‹ De l'urine et des sédiments urinaires [electronic resource] (volume 2)Chapitre 114 sur 158 · C()UI,I'UI{ DE L'URINE · texte numérisé non relu

C()UI,I'UI{ DE L'URINE

Les urines à couleurs édalontes sont en général concentrées, riches en éléments solides (de là leur poids spécifique élevé), riches en urée, et le plus souvent fortement acides. On les rencontre dans les cas où l'élimination de l'eau par les reins est diminuée, tandis que la séparation des autres éléments del'urine est normale ou niéme augmentée. C'est pourquoi on les trouve chez des personnes tout à l'ait en bonne santé, à la suite c|e repas copieux {urina cJiyli), ou bien lorsque ces personnes, en se donnant beaucoup de mouvement, suent beaucoup et boivent peu. Elles se rencontrent dans presque toutes les maladies fébriles, et elles sont, pour cela, un signe important pour le médecin. Dans les fièvres hectiques notamment, elles fournissent fréquemment des renseignements plus certains que le pouls et la température pour juger de l'intensité d'une augmentation fébrile de la métamorphose de la matière.

Les urines foncées indiquent en général qu'à l'urine se trouve jnélangé un pigment anormal, dont la détermination et l'interprétation de la valeur exigent une investigation plus précise.

On a quelquefois le désir de déterminer la couleur d'une urine avec une exactitude encore plus grande que celle que l'on peut atteindre en se basant sur les groupes généraux établis précédemment. On procède alors d'après le paragraphe 57, et, pour les conclusions à tirer, on met à profit les indications fournies paragraphe 115.

Heller a encore indiqué une iuitre méthode pour déterinincr approximativement la quantité du pigment ordinaire de l'urine nommé par lui uroptiéine. {\o\e-/.Zie(jler, Die üroscopie am Krankenbette, p. 24, lù-langen 18G5.) Dans un gobelet de verre on verse un peu d'acide sulfurique anglais concentré, et l'on ajoute une quantité à peu près double de l'urine à essayer, fendant que l'on mélange rapidement les deux liquides ils prennent avec une intensité plus ou moins grande une couleur variant du brun foncé au noir de thé. n^ajircs rintensité de la coloration, on peut juger de la richesse de l'urine enurophéine, Ziegler avance que c'est avec l'urine des malades atteints d'affections chroniques du foie, notamment de cirrhose , que l'on obtient à l'aide de cette méthode d'essai la colorai ion la plus intense, et il a recours à ce procédé pour établir le diagnostic de cette maladie.

La couleur d'une urine dépend souvent de différents pigments qui se trouvent en même temps dans ce liquide, de pigments Uquilles qui sont en dissolution dans 1 urine, et de pigments so/i(/6\s qui adhèrent aux sédiments. Il est alors convenable de filtrer l'u-

308 DES URIISES.

rinc afin de pouvoir mieux juger de la |)arl que prennent les différents pigments dans la eoloration de l'urine.

2. Les colorations anormales de l'urine résultent de la présence dans ce liquide de matières colorantes anormales.

Ces pigments urinaires anormaux se divisent en deux groupes :

a. Ils prennent naissance dans l'intérieur de l'organisme par un procédé pathologique, et ont, par cela même, une grande importance pour le médecin : — colorations anormales essentielles de l'urine.

b. Us sont introduits dans le corps avec les aliments, les boissons, les médicaments, et ils sont éliminés, en ne faisant, par conséquent, que traverser l'organisme : — colorations anormales uccidentelles de l'urine.

Les colorations anormales de l'urine les plus importantes sont

occasionnées :

a. Parmi les essentielles :

1. Par h matière colorante du sang. Les colorations produites par cette substance sont très-dilTérentes, suivant que le pigment se trouve dans l'urine à l'état de dissolution ou uni avec les corpuscules sanguins décomposés ou inaltérés, en proportion grande ou petite. Les nuances peuvent varier du rouge de sang (rouge grenat clair) au brun, au noir brun, et même au noir d'encre. Pour la recherche et la signification de cette matière colorante du sang dans l'urine, voyez les paragraphes 92 et 93 et les observations 1 1 , 1 2 et 1 5 , paragraphe 127.

2. Par les pigmenls biliaires : la couleur de l'urme est vert jaune ou vert brun. Pour les détails, voyez paragraphe 95.

3. Par Vuroxanthine (indicanj et ses produits de décomposition Vnroglaucine et Varrhodine (voy. § 9, page 55)

L'uroxanthine n'a que rarement une intluence appréciable sur la couleur de l'urine ; c'est seulement dans les cas où l'urophéme (urohématine) faisant défaut, il existe une quantité considérable d'uroxaiithine, que l'urine est colorée en jaune citron par cette dernière substance (dans le choléra, les maladies de la moelle). Mais pour découvrir avec certitude l'uroxanthine, une opération chimique est toujours nécessaire. (Dans un gobelet de verre, on

1 Voy. Heller, Archiv für Chemie und Mikroscopic, 185-J, page 121.

COULEUR DE L'UIUNE. ' ."Oil

verse 10 oiH5 grammes d'acide chlorhydriqde fumant, concentré et pur, puis on ajoute goutte à goutte l'urine à essayer, en ayant soin cependant de ne pas en faire tomber plus de 20 à 40 gouttes. S'il y a de l'uroxauthine, le liquide se colore en violet rouge, puis en bleu.) (Voy. page 18.)

D'après les f)l).scrvations que R. Lmvson (voyez § 115) a faites à la Jamaïque, l'urine des habilants des (repiques est, même à l'état normal, extrêmement riche en indican.

■ L'uroglaucine et l'urrbodine, produits de décomposition de l'uroxauthine, se rencontrent quelquefois, bien que rarement, dans l'urine, lorsque celle-ci a déjà éprouvé une décomposition dans l'intérieur de la vessie, et qu'en même temps il s'est formé une grande quantité de carbonate d'ammoniaque (dans la cystite, la maladie de Bright); mais alors elles peuvent donner à l'urine des couleurs extrêmement remarquables (vertes, bleues, violettes). L'uroglaucine a une couleur bleue, l'urrbodine une couleur rouge, et par la combinaison de ces doux couleurs entre elles et avec le jaune de la matière colorante ordinaire de l'urine, il peut se produire des nuances très-variées.

Ainsi, l'urine peut devenir verte (depuis le verdàtre jusqu'au vert d'herbe lui-même), si de l'uroglaucine bleue vient se mêler avec une urine jaune. Elle paraît bleue, lorsque, le pigment normal (jaune) venant à faire défaut, l'uroglaucine se trouve en quantité prédominante ; elle est violette, lorsque l'uroglaucine et l'urrbodine se trouvent l'une à côté de l'autre : enfin elle est rouge, lorsque cette dernière prédomine.

Généralement l'uroglaucine et l'urrhodine forment des sédiments, aussi faut-il avoir le soin de filtrer l'urine qui les renferme. En outre, l'urrhodine se dissout dans l'éther avec une belle couleur rouge carmin, et l'uroglaucine dans l'alcool bouillant avec une belle couleur bleue.

D'après Heller et ses élèves {Ziegler, loc. cit., page 28), la quantité d'uroxanthine trouvée dans l'urine à l'aide de l'essai mentionnée plus haut, peut jusqu'à un certain point servir comme mesure du degré d'excitation du système nerveux, de la moelle épinière notamment. L'uroxauthine serait en plus grande abondance dans l'urine spasmodique, après un coït trop souvent répété, dans l'o-

* Voy. Klet'/.insky in Ilcller's Archiv. 1855, p. 414, et Siclieror in Annal, der Chemie und Phnrm., I. Impartie, p. 1^0.

nanisme, elc ; il en serait de même dans toutes les irritations des organes urinaires, dàns toutes les affections aiguës et chroniques des reins (néphrite, u;aladic de ßrighl, périiiéphritc), ainsi que dans plusieurs maladies générales connue le typhus, la fièvre intermittente, le choléra, l'urémie. Toutefois, tant que nous n'aurons pas de renseignements plus étendus sur la production et la signification de l'uroxanthine, je conseille de n'appliquer qu'avec une extrême réserve les résultats de ces recherchesau diagnostic et au traitement des maladies.

4. Vuroénjthrine. Cette sul)stance existe tantôt en dissolution dans l'urine qu'elle colore en rouge, tantôt elle se précipite avec les sédiments d'acide uriquc et d'urates auxquels elle peut communiquer une couleur rouge brique ou rouge rose (voy. p. 60)'.

Chez la plupart des malades atteints de cancer mélanique l'urine offre une réaction tout à fait caractéristique: De couleur normale, lorsqu'elle vient d'être éliminée, elle devient peu h peu, au contact de l'air, brune et môme noire. Cette coloration foncée apparaît encore plus rapidement lorsqu'on ajoute au liquide des substances oxydantes, comme le salpêtre ou l'acide chromique. Celte réaction tient à la présence dans l'urine d'une substance particulière, le mdlanogène, caractéristique du cancer mélanique. Cette propriété de l'urine peut être utilisée pour le diagnostic des cancers mélaniques développés dans les organes internes, dans le foie, par exemple. Pour plus de détails, voyez Eiselt, Prager Vierteljahrschr. 1858, p. 190 et 1802 p. 26 ; Bol%e ibid, 1860, p. 140 ; Pribram, ibid. 1865, p. 16.

h. Matières colorantes accidentelles . Les différentes matières colorantes qui sont introduites dans l'organisme avec les aliments, les boissons et les médicaments, peuvent être éliminées avec l'urine et colorer ce liquide. Nous possédons sur ce sujet de nombreux renseignements ^ qui ont cependant moins d'importance pour le médecin que pour le physiologiste et le chimiste. Parmi ces corps, il y en a deux, notamment les pigments de la rhubarbe et du séné, qui intéressent aussi le médecin, parce que, faisant partie des médicaments fréquemment employés, ils passent souvent dans l'urine et peuvent donner lieu à des colorations semblables à celles occasionnées par le sang et les matières colorantes de la bile. Ces déux pigments peuvent colorer l'urine en brunâtre et en rouge de sang foncé. Tous les deux peuvent cependant être très-facilement distingués de la substance colorante du sang. L'urine colorée par ces pigments devient plus limpide et d'un jaune clair, lorsqu'on y

< Ileller's Archiv. 1855, p. 301.

* Yoy. notamment les reclierclics de KIotzinsky in IToller's Archiv für Chemie uml Mikr.,'\m,]>.m, 211,338.

ODEUR DE l'imm. .111 ajoute des acides minéraux, tandis (juc celle qui renlermo du sang-, li-aitéc par les mêmes acides, no s'éclaircit pas, mais devient plutôt plus foncée.

s ,S7. ODEUr. DE L'UlUNli.

L'odeur de l'urine n'a pas une grande importance- pour le médecin. Plusieurs substances qui communiquent à l'urine une odeur particulière, sont introduites dans l'organisme et ensuite éliminées avec cette sécrétion, absolument comme les pigments accidentels dont il d. été question dans le paragraphe précédent. Leur présence peut indiquer au médecin que les malades ont pris certains aliments ou certains médicaments. Ainsi, lorsqu'on a mangé des asperges, l'urine acquiert une odeur spéciale ; si de l'essence de térébenthine a été ingérée ou seulement respirée en grande quantité, elle a une odeur de violettes; à l'odeur de ce liquide, on peut reconnaître qu'il renferme les substances odorantes du safran, du cubèbe, etc.

Des pathologistes français {de Beauvais et autres) ont avancé dans ces derniers temps que, dans les maladies organiques des reins, les substances odorantes, particulièrement dos asperges, de l'essence de térébenthine, etc., ne passeraient pas dans l'urine. Quoique précieux que soit ce moyen pour savoir si, dans les cas d'albuminurie, où les autres symptômes laissent des doutes, l'affection consiste simplement en un désordre fonctionnel ou en une altération organique des reins, je ne puis qu'engager (me basant sur quelques expériences) à ne remployer qu'avec réserve. Ainsi, dans l'urine de deux malades atteints d'albuminurie, qui avaient fait usage d'asperges et d'essence de térébenthine, j'ai pu reconnaître avec netteté l'odeur caractéristique produite par ces deux substances tandis que, plus tard, l'autopsie montra une désorganisation partielle du parenchyme rénal.

L'urine normale a aussi une odeur spécifique qu'Heller attribue au pigment urinaire (urophéine), mais qui probablement peut être due à différentes substances odorantes, puisque StädeJer est parvenu à retirer de l'urine, par distillation, plusieurs acides volatils (acides phénique, taurylique, damalurique, damolique ; voy. § 8). L'odeur de l'urine est probablement modifiée, lorsque l'un ou l'autre de ces acides prédomine.

Une urine qui contient beaucoup de carbonate d'ammoniaque affecte l'odorat d'une manière particulière, etV odeur urineuse des malades est due le plus souvent à la présence de ce sel .

5 88. ASPECT DR L'UUIKE.

L'urine est claire ou trouble. Un léger trouble est dû à ce que l'urine renferme de petits flocons [imbecula); lorsque ceux-ci sont plus volumineux, après un long repos, ils se déposent sous forme d'un précipité et donnent lieu à un sédiment. Toutes les altérations dans la transparence de l'urine sont occasionnées par des matières solides qui ne sont pas dissoutes dans le liquide, mais seulement en suspension. Ces matières sont éliminées avec l'urine, ou bien elles se forment dans celle-ci au bout d'un temps plus ou moins long après son expulsion de la vessie.

Une urine normale est toujours claire ou tout au plus très-légèrement floconneuse. Une urine dont l'altération de la transparence est tout à fait évidente, indique toujours un état anormal, et doit, par conséquent, éveiller l'attention du médecin. Mais la signification de cet état de trouble ne devient positive que lorsqu'on en a déterminé la cause. Pour plus de détails, voy. ÏV, Sédiments urinaires.

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