OBSERVATION V
Il s’agit d’un homme d’une trentaine d’années, ayant eu une rupture de l’urèthre, consécutivement un rétrécissement, des abcès urineux répétés et des fistules périnéales multiples. Il avait subi deux fois l’électrolyse, une fois la dilation, deux divulsions, deux uréthrotomies internes et une uréthrotomie externe. A bout de moyens, M. Delorme essaya l’autoplastie. Uréthrotomie externe el interposition entre les lèvres de la plaie, au niveau du rétrécissement divisé, d'un lambeau cutané périnéal en forme de gouttière ; ce lambeau est suturé aux deux bouts du canal et sur les côtés ; une sonde est placé à demeure. Mais dès le 3° jour l'urine passe dans le pansement, et dès le 12° le lambeau est complètement mortifié.
Ogservarions VI, VII et VIII.
En 1888, Wolfler de Graz, (2)au lieu d'employer l’autoplastie, pratiqua chez trois individus la greffe muqueuse par transplantation, pour réparer des pertes de substance considérables dues à l’excision de rétrécissement calleux et de fistules indurées. Il laissa la plaie devenir
(1) DELORME. — Société de Chirurgie, 8 oct. 1890.
(2) WozrLer. — Archiv. für Klinische Chirurgie. Bd. XXXVII. p. 7C9. 1888.
OT a) granuleuse et vers le 8° jour en recouvrit le fond et les côtés avec des lambeaux de muqueuse, longs de plusieurs centimètres et larges de 2 à 3 cent., et coupés au rasoir sur un utérus en prolapsus. Ces lambeaux ne furent pas suturés : maisils furent maintenus en place par une sonde introduite dans la vessie et de tampons de gaze 1odoformée enduits de vaseline. Trois ou 4 jours après, en enlevant le pansement, la surface fut trouvée grisâtre et suppurante, se montrant comme couverte d’un voile fin ; cinq jours plus tard, elle était unie et lisse et ressemblait à une membrane muqueuse. Les trois malades traités de cette manière sont guéris. Le premier a été vu un an après l’opération, n’ayant pas été sondé dans l'intervalle ; il a dit qu'il urinait avec un jet bien plein et volumineux. Le second présente un résultat identique, bien que n’ayant pas été observé aussi longtemps ; après 8 mois il se passait une sonde française n° 20. Le troisième est mort 6 mois après l’opération, d’une néphrite double ; à l’autopsie on vit que la continuité de l’urèthre était parfaitement rétablie et on ne put déterminer d’une façon certaine le lieu de réunion de la muqueuse greffée et de l’ancienne. — Plus tard Wolfler eut l’occasion de pratiquer encore cette opération ; il employa des lambeaux de muqueuse d’estomac de grenouille, d’œsophage de pigeon et de vessie de rat, qui se dètachent facilement et adhèrent bien sur le sujet humain. Il eut à enresister les mêmes succès que dans les cas précédents.
La même année, Meusel, (1) de Gotha, pratiquait cette opération ; mais au lieu de muqueuse prise sur un animal, il se servait d’un lambeau de prépuce emprunté à l'individu lui-même et le greffait. d'emblée sur la plaie saignante faisant ainsi une greffe primitive et non plus secondaire.