PREMIÈRE PARTIE
uretrotomie: externe
Il est une division importante à établir dans Turélrotomie externe désignée encore sous le nom de section perinéale externe. Nous appelons l'attention sur cette division, car elle ne ressort pas suffisamment, selon nous, de la lecture des auteurs.
En 1844, M. Syme, d'Edimbourg, éprouvant de grandes difficultés à détruire un rétrécissement par la section interne, eut la pensée de l'attaquer de dehors en dedans, mais en se guidant sur un conducteur préalablement introduit dans le canal à travers le rétrécissement.
Sans nous préoccuper ici de savoir si M. Syme est réellement l'inventeur de cette méthode, nous lui donnerons le nom d'urétrotomie externe avec conducteur ou Méthode de Syme. La condition essentielle pour son exécution est l'introduction préalable d'un conducteur.
Elle ne peut donc s'appliquer qu'aux rétrécissements franchissables. — En 1852, M. Sédillot remit en honneur une pratique déjà ancienne consistant à attaquer les anguslies urétralesde dehors en dedans comme M, Syme, mais dans le cas de coarctation infranchissable, par conséquent sans conducteur. — On conçoit de suite quelle différence existe entre ces deux manières de faire, et combien il importe de les décrire à part. Nous appellerons cette dernière opération, avec M. Sédillot : Urétrotomie externe sans conducteur.
Nous étudierons successivement dans deux chapitres : 1® Y Urétrotomie externe sans conducteur ; 2* Y Urétrotomie externe avec conducteur.
Celte distinction n'ayant été établie classiquement que depuis quelques années, nous allons faire dans le même chapitre un historique abrégé de l'urétrotomie externe avec ou sans conducteur.
HISTORIQUE DE l'uRÉTROTOMIE EXTERNE.
S'il est vrai que l'on trouve dans Celse l'opération de l'urétrotomie externe (1), s'il est vrai que Marianus Sanctus ait appliqué la section périnéale à la cure des rétrécissements de l'urètre (2), il faut convenir cependant que les anciens pratiquaient surtout la simple boutonnière périnéale, dans le but de pénétrer dans la
(1) Verneuil, Note historique et critique sur V urétrotomie externe avant le xviii® siècle^ Arch. de méd., 4857.
(2) Malgaigne, édition d'Ambroise Paré, t. II, p. B72.
vessie ou d'évacuer l'urine, et non pas de détruire les coarctations urétrales.
C'est à Richard Wiseman que nous devons la relation de la première véritable observation d'urétrotonaie externe faite dans un cas où la dilatation avait échoué. L'opération fut pratiquée par Edwards Molins en 1652. Il fit d'abord une incision à l'urètre près du col de la vessie pour remédier à une rétention d'urine. L'urine sortit et la plaie resta fistuleuse. Les chirurgiens cherchèrent, mais en vain, à traverser l'urètre avec des sondes et des bougies. A quelque temps de là, sur la sollicitation du patient, Molins divisa sur la ligne médiane, par une incision externe, presque toute la longueur de l'urètre en y comprenant le scrotum, mais il n'en resta pas moins une fistule au périnée (1).
Solingen, chirurgien hollandais, fit également, à la fin du même siècle, la section de presque tout l'urètre, mais pour y appliquer des caustiques; il réunit la plaie parla suture entortillée. Le résultat fut heureux (2).
En France, vers la fin du xvii* siècle, en 1690, François Colol (3) pratiqua plusieurs fois l'urétrolomie externe sans conducteur. Il rapporte l'observation très-intéressante d'un M. Boileau, greffier au parlement de Paris.
(^) Chirurgical treatise by R. Wiseman. London, 4734, 6«édit., vol. II, p. 425-426.
(2) Slalparl van der Wiel. Leyde, 1727, p. 410, cité par Thompson, p. 257.
(3) Traité de Vopération de la taille^ ouvrage posthume par F. Colot. Paris, 1727. — François Colol fut le dernier rejeton de rillustre famille de ce nom qui, pendant près d'un siècle et demi, pratiqua à peu près exclusivement en France la taille par le grand appareil. Il mourut en 1706.
« Un étranglement calleux, qui s'était fait depuis la pointe de sa verge jusqu'à rorifice interne de sa vessie, était la cause de son mal ; la vessie ne souffrait pas moins par la rétention des urines ; elle ne se pouvait décharger que d'une petite partie, l'autre y croupissait et était si corrompue que la vessie ne pouvait plus résister. Gela entraîna trois abcès, qui s'étaient faits depuis le bas du scrotum jusqu'à l'anus ; ces abcès dégénérèrent en trois fistules qui recevaient toutes les urines qui pouvaient s'échapper de la vessie. En cet état, il était impossible de pouvoir passer une sonde pour faire quelque opération avantageuse. Enfin le malade se met entre mes mains après être sorti de celles des chirurgiens. Je lui fis une ouverture au périnée le 28 janvier 1690, mais sans règle ni appui; je trouvai avec un stylet le chemin de l'urètre et celui du col de la vessie; ce stylet m'en facilita l'entrée, je soulageai cette partie par de fréquentes injections, je dilatai Télranglement, je cautérisai les trois fistules, et les eschares tombées, je conduisis ces plaies a la cicatrice, aussi bien que la plaie du périnée ; en sorte que d'étique que M. Boileau était, il devint si gros et si gras que je le méconnus dans les Tuileries. » On ne saurait désirer un plus heureux résultat. Comme le fait remarquer avec juste raison M. Verneuil (loc. cit.), Colot ne fit pas dans ce cas la section de l'urètre sur le rétrécissement telle que nous la pratiquons aujourd'hui, il incisa le canal audessous de la partie rélrécie qu'il dilata ensuite.
François Tolet (1) pratiquait la section périnéale, principalement pour évacuer l'urine, mais aussi pour guérir les callosités du périnée.
(1) Traité de la lithotomie. Paris, 4708, 5«éd., chap.xxvi, p. 308.
Au xYiii* siècle nous trouvons Jean Palfin (1) qui recommande la méthode de Golot dans certains rétré* cissements.
J.-L. Petit pratiqua l'urétrotomie externe avec ou sans conducteur (2).
Ledran la pratiqua également (3).
Ala même époque, en Angleterre, Sharp, chirurgien à l'hôpital Saint-Barthélémy, recommandait l'incision du périnée dans certains cas de rétrécissements (4),
John Hunier pratiqua l'urétrotomie externe en 1765 (5). Le procédé de Hun ter n'était employé que dans le cas de rétrécissement opiniâtre avec fistules périnéales.
En 1786, Lassus, chirurgien à l'hôpital de Saint- Côme, fit une semblable opération pour un rétrécissement cicatriciel (6). Ch. Bell (7) fit également cette opération, mais seulement dans le cas de fistules au périnée.
En 1811, M. Thomas Chevalier communiqua un cas d'urélrotomie externe à la Médical and surgical So^ ciety (8).
Tl faut bien remarquer que la plupart de ces opéra-
(1) Anatomie du corps humain^ I'« partie, chap. XX, p. 474, cité par Thompson, p. 258.
(2) Œuvres posthumes de chirurgie de J.-L. Petit, vol. III, p. 84,
(3) Traité des opérations de chirurgie. Paris, 4742, p. 368.
(4) Recherches critiquas sur Vétat présent de la chirurgie^ trad, franc. Paris, 4754 , p. 242. — A critical enquiry^ 4750, p. 454 .
(5) Treatise on the venereal disease, London, 2« édit., 4788, p. 410, cité par Thompson, p. 260.
(6) Publié dans les Archives de méd,^ vol. IX, 4825, p. 444.
(7) System ofoperative surgery. Lond., 4844, 2® éd., p. 423-134.
(8) Medico-chirurgical Transactions^ vol. Il, p. 204 .
lions étaient faites non pour inciser le rétrécissement lui-même, mais pour parer aux accidents qu'il déterminait.
Une des premières opérations qui soit complètement analogue à celles que nous pratiquons aujourd'hui est due à Arnolt, chirurgien à Middlesex Hospital (1). — Il incisa couche par couche et d'arrière en avant toutes les parlies molles du périnée jusqu'à l'urètre pour un rétrécissement infranchissable.
Voici du reste le fait tel qu'il est publié dans les Archives :
Observation d'un rétrécissement de Vurètre traité par
Vindsiony par M. J. Arnott.
Homme de quarante-neuf ans, porteur d'un rétrécissement depuis quinze ans. Quand il vint consulter M. Arnott^ il y avait rétention d'urine ; on trouvait un obstacle vers le bulbe de l'urètre, et il était impossible de faire pénétrer plus avant la bougie la plus fine.
Ces circonstances, jointes à la probabilité que le changement morbide du canal occupait une étendue assez considérable, déterminèrent M. Arnott à tenter le mode de traitement par incision. Par suite de la contraction de l'nrètre à un pouce et demi de son extrémité, on ne pouvait faire parvenir jusqu'au rétrécissement situé vers le bulbe qu'une sonde au dessous de la grandeur moyenne, et la pointe de cet instrument pouvait ù peine être sentie sur le périnée. On fit la première incision assez longue; et parvenu à l'urètre, on l'incisa au-devant du rétrécissement. Ensuite, on introduisit la pointe d'une sonde cannelée très-fine dans l'ouverture qu'on venait de faire, et avec un peu de difficulté, on parvint à la pousser jusque dans la vessie ; guidé par la cannelure, on fendit avec un
. (4) Transactions ofthe médical and surgical Society. Juin, 4822, vol. XII, p. 354; et Arch. gén. de méd., t. IV, 4'« série, p. 642, 4824.
bistouri la portion rétrécie du canal, et aussitôt après on fit pénétrer facilement le cathéter jusque dans la vessie. Plus d'une pinte d'urine s'en écoula, quoique, dix minutes avant l'opération, le malade eût été obligé d'uriner.
Aucun symptôme défavorable ne se manifesta. Le malade fut ensuite traité par les sondes à demeure. La plaie se cicatrisa convenablement, et la guérison était complète au bout de quinze jours.
Guthrie recommande cette opération et conseille de la faire d'arrière en avant. Il pratiqua lui-même une urétrolomie externe en 1837 àThôpital de Westminster sur un homme de cinquante -quatre ans affecté de rétrécissement de Turètre avec rétention d'urine (1).
Nous arrivons ainsi en Angleterre jusqu'en 1844, époque à laquelle Syme (2) modifla la section périnéale.
Pendant qu'en Angleterre les chirurgiens continuaient à pratiquer cette opération, elle était condamnée en France. Desault la qualifiait d'inutile ou de dangereuse (3).
Elle était donc complètement bannie de la chirurgie lorsque M. Sédillot, en 1852, apportant quatre observations de guérison, vint plaider, devant l'Académie des sciences, la cause de la section périnéale qu'il proposa d'appeler urétrotomie externe (4).
M. Sédillot s'exprimait ainsi : « L'expérience clinique proclame hautement la valeur de l'urélrotomie et nous ne doutons pas que cette opération mieux comprise ne soit bientôt comptée en France au nombre des ressources de l'art. »
(4) Gaz. méd- de Paris *f^31, p. 668.
(2) Edinburg Journal of médical science^ 8 octobre.
(3) Journal de chirurgie, t. II, p. 354 , 4794 .
(4) Gaz. méd. de Paris, 4854.