RÉSIDU SOLIDE DE L'URINE
mule de Trapp, tandis que les recheichcs de Neubauer (voy. p. 177 et 289) sont plus favorables à la formule ào ' Unser . Pour les observations au lit des malades, qui ne peuvent jamais être très-exactes, le coefficient 2 se recommande par sa simplicité, parce que, avec lui, il est très-facile de faire un calcul de tête. Dans ces cas, on peut aussi négliger les différences de température si elles ne dépassent pas un ou deux degrés.
2. Quelles conclusions pratiques peut tirer le médecin de la notion du résidu solide et du poids spécifique de l'urine?
En premier lieu, la pesanteur spécifique sert pour calculer le poids d'un volume d'urine mesuré. Le calcul est facile à comprendre : 1000 centimètres cubes d'urine d'un poids spécifique de 1024 pèsent 1024 grammes, etc.
En outre, le poids spécifique de l'urine et la quantité des matières solides trouvées au moyen de ce poids ou directement donnent fréquemment d'importantes indications sur les changements quantitatifs survenus dans la métamorphose de la matière et particulièrement sur la proportion des substances solides et de l'eau qui sont séparés par l'urine dans certaines conditions et pendant un temps déterminé.
Pour se former une opinion sur ces changements, il est avant tout nécessaire de connaître l'état normal de l'urine.
Le poids spécifique moyen de l'urine chez l'homme adulte en bonne santé est d'environ 1020. Par conséquent, le volume moyen de l'urine émise par jour étant de 1400 à 1600 centimètres cubes, la quantité moyenne des substances solides éliminées chaque jour par l'urine est égale à 55 oiï 65 grammes.
Un homme élimine en moyenne par heure 4^'',1 de substances solides pour un poids de 100 kilogrammes et 1«'",5 pour une longueur de 100 centimètres.
C'est sur ces nombres que l'on se base pour reconnaître et pour apprécier les différents changements qui se produisent dans la métamorphose de la matière pendant les maladies.
Dans la plupart des affections aiguës, la quantité des éléments solides éliminés en un jour par l'urine paraît être plus petite qu'à l'état sain : elle est de 40 à 50 grammes au lieu de 60. Mais, comme en général, ceux qui sont atteints de ces maladies ne se nourrissent que de liquides peu chargés en matières solides, ils se trouvent dans une position analogue à celle des personnes pri-
396 DES UUINEF.
vées d'aliments; les matières solides séparées par l'urine sont dans ce cas empruntées à leur corps ; ils se nourrissent aux dépens de leur propre chair et ils maigrissent.
La détermination du résidu solide de l'urine offre un intérêt pratique particulier dans tous les cas où la sécrétion urinaire est beaucoup augmentée (polyurie). Ces cas peuvent être partagés en deux groupes parfaitement distincts, suivant la quantité des éléments solides renfermés dans l'urine.
1. L'urine sécrétée en grande quantité contient beaucoup de matières solides, plus qu'à l'état normal et souvent plus que les aliments ingérés peuvent en introduire dans le corps. Dans ce cas il se produit des troubles dans la nutrition, les malades deviennent faibles et ils maigrissent. On désigne les cas qui appartiennent à ce groupe sous le nom général de diabète, qui se partage à son tour en deux autres subdivisions, suivant que l'urine contient du sucre (diabète sucrée), ou qu'étant exempte de sucre, elle renferme de grandes quantités de divers autres éléments solides (diabète insipide).-
2. L'urine très-abondante a un poids spécifique peu élevé et elle contient une quantité de matières solides relativement peu considérable. L'eau, qui est très-facile à remplacer, est le principal élément que cette urine sépare de l'organisme. Il ne se produit ni amaigrissement, ni état hectique : cette anomalie [liijdrurie) est au contraire quelquefois avantageuse, parce qu'elle favorise l'élimination de produits pathologiques, comme dans plusieurs cas d'hydrémie et d'hydropisie, et l'on doit pour ces raisons la distinguer avec le plus grand soin du diabète proprement dit.
Exemples. Une femme de 51 ans, qui éprouvait depuis longtemps des symptômes d'anémie et d'hystérie avec vertiges, douleurs de tête, crampes des muscles cervicaux, hyperesthésie de plusieurs vertèbres dorsales, face pâle, etc., émettait une quantité d'urine beaucoup plus grande qu'à l'ordinaire (la moyenne de quatorze jours d'observation s'éleva à 5,080 centimètres cubes par vmgtquatre heures). Le poids spécifique de cette urine s'éloignait peu de l'état normal; la quantité des éléments solides, calculée au moyen de ce poids, s'élevait par jour en moyenne à 87 grammes, par conséquent beaucoup au-dessus de la normale (le maximum des vingt-quatre heures lut trouvé égal à 156 grammes, c'est-à-dire plus grand que le double de l'état normal). Dans ce cas, qui était un véritable diabète insipide, la séparation par l'urine d'éléments solides en quantité plus grande qu'à l'ordinaire, combinée avec une nutrition incompleie était évidemment la cause principale des symptômes éprouvés par la malade,
RÉSIDU SOUDE DE- L'URINE. 507 dont rct.t s'améliora promptement par l'usage d'une .meilleure nourriture, du
fer et d'autres toniques. . .
Un homme de 35 ans, d'une constitution herculéenne, qm souffrait dun rhumatisme de la nuque, émettait également une quantité d unne beaucoup £ an eq l'ordinaire (la moyenne de vingt-quatre ,ours d observation s'élevait à 2,985 centimètres cubes en vingt-quatre heures) ma.s le po.ds spécifia e ce liquide était très-faible (entre 1 ,005 et i ,012) ; la quantUe moyenne (calculée à l'aide de ce poids) des éléments solides élmunes par jour était seulement égale à 42 grammes, elle se trouvait par conséquent au- essous de la normale. Cet hom.ne, qui ne paraissait pas du tout souffnr de cette abondante sécrétion d'urine, n'était pas, évidemment, atteint de d.abète, mais d une simple hydrurie.
Le médecin instruit peut, du poids spécifique, de la proportion des éléments solides de l'urine, tirer de lui-même beaucoup d'autres conclusions concernant les altérations quantitatives survenues . pendant les maladies dans la métamorphose de la matière. Amsi, par exemple, on peut déterminer le rapport qui existe entre la quantité des substances solides séparées par l'urine et celle des matières éliminées par la peau et les poumons : lorsqu'on évalue en même temps la proportion des éléments pris avec les aliments on apprend dans quelle relation se trouvent les matières introduites dans le corps et celles qui en sortent. La connaissance de tous ces faits a une grande importance, parce qu'elle fournit des renseignements sur la métamorphose de la matière dans les maladies, et les moyens nécessaires pour arriver à cette connaissance sont au nombre de ceux qui peuvent être introduits facilement dans toutes les cliniques ; mais les résultats obtenus dans ce sens sont jusqu'à présent si peu nombreux, qu'il n'est pas encore possible d'en tirer des conclusions positives.
Le poids spécifique de l'urine fournit en outre au médecin plusieurs autres indications, qui, considérées isolément ne sont cependant pas suffisantes pour permettre des conclusions certaines sur le diagnostic, le pronostic et. le traitement, mais qui sont utiles, parce qu'elles conduisent l'observateur à faire de nouvelles investigations. Les considérations suivantes relatives à ce sujet peuvent être placées ici :
L'urée est le principal élément solide de l'urine. La quantité de ce corps est généralement égale à celle de toutes les autres substances solides prises ensemble, et il arrive souvent qu'elle est plus considérable. Par conséquent, le poids spécilique d'une urine peut
aussi servir pour déterminer approximativement la richesse de celle-ci en urée, bien qu'une telle évaluation soit toujours incertaine et que, à cause de la facilité du dosage direct de l'urée, il ne puisse pas remplacer cette dernière méthode.
Si la quantité de l'urine est beaucoup plus petite que la moyenne normale et si, en outre, cette humeur a un poids spécifique élevé, on peut en général conclure, chez des personnes en bonne santé, que cet état a pour cause une abstinence de liquides ou une abondante perte d'eau par transpiration, et que, s'il s'agit d'un malade, il tient à ce que ce dernier est atteint d'une affection très-aiguë. Si le volume de l'urine est beaucoup plus grand qu'à l'ordinaire et si le poids spécifique du liquide est petit, on peut présumer qu'une quantité considérable de boissons aqueuses a été ingérée. Une urine de ce genre est chez les malades atteints d'hydrémie ou d'hydropisie un signe très-favorable et indique que l'organisme fait des elforts pour éliminer l'excès de l'eau accumulée dans le sang et dans les tiï^sus.
Si l'urine sécrétée en grande quantité a un poids spécifique très-élevé ou seulement normal, on peut penser au diabète sucré et rechercher la présence du sucre dans l'urine; mais si celle-ci ne contient pas de sucre il peut s'agir d'un diabète insipide.
Si la quantité de l'urine n'est pas augmentée, ou bien si elle est diminuée et si en outre le poids spécifique est peu élevé, on peut soupçonner l'existence d'un obstacle h la sécrétion de l'urée et dans ce cas on a à craindre l'apparition des symptômes de la rétention de l'urée dans le corps (urémie).
Dans la plupart des maladies chroniques (le diabète excepté) le résidu solide de l'urine est plus petit qu'à l'ordinaire ; une augmentation de ce résidu indique que la nutrition est plus active et constitue pour cette raison un symptôme favorable.
Un accroissement du résidu solide de l'urine pendant le summum des maladies aiguës est, au contraire, un signe défavorable, parce que l'inanition qui accompagne toujours ces affections est par cette cause favorisée et augmentée.
Dans les maladies fébriles aiguës, le poids spécifique de l'urine suit généralement une marche inverse à celle du volume éliminé. 11 s'élève pendant le summum à mesure que la quantité de l'urine diminue; il devient ensuite plus petit, tandis que l'urine aug-
IlÉilDU SOLIÜE DE I/URINE.
mente et, pendant la convalescence, il s'abaisse fréquemment audessous de la normale. Cependant il laut bien se garder de se baser uniquement sur le poids spécifique pour tirer des conclusions et de se servir de cette notion pour établir, par exemple, le diagnostic différentiel de maladies, qui offrent sous d'autres rapports une série de symptômes analogues.
Ainsi, on assure que dans le typlius le poids spécifique de l'urine est beaucoup moins considérable que dans les autres maladies aiguës, et spécialement que dans les autres affections inflammatoires, que, dans la période lypliique proprement dite de cette maladieilseraitseulementégalàl,OI7, lundis que, dans les affections cérébrales aiguës, dans la méningite notamment, il serait plus élevé depuis le commencement jusqu'à la fin (1,028-1,035), et que, par conséquent, on pourrait se servir de celte diflérence pour la distinction quelquefois difficile du typhus et de ces affections du cerveau. (A. Zeigler, Die Uroscopie amlirankenbetle, p. 8.) Cette idée de vouloir distinguer des maladies au moyen d'un seul phénomène, qui, relativement aux autres symptômes, offre très-peu d'importance, appartient à la doctrine ontologique aujourd'hui heureusement abandonnée ; dans cette doctrine, la distinction et la classification des maladies, absolimient comme la division des animaux et des plantes en genres et en espèces, reposent sur un seul caractère extérieur sujet à mille variations accidentelles au lieu d'èlre basées sur les caractères essentiels des phénomènes, sur les causes de ceux-ci, sur leur connexion ou leur dépendance. Pour que des conclusions tirées d'un seul symptôme puissent être justifiées, il ne faut pas seulement que l'exactitude du fait lui-même ait été affirmée par de nombreuses observations, il est aussi indispensable que sa cause et son importance aient été démontrées jusqu'à un certain point, et, qu'en oulre, sa relation nécessaire avec la maladie existante ait été mise en évidence.
Dans le cas qui nous occupe, non-seulement il manque une explication admissible de celte diminution du poids spécifique de l'urine dans le lyphus, mais il est aussi permis de douter que le fait, exact en lui-même, soit applicable à tous les cas. D'après les très-nombreux essais effectués par moi sur l'urine de malades atteints de typhus, ce liquide avait, au summum de la maladie, un poids spécifique élevé, comme le montrent les exemples suivants; c'est du moins ce'qui eut lieu dans les cas où la fièvre était vive et où il y avait un certain degré de réaction.
(Les nombres désignent toujours le poids spécifique de la lotalité de l'urine émise dans l'espace de vingt-quatre heures au summun de la maladie. Les indications, qui souvent manquent pour plusieurs jours, tiennent à ce qu'il n'était pas toujours possible de recueillir toute l'urine des malades (qui fréquemment évacuaient involontairement ce liquide avec les excrémenls) ou bien de lobtenir exempte de matières étrangères. — Ces circonstances rendent dificiles et souvent même impossibles les essais quantitatifs de l'urine dans le typhus au summum de la maladie).
Premier cas. Troisième jour, 1,019 — ]fO-2Q — 1,031 — 1,020 — 1,024 (deux jours manquent) - 1,019 — 1,021 — 1,016. Diminution de la fièvre. Convalescence.
Deuxième cas. Quatrième jour, 1,028 — 1,C29 — 1,027 (un jour manque)
— 1,028 — 1,027. Mort.
Troisième cas. Deuxième semaine, 1,019 — 1,020 — 1,018 — 1,020
— 1,022 — i,026. Convalescence lente.
Le poids spécifique de l'urine dans le typhus, comme dans les autres maladies aiguës, devient plus petit lorsque la fièvre tombe et que la convalescence arrive.
D'un autre côté, je dois ajouter qu'il y a des cas de typhus dans lesquels on trouve, également ;.u summnm de l'affection, le poids spécifique de l'urine peu élevé et même quelquefois au-dessous de la normale. Les cas suivants en sont des exemples.
Premier cas. 1,008 — 1,014 — 1,017 (deux jours manquent) — 1,017
— 1,027 — 1,015 — 1,014 — 1,015 — 1,014 — 1,012. Mort. Deuxième cas. Première semaine, de 1,018 à 1,020. — Deuxième semaine, de 1,012 à 1,015. Convalescence.
Troisième cas. 1,021 — 1,020 — 1,015 — 1,014 — 1,010 — 1,000 1,010 — 1,012 — 1,013 — 1,015 — 1,011. Convalescence.
Dans tous ces cas, la fièvre avait, dès le début, un caractère adynamique très-marqué ; l'état général du malade, et surtout le pouls mou et nettement dicrote fournissaient, pour distinguer raffection d'une maladie inflammatoire du -cerveau et de ses membranes, des signes beaucoup plus certains que le poids spécifique de l'urine, que, d'ailleurs, je n'ai pas toujours trouvé dans la méningite aussi considérable que l'indique Ziegler. Une telle diminution du poids spécifique de l'urine ne se rencontre pas exclusivement dans le typhus, elle se produit aussi dans d'autres formes fébriles qui ont un caractère adynamique bien marqué, comme dans la pyémie, la fièvre putride, etc.