Etat social des artistes en Grèce. — Socrate, Platon, Aristote, parcouraient les ateliers et jetaient dans l’âme des artistes les idées, les conseils, les critiques, selon que l’œuvre les comportait. Ces artistes vivaient dans la palestre et sur les places publiques, en familiarité avec la classe la plus distinguée. À l’époque de la Renaissance, ils furent traités avec des prévenances au moins égales. Raphaël a dû l'élégance de ses types à une noblesse native assistée d’une noblesse de relations sociales; Titien, Velasquez, Rubens, transmirent aux personnages de leurs tableaux une distinction qu’ils avaient adoptée eux-mêmes, qu'ils s'étaient incorporée en vivant avec les princes, les seigneurs et la haute société. Si j'ai placé au début de la carrière et dans l'École des cours de littérature et d'histoire, on ne s’étonnera pas que je réserve aux artistes, pendant leur carrière active, les heureux effets du contact avec les hommes d'élite dans tous les genres. Des allocations seront données comme frais de représentation aux secrétaires perpétuels de l'École et de l’Académie des beaux-arts à Paris, aux directeurs du musée du Louvre, du musée de Cluny, des conservatoires de musique et des arts et métiers, des archives générales, de nos grandes bibliothèques, du muséum d'histoire naturelle, du théâtre Français et de l'Opéra. Les hauts fonctionnaires qui dirigent ces établissements ou ces institutions appelleraient autour d’eux les artistes de talent dans ces heures du soir où ils ont besoin de repos et de distraction, et ils les mettraient en rapport avec les hommes remarquables dans les lettres et les sciences, avec les hommes les mieux placés dans la haute société, avec les fonctionnaires de tous rangs et le monde officiel; les acteurs et les actrices, les chanteurs et les cantatrices en renom, eux-mêmes invités, viendraient dans ces soirées réciter les plus beaux passages de nos auteurs, chanter les plus délicieux morceaux de leur répertoire; de temps à autre, un voyageur y ferait le récit de ses aventures; un poëte, la confidence de ses inspirations; un esprit ingénieux, la description de ses inventions. Les artistes étrangers se rencontreraient avec les nôtres, tous ensemble avec les artistes amateurs, gens du monde, dont les conseils ont du bon et qui servent d’intermédiaire avec les riches amateurs. PREMIÈRE ET SECONDE ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS. Cet accueil fait à l'artiste dans le monde pendant la partie brillante et populaire de sa carrière nous conduit aux deux refuges offerts à sa vieillesse : dans l’un il trouve la gloire, dans l'autre une douce sociabilité et un abri. — La quatrième classe de l'Institut ou première Académie des beaux-arts. — Son histoire depuis la Révolution. — Son influence modifiée. — Ses lacunes. — Elle se compose de 40 membres titulaires et de 10 membres libres. Ces chiffres ne répondent pas à l'extension que les arts ont prise dans la vie civile, à l’importance qu'ils ont acquise dans la vie publique, à l'augmentation du nombre

des artistes , au fractionnement des différents genres. L'Académie des sciences compte 63 membres titulaires et 10 inembres libres ; l'Académie des beauxarts a le droit de prendre plus d'extension encore. — Répartition des 60 membres de l'Académie des beaux-arts, — 1°° section. Peinture. 20 membres au lieu de 14. — Motifs de cette augmentation. — 2° section. Sculpture. 1 2 membres au lieu de 8.— Motifs. — 3° section. Architecture. 14 membres au lieu de 8. — Motifs. — 4° section. Musique. 8 membres au lieu de 6. — Les deux nouveaux membres choisis parmi les grands facteurs d'instruments et parmi les musiciens érudits et archéoloques. — Motifs. — Académiciens amateurs. — 20 membres libres au lieu de 10. — Motifs. — Deux secrétaires perpétuels : l’un représentant l’art vivant et militant; l'autre, les traditions et l'éruditien ; l'un comprenant dans ses attributions l’enseignement des arts et la direction de l’École, l’autre ayant sous sa direction les travaux d’érudition. — Alors le dictionnaire des beaux-arts ne restera plus un mythe, et d’autres ouvrages sur Îles arts émaneront de la compagnie qui a été instituée pour les produire et qui est composée des meilleurs éléments pour leur donner l’autorité. — La chapelle du collége Mazarin rendue au culte. — Une nouvelle salle des séances dix fois plus grande. — La séance de la distribution des prix se tiendra en face des ouvrages qui les ont remportés. — La première A cadénue des beaux-arts est l'asile glorieux des grands talents. — SECONDE ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS. J'ai montré comment l’ancienne Académie royale de peinture et de sculpture s'était formée d’un compromis avec l'ancienne maîtrise, et conservait de la vieille‘institution des métiers un élément libéral et un excellent esprit de camaraderie. Après sa destruction par le haineux David, après un interrègne, la nouvelle Académie des beaux-arts a été composée en changeant radicalement le vieux règlement et en faussant le bon esprit de la confrérie. Les 4o académiciens sont désormais sans lien et en hostilité permanente avec le corps entier des artistes. La réputation des talents les moins contestés en souffre, leur influence y perd, leur enseignement est lui-même mis en suspicion. C’est que l’Académie des beaux-arts est trop isolée. Au lieu d'être le sommet d'une suite de degrés, c'est une forteresse que l'on regarde avec révolte et qu'on attaque pour en forcer l'entrée. Faisons-en un noble asile, et qu’on y accède, comme à l'Acropole d'Athènes, par un escalier large, majestueux, facile. Trouver un moyen de renouer le lien de camaraderie et de rétablir l'harmonie des bons sentiments. — Les médecins et chirurgiens ont leur classe à l'Institut et leur académie particulière ; les artistes useront du même droit. — Création d'une seconde Académie des beaux-arts. — Composition, bat et moyens d'action. — Cette seconde académie serait en même temps une réunion sociale et une association fraternelle. — Les membres de l’Institut y entreraient de droit et se partageraient la moitié des places du conseil d'administration, qui serait l'équivalent du corps des officiers de l’ancienne académie; l’autre moitié élue par les sociétaires. J'entrevois déjà dans ce rapprochement et dans les contacts fréquents qu’il produira une influence utile. Les femmes artistes, les amateurs et

les artistes engagés dans l’industrie pourront être nommés membres de cette seconde académie, en fournissant, comme les autres membres, deux patrons garants de leur talent, et une œuvre d’art qui restera la propriété

de l’Académie et formera son musée, — La bibliothèque. — L'amphithéâtre des études. — Les salles des cours et lectures. — Les vastes salons pour les réunions. — La galerie des tableaux et statues. — Cette seconde académie

sera en outre une association charitable. Tout concourt à embellir la jeunesse de l'artiste, tout conspire contre sa vieillesse : au début de la vie, les rêves de l'ambition, l'amour de l’art et les distractions de l'étude; dans l’âge mûr, la fièvre de la production, les succès de l’amour-propre, la gloire même, qu’elle se traduise par des couronnes ou par des croix, par le murmure des journaux et de la foule ou par les attentions flatteuses du grand monde. Arrivent la vieillesse, la débilité, l'impuissance, les infirmités, et toutes ces charmantes illusions s’envolent comme autant d'oiseaux de passage qui partent à l'approche de la mauvaise saison; tout fuit, et l'artiste reste au milieu du silence et de l'abandon, sans famille, sans amis, en face d'une réputation contestée par les nouveaux venus et d’une misère incoutestable, seul résultat de cette vie de poétique insouciance, de noble prodigalité, d’entraînements séduisants. Quand l'artiste est jeune, s’il dévie, vous le remettez dans la bonne voie; quand son talent est mür, vous lui donnez les occasions de l'exercer; mais que faire pour l’homme de génie, dont les œuvres ornent les musées publics et les palais du chef de l'État, sont couverts d’or dans les ventes, et font la fortune de ceux qui les possèdent , tandis que lui-même meurt de faim dans la misère et dans l'oubli? Je lui donne de l'argent, répondra la routine. Est-ce assez? Est-ce tout? Et cet argent, comment le lui donnez-vous? I faut que l’homme, fier de ses succès, consente à venir vingt fois attendre dans l'antichambre d’un chef de bureau une audience qui se résume par un arrogant : Nous verrons. Ce n’est ni digne de l'artiste ni digne de la France. Je ne veux rien ôter à la dotation des invalides, aux pensions militaires de la Légion d'honneur; mais je demande que tous ceux qui combattent pour l'honneur de la France aient part à ses sacrifices comme à sa reconnaissance. Je vous demande une dotation de 200,000 francs, et de ne pas vous immiscer dans sa répartition. Un gouvernement, un ministre, des bureaux, sont de mauvais conducteurs de cette chaleur du cœur qui est la charité; ils n’ont ni sa délicatesse ni ses hardiesses. Laissez faire les associations fraternelles, et la seconde académie des beaux-arts sera la meilleure de ces associations et la mieux placée pour faire le bien. Avec ce budget de charité et les legs généreux qui viendront le grossir, avec les cotisations personnelles, la seconde académie des beauxarts donnera des secours, payera des pensions, escomptera aux artistes les billets du commerce, fera des prêts sans intérêt, manière noble de donner à des gens que le malheur empéchera de rendre, et plus encore elle sera pour la nombreuse classe des artistes sa chambre, son syndicat, son conseil de prud'hommes, et aussi son conseil de famille, portant à tous la

sollicitude d’une mère vigilante. PuBriciré. Pour couronnement à cette réorganisation des beaux-arts, la plus large publicité. — Un organe spécial. — Une bonne protection des arts double son influence, quand elle fait connaître les principes qui la dirigent. On ne négligera aucune cccasion de les exposer dans des instructions adressées à tous les agents, dans les solennités, les concours et les distributions de prix. On publiera en détail les commandes faites aux artistes, en expliquant le but de la décoration, en motivant le choix de l'artiste, et aussitôt que ces travaux seront exécutés, on publiera un rapport raisonné sur chacun d'eux, accompagné de gravures et de photographies, signalant les œuvres supérieures en même temps que celles qui accuseront la négligence des artistes. [1 faut que le public soit mis dans cette confidence pour comprendre les faveurs accordées aux uns, l'exclusion qui frappera les autres. — Quand cette organisation fonctionnera tout entière, quand les voiles, remplies de ce souffle protecteur et vivifiant, auront poussé le navire en pleine mer, et qu'il pourra, sans autre pilote, tendre aux régions bienheureuses qu’on voit poindre à l’horizon, il sera temps alors de supprimer cette direction spéciale des beaux-arts et de rattacher ce rouage, désormais peu compliqué, au ministère de l'instruction publique, qui deviendra le ministère de l'intelligence. En effet, l'éducation publique comprendra tout ensemble la formation de 1a morale, de l'esprit et du goût: la morale par la religion, l'esprit par les lettres et par les sciences, le goût par les arts, Comprendre l Évangile, Virgile ou Newton et Raphaël,

devenir une des gloires de la France par l’éloquence de la chaire, par les découvertes de la science, par les chefs-d'œuvre des lettres et des arts, c’est puiser à la même source, c'est se ranger sous une même bannière.

MAINTIEN DU GOÛT PUBLIC PAR L’ÉLOIGNEMENT DE TOUT CE QUI OFFENSE LE BON GOÛT.

Les symptômes d’un abaissement du goût public se manifestent de toutes parts et frappent les yeux les moins chrréyants, il est évident, pour tout esprit réfléchi, que la génération actuelle s’entretient dans le mauvais goût, parce que l État et l'édilité des grandes villes nes "occupentpas assez d'écarter de ses yeux ce qui blesse le bon goût.— La foule ainsi pervertie est le plus pitoyable des juges, tandis que F foule, préparée par la vue des chefsd'œuvre de l’art et par un commerce familier avec le beau , devient un juge bienveillant, parce qu'il est enthousiaste, et sévère, parce qu'il a le droit d'être exigeant. — On ne peut tout d'un coup détruire le laïd et le mauvais, mais il suffit de placer sous les yeux du public le beau à côté du laid, le bon en regard du mauvais, pour épurer son goût. — Les orgues de Barbarie, les temples des pâtissiers, les fleurs en coquille et les paysages en bouchons pervertissent le goût, quand la bonne musique ne se fait entendre nulle part, quand il ne s'élève pas de monuments de l’art le plus pur, quand le luxe des fleurs et les beautés de la campagne ne sont pas à la

portée du public; au contraire , quand il possède ces éléments du bon goût, non-seulement il dédaigne les imperfections de l’art, mais, s'il entend à l'Opéra un motif vulgaire traînant au milieu de fades fioritures, il s'écriera que cela ressemble à un air de pont-neuf joué sur un orgue de Barbarie; s'il voit un déplaisant édifice sortir de terre avec la rapide croissance d'un champignon malsain, il établira une différence entre l'architecture sensée, pure et distinguée, et une architecture qui semble un habit d'arlequin et une débauche de sculpteur; en voyant l'un, il pensera aux assiettes montées des pâtissiers et à leurs monuments en nougat, mais il ne fera cette différence que parce qu'il a vu les autres, — Les Français doivent vivre dans la bonne compagnie des grandes choses. Comme un père fait taire les conversations qui blesseraient les oreilles de ses enfants, comme une âme délicate recherche les sentiments distingués et s’effarouche des tendances basses, comme une personne bien élevée n’attire dans ses salons et dans son intimité que ses égaux en éducation et en bon ton, ainsi l'État doit agir pour la nation. Il l’entourera des chefs-d'œuvre de l’art, il écartera de sa vue les produits de la médiocrité, afin que le peuple s'imprègne, sans s'en apercevoir, par habitude et par imitation, de toutes les tendances élégantes qui lui ont fait cortége. — A la campagne, disait une femme d'esprit, on devient laid et bête. Le public français ne doit pas vivre dans ce sansgêne de la toilette et de l'esprit dont on prend l'habitude à la campagne; il doit être continuellement stimulé par le devoir de représenter un grand public.— Pourquoi l'Italie, si déchue, a-t-elleun grand goût; pourquoi, lorsqu'il s’agit d'ouvrir une place, de disposer un jardin public, d'organiser un musée, la conception ne sera-t-elle jamais mesquine, si même l'exécution pèche par le détail? C’est que le public a sous les yeux les grandes ruines, comme les Grecs avaient leurs grands morts, et il mesure chaque chose à leur taille. — L'État évitera le médiocre comme étant d’un mauvais exemple ; il proscrira ie mauvais comme immoral et attentatoire au goût public; il provoquera partout l’éclosion du beau, non pas mystérieusement, au fond du sanctuaire, mais à la portée de chacun, sur le passage de tous, gens d'affaires, de loisir ou d'étude. S'il faut choisir entre le médiocre et le laïd, on acceptera le laid qui fait valoir le bon et le beau, qui y ramène les esprits trop amoureux de nouveauté et que la fatigue surprend; le médiocre, au contraire, séduit la foule; il affadit, émousse et amollit les sentiments les plus vifs et les plus décidés. Le laid, comme le beau, est un extrême et une aspérité; le médiocre est un niveau qui ramène tout à la même platitude. Avec le beau, avec le laid , on se sent , on s'explique, on se voit passer et l'on se juge; avec le médiocre, on s’engourdit, on s'endort et on s’hébète dans un sot contentement de soi-même.— Encore une fois, on écartera à tout prix le médiocre. — Pour maintenir le goût public, l'État a besoin de faire usage de tous ses moyens d'action, de tous les modes d'influence : 1° les musées, les bibliothèques et les cours publics; 2° les publications à bon marché; 3° les spectacles; 4° les exercices gymnastiques ; 5° les promenades

dans les jardins et parcs; 6° l'érection de monuments; 7° l’'embellissement de la voie publique; 8° les solennités et les fêtes; 9° les splendeurs d'une cour.

MAINTIEN DU GOÛT PUBLIC PAR LES MUSÉES, LES BIBLIOTHÈQUES ET LES COURS PUBLICS.

La grande majorité ne peut étudier qu’en regardant; les gens qui lisent dans les livres, les gens qui écoutent les cours publics, sont la minorité et l'exception. Les musées forment donc de puissants auxiliaires du goût. — Le sculpteur Corot, apprenant à Rome, en 1815, qu’on dépouillait nos musées, s’écria : Où donc irai-je me promener le dimanche? La population parisienne, sans avoir fait le Soldat de Marathon, ne parlerait pas autrement. Les musées sont ses promenades. Embellissez-les, rendez-les-lui chaque jour plus attrayants et plus instructifs. — Les musées sont les bibliothèques de l'art et une part importante de son enseignement, mais ils ont les inconvénients des bibliothèques : amas écrasant pour l'esprit, décourageant au cœur, produisant sur le goût le même effet qu’une surabondance d'aliments sur l’estomac, et dépravant le sens de l'admiration, en raison directe du nombre des chefs-d'œuvre rapprochés et juxtaposés. — Ordre méthodique dans la classification des collections. — Les artistes, les gens d'imagination et de goût, ont senti le froid, le vide, le monotone des classements érudits; ils ont réagi contre cette impression par le pittoresque factice, et le musée de Cluny a conservé de son fondateur cette tendance très-marquée. Elle peut être de mise dans une collection particulière; elle ne devrait pas se faire sentir dans un musée public. — Si M. Naudet avait demandé à feu Curtius les figures ressemblantes des savants illustres dans leur vrai costume , et les avait entourées de leurs œuvres, ainsi que des livres de leurs contemporains, au lieu d'aligner tous les volumes par matière et par format dans les longues galeries du palais Mazarin, il aurait conjuré l'impression lugubre que produit la vue de ces grandes nécropoles de l'esprit humain; mais qui voudrait tolérer de semblables pasquinades?— Les collections sont ce qu'elles sont et ce qu’elles doivent être : les ressources méthodiques et commodes de l’érudition. — Il s'ensuit qu'un musée ne doit s'augmenter ni outre mesure ni aux dépens des jouissances que les chefs-d'œuvre de l'art nous réservent au lieu même de leur destination première. — Les Grecs n'avaient pas de musées, leurs villes tout entières étaient des musées. Nous devons tendre à cette bienfaisante manière de goûter les arts et faire descendre tous les jours davantage nos musées dans la rue. Qu'est-ce qui fait que Paris et la France peuvent prendre en dédain les efforts de magnificence de Londres, deSaint-Pétersbourg et de New-York, de l'Angleterre, de la Russie et des États- Unis? C’estque l’art offre aux passants, danslesrues de Nîmes, la Maison carrée etles Arènes; sur la grand’route, le pont du Gard et l'arc de triomphe d'Orange ; dans vingt villes, les cathédrales et les églises : partout disséminés, les chà-

teaux; et à Paris, la Sainte-Chapelle, le Louvre, la fontaine des Innocents, la porte Saint-Denis, les Invalides, la place Louis XV et la fontaine de Bouchardon. — Ce grand musée du dehors prescrit la modération au musée du dedans. — Réunir sans accaparer, Composer savamment sans entasser. — Des œuvres mortes gagnent à être mises en évidence dans un musée: elles y trouvent une nouvelle vie et deviennent un enseignement public; d’autres œuvres sont vivantes dans la pleine lumière du ciel et au grand air : elles s’attristeraient renfermées; ne détruisez pas leur utile influence. — La capitale est riche en collections publiques; elles devraient s’aider mutuellement, et elles se nuisent. — Répartition meilleure, échanges autorisés entre collections publiques; vente, même celle des doubles, rigoureusement interdite. — Le cabinet des antiques transporté au Louvre. Vases grecs et étrusques, terres cuites, bronzes, intailles et camées répartis dans les collections; les médailles formant, avec leur bibliothèque spéciale, un département distinct, quoique lié intimement avec tout l’ensemble des richesses du Louvre. — Le cabinet des estampes également transporté au Louvre pour mettre ses 15,000,000 de pièces en rapport avec les tableaux des maîtres, à proximité des objets d'art de tous les genres. Cette collection conservera aussi sa bibliothèque spéciale. — Autres déplacements moins importants, mais lout aussi logiques. — Le Luxempoure. Ce musée peut être placé en première ligne, parce que c’est moins une collection qu'un vestibule du Louvre, sorte de limbes où des âmes généreuses attendent que s'ouvrent pour elles les portes d'une gloire incontestée. — Combinaison excellente, tribune éloquente qui proclame l'illustration de chaque artiste au milieu de ses pairs et l'expose à la critique de ce grand juge qu'on appelle le public. Obtenir de placer son œuvre dans ce musée des contemporains, c'est l'ambition de la jeunesse et le plus noble stimulant; dans la longue et triste vieïllesse, c’est une consolation, car de temps à autre le public envoie à l'artiste, dans la retraite que lui impose son impuissance, un bruit flatteur d'approbation persévérante et comme le refrain des mélodies glorieuses de la jeunesse. Il jouit même quelquefois de retours inattendus de popularité; aussi, de loin en loin, à l'heure la plus solitaire et bien timidement, va-t-il revoir l'œuvre exposée, et comme en lisant la correspondance d’une personne aimée, il se rajeunit à la vue de ce passé, au souvenir des anciennes émotions. — Classification par salles réservées à un maître, Ingres, par exemple, ou Picot, ou Cognict, ou Rude, entourés de leurs élèves. — Le musée du Luxembourg n'est pas assez vaste. Il pourrait admettre, sans faire déchoir la récompense, un plus grand nombre d'artistes, et il devrait donner place aux œuvres d'artistes éminents de l'étranger. Qui n'aimerait À voir un Overbeck à côté d'un Orsel; un Cornelius, un Kaulbach, en regard d’un Ingres; un Lessing, un Gallait, un Bendemann, près d'un Paul Delaroche ; un Mulready en pendant d'un Decamps, un Grant dans le voisinage de Rosa Bonheur, et les Millais, Leys, Willems, Knaus, Stevens, mis en rapport fraternel avec nos artistes dans le même asile glorieux, sous le même toit hospitalier ?

— Rapprochement instructif et moral, en même temps qu'honorable pour tous. — Le Louvre. Notre musée est battu par toutes les collections publiques. IL est surpassé en tableaux de Raphaël par Rome, Madrid et Dresde; en œuvres du Corrége, par Parme; en Bellin, en Titien, en Giorgione, en Paul Véronèse, par Venise; en tableaux hollandais, par La Haye; en flamands, par Munich; en Albert Dürer, par l'Allemagne; en marbres antiques, par le musée Britannique; en bronzes, par Naples; en terres cuites, par Rome; en vases peints, par Berlin; en bijoux antiques, par Saint-Pétersbourg; et, malgré tout, le musée du Louvre est le plus riche musée du monde, parce qu'il est le mieux pondéré et le plus complet sur tous les points. — L'histoire de l'art y est tout entière. -— Lui conserver ce caractère éminent et ce rare mérite, — DIRECTEUR DEMUSÉE. Qualités requises pour ces délicates fonctions — Bupcer. Un fonds fixe, pouvant se reporter d'une année sur l’autre, avec autorisation d'engager plusieurs exercices, — Occasions qui, faute d’un budget fixe et élastique, nous ont échappé depuis quarante ans. — Ces fautes font saigner le cœur, car elles ne sont pas de celles qu’on répare. Tous ces chefs-d’œuvre de l'art, tous ces monuments uniques de l'archéologie, qui auraient pu servir aux progrès des arts et des études érudites, sont désormais immobilisés dans les collections publiques de l'étranger. À elle seule, l'Angleterre a créé, dans ces dernières années, avec une dépense de cinq ou sit millions sagement répartis sur quarante exercices, son admirable musée Britannique.— Acquisitions dans les ventes. — Acquisitions directes. — Missions d’agents experts. — Voyages au loin. — Fouilles en Italie, en Grèce, en Orient. — Collections entières qu’on peut acquérir immédiatement et payer par annuité : Campana, Gerhardini, etc. etc. — Balance à tenir entre les intérêts de l’art et ceux de l'archéologie, entre les jouissances du public et son instruction. — Lacunes à remplir. — Compléter les écoles qui ont exercé une grande influence. — Acquérir des tableaux qu’on doit trouver dans an musée, uniquement parce qu'on neles trouve pas ailleurs, et qu'ils sont nécessaires autant pour étudier l'histoire de l’art que pour contrôler les œuvres qui se rencontrent dans le commerce. — PersonneL. Trois grandes divisions: 1°l’antiquité ; 2° le moyen âge et les temps modernes; 3° la peinture et les dessins. Un conservateur à la tête de chacune d'elles, ayant sous son autorité autant de conservateurs adjoints que l’exigent Îles spécialités des collections et les travaux. — DisposiTIons ET cLASSEMENT. Les collections doublent de valeur et d'utilité par l'arrangement, — Tableaux. — Éclairage. — Juxtaposition des cadres. — Monotonie des ouvrages d’un même maître quand ïls sont réunis. — Classement chronologique des tableaux dans une même école, — Titien peut être réparti dans l'école vénitienne; depuis le commencement du xvi° siècle jusqu’à la fin (1477-1576), il participe de l'influence que sa manière subit et de celle qu'il exerce sur ses contemporains. — Sculpture. Les fragments laissés dans leur condition et avec le caractère de fragment. Les restaurations rejetées. L'artiste ne s’y trompe pas, mais le public est

trompé: là est le mal. — Vases. — Bronzes. — Dispositions nouvelles. — Murs ornés de fresques représentant les pays mêmes d’où les objets proviennent. — Salles consacrées à des expositions accidentelles. Un jour, on y réunira toutes les œuvres de Prud'hon que les particuliers et le Louvre possèdent; un autre jour, on fera appel aux heureux possesseurs des Le Sueur, des Largillière, des Greuze. — Une fois, on fera une exposition de belles miniatures; une autre fois, ce sera le tour des brillants émaux, des charmants pastels, des dessins de vieux maîtres ou des aquarelles de grands artistes. — Les conservateurs feraient des lectures sur ces expositions. — Ce n’est pas d’une grande portée, mais c'est de la vie, un galvanisme innocent et actif, introduit dans ces froides galeries. — Les recherches érudites sont provoquées par ces rencontres; l'altention excitée par ces nouveautés, l'art redevient un sujet de préoccupation publique et de discussion. On en parle au salon, on en cause au foyer domestique. — Parfois aussi on exposerait dans ces salles une collection entière proposée à l'acquisition. Le Gouvernement puiserait dans l’assentiment public une force et une excuse pour demander à la Chambre les crédits nécessaires. — ENSEIGNEMENT DES musées. Cet enseignement se produit de quatre manières : 1° en montrant les collections; 2° en les donnant à copier; 3° en les décrivant dans des catalogues et en les reproduisant par la gravure; 4° en les commentant dans des cours publics. — CATALOGUES. Pour chaque collection, un catalogue méthodique et détaillé; pour l'ensemble du musée, un catalogue général donnant l'aperçu de toutes les collections, sous la forme d'une histoire générale et populaire de l'art. Dans ce résumé, on ne décrirait qu'un millier d'objets, donton donnerait la représentation habilement rendue et finement gravée. Ces perles du Louvre auraient un numérotage d’une couleur distincte et porteraient, en outre, une description tracée au bas du cadre ou sur le piédestal. On ne saurait donner trop de facilité à l'instruction de ceux qui ne trouvent pas, faute de savoir chercher, où qui ne cherchent pas, faute de pouvoir trouver. — Les catalogues mis à plus bas prix. —Ea perte du Trésor est compensée par une plus-value d'instruction et de bon goût dans le public. — Atelier de photographie établi au Louvre pour la reproduction de tous les objets d'art des collections publiques. — Deux parts à faire. — L'État reproduit et vend au-dessous du prix de revient, c’est-à-dire pour presque rien, des photographies ou gravures photographiques des plus beaux objets de ses collections, de ceux qui peuvent servir à l'étude et propager le bon goût; il reproduit, à la demande des visiteurs, et en le faisant payer au moins autant que le commerce, tout ce qui est fantaisie et curiosité d'amateurs. — Plus une statue sera belle et célèbre, moins cher sera vendue sa parfaite reproduction. — REesrauraTiONs. La sculpture ne comporte aucune restauration. — On fera disparaître toutes les additions parasites. — Les tableaux vieillissent comme les femmes : les uns en augmentant de beauté, en ajoutant la majesté, une sérénité harmonieuse, à la grâce de la jeunesse; les autres, en se laissant im-

poser les rides de la décrépitude et les taches maladives. Je ne fais pas la critique des restaurations nécessaires, On soigne les tableaux malades comme les hommes infirmes, et on les mène, à force de soins, le plus loin possible. Souvent, pour sauver la vie, il faudra la risquer, et c’est le devoir du médecin de tenter le moyen suprême et de couper le membre qui compromet le corps. — Seulement choisissez le meilleur médecin. — Je sais des restaurations fâcheuses, parce qu’elles étaient inutiles; fâcheuses, faute de la surveillance qui calme les démangeaisons du restaurateur; mais j'en sais aussi d'excellentes, dont on a fait un crime à non: Écoutez David tonnant à la tribune en 1790 : « Vous ne reconnaîtrez plus l’An- «tiope: les glacis, les demi-teintes, tout ce qui caractérise plus particu- «lièrement le Corrége et le met si fort au-dessus des plus grands peintres, tout «a disparu. » Allez voir l'Antope au Louvre, et dites si ce n’est pas le Corrége le mieux conservé. Mais il fallait prouver la barbarie du roi Louis XVI el 1 ses agents, comme, en 1 848 , on voulut exciter l'animadvyersion contre le roi Louis-Philippe et son administration en exposant la Charité d’Andrea del Sarto dans l’état incomplet de restauration où se trouvait ce tableau au moment de la révolution. Mais M. Jeanron en a été pour sa peine; la Charité, peinte à Paris même par le grand artiste, pour François I‘, reste toujours l'un de ses plus parfaits ouvrages. — Enrrées. Le public parisien n'entre dans le Louvre que le dimanche, et seulement de jour. — 11 devrait avoir, trois jours la semaine, ses entrées dans les collections, ettrouver tous les soirs les salles de la sculpture ouvertes à son admiration.—Visite du Vatican aux flambeaux. — Vous éclairez vos rues; éclairez aussi cette grande voie intérieure qui, comme l’ancienne voie des Trépieds à Athènes, est bordée de chefs-d'œuvre, et donnez au peuple ce délassement instructif. — Les élèves, les apprentis, les ouvriers munis d'une carte de leurs professeurs de dessin, seraient autorisés à travailler le soir d’après l'antique. — Cours ET LEC- TURES DU SOIR. — Au directeur reviendra l'honneur de raconter l'histoire du Louvre et de ses collections, de faire la description des collections étrangères, et de discuter les mille questions qui touchent à son administration. Les conservateurs feront leur cours dans un amphithéâtre disposé à cet effet; mais souvent ils transporteront leur auditoire de salle en salle, à mesure que l’enseignement marchera de siècle en siècle, offrant la démonstration de chaque transformation d'école dans le chef-d'œuvre même qu’elle a produit. — Le conservatoire du musée aura son journal, dans lequel paraîtront les gravures des chefs-d'œuvre de toutes les collections, les dissertations archéologiques ayant trait à l'art en genéral et aux richesses du Louvre en particulier, des descriptions détaillées de toute acquisition récente et les nouvelles des arts. — Musée pe CLuwy. Excellente création. — Historique.—M. Dusommerard.—Son but.—Le but du Gouvernement en se subs- Utuant à lui.— Tendance du musée à dévier de sa voie naturelle.— Sa mission doit être de représenter, par les ustensiles de la vie privée, par les ornements et les bijoux, par l'ameublement de la demeure, l'état des arts appli-

qués, en France, depuis le v° siècle de notre ère jusqu’à la fin du xvi°, et exceptionnellement, pour quelques branches des arts appliqués, jusqu’à la mort de Louis XIII (1643). Tout ce qui est hors de ce cadre appartient au Louvre, n'est pas à sa place à l'hôtel de Cluny, occasionne des doubles emplois et cause dans les ventes et dans le commerce des rivalités préjudiciables aux intérêts de l'État. — Répartition à faire entre les deux collections pour rétablir l'équilibre. — Le classement pittoresque doit céder au classement méthodique par grandes spécialités de fabrication, céramique, verrerie, émaux, ivoires, etc. — Reléguer dans les magasins ou céder au musée archéologique du théâtre Françaisles meubles composés par M. Dusommerard et les objets sans mérite qui font du tort à l'époque même qu'ils représentent. — Le conservateur rédigera un catalogue qui sera scientifique et méthodique, bien qu’il présente l’attrayante histoire de la vie privée de nos pères par les objets et ustensiles qui furent à leur usage. — Il ouvrira des cours du soir, en les combinant avec ceux du Louvre, pour éviter les répétitions. — Son programme exclusivement historique. — Je n'admets pas qu’on donne à nos industriels pour règles et pour modèles toutes les misères de ce ramassis de productions de toutes les modes. Nous sommes heureusement sortis de ces limbes des recherches archéologiques. Le conser: vateur s’attachera à démontrer que l’art antique fut continuellement le guide des arts et de l'industrie en France, que toutes les déviations, appelées des styles, en découlent avec une part d'invention plus ou moins grande, suivant que l'originalité s’est plus librement développée à l'abri d'institutions protectrices. I fera le tableau des corporations de métiers et dégagera de cette habile organisation la position de l'artiste, en la mettant en parallèle avec celle de l'homme de lettres. — Musée DE L'ÉCOLE DES BsAUXx-ARTS. Il est composé, comme on l'a vu plus haut, de moulages en plâtre, et il représente l'histoire des arts À toutes les époques, par l'architecture et la sculpture. On y ajouterait un musée des matériaux employés par ces deux arts. Ce musée minéralogique n'existe encore nulle part. Il différerait entièrement de ceux qu'on a formés au Muséum d'histoire naturelle et à l'École des mines : en premier lieu, parce qu'il ne présenterait que des minéraux mis en usage ou susceptibles d'être employés; en second lieu, parce que la classification prendrait le milieu entre la minéralogie proprement dite, la chronologie des monuments et leur géographie. — Utilité de cette collection dans les questions d'origine des monuments, dans les discussions archéologiques, dans le choix des matériaux. — Musée s16ILLOGRAPHIQUE. Il y en a deux en œuvre: l'un, aux Archives générales, par les soins de l'Administration; l’autre, l'École des beaux-arts, par l'initiative généreuse de M. Depaulis, le graveur de médailles. Ils seront d’une grande ressource, s'ils sont continués et complétés, si celui des beaux-arts est rendu public, si celui des archives a des fonds suffisants pour s'enrichir de quelques-uns des sceaux originaux qui lui manquent. Aux Archives, on atteindra facilement le chiffre de 25,000 empreintes. Leur classification sera historique, avec des subdivi-

sions chronologiques. À l'École des beaux-arts, deux mille de ces empreintes suffisent pour représenter l'histoire de l’art par la sigillographie et l'histoire particulière de la gravure des sceaux. — MusÉE D’ARTILLERIE. On déversera dans ce musée les armes isolées que possèdent les autres collections publiques de la capitale. — 11 faut éviter de disséminer les monuments. Dans les époques de grande prospérité, les armes ont été aussi riches que les bijoux, d’un goût plus pur et plus sévère; dans les temps malheureux des longues guerres, les armes ont accaparé l’art entier, qui n'avait pas d'autre emploi. Remarquons d’ailleurs que les bijoux ne sont que d’une espèce, parce que la coquetterie de la femme est toujours armée en guerre, tandis qu’on peut distinguer, dans les armes, celles qui se portaient au combat, et celles qui restaient dans la salle d'armes comme des monuments de l'art, réservées pour la parade, pour les entrées Joyeuses et pour les tournois. Une arme, dans une collection de bijoux, comme celle du Louvre, dans une collection de meubles et d’ustensiles de la vie privée, comme à l'hôtel de Cluny, perd toute valeur; placez-la au musée d'artillerie, et aussitôt elle se montre dans un jour qui fait valoir la beauté de ses formes, l'heureux ajustement des parties et le choix habile de l’ornementaüon; elle prend même son véritable caractère dans la disposition martiale qui s'empare de tout visiteur en entrant dans ce musée spécial. Les armes des souverains et princes du sang y trouveront dignement leur place; car les épées de Poitiers, de Marignan et de Pavie, d’Arques et d’Arcole, n'étaient pas des joyaux de parade. On complétera le musée par les dessins d’un artiste qui aura mission d'étudier les plus belles collections d'armes, et par un catalogue aussi savamment composé que brillamment illustré. — Musée DU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS. C’est la suite naturelle des musées précédents. C’est le tableau de l'industrie moderne, destiné moins à offrir des modèles qu'à donner d’utiles avertissements, qu'à servir parfois d’épouvantail. — Loi du dépôt appliquée à l’industrie. — Dans quelle mesure. — Un jury préposé pour n'admettre que les produits dignes d'intérêt. — Fonds d'acquisition pour les productions étrangères. — Salle des étoffes primitives, étoffes orientales, genres écossais, bretons, rouennais, slaves, etc. — Classification méthodique ayant pour base l’histoire des procédés techniques et le tableau des progrès matériels. — Mus£UM D'HISTOIRE NATURELLE, Toutes ses collections sont utiles aux artistes; il en est une qui est susceptible de prendre un développement très-favorable aux arts. Je ne soupçonnais pas, il y a trente ans, lorsque j'écoutais avec curiosité les démonstrations enthousiastes du bonhomme Blumenbach, que je viendrais un jour proposer en exemple son petit musée anthropologique de Gættingue. C'était alors si peu de chose, un si petit local, un si grand fouillis; mais l'idée même y gisait. Tout serait dit pour cette science avec la création d’une collection un peu complète de crânes humains, si la question des races pouvait être tranchée par la détermination de l'angle facial; mais tant d'éléments différents doivent concourir à la solution du problème, qu'il n’est pas inutile de

faire appel aux arts. — Mission inutilement demandée aux ministres de la guerre et de l'intérieur, pour que le jeune Cordier étudie en Afrique le Berbère et le Kabyle, en Grèce les plus belles races, en Orient les types les plus purs. — Utilité d'une collection scientifique ainsi vivifiée par l’art. — Musées DE PROVINCE. Paris, cœur de la France, doit pousser sa sève artiste, toujours renouvelée, jusqu'aux limites extrêmes du pays, comme le sang incessamment vivifié va, par les artères, animer les extrémités du corps. Paris peut rester le cœur de la France; mais, tout en se rattachant à lui, les départements doivent vivre de leur vie propre. Là réside une part sérieuse de l’administration des beaux-arts, et ce qui doit être sa préoccupation permanente. Attirer à Paris les intelligences provinciales pour les former au bon goût, pour les élever davantage aux nobles aspirations, c’est bien agir, mais à da condition de les rendre à la province; autrement Paris devient une oasis de haute civilisation au milieu d’un désert de matérialisme. L'action absorbante de la capitale n’est pas un fait récent: elle s'est manifestée très-anciennement; et, dès 1767, Diderot pouvait écrire : «ll y a quelques savants, «quelques érudits et même quelques poëtes dans nos provinces, mais aucun «peintre, aucun sculpteur; ils sont tous dans la grande ville, le seul endroit «du royaume où ils naissent, où ils soient employés. » Cet état de choses n’a pas changé ; il s’est même aggravé. — Les sociétés savantes, sociétés de littéralure, arts et agriculture, sont bien nombreuses, il y en a dans chaque ville; mais je m'aflige depuis quelques années de leurs tendances pratiques et matérielles. I] s’agit, dans leurs mémoires, uniquement de drainage, d’oidium, de cristallisation du sucre et de statistique ; la littérature, l'art et l’archéologie en sont, pour ainsi dire, exclus. Ti y a cependant deux exceptions éclatantes, deux villes qui développent la culture des arts et se font centre: Lyon et Metz. Deux artistes, Saint-Jean et Maréchal, ont fait école dans ces villes bien préparées d’ailleurs par leur passé. Comme ces percées dans la forêt qui montrent le ciel et indiquent l'issue, ces efforts déjà couronnés de succès montrent nos chances dans l'avenir. — Organisation générale des musées de province. — Classement et mode d'administration variable suivant les circonstances et les localités ; règlement et catalogues uniformes. — Chaque cheflieu de département et toute ville importante aura son musée comme auxiliaire de son école de dessin. — Édifice propre à un musée. — Le professeur de l’école de dessin est le conservateur naturel du musée. Une société des arts est chargée de son administration. — Elle se recrule par l’élection. — Sa mission est de stimuler les dons et donations des particuliers, de provoquer les allocations municipales et départementales, d’intéresser l'État aux efforts de la localité; elle cherche les moyens d’aviver et de toujours entretenir l'intérêt et la curiosité par diverses combinaisons prises dans les goûts du pays et dans ses ressources. — Expositions annuelles. — Expositions accidentelles d'objets d’art envoyés par le Gouvernement, prètés par les particuliers, reçus en don des habitants et des artistes du pays, ou acquis sur les fonds du musée, — Ainsi organisé, administré,

enrichi, le musée de province ne serait plus une catacombe ignorée des habitants, et que les voyageurs visitent de loin en loin quand on parvient à en trouver la clef; ce serait le Louvre de chaque ville, une gloire de la localité, et la plus instructive promenade du dimanche. — Règlement. — Catalogue. — L’inventaire général de la richesse des musées de province est un travail indispensable. Pour être fait d'une manière logique, méthodique et pratique à la fois, il devrait être exécuté par la même personne, ou par deux personnes procédant de concert. En trois années, cette entreprise peut être terminée, et il sera facile de trouver un érudit connaisseur en peinture et en sculpture, un archéologue versé dans l'étude des antiquités nationales et romaines, qui seront heureux de se charger d’un travail aussi utile et de nature à leur faire autant d'honneur. Charger les conservateurs des musées ou les érudits locaux de ce soin, c’est recommencer la tour de Babel; car rien ne serait plus disparate, plus incohérent, plus incompréhensible que ces inventaires, fussent-ils dressés tous sur le modèle le plus uniforme et le mieux préparé. Charger même plusieurs personnes d'exécuter ce travail par groupes de départements serait lui ôter sa valeur d'ensemble, le mérite des appréciations comparatives et le poids des jugements appuyés sur l’inspection générale. De cette étude approfondie de toutes nos richesses résulteraït aussi, pour l'administration centrale, une connaissance exacte des besoins de chaque localité, du goût des arts qui s’y manifeste, des ressources que ies collections offrent à l'étude du dessin, des efforts enfin que les administrations locales font pour se rendre dignes de la bienveillance et du concours du Gouvernement. Le catalogue serait imprimé dans la localité, et ces publications, toutes d’un même format, auraient l'avantage d’être pour leurs auteurs une satisfaction d’amour-propre et un stimulant pour la continuation de leur entreprise, d’être pour les conservateurs une constatation officielle de l’état de la collection, et de devenir pour le publie, dans son ensemble, une collection d’une grande utilité, isolément , un guide, un sujet de discussion, de critique, toutes choses excellentes pour éveiller l'attention et ranimer le goût des arts. — BigciornèQues. Bienheureux les peuples qui n’ont pas connu de musées, bien enviables les âges qui n’ont pas eu de bibliothèques ! La nature pour l'artiste, l'imagination pour le penseur et l'écrivain, voilà les vrais musées, les saines bibliothèques. Mais n’est pas pauvre qui veut. Si la richesse est un embarras, on doit aux siens de la bien administrer et d’en faire bon usage. — Les bibliothèques dans l'antiquité, — au moyen âge. — L’imprimerie. — Les bibliothèques ouvertes au public. — Les bibliothèques publiques de Paris se sont toutes formées indépendamment les unes des autres. — Quelque intention de spécialiser leur composition dans la manière dont les livres confisqués ‘ont été répartis après la révolution. — Les bibliothèques de Paris n’ont aujourd’hui aucun lien entre elles, tandis qu’elles devraient avoir une organisation commune. — Considérer Paris comme un seul être. Consacrer chacune de ses bibliothèques à une spécialité. — Les bibliothèques de Paris

forment dès lors toutes ensemble une véritable bibliothèque universelle.

— Faire une répartition des richesses de toutes les bibliothèques de Paris

pour compléter réciproquement la spécialité qui aura été assignée à chacune

d'elles, suivant les intérêts qu’elles desservent ou le caractère de leur composition primitive, L'ensemble du budget des bibliothèques parisiennes balancera

la production littéraire du monde entier. I s’imprime depuis vingt ans, et. il s'imprimera pendant longtemps encore, environ trente-cinq mille volumes par an. Défalquez les réimpressions, la littérature légère, les pièces de

théâtre , les pamphlets politiques d'intérêt local, les livres de piété et les

livres de classe, il vous restera environ vingt mille volumes à acheter. Vu le

rabais qu'on obtiendra des éditeurs étrangers en prenant toutes leurs publications et en les faisant connaître, vu aussi la cherté des grandes publica-

tions, c’est une dépense annuelle de 150,000 francs. Ce budget sera centralisé au ministère, qui ne rencontrera pas d'objection contre ses choix, puisqu'il

achètera tout ; qui pourrait seulement soulever quelque critique par la répartition de ses acquisitions entre les spécialités. Mais, dans ce genre d’appréciation , il faut imiter Salomon, et trancher dans le vif. D'ailleurs, les erreurs, si erreurs il y a, seront faciles à réparer, puisqu'il ne s’agira que d’un déplacement. Quant aux quinze mille publications omises, les conservateurs, dans chaque spécialité, étudieront les recueils littéraires pour connaître et réclamer celles qui sont d’un intérêt général. Les bibliothèques de Paris, ainsi organisées, offriraient à l’érudit, dans la capitale, toutes les

spécialités au complet, c’est-à-dire, pour ne prendre qu’un exemple, au lieu

de dix exemplaires du Cosmos de Hamboldt que chaque bibliothèque s’em-

presse d'acheter, un exemplaire du Cosmos dans la bibliothèque du Muséum

d'histoire naturelle, et, en outre, tous les ouvrages du même genre, infé-

rieurs sans doute, mais bons à consulter, et que ces bibliothèques auraient

été dans l'impossibilité d'acheter. Un catalogue général des acquisitions de

l’année serait publié, avec l'indication de la bibliothèque où chaque ouvrage

se trouve placé et du numéro qu'il porte. Tous les dix ans, une table générale résumerait les acquisitions , et ces catalogues seraient mis à la disposition des lecteurs. Chaque bibliothèque spéciale aurait, en outre, son catalogue alphabétique et méthodique, non pas une œuvre littéraire qu'on n’achève jamais, mais un instrument usuel, un outil commode mis immédiatement dans la main de tous les lecteurs. Pas une bibliothèque de l'Allemagne qui n’ait terminé cette besogne avec son personnel, et en satis-

faisant aux besoins du service. La bibliothèque du musée Britannique, plus riche en imprimés qu'aucune autre bibliothèque, a ses catalogues à jour et au complet. — De la lecture dans les bibliothèques et du prêt des livres au dehors. — Les places de bibliothécaires réservées à ceux qui connaissent le mieux les livres, non pas à ceux qui font les meilleurs livres. — Quand les deux qualités se réunissent, le bibliothécaire est bien près d’être parfait. — Avancement se faisant, autant que possible, dans la bibliothèque spéciale, ou au moins dans les spécialités avoisinantes. — Les employés ne seront

autorisés à publier que le moins possible, et seulement des travaux qui ont rapport à leur spécialité. — Heures d'ouverture. — Séances du matin ét du soir pour les ouvriers, les employés et les personnes occupées. — Vacances (voir plus haut, p. 378).— Décorations intérieures. — Aménagements nouveaux. — Mécanisme du service. — En dehors des bibliothèques publiques, on encouragerales bibliothèques circulantes qui portent les bons livres à domicile.— Mais ce n’est pas assez de donner rapidement les livres qu’on demande et d'accorder de longues séances pour les lire; il faut utiliser la présence dans les bibliothèques publiques de conservateurs instrüits, hommes spéciaux dans leurs études. Des cours publics seront institués dans la bibliothèque Nationale pour former la jeunesse à la bibliographie, qui comprend la connaissance des manuscrits, des livres et des estampes. Ces cours seront suivis par les amateurs qui se sentent, faute de cette éducation spéciale, à la merci des spéculateurs, et en même temps ils formeront la jeunesse destinée au commerce de la librairie et des estampes. — Ces industries sont dans une décadence inquiétante, si l’on considère le degré d'instruction et le goût de ses représentants. — Former des Étiennes pour la librairie, des Mariettes pour les estampes. — Ces cours de bibliographie se tiendront dans la bibliothèque même, à trois heures, après les séances publiques, ou bien le soir, après la fermeture des maisons de commerce, et leurs chaires seront occupées par des hommes spéciaux. — M. Charles Brunet pour les livres, M. de Waïlly pour la paléographie, M. Alfred Darcel pour les miniatures, M. H. Delaborde pour les gravures. 11 pourrait sortir de ces cours une jeunesse aussi instruite dans sa spécialité que les élèves de l'école des chartes le sont dans la leur, et qui, munie d’un diplôme, obtenu dans des examens publics, offrirait à l'imprimerie, à la librairie et au commerce des estampes un choix de protes, d’associés, de commis voyageurs, dont les connaissances de bon aloi auraient pour garants les savants les plus compétents. — BIBLIOTHÈQUES DES DÉPARTEMENTS. Service mis en rapport avec celui de Paris. — BiBLIOTHÈQUES DES COMMUNES. Faire pour elles, et sous une forme particulière, l'encyclopédie du x1x° siècle. — HÔTEL pes VENTES. Les collections sont devenues nomades, les bibliothèques errantes. Le temps n’est plus où les collections restaient dans les familles et faisaient partie d’un mobilier qu’on tenait à honneur de transmettre intact et plutôt augmenté aux héritiers de son sang et de son nom; aujourd'hui les tableaux sont affaire de caprice: on cite tel amateur qui a vendu deux et trois collections formées les unes après les autres; les livres ne sont pas mieux traités, même ceux qu'on a fait relier à ses armes. On n’est pas-humilié de vendre sa bibliothèque: on a pour soi des exemples illustres, et l’idée de faire savoir en tous lieux qu’on s’est une fois passé la fantaisie de posséder une bibliothèque sourit à la vanité. Quant aux outils de profession, le jeune médecin vend les livres de droit de son père, avocat illustre, et l'amateur du sport la bibliothèque théologique de son oncle l'évêque. Inutile de déclamer contre cette insouciance; elle tient autant à la force des

choses qu'aux travers du siècle. Le mieux est de vivre avec son temps et de tirer parti de ses défauts. Les habitudes que déplorent tous les vrais amis de J'art et des lettres peuvent tourner à leur avantage. Puisque les collections de toute l'Europe se dispersent, faites en sorte qu’elles ne se vendent qu’à Paris, qu'elles se vendent dans un local assez spacieux pour donner accès à un nombreux public, dans un local disposé de telle sorte qu’il deviendra une bourse digne de telles transactions. — Libre entrée en France des objets d’art et livres vendus à Paris. — Concessions de quelques avantages à la chambre des commissaires-priseurs, pour qu’ils construisent un édifice de noble apparence, ayant des dimensions suffisantes, offrant des aménagements convenables. L'hôtel des ventes est une bourse vulgaire, mal distribué pour tous les jours et impraticable dès qu’il se fait quelque vente importante. Un homme de goût, une femme qui se respecte, ne peuvent se risquer dans cet intérieur qui semble la continuation de la rue, tant il y a de boue sur les parquets, de poussière dans l'air, d’odeurs déplaisantes dans l'atmosphère, de laisser-aller dans la tenue et la conversation, de brutalité dans la manière de se fouler autour des tabies. L'hôtel des ventes de l'avenir sera construit dans la rue de Grammont, en face de la Bourse, dans le prolongement de la rue qui porte son nom. Ce sera un monument, c’est-à-dire un édifice construit avec goût, révélant son caractère par son élégance et approprié dans l’intérieur à ses besoins : au rez-dechaussée, les ventes courantes des marchandises ordinaires; au premier, dix vastes salles convergeant sur une salle centrale, et pouvant toutes se réunir au moyen de portes rentrantes, de manière à ne former qu'une seule salle au jour des grandes sulennités, j'entends des ventes mémorables. Dans l'habitude journalière, la salle centrale sera disposée comme un salon et offrira un forum élégant et confortable où se réuniront les amateurs curieux, gens heureux, puisqu'ils ont une passion, gens sociaux, puisqu'ils ont besoin de se rencontrer, de se questionner, et, toutes les fois que leur intérêt n’est pas en jeu, des’éclairermutuellement. Là, les amateurs novices trouveraient les indications les plus désintéressées et les meilleures près des amateurs honoraires : je désigne ainsi les gens de goût trahis par la fortune, séparés violemment de leurs collections chéries, etqui restent attachés platoniquement aux anciens objets de leur amour. C’est parmi eux que la chambre des commissaires-priseurs choisirait son agent. lui sera facile de trouver un homme de savoir, de goût et de bonnes manières qui répondra aux mille questions qu'on lui fera, et qui aura une bibliothèque à sa disposition pour être plus précis, et pour fournir à chacun les moyens de s’éclairer lui-même; bibliothèque restreinte à l'archéologie et à l’histoire des arts, à la biographie et à la bibliographie, sciences représentées par des ouvrages usuels, tels que manuels, encyclopédies et dictionnaires, représentées surtout par la collection des catalogues de ventes que compléteraient chaque jour les commissaires - priseurs en léguant à cette bibliothèque leurs exemplaires annotés, avec les prix et les noms des acquéreurs. — Réorganisation du

corps des commissaires -priseurs. — Ce que sont les experts et ce qu'ils devraient être. — À l'avenir, un baccalauréat ès lettres ou ès arts sera exigé pour remplir ces fonctions, selon qu’on se destine à la vente des livres, de la curiosité, des objets d'art ou des gravures. — Ainsi réorganisés, les commissaires-priseurs et les experts formeront, dans l’hôtel des ventes, une sorte de société mi-commerciale, mi-archéologique, qui aura son journal d'art, d'industrie et de bibliographie, dans lequel on abordera tous les sujets au point de vue commercial, dans lequel on discutera les contestations judiciaires, et où l’on annoncera les ventes prochaines avec des détails de nature à intéresser et à éclairer le monde des amateurs. — Cours Pu- BLICS. Je ne puis m'occuper ici des intérêts de la littérature, et cependant ces intérêts confinent à ceux de l'art : tout ce qu'on fait pour les lettres profite aux arts. Les hommes d'imagination, quelle que soit leur manière de s’exprimer, sont d'une même famille; il existe une communication électrique, mystérieuse, et cependant évidente, entre les lettres et les arts Encouragez donc les lettres. Si vous les élevez aux spéculations les plus hautes, aux inspirations les plus poétiques, vous verrez l'art s'élever avec elles dans cette sphère radieuse; je n’ai aucune objection contre trois cours de philosophie au collége de France, contre vingt cours de langues mortes ou qui vont mourir. Je ne m'élèverais pas contre le cours de littérature étrangère et de grammaire comparée, si je les voyais escortés d’un cours d'esthétique; mais, en l'absence de cet enseignement qui manque à la jeunesse, je me permettrai de remarquer que les arts ont aussi leur philosophie, qu'ils parlent une langue toujours vivante, qu’ils ont brillé chez les étrangers autant que leur littérature, et, puisqu'il s'agissait de comparer quelque chose, autant valait mettre en présence l'art antique et l’art moderne, comparer Phidias aux sculpteurs de l'empire romain, de la Renaissance et des temps modernes. On m’objectera qu’il y a un cours d’archéologie au collége de France. J'y entre, et je trouve cinq érudits qui apprennent de M. Lenormant à interpréter les hiéroglyphes. Je demande qu’on maintienne ce cours, ne fût-ce que pour l'honneur du génie français qui a nom Champollion ; mais qui osera prétendre qu’un gouvernement s’est acquitté envers les arts quand il a pourvu aux études de cinq égyptologues? Je ne conteste pas davantage l’utilité des cours de tibétain, de pali, d'hindoustani et autres langues étrangères, bien étrangtres. Quand je visite leurs amphithéâtres déserts, je me dis qu’un ou deux auditeurs tenaces, qui s’acharnent à ces études, conservent à la France l'honneur de la persévérance dans ces recherches et des découvertes qui s’y font ; mais je me dis aussi que, lorsque les arts étaient synonymes de luxe, on pouvait considérer l’enseignement de ces langues comme chose indispensable; aujourd’hui la situation a changé : le pali et l’'hindoustani sont du luxe ; la France est assez riche pour s’en passer la fantaisie, pourvu qu’elle songe à l'essentiel, à l'indispensable, à ce qui constitue la vie de l'intelligence: c’est aujourd’hui l’enseignement des arts. Le cours d'archéologie, devenu une chaire de phüologie égyptienne, se fera

dorénavant par les conservateurs des collections égyptiennes du Louvre et au milieu même des monuments, de manière à compléter l’épigraphie par l'archéologie, l'étude de la langue par l’histoire des croyances et des mœurs. La chaire vacante du collége de France sera remplie par un professeur d'esthétique. I ne suffit pas que les jeunes gens aient suivi le cours de l’histoire de l’art à l'École des beaux- -arts, qu'ils en aient retrouvé un autre d’un ordre supérieur dans les galeries du Louvre, un autre d’une nature spéciale dans les salles gothiques de l'hôtel de Cluny et sous les voûtes inspirées dela Sainte-Chapelle, chacun à des points de vue différents; il faut encore que l'esthétique couronne le tout, et que le professeur, regardant comme connue la marche de l’art à travers les contrées, à travers les temps, et son application pratique aux besoins des hommes, aborde une région plus élevée et fasse comprendre à un auditoire d'élite les conditions du beau et du sublime dans leurs rapports avec la création et avec notre intelligence. Et cependant un cours d'esthétique ne devra être professé qu'alors qu'un homme supérieur réunira les rares qualités qu’il requiert; car ces qualités seules rendront cet enseignement fécond, en enflammant par l'éloquence l'imagination de l'auditoire, en répandant surtout les idées sereines, les principes immuables qui dégagent des engouements passagers de la foule et n’attachent qu'aux vraies beautés de l'art. L'idéal du professeur d'esthétique, c’est le grand Léonard de Vinci; mais supposez un prédicateur célèbre, un philosophe aimé, un poëte populaire, ayant pratiqué les arts pour étudier à fond ces grandes questions : ne seraient-ils pas désignés d’une voix commune pour être les vrais professeurs d'esthétique ? Un cours de ce genre, froid et monotone, est une perte de temps pour tous les auditeurs, et leur ferait prendre en dégoût le beau et le sublime: pas un artiste qui n'ait meilleur emploi de sa journée, pas un amateur qui n'apprenne plus dans la galerie du Louvre ou dans les champs du bon Dieu; mais un cours d’esthétique éloquent, enthousiaste, qui fait vibrer les grandes cordes du cœur et passionne tout un auditoire par la commotion électrique d’une sympathie puissante, un pareil cours est bon aux artistes, aux élèves, aux hommes du monde. Tous en sortiront avec des idées plus larges, plus élevées. De même qu'en voyage, après avoir gravi une montagne, on découvre tout à coup, du milieu d'une atmosphère plus pure, des horizons plus étendus, de même aussi, après avoir entendu les belles déductions du professeur d'esthétique, on juge des arts plus sainement, on apprécie mieux leur but, on comprend leur véritable portée, leur tendance future, leur avenir final. — L'intelligence doit-elle être parquée dans le coin de Paris dit le quartier latin? — Déplacement de la population depuis deux siècles. — Changement des habitudes. — Sur la rive droite de la Seine häbitent aussi des hommes distingués, des femmes intelligentes, des jeunes gens qui ne demanderaient pas mieux que d'apprendre quelque chose, et qui se disent toute l’année, chaque fois qu’il est question des cours de quelque professeur de grand renom : «Ah! mais ce doit être intéressant, je veux snivre cet enseignement. » Puis,

quand vient le moment de mettre à exécution ces bonnes intentions, les distances, les heures, tout, en un mot, s'y oppose. Je crois qu’en empruntant une fois par semaine au collége de France, à la Sorbonne et au Conservatoire des arts et métiers leurs professeurs les plus agréables parmi les plus savants, en ouvrant les cours dans un local central, comme le serait le théâtre des essais, au milieu de la Chaussée-d’Antin, on attirerait à soi tout un monde qu'il importe d’arracher aux notions superficielles et aux préoccupations matérielles. Ces cours ne seraient pas plus mondains, pas moins graves que ceux du quartier latin et de la rue Saint-Martin; mais ils seraient offerts à la curiosité d’un autre public, dans son quartier et à ses heures. — Programme. — Les sciences, l'histoire, la littérature et les arts. — Enseignement populaire. — Je voudrais encore quelque chose. Quand les Morin, les Peligot, les Dupin, les Pouillet, descendent de leur chaire des arts et métiers aux applaudissements d’un millier d'ouvriers et de contre-maîtres, je demande que leur enseignement ait comme un appendice. Is enseignent la chimie, la physique, la mécanique appliquées aux aris; pourquoi l'artiste ne viendrait-il pas occuper la chaire de l'homme spécial, ne fût-ce que pendant une demi-heure, pour clore la séance, comme le chœur qui, dans l'antiquité, servait de commentaire à la tragédie? Aucun enseignement ne s'adresse aussi bien à tous et à chacun que celui des arts : c'est le complément et le poli de l'éducation. — Mesures de même nature étendues aux départements. — Congrès scientifiques. — Tendre la main aux précurseurs de cette idée féconde, à des hommes dévoués comme l’est M. de Caumont. — LA cRITIQUE DANS LES ARTS. — Elle pouvait être salutaire, elle a été malfaisante. — Son histoire dans les temps passés. — Sa forme et ses allures depuis Diderot. — Elle devient l’alliée de la liberté de la presse, car chacun s’est dit, après avoir lu Îles Salons de Diderot: «Puisque la critique des arts n’est pas plus difficile que « cela, je vais en faire. »— Antécédents de nos critiques.—Revue des doctrines. — Nullité des études. — Limite bornée des investigations et des moyens de comparaison. — Exceptions honorables. — Tandis que les pamphlets publiés au xvirr° siècle, à l’occasion des expositions, s'imprimaient à cent exemplaires et n'étaient pris au sérieux par aucun des membres de lancienne aristocratie qui protégeaient les arts, la presse alla dans toutes les mains, et exerça une domination d'autant plus grande que les artistes comprirent bientôt l'influence que ses jugements avaient sur le public, par suite sur leur réputation, et en définitive sur le débit de leurs ouvrages. Les uns allèrent au devant de ses caprices, les autres au rebours de leur voie naturelle, rien que pour contrecarrer ses décisions. Ah! je ne suis pas coloriste; ab! je suis trop calme, trop esclave de la ligne, tu vas voir. Et la palette de se jeter dans des excès de couleur, et l'ébauchoir d'oublier le respect que la terre glaise doit à son frère aîné le marbre. On ne sait pas assez la tyrannie que les écrivains ont fait peser depuis trente années sur les artistes, sur ceux-là mêmes qu’un talent élevé devait mettre plus compléte-

ment à l'abri de leurs coups. Ingres, Paul Delaroche, A. Scheffer, lui ont répondu en s'enfermant dans leur tente, l'illustre Gros en se jetant dans la rivière. Chez les anciens, le goût public étant formé, la critique se faisait tout haut et par tout le monde; un artiste consommé et de grand renom osait seul se faire l'interprète de l'opinion publique. I en sera bientôt ainsi parmi nous; mais dès aujourd’hui la carrière de la critique devrait être fermée aux littérateurs, qui ne savent rien des arts, et aux artistes manqués , qui en savent trop; elle restera ouverte, non pas aux artistes de génie, qui s'en acquitteraient mieux que tous autres s'ils n'avaient pas un meilleur emploi de leur temps, mais aux hommes de savoir et de goût qui, après avoir pratiqué les arts avec passion, ont conservé assez de loisir pour longuement étudier, beaucoup voyager et recueillir, au contact de l'histoire de tous les temps, dans l'étude des productions de toutes les écoles et dans le commerce des artistes contemporains, cette expérience calme qui donne aux jugements une autorité sérieuse en affranchissant l'esprit du goût malsain des innovations, de la fantaisie des paradoxes et du besoin de briller aux dépens de la justice. Ces nouveaux critiques auront l'indulgence qui donne aux artistes la confiance; ils auront cet enthousiasme de bon aloi qui, dans l'examen de toute œuvre, va droit aux qualités sans se soucier des défauts. L'art est un rude labeur; le plus robuste athlète ne traîne son char, sur la montée rapide, qu’au prix des plus grands efforts. La critique doit-elle s'atteler devant ou derrière, activer ou ralentir la marche, ajouter aux difficultés ou les faire disparaître, tresser des couronnes enfin ou donner le coup de mort? La critique nouvelle viendra en aide aux arts, elle puisera dans leur histoire et dans sa propre expérience les principes immuables, supérieurs aux caprices du jour et aux entraînements de la mode. — LIBERTÉ ET GRATUITÉ DES ENTRÉES. Nos rois ont gâté la France, et la France est, sous certains rapports, trop vieille pour qu’on songe à refaire son éducation. — Le Français est habitué à entrer librement, gratuitement, dans les palais, collections et établissements appelés tantôt royaux, tantôt nationaux, dans les cours publics, dans les expositions de tous genres. Parce qu'il paye ses contributions, il croit que l'État doit lui donner des routes bien entretenues et des musées richement garnis, une police vigilante et des professeurs distingués. — Reste à savoir si l'État agit sagement en étant aussi libéral, si les générosités de la bourse commune sont compensées par le profit que trouve la nation entière dans cet enseignement quotidien mis à la portée de tous. — Le doute n’est pas possible, — I y va de l'honneur de la France de continuer ces nobles traditions. — Les artstes ont été les premiers, je le sais, à faire marchandise de l'exposition de leurs œuvres. Zeuxis imposa un doit d'entrée à tous ceux qui vinrent voir dans son atelier le fameux tableau d'Hélène , et David recueillit 65,627 francs à montrer pendant cinq ans (de nivôse an vrri À prairial au x11) l'Enlèvement des Sabines dans la salle du Louvre, qui se trouvait à côté de son atelier. — Ces faits ne doivent pas être donnés en exemple ; on pourrait leur

APPENDICES. o71

opposer plus d’un acte de désintéressement. L'État, d'ailleurs » ne songe pas seulement à gagner de l'argent; il sait qu’il est des dépenses fructueuses, et il a pour guide les hautes préoccupations.

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