‹ De l'UréthrectomieChapitre 5 sur 39 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Tumeurs el fistules urineuses périnéo-scrotales.— Excision.

(LE Dran. — Observations de chirurgie. T. Il, p. 173, Paris 1731).

« Officier anglais, âgé de 66 ans et très cassé. — Il avait le

scrotum très gros et très dur, rempli de trous fistuleux par où il sortait du pus et de l'urine ; ce qui s’étendait depuis lanus jusqu'à la racine de la verge. Le nombre en augmentait tous les jours. — Algaly dans la vessie pendant 3 semaines; quelques calositez fondirent, il ne resta que celles qui depuis longtemps subsistaient. — Celles-ci ne pouvant guérir que par une opération, je fis une consultation avec Petit, Malaval et Boudou, et nous convinmes de faire un chemin qui allât droit à la vessie, pour pouvoir y mettre une canulle, et d’emporter le plus possible des calositez.— Catheter à crénelure dans la vessie, incision périnéale avec le litotome, le chirurgien emporte une partie des calositez, puis au moyen d’un gorgeret introduit une canulle dans la vessie. — 8 jours après, abcès au scrotum, il est ouvert ; le reste des calositez est emporté et la canulle remplacée par une bougie de linge ciré et roulé, pendant qu’éclatent des accidents terribles : fièvre très vive, érésypèle de la jambe droite, abcès au genou, — Un algaly de plomb est mis dans la vessie pour que les urines ne passent plus par la playe et que le canal se moule sur elle. — Mais craignant que le malade ne devint sujet à la pierre, si le chemin de l'urine n’élait pas entièrement libre et aisé, je remplaçai l’Algaly de plomb par une canulle qui allait jusque par delà le bulbe de l’urèthre, tout auprès des glandes prostates, et qui fut laissée pendant 8 mois.

» Plus d’un an après jai revu le malade dont la fistule s’était resserrée au point qu'il n'y passait pas une goutte d’urine, et Purine sortait librement par la verge. »

On voit donc que la méthode employée est simple : excision

de la masse calleuse et placement d’une sonde à demeure ; néanmoins elle donna une guérison durable malgré l’âge du sujet et les accidents septiques post-opératoires. Se trouvant en

toi

présence d’un second malade ayant la même affection que le précédent, Le Dran se proposait de pratiquer l'excision suivie de suture ; mais, ayant eu une consultation avec Chopart et J.-L. Petit, ceux-ci n’en furent pas partisans, alléguant que la méthode était dangereuse : l'opération ne fut pas pratiquée et dès lors l’excision tomba dans l'oubli pendant plus de cent ans.

Nous trouvons bien, dans la Gazette médicale de Paris de 1837, une observation de Robert; dans la Gazette des hôpitaux de 1859, une autre de Roux, de Toulon; dans les Bulletins de l Académie de Médecine, une note de Leroy-d'Étiolles (1) < sur le traitement des sténosis ou rétrécissements de l’urèthre et de l’excision en particulier », Il y dit : < il est généralement admis que les rétrécissements rebelles à la dilatation, sont formés de tissu fibreux analogue au tissu inodulaire ou cicatriciel; il semble donc naturel de les traiter comme les cicatrices vicieuses de la surface du corps : or, pour celles-ci, le meilleur mode de traitement, c'est l’ablation ou l’excision suivie de l’autoplastie, lorsqu'elle est applicable ; si cette dernière est, sinon impossible, au moins difficile, dans l’urèthre, il n’en est pas de même de l’excision. » N

Mais, cest à Bourguet, qu'il appartient de l'avoir érigée en méthode, dans un long mémoire de plus de cent pages paru en 1860 et publié dans les mémoires de l’Académie de Médecine de Paris, en 1865 : De l’uréthrotomie externe par section collatérale et par excision des tissus pathologiques dans les rétrécissements infranchissables de l’urèthre, par Bourguet, chirurgien de l'hôpital d'Aix.

Dans une première partie, il étudie l’uréthrotomie externe par section collatérale avec formation, aux dépens des parties saines voisines, d’un canal contournant la masse calleuse, et il rapporte l'observation d’un sujet qu’il a traité de cette manière

(1) Bulletin Acad. de Médecine de Paris, août 1855. Bull. Acad. de Médecine de Belgique, nov. 1857.

la seule peut-être qui existe, à cause des difficultés du cathétérisme consécutif, fatales avec un canal ainsi déplacé et tortueux.

Dans la seconde, il montre d’abord qu'il existe certains rétrécissements organiques très durs, calleux ou cartigalineux, formés par une nodosité volumineuse et qui sont infranchissables par tous les moyens dont dispose le chirurgien : il en cite une vingtaine de cas ; — il montre ensuite que ces rétrécissements sont rebelles à toutes les méthodes de traitement connues et sont considérés jusque là comme incurables. — C'est alors qu'il expose son procédé d’excision avec dissection soigneuse de toute la masse indurée et ablation de toutes les parties cicatricielles, comme s’il s'agissait d’une tumeur de mauvaise nature ; — et, qu'il essaye enfin de montrer comment le canal se répare sur la sondè à demeure aux dépens des parties saines du périnée : « l'opération ainsi pratiquée permet d'espérer une guérison solide et durable, la nouvelle portion de l’urèthre revêtant avec le temps les caractères du canal normal et en remplissant toutes les fonctions ». Nous résumons ici les deux observations qu'il rapporte avec beaucoup de détails dans son mémoire.

OBSERVATION Il.

Rétrècissement fibro-cartlilagineux complètement infranchissable. — Insuccès de l'opération de Syme, de la dilatation continuée pendant très longtemps, de la cautérisation d'avant en arrière … etc... — Dissection et extirpation des tissus pathologiques. — Guérison dalant de plus de huit ans. (BOURGUET, d'Aix. Mémoires de l'Académie de Médecine. Tome XX VII, 1865.)

Étienne C..., charretier, 53 ans, a contracté plusieurs blennorrhagies, rétrécissement. Dilatation à quatre reprises différentes de 1849 à 1853, puis uréthrotomie externe, plus tard dilatation et cautérisation. En janvier 1857, il rentre à l'hôpital pour la huitième

fois : Induration perinéale très prononcée de la grosseur d'une olive :

ER ve

en arrière fistule par ou s'échappe la presque totalité de Purine ; le rétrécissement occupe la région bulbaire, il n'a pas été franchi depuis un an malgré l’emploi successif des sondes et des bougies de gomme élastique, de corde à boyau, de baleine, d’ivoire flexible. de tous les calibres et de toutes les formes, de la sonde conique de Boyer, etc...; incontinence d'urine et accès de fièvre,

Le 23 mars, excision de la masse indurée, cartaligineuse ; il en résulte une plaie longue de 4 centimètres et profonde de 3 centimètres; hémorrhagie presque nulle ; sonde à demeure ; interposition d’un peu de charpie entre les lèvres de la plaie.

Au bout d’un mois, la plaie est réduite des trois quarts. Le malade sort guéri le 6 juin, deux mois et treize jours après l’opération.

Huit ans et demi plus tard, malgré des intermittences très longues dans le cathétérisme (1 an — 6 mois) la guérison reste complète et persistante : le canal admet facilement une sonde de 6 millimètres ; les fonctions urinaires et génitales s’accomplissent normalement.

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